I - LA FRANCE

1. LOUIS XIII et Richelieu (1610 à 1643)

1.7. "Le Capitan" de Michel Zévaco

Roman paru en 1906. - Zévaco, « auteur de génie qui, sous l’influence de Hugo, a inventé le roman de cape et épée républicain » (Jean-Paul Sartre), devient connu avec ce livre. Son intrigue se situe en 1616, sous la régence de Marie de Médicis : Adhémar de Trémazenc de Capestang, un cadet de Gascogne désargenté, de grande bravoure et de petite noblesse, vient à Paris chercher fortune. Il y découvre successivement un double complot des nobles contre le jeune Louis XIII, âgé de 14 ans (le duc d’Angoulême vise le trône) et contre les Florentins qui exploitent le pays (Concino Concini, maréchal d’Ancre, amant de la régente, et son épouse Leonora Galigaï), enfin un complot de ces mêmes Florentins contre la couronne (Leonora tente d’empoisonner le roi). De surcroît, Capestang tombe amoureux de la fille d’un des conjurés, Gisèle d’Angoulême, que convoite également Concini. Capestang devient son pire ennemi. La fin du roman s’achève avec l’exécution de Concini, l’éloignement de la reine mère à Blois et le début du règne personnel de Louis XIII, qui bénit l’union de Capestang et Gisèle.
1910La Sœur du Capitan (FR)
Films Gaumont, 255 m.
1945/46*Le Capitan – 1. Flamberge au vent – 2. Le Chevalier du Roy (FR) de Robert Vernay 
Thomy Bourdelle/Compagnie commerciale française cinématographique (CCFC), 80 min. + 91 min. – av. Jean Pâqui (Adhémar de Capestang, dit le Capitan), Pierre Renoir (le duc d’Angoulême), Claude Génia (Gisèle d’Angoulême), Lise Delamare (Leonora Galigaï), Aimé Clariond (Concino Concini), Jean Tissier (Cogolin), Alexandre Rignault (Rinaldo), Robert Manuel (comte Hercule de Nesle), Maurice Escande (prince de Condé), Serge Emrich (Louis XIII), Georges Marny (Richelieu), Sophie Desmarets (Marion Delorme), Huguette Duflos (Catherine de Médicis), Françoise Moor (Anne d’Autriche), Lucas Gridoux (Samuel).
Les Concini exploitent le pays, la régente ferme les yeux. Capestang se dresse contre eux, rétablit le jeune Louis XIII dans sa pleine autorité et obtient en récompense la main de Gisèle d’Angoulême dont il a ramené le père conspirateur à la raison… Edward Gardère (champion olympique d’escrime en 1932 et 1936) chorégraphie les nombreux duels, tandis que, devant la caméra, Jean Pâqui (de son vrai nom Jean-François de Thonal d’Orgeix), disciple de Louis Jouvet, champion du monde de voltige aérienne et médaillé olympique d’hippisme campe Capistang en exécutant lui-même toutes ses cascades. Le tournage se fait aux studios des Buttes-Chaumont, en extérieurs aux châteaux d’Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire), de Fontainebleau (Seine-et-Marne, =résidence du duc d’Angoulême), de Chenonceau (Inde-et-Loire), de Chinon (id.) et à la cathédrale Saint-Gatien à Tours. Très porté sur le feuilleton populaire, Vernay a travaillé avec Jean Delannoy à l’adaptation du « Bossu » (1944) et s’assure la collaboration fructueuse de Bernard Zimmer (« La Kermesse héroïque » de J. Feyder) pour le scénario, qui aligne quelques jolies trouvailles : au début du récit, un speaker commente le couronnement de Louis XIII, détaillant les tenues des invités et se permettant quelques réflexions piquantes. Le film sort juste après la Libération, et ses auteurs s’amusent à faire endosser à Concini les attitudes totalitaires de Mussolini ; quand le maréchal d’Ancre sort de l’Hôtel du Parc, il est salué par des « Duce ! Duce ! » que hurle sa garde personnelle aux justeaucorps noirs. Séduit par la vivacité de l’ensemble, Georges Sadoul s’exclame : « Vivent les films commerciaux quand ils ont l’entrain, la verve et à tout prendre, la qualité du ‘Capitan’ » ( Les Lettres françaises, 12.4.46).
1960*Le Capitan / Il capitano del re (FR/IT) d’André Hunebelle ;
A. Hunebelle/PAC-Nouvelle Pathé-Cinéma-Da.Ma.Cinematografica, 120 min. – av. Jean Marais (François de Capestang, dit le Capitan), Bourvil (Cogolin), Arnoldo Foa (Concino Concini), Elsa Martinelli (Giselle d’Angoulême), Christian Fourcade (Louis XIII), Lise Delamare (Marie de Médicis), Jacqueline Porel (Leonora Galigaï), Raphaël Patorni (duc d’Angoulême), Guy Delorme (Rinaldo), Annie Anderson (Béatrice de Beaufort), Pierrette Bruno (Giuseppa), Piéral (Lorenzo), Robert Porte (duc de Rohan), Jean-Paul Coquelin (Vitry), Jean Berger (Luynes), Piéral (Lorenzo, l’alchimiste).
Une relative réussite dans le genre, un spectacle plein d’entrain grâce à la fougue et à l’audace de Jean Marais : son escalade des murailles vertigineuses du château de Val (Clairfond dans le film), aidé de seulement deux poignards glissés dans les fentes des pierres – une séquence exécutée sans doublure par l’acteur – constitue en soi un morceau d’anthologie. Pour répondre au goût du jour, Capestang change de prénom, Adhémar devient François. Hunebelle, qui a adapté « Le Bossu » de Féval au cinéma l’année précédente, réunit la même équipe, notamment le tandem Marais-Bourvil, toujours sous la direction du maître d’armes Claude Carliez. Le roman particulièrement touffu, aux perpétuels rebondissements, de Zévaco doit être réduit, beaucoup de personnages et d’épisodes dont la version de 1945 tenait encore compte disparaissent. Le patrimoine architectural est à nouveau mis à contribution : Hunebelle tourne en Dyaliscope et Eastmancolor aux studios Franstudio de Saint-Maurice, en extérieurs à Avallon (Yonne, Eglise Saint-Lazare, grenier à sel), Azay le Rideau (Indre et Loire), Lanobre (Cantal), Montberthault (Côte-d'Or), aux châteaux de Beynac (Dordogne), de Hautefort (Dordogne), de Biron (Dordogne), de Fontainebleau et forêt (Seine et Marne), de Pierrefonds (Oise), de Val (Cantal), à la Commanderie des Templiers à Coulommiers (Seine et Marne, relais de poste), à Monpazier (Dordogne), Veyrines-de-Domme (Dordogne), Provins et dans le Corrêze. Une des meilleures recettes de l’année en France.