XII - LES ÉTATS-UNIS AU XIXe SIÈCLE

8b. LE CRÉPUSCULE DE LA NATION ROUGE - 1862/1892

8b.10. Les SHOSHONES, les WINNEBAGO et autres nations indiennes

SACAJAWEA (= Femme-Oiseau, ca. 1787-ca. 1812), princesse Shoshone qui épouse le trappeur canadien Toussaint Charbonneau et sert de guide providentiel et d’interprète à l’expédition Clark & Lewis de 1803 à 1806 (cf. 1.4).
WASHAKIE (ca. 1804-1900), chef des Shoshones orientaux au Wyoming. Présent lors de la signature du traité de Fort Laramie en 1851, il se montre accueillant avec les caravanes de pionniers blancs qui traversent son territoire, les aide à trouver de l’eau et du bétail, est éclaireur dans l’armée américaine. Sa bonne volonté n’améliorera cependant pas le sort de son peuple, parqué de force dans la réserve aride de Wind River.

Nota bene: les PAWNEES, ennemis héréditaires des Sioux et des Cheyennes en raison de la rivalité territoriale et des chasses au bison dans les Grandes Plaines, devinrent "amis" des Blancs et fournirent de nombreux éclaireurs pour les campagnes militaires américaines. Ils furent néanmoins trompés et contraints de se déplacer dans les régions les plus inhabitables d'Oklahoma en 1870 (les terres agricoles furent colonisées par les Blancs) où des épidémies de variole et de choléra ont menacé leur survie. Très peu de films semblent avoir vanté leurs exploits ou leur mode de vie (huttes en terre).
Héros de la guerre civile, le Shoshone démobilisé n’est plus qu’un sous-homme (« Devil’s Doorway » d’A. Mann, 1950)
1949/50***Devil’s Doorway (La Porte du diable) (US) d’Anthony Mann 
Nicholas Nayfack/Metro-Goldwyn-Mayer, 84 min. – av. Robert Taylor (sgt. Lance Poole, Broken Arrow), Louis Calhern (Verne Coolan), Paula Raymond (Orrie Masters), Marshall Thompson (Rod MacDougall), James Mitchell (Red Rock), Fritz Leiber (père de Lance), Chief John Big Tree (Thundercloud), George Sky Eagle (Lone Bear). – Wyoming 1865, décoré à Gettysburg de la médaille d'honneur du Congrès par le président Lincoln et démobilisé à la fin de la guerre de Sécession, le sergent-major Lance Poole, un Shoshone, regagne sa terre natale de Douce Prairie où il veut s'installer comme éleveur, retrouver ses racines, les coutumes ancestrales et son vieux père, chef de la tribu. Mais les temps ont changé, le saloon est interdit aux gens de couleur et les terres de Poole sont convoitées par des Blancs. Coolan, un avocat raciste et véreux, pousse les fermiers à s'en emparer par la force. Sous la pression de ses concitoyens, le médecin local refuse de soigner le père de Poole, qui en meurt. Des Shoshones en pitoyable état, échappés de leur réserve, se réfugient dans la vallée avec femmes et enfants. Orrie Masters, une jeune avocate idéaliste, tente d'aider Poole et les Indiens à faire valoir leur droits, mais sa requête est rejetée: désormais, seuls les Blancs ont le droit de posséder des terres et une maison, selon les nouvelles lois approuvées par Washington. Toutes possibilités de dialogue étant épuisées, Poole, fort de son expérience acquise dans l'armée, prend les armes contre les colons et la cavalerie, organise la défense et se fait tuer sur place avec tous les siens. Il s'effondre revêtu de son uniforme et portant sa médaille.
Apre, grave et pessimiste, sans concession aucune, ce film est refusé en bloc par le public, malgré Robert Taylor, très digne en Indien, qui incarne de façon bouleversante la mauvaise conscience de l’Amérique. Un film magistral et méconnu, moins axé sur la réévaluation ethnico-culturelle des Amérindiens (cf. « Broken Arrow » de Delmer Daves) que sur l’injustice, la tromperie et l’ingratitude dont ils ont été les victimes pendant plus d’un siècle. Le point de vue est exclusivement celui de la victime. Pas de beaux discours de paix ni de mariage inter-racial pour amadouer le spectateur ni encore de renvoi dos-à-dos (chaque camp a ses méchants) comme dans le film de Daves. Aux antipodes du sentimentalisme d’un John Ford, Anthony Mann, champion du western psychologique, ne croit pas à ces illusions : Lance « se fait tuer en costume traditionnel et ne revêt l’uniforme de l’Union avec sa médaille que pour rappeler son déshonneur à une armée qui le salue, mais ne lui permet pas de survivre » (B. Eisenschitz). Incriminer l'interprétation d'un Shoshone par une vedette hollywoodienne - pourtant réputée pour ses opinions politiques réactionnaires - est un faux procès: elle permet ici au public le plus large de s'identifier sans réserve avec l'Indien, ce qui est le but du film. La vague distinction qu'opère le scénario entre les Shoshones enfermés et affamés dans des réserves et Poole, adapté à la civilisation blanche et propriétaire d'une vallée fertile, ne sert qu'à démontrer combien toute tentative d'adaptation ou de conciliation est un jeu de dupes.
Le film de Mann, admirablement photographié par John Alton dans le style "noir" de l'époque, possède une radicalité que l'on trouve rarement dans le cinéma américain des années 1950, à l'exception peut-être de "Apache" de Robert Aldrich en 1954 (cf. infra) ou le très méconnu "Reprisal (La Vengeance de l'Indien)" de George Sherman en 1956. Tourné de mi-août à mi-octobre 1949, au moment même où la "chasse aux sorcières" anticommuniste s'abat sur Hollywood, ce film implacable et dérangeant, avec son ton inhabituellement tragique et pessimiste, est un retentissant échec commercial, malgré la présence de Taylor. Depuis, un film-culte à faire "bondir de joie les cinéphiles" (Bertrand Tavernier). Tourné en noir et blanc aux clairs-obscurs violents (photo : John Alton) au Colorado (Aspen, Grand Junction) et à Culver City. – Nota bene : dix mille Indiens participèrent aux combats durant la guerre de Sécession. Comme les Crow, les Pawnee et les Lenage, les Shoshones furent souvent les scouts indispensables de l’armée américaine lors des guerres indiennes (leur intervention sauva le général Crook à la bataille de Rosebud contre les Sioux). Tant pour la gratitude de l'homme blanc et l'intégrité de ses présidents. Nominé au Writers Guild of America Award 1951 pour le meilleur scénario (Guy Trosper).
Rejeté par les Blancs, le sergent Shoshone (Robert Taylor) rejoint les siens (« Devil’s Doorway » d’A. Mann, 1950)
1953*The Charge at Feather River (La Charge sur la rivière rouge) (US) de Gordon Douglas 
David Weisbart/Warner Bros., 95 min. – av. Guy Madison (Miles Archer), Frank Lovejoy (sgt. Charlie Baker), Helen Westcott (Anne McKeever), Vera Miles (Jennie McKeever), Onslow Stevens (Grover Johnson), Fred Carson (Chief Thunder Hawk). – En 1865, un commando est chargé de délivrer deux femmes blanches enlevées jadis par les Shoshones, mais l’une d’elles aime profondément son époux indien et refuse de retourner à la civilisation. [fiction] Bon western anti-raciste filmé en 3D Technicolor et son stéréphonique, une sensation au box-office. Tournage à Santa Clarita, Santa Ana River à Norco, Vasquez Rocks Natural Aerea Park à Agua Dulce (Calif.).
1955® The Far Horizons (Horizons lointains) (US) de Rudy Maté. – av. Fred MacMurray (cpt. Meriwether Lewis), Charlton Heston (cpt. William Clark), Donna Red (princesse Sacajawea), Alan Reed (Toussaint Charbonneau, époux de Sacajawea), Edwardo Noriega (Cameahwait, chef Shoshone et frère de Sacajawea). – Vision très romancée de l’expédition Clark & Lewis (cf. chap. 1.4).
1957(tv) Jhonakehunkga Called Jim (US) de Paul Landres
série « Crossroads » (ABC 26.4.57), 30 min. – av. Hugh Marlowe (réverend Jacob Stucki), Pat Hogan (Jhonakehunkga), Joan Vohs (Maria), Lillian Molieri (Katira), Frank de Kova (Black Hawk). – Un pasteur de la mission de Wisconsin en 1883 essaye de prouver sa sincérité aux Winnebagos en se liant d’amitié avec un jeune Indien.
1959(tv) Fire on the Frontier (US) de Ricard Sale
série "Yancy Derringer", épis. 26, Sharpe-Lewis Prod., Derringer Productions (CBS 2.4.59), 30 min. - av. Jock Mahoney (Yancy Derringer), Kevin Hagen (John Colton), X Brands (Pahoo-Ka-Ta-Wah), Kelly Thordsen (Colorado Charlie), Robert Carricart (le congressiste Thaddeus Stevens).
Lorsque des brigands menés par Jack Dingo attaquent un village de Pawnees pacifiques, Pahoo, Yancy et Colorado Charlie se rendent à Washington avec une lettre de John Colton pour renforcer la protection des indigènes (selon traité avec le président Buchanan en 1857) et affrontent l'hostilité du War Department ainsi que le racisme féroce des blancs.
1978(tv) Ishi : The Last of His Tribe (US) de Robert Ellis Miller 
Edward & Mildred Lewis Prod. (NBC 20.12.78), 120 min. – av. Eloy Phil Casados (Ishi adulte), Joseph Runningfox (Ishi adolescent), Dennis Weaver (prof. Benjamin Fuller), Devon Ericson (Lushi adolescente), Joaquin Martinez, Geno Silva, Lois Red Elk, Michael Medina (Ishi enfant), Paticia Ganera (Lushi jeune fille). – En 1911 en Californie du Nord, Ishi (ca. 1862-1916), le seul survivant de la tribu oubliée des Yahi-Yana (Mount Lassen Foothills), massacrés en majorité par les fermiers blancs durant la ruée vers l’or de 1848, est découvert nu, inconscient, mourant de faim. Il est ramené à la vie et un anthropologue de San Francisco se lie d’amitié avec lui après avoir appris et noté son incroyable histoire.
1992(tv) The Last of His Tribe (US) de Harry Hook 
HBO-River City Prod. (HBO 28.3.92), 90 min. – av. Graham Greene (Ishi), Jon Voight (prof. Albert L. Kroeber), David Ogden Stiers (Dr. Saxton Pope), Jack Blessing (prof. Thomas T. Waterman), Anne Archer (Henriette Kroeber), Daniel Benzali, Christianne Hauber, Loryn Barles (sœur d’Ishi), Gilbert Bear (père d’Ishi). – Fasciné par la découverte d’Ishi (cf. supra), les prof. Kroeber et Waterman de l’Université de Californie cherchent à sauver l’héritage de l’Indien, la langue, les mœurs et les souvenirs de la tragédie des Yahi-Yana, avant qu’il ne disparaisse. L’Indien Oneida Graham Greene (« Dances with Wolves ») dans le rôle-titre, Jon Voight nominé au Golden Globe Award.
1998(tv) Wind River (Frères de sang) (US) de Tom Shell 
Mad Dog Productions, 97 min. – av. Blake Heron (Nick Wilson, Yagaichi), Russell Means (Washakie, son frère adoptif), A[dolph] Martinez (Morogonai), Wes Studi (Pocatello), Devon Gummersall (Sylvester), Karen Allen (Martha Wilson), Patricia Van Ingen (Anuba), Tim Griffin (Nick Wilson), Brandon Baker (Pantsuk). – Wyoming en 1854, les aventures d’Elijah Nicholas Wilson ou Yagaiki (1842-1915), d’après son autobiographie parue en 1910 sous le double titre de « The White Indian Boy / Among the Shoshones ». Fils d’un fermier mormon, Nick s’enfuit chez les Shoshones qui l’adoptent. Pendant deux ans, il traverse avec eux le Wyoming, Utah, Idaho, et devient le frère adoptif du grand chef Washakie. De retour chez ses parents, il travaille pour Poney Express. Film tout public.
2000® (tv) Jack of All Trades : Up A Creek (US/NZ) de Josh Becker. – av. Vanessa Rare (Sacajawea), Peter Rowley (William Clark), Patrick Wilson (cpt. Meriwether Lewis). – cf. Clark & Lewis (1.4).
2002® Lewis & Clark : Great Journey West (US) de Bruce Neibaur. – av. Alex Rice (Sacajawea), Gregory Paul Jackson (Toussaint Charbonneau), Kelly Boulware (cpt. Meriwether Lewis), Sonny Surowiec (William Clark). – cf. Clark & Lewis (chap. 1.4).
2003® (vd) Sacagawea : Heroine of the Lewis and Clark Journey (US) de Rolf Forsberg. – Docu-fiction avec reconstitutions et comédiens (cf. 1.4).
2006® Night at the Museum (US) de Shawn Levy. – av. Mizuo Peck (Sacajawea).
2022* (tv) The English (Les Étrangers / The English: Unis par la vengeance) (GB/US) série de Hugo Blick
Emily Blunt, Hugo Blick, Greg Brenman, Mona Qureshi/All3Media-Amazon Studios-BBC Studios-Drama Republic (BBC One/Amazon Prime video 10.11.-15.12.22), 6 x 60 min. - av. Emily Blunt (Lady Cornelia Locke), Chaske Spencer (le Pawnee Eli Whipp), Rafe Spall (David Melmont), Stephen Rea (shérif Robert Marshall), Tom Hughes (Thomas Trafford), Tonantzin Carmelo (Touching Ground), William Belleau (Kills on Water), Rod Rondeaux (Charlie White), Sheldon Peters Wolfchild (Red Elk), Forrest Goodluck (White Moon), Stuart Milligan (major McKay).
Au Kansas, au Wyoming puis en Oklahoma en 1890, Lady Cornelia Locke, une aristocrate débarquée d'Angleterre pour se venger de Lord Thomas Trafford, l'homme qu'elle considère comme responsable de la mort de son fils adolescent, se fait aider par le sergent Eli Whipp alias Wounded Wolf, un redoutable guerrier Pawnee, scout de cavalerie à la retraite, vétéran de l'armée américaine qui veut rejoindre le Nebraska pour y réclamer - belle illusion! - un lopin de terre promis pour ses services militaires passés à combattre ses congénères. Elle lui sauve la vie et le Pawnee lui rend la pareille, la dame transportant une large somme d'argent que convoitaient le patron de l'hôtel isolé Watts et ses sbires, tous abattus. En traversant Caine County, Lady Cornelia et Whipp découvrent deux enfants survivants d'une famille mennonite massacrée par un gang de hors-la-loi. Car John et Katie Clarke, un couple en apparence accueillant mais en réalité monstrueux, renseigne régulièrement les brigands de la région contre argent sonnant sur tous les voyageurs de passage. Au fil d'innombrables rencontres crapuleuses, de pièges déjoués de justesse et d'assassinats en série, Lady Cornelia et Whipp s'éprennent l'un de l'autre, mais l'aristocrate refuse tout contact sexuel. On apprend par la suite que le fiancé de Lady Cornelia, Lord Trafford, parti s'enrichir aux USA, a été trompé par son administrateur David Melmont, brutal et féroce. Ce dernier a violé Lady Cornelia et lui a transmis ainsi la syphilis, infection dont mourra par la suite son jeune fils et qui, via les bordels locaux, fait des ravages dans toute la région, en particulier chez les militaires. Parmi eux, les mercenaires que commandait Melmont lors du massacre à la mitrailleuse Gatling d'un paisible campement cheyenne vers Chalk River. Avant de se séparer, Lady Cornelia et Whipp tuent le féroce Melmont et tous ses sbires, tandis que Lord Trafford se noie dans un fleuve avec son troupeau. Treize ans plus tard en Grande Bretagne, lors d'un "Wild West Show" américain à la Buffalo Bill, Lady Cornelia, le visage défiguré par la syphilis, rend visite à White Moon, un jeune Cheyenne qu'elle a sauvé jadis et qui se dit fier de sa race.
Une saga épique qui peut déconcerter par sa narration lente, complexe sinon elliptique et peu évidente, par le nombre de ses protagonistes psychopathes ou bigots, par l'absence pragmatique de tout pathos sentimental, par des ellipses et un dialogue certes original quoique souvent obscur. Mais le langage visuel est remarquable, l'imagerie est insolite, d'un lyrisme rarement vu dans un téléfilm, enfin l'action est portée par un couple mémorable formé par Emily Blunt (nominée.à l'Oscar pour Oppenheimer de Christopher Nolan) et Chaske Spencer, un Sioux de la nation des Lakotas très engagé dans la défense des droits des autochtones. Le téléaste britannique Hugo Blick, célébré pour ses thrillers politiques, s'attaque à la violence coloniale pour dénoncer dans ce néo-western les affabulations de cent trente années de fiction mensongère. Une série baroque et hallucinée, filmée - qui l'eût cru - de mai à septembre 2021 en Espagne (région de Ségovie, Guadalajara, Tolède) et en Angleterre (BBC Studios et Ditchley Park à Londres). Trois prix et 18 nominations aux BAFTA Awards.