V - L’ESPAGNE, LE PORTUGAL ET LEURS COLONIES D’AMÉRIQUE

1. FELIPE III "El Piadoso" - Maison des Habsbourg (1598 à 1621)

1.2. Les missionnaires jésuites au Japon et les contacts avec l'Espagne

L’implantation du christianisme au Japon commence avec la prédication de saint François Xavier/Francisco de Javier (Francisco de Jasso y Azpilicueta, 1506-1552), l’un des fondateurs de la Compagnie de Jésus, parti pour l’Inde portugaise comme nonce et légat du pape. Son action débute en 1549 à Kagoshima. Sous le shôgunat de Tokugawa Ieyasu, l’Eglise catholique voit une véritable expansion dans les annés 1601 à 1613, avec un évêché et une cathédrale à Nagasaki, financée par la Compagnie de Jésus. L’édit de persécution de 1614 met fin à la prédication du catholicisme, jugé incompatible avec les traditions japonaises. Les missionnaires sont réexpédiés en Occident, les églises détruites, 280 chrétiens japonais décapités. Le 10 septembre 1622 a lieu le « Grand martyre de Nagasaki », après l’arrestation de Pedro de Zuniga et Luis Flores. Deux jésuites, cinq dominicains, deux franciscains et trente-trois chrétiens sont crucifiés. La campagne d’extermination se poursuit pendant toute la décennie suivante.
En Chine impériale, la Compagnie de Jésus réussit à s'introduire passagèrement dès 1601 auprès de l'élite de la cour, mais face à la menace de procès et d'exécutions, le pape ordonne le retour des missionnaires en 1773.
1949Felipe de Jesús / El divino conquistador (MX) de Julio Bracho 
Clasa Films Mundiales, 105 min. – av. Ernesto Alonso (Felipe de la Casas de Alcázar), Rita Macedo (Rosalia / Maria), Julio Villarreal (Frère Pedro Bautista), Antonio Bravo (Don Cristobal), Rodolfo Acosta (le Shôgun Shokosabe), José Baviera (Don Alonso del Alcázar), Francisco Jambrina (cpt. Landecho), Luis Aceves Castañeda (l’empereur Iroyoshi Taikosama).
Après des déconvenues amoureuses, Felipe de Alcázar se fait moine franciscain et part comme missionnaire au Japon où il meurt en martyre à Osaka.
1955*Seido no Kirisuto (Le Christ en bronze) (JP) de Minoru Shibuya 
Shochiku Prod., 100 min. – av. Eiji Okada (Yusa Hagiwara), Kyôko Kagawa (Monica), Osamu Takizwara (Christóforo Ferrero), Shinobu Araki (Tamon), Kazuko Okada.
Nagasaki en septembre 1622 : à la demande des prêtres shintoïstes et bouddhistes, le shôgunat Tokugawa ordonne l’abolition du christianisme, introduit au Japon par les Jésuites espagnols. La faute d’un prêtre renégat, Ferrero, et la collaboration involontaire d’un artiste, le graveur Yusa, qui aime une jeune chrétienne, sert de prétexte au massacre. L'artiste est chargé de créer une statue du Christ en bronze destinée à être piétinée par la foule en signe de renonciation. Sélection du Festival de Cannes 1956 (film en noir et blanc).
1962*Ogin-sama (Mademoiselle Ogin) (JP) de Kinuyo Tanaka
Bungei Production Ninjin Club-Shochiku, 102 min. - av. Ineko Arima (Mlle Gin/Ogin), Tatsuya Nakadai (Ukon Takayama), Ganjirô Nakamura (Riki), Osamu Takizawa (Hideyoshi Toyotomi), Kôji Nanbara (Mitsunari Ishida).
Ce sixième et dernier film réalisé par la cinéaste Kinuyo Tanaka (en scope et couleurs) et adapté du roman de Tôkô Kon (1956) dépeint l'histoire d'amour contrariée entre Gin, fille du maître du thé chrétien Sen Rikyu, et le samouraï Ukon Takayama banni à Kagi, seigneur chrétien en butte à la persécution religieuse décrétée par le shogun Hideyoshi Totoyomi durant la période Sengoku (crucifixion des 26 martyrs de Nagasaki en 1597). Victime d'intrigues politiques et convoitée par le seigneur local alors qu'elle aime Ukon, elle se suicide; son père, qui s'est opposé aux plans d'invasion de la Chine et de la Corée par Hideyoshi, la suit dans la mort. Une tragédie visuellement superbe. Remake en 1978 (cf.). - US: Love Under the Crucifix.
1964Kyoshiro Nemuri Joyoken (La Ballade de Kyoshiro Nemuri) (JP) de Kazuo Ikehiro
81 min. – av. Raizo Ichikawa (Nemuri Kyoshiro), Shino Fujimura, Kubo Naoko, Jo Kenzaburo. – Né du viol d’une vierge par un missionnaire portugais, Kyoshiro Nemuri n’a de cesse que de retrouver son géniteur pour lui faire payer son crime… (sous le shôgunat Tokugawa). Entre 1956 et 1998, les aventures de Kyoshiro Nemuri ont suscité 7 romans (de Renzaburo Shibata), 17 films et 4 téléfilms au Japon.
1971**Chinmoku (Silence) (JP) de Masahiro Shinoda
Hyogensha-Mako International, 129 min. - av. David Lampson (le père Sebastian Rodrigo), Don Kenny (Francisco Garrpe), Tetsurô Tanba (le père Cristóvão Ferreira), Mako (Kichijiro), Shima Iwashita (Kiku), Eiji Okada (Inoue Chikugonokami), Yoshiko Mita (femme à Maruyama), Rokkô Toura (l'interprète), Noboru Matsuhashi (Mokishi), Yasunori Irikawa (Okada Saemon), Yoshi Katô, Taiji Tonoyama, Tomo'o Nagai.
Deux pères jésuites portugais à la recherche de leur mentor Cristòvão Ferreira (c. 1580-1650), découvrent l'ampleur des persécutions chrétiennes au Japon et l'apostasie du disparu. Arrêtés, ils doivent assister à la torture que subissent leurs fidèles catholiques; c'est moralement et religieusement insupportable et les missionnaires s'interrogent sur la "silence de Dieu" dans une telle situation. - Première version (en Eastmancolor) du roman Chinmoku (Silence) de l'écrivain japonais catholique Shûsaku Endô (1966), également porté à l'écran en 2016 par Martin Scorsese (cf. infra), ouvrage qui raconte l'histoire d'une jeune jésuite portugais, Sebastião Rodrigues (inspiré de la figure historique Giuseppe Chiara), envoyé au Japon pour sauver l'Église locale et enquêter sur Ferreira. Shinoda se distingue par son approche documentaire à l'austérité quasi janséniste et s'interroge en particulier sur la possibilité concrète d'une cohabitation entre les cultures nippones et occidentale. Le père Ferreira, ancien prêtre portugais converti au bouddhisme, est interprété par un Japonais grimé en Européen, ce qui souligne sa nature écartée entre deux mondes.
1978Ogin-sama (JP) de Kei Kumai
Takarazuka Eiga Co. Ltd.-Toho, 154 min. - av. Ryôko Nakano (Ogin), Kichiemon Nakamura (Ukon Takayama), Takashi Shimura (Sen Rikyu), Toshirô Mifune (le shogun Taiko Hideyoshi), Atsuo Nakamura (Soji Yamagami), Daijirô Harada (Mozuda). - Adaptation du roman de Tôkô Kon (1956) déjà porté à l'écran par Kinuyo Tanaka (cf. supra, 1962). La persécution des chrétiens au Japon. - US: Love and Faith of Ogin.
1980* (tv+ciné) Shôgun (US/JP/HK) minisérie de Jerry London
Eric Bercovici, James Clavell/NBC-Paramount-Toho-Asahi National Broadcasting-Jardine Matheson Co. (Hong Kong) (NBC 15.-19.9.80), 9h16 min., puis 5 x 55 min. / cinéma : 159 min. et 125 min. – av. Richard Chamberlain (John Blackthorne [=William Adams] dit Miura Anjin-san), Toshiro Mifune (Yoshinaga Torenaga, seigneur du Kwanto [=Tokugawa Ieyasu]), Yôko Shimada (Dame Toda Buntaro Mariko [=Hosokawa Gracia]), Frankie Sakai (Kasigi Yabu, daimyo d’Izu), Alan Badel (le père Dell’Aqua), Michael Hordern (frère Domingo), Leon Lissek (père Sebastio), Damien Thomas (le père jésuite Martin Alvito), John Rhys-Davies (le pilote portugais Vasco Rodriguez), Vladek Sheybal (cpt. Ferriera, gouverneur de Macao), Tôru Abe (gén. Hiro-Matsu), Shin Takuma (Naga [=Takeda Nobuyoshi]), Nobuo Kaneko (Ishido, seigneur d’Osaka [=Ishida Mitsunari]), George Innes (Johann Vinck [=Jan Joosten van Lodensteijn]), Orson Welles (narration en anglais).
En 1600, un navire hollandais piloté par l’Anglais John Blackthorne s’échoue avec quelques survivants sur les côtes japonaises, où les Jésuites hispano-portugais, dont la religion est (encore) tolérée pour des raisons purement mercantiles, ont établi de fructueuses relations commerciales depuis de nombreuses années et n’hésitent pas à faire incarcérer ou disparaître tout concurrent, voire d’autres religieux, missionnaires franciscains ou dominicains. (Le Japon est un marché important pour le commerce de la soie, mais les marchands japonais n’ont pas le droit d’accoster en Chine sous peine de mort.) Les Jésuites prétendent que le navire protestant échoué est celui d’un pirate, et l’« hérétique » Blackthorne est sauvé de la mort grâce à l’intervention du puissant seigneur Torenaga. Celui-ci apprend de sa bouche les méfaits de l’Église catholique en Amérique latine et réalise que la présence des Jésuites au Japon n’est pas innocente. Blackthorne reçoit un nom idoine, Anjin-san (« honorable navigateur »), apprend le japonais et est sacré samouraï après avoir sauvé la vie de Torenaga lors d’un tremblement de terre puis l’avoir aidé à obtenir le titre de Shôgun (le chef militaire suprême du Japon qui règne au nom de l’Empereur) au cours de la guerre menée contre Ishido à Osaka.
Un téléfilm tiré du best-seller éponyme de James Clavell (1975), roman de plus de deux milles pages et vendu à sept millions d’exemplaires. L’auteur a calqué son Blackthorne sur la personnalité de William Adams (1564-1620). Ancien commandant de Sir Francis Drake, Adams quitta Amsterdam en 1598 et fut en effet le premier Anglais à débarquer au Japon – en avril 1600 sur l’île de Kyushu – et le premier Européen à être devenu samouraï. Il se lia d’amitié avec le shogun Tokugawa Ieyasu, et, rebaptisé Miura Anjin, il épousa Oyuki, la fille d’un noble ; il mourut à Hirado, au nord de Nagasaki, après avoir été témoin de l’effrondrement du pouvoir local des Jésuites et des terribles persécutions des Japonais convertis au catholicisme dès 1614 (cf. Silence de Martin Scorsese, 2016). La vie aventureuse d’Adams a déjà tenté les cinéastes comme Fred Zinnemann, John Huston et Peter O’Toole dans les années 1960, sans résultats. Ayant essuyé un échec totalement immérité pour son film historique The Last Valley (La Vallée perdue) en 1971, d’après son propre roman, produit et mis en scène par l’auteur, James Clavell cherche vainement à intéresser les studios hollywoodiens ; il engage en un premier temps Richard Attenborough pour réaliser son film et Robert Bolt (Lawrence of Arabia) pour l’écrire ; il souhaite confier le rôle de Blackthorne à Sean Connery, puis à Roger Moore ou Albert Finney, mais tous trois déclinent, pas libres, voire effrayés par la longueur du script.
Le succès inattendu de la série télévisée Roots (1977) change la donne et Clavell décroche un financement de la NBC, qui a son tour s’allie à la Paramount, aux Japonais et à Hong Kong ; Toshiro Mifune, l’acteur fétiche d’Akira Kurosawa, campe un impressionnant Torenaga, aux côtés de l’Américain Richard Chamberlain ; la version nipponne est plus centrée sur les personnages japonais que sur Blackthorne. Le tournage se fait de juillet à novembre 1979 aux studios Daiei et Shochiku à Kyoto, aux studios Toho à Tokyo et Paramount à Hollywood, les extérieurs au Japon (châteaux de Hakkone et de Himeji [le palais d’Osaka], le village d’Anjiro reconstruit sur l’île de Nagashima) ; la caravelle « The Golden Hinde » se déplace de Londres à Yokohama via San Francisco pour les scènes en mer. En 1980, c’est la production la plus chère jamais réalisée pour la télévision (22 millions de $). L’approche est innovatrice : le film consiste en une plongée en apnée dans l’univers du Japon traditionnel et féodal, comme l’a voulue Clavell (découverte qui n’évite pas toujours les clichés), les dialogues sont souvent parlés japonais et le spectateur, comme Blackthorne, doit attendre la traduction de l’interprète Mariko pour comprendre de quoi il s’agit (une idée du scénariste-producteur Eric Bercovici) ; Clavell, pourtant survivant des terribles camps de prisonniers alliés de Changi, à Singapour en 1942, parle d’un « cadeau » personnel au Japon. Cette exploration d’une culture et de mentalités radicalement différentes ne tient hélas pas sur la durée, étant parfois parasitée par des redites et une passion amoureuse entre le pilote et une Japonaise mariée qui complique inutilement le récit. Néanmoins, la série est un triomphe sensationnel à l’antenne et sort également en salle dans une version raccourcie. Trois Emmy Awards (production, costumes, design) et 14 nominations, Golden Globe Award (Chamberlain, Shimada, production). - Remake en 2024 (cf. infra).
1991Kabuto / Shogun Mayeda / Shogun Warrior / Journey of Honor (JP/US/GB) de Gordon Hessler 
Shô Kosugi/Mayeda Productions-Sanyo Finance Co.-Shô Kosugi Corporation, 107 min. – av. Shô Kosugi (Shogun Daigoro Mayeda), David Essex (Don Pedro), Kane Kosugi (Yorimune Tokugawa), Polly Walker (Cecilia), Christopher Lee (Philippe III d’Espagne), Toshiro Mifune (Tokugawa Ieyasu, seigneur de Kosugi), Norman Lloyd (Padre Vasco), Ronald Pickup (capt. Crawford), John Rhys-Davies (El Zaidan), Polly Walker (Cecilia).
En 1602, persuadé que les armes à feu vont changer le destin du Japon, le seigneur Tokugawa Ieyasu (1543-1616) charge Mayeda, un samouraï, et son fils Yurimune de récolter cinq mille mousquets auprès de Philippe III en Espagne, où le Japonais doit faire face à de nombreux complots et intrigues menés par l'ennemi Toyotomi. L'armée de ce dernier possède en effet une provision d'arquebuses qui pourrait changer le cours de la guerre... Production de Shô Kosugi, grande vedette du cinéma d’arts martiaux, tournée en Panavision et De Luxe en avril-mai 1990 au Japon et en Yougoslavie (Dubrovnik et Belgrade). Mais les parades costumées, l'exotisme, les drames de jalousie et les batailles navales contre les pirates ne suffisent pas pour rendre l'ensemble crédible. (La guerre de Tokugawa sera illustré par Akira Kurosawa dans son brillant Kagemucha en 1980.)
1996Os olhos da Asia / Les Yeux d’Asie (PT/FR/DE) de João Mário Grilho 
Paulo Branco-Madragoa-Gemini-Chris Sievernich, 84 min. – av. Yoshi Oshida, João Perry, Yasukiyo Umeno, Geraldine Chaplin (Jane Powell), Kyioto Harada (Matazaemon), Yuzi Kosugi (Kurobei), Carlos Martins Medeiros (Antonio de Souza), José Eduardo (Lucas do Espirito Santo), Rui Gomes (Sebastião), Edward Ishita.
Japon en 1633, le massacre des chrétiens et des Jésuites espagnols (Juliano de Nakaura).
2004(tv) Gefangen im Reich des Shogun (Prisonnier du Shogun) (DE/JP) de Bernd Liebner 
Série "Sphinx - Geheimnisse der Geschichte (L'Aventure humaine)", Atlantis-Film Berlin-Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF)-Toei Kyoti-Himeji Film Commission (Arte 14.8.04), 52 min. – av. Dan Badarau, Takahiro Hamada, Tetsuo Hayashi, Hirmitsu Ishii, Akio Kitamura, Hirokazu Kubota, Jianxa Liu, Ayumi Niimura, Kazya Naito, Till Weingärtner.
Docu-fiction avec reconstitutions : comment l’arrivée de l’Anglais William Adams au Japon en avril 1600 déclenche l’interdiction du christianisme et le repli du pays sur lui-même. Adams établit des relations commerciales entre le shôgunat et les nations protestantes d’Europe, l’Angleterre et les Pays-Bas, suscitant l’ire des Espagnols et des Portugais sur place. N’ayant dorénavant plus besoin des missionnaires catholiques, les Tokugawa finissent par interdire le christianisme.
2016*Silence / Chinmoku / Silencio (US/TW/MX) de Martin Scorsese
Martin Scorsese, Irvin Winkler, Vittorio Cecchi Gori, Barbara De Fina, Randall Emmett, Gastón Pavlovich, Emma Tillinger Koskoff/Cappa Defina Productions-CatchPlay-Cecchi Gori Pictures-Fábrica de Cione-SharpSword Films-Sikelia Productions-Verdi Prod.-Waypoint Entertainment, 159 min. - av. Adam Driver (père Francisco Garrpe), Andrew Garfield (père Sebastião Rodrigues), Liam Neeson (le père Christóvão Ferreira), Ciarán Hinds (père Alessandro Valignano), Tadanobu Asano (l'interprète), Shin'ya Tsukamoto (Mokishi), Michié (l'épouse Tomogi), Yasushi Takada (Doshin), Yôsuke Kubozuka (Kichijiro), Motokatsu Suzuki (le garde à Edo), Issei Ogata (l'inquisiteur Inoue), Yoshi Oida (Ichizo), Nana Komatsu et Ryô Kase (des villageois chrétiens), Katsuo Nakamura (un prêtre bouddhiste), Ten Miyazawa (le charpentier).
L'histoire des pères Garrpe et Rodrigues, deux missionnaires chrétiens envoyés au Japon au XVIIe siècle pour retrouver la trace de leur mentor, le père Ferreira. Ils y découvrent l'horreur des persécutions, le christianisme ayant été banni du pays. Leur intransigeance dogmatique, leur aveuglement psychologique, leur quête obstinée du martyre et leur méconnaissance totale de la spiritualité bouddhiste comme des traditions locales entraîne la mort atroce de nombreux de leurs pupilles indigènes vivant dans la clandestinité, un fait choquant pour lequel Scorsese, cinéaste hanté par la grâce, ne manifeste étrangement que peu de compréhension. Par ailleurs, sa fresque âpre et austère est visuellement superbe (nominée aux Oscar en 2017). Le romancier-scénariste Shûsaku Endô a fait de l'authentique père jésuite italien Giuseppe Chiara un Portugais du nom (fictif) de Ferreira (son roman, paru en 1966, a déjà été porté à l'écran au Japon en 1971, cf. supra: "Chinmoku"). Tournage en Fujicolor à Taiwan (Taipei City, Beitou, Taichung, Hualien, Yangmingshan National Park et CMPC Studio) pour un budget de 51 milllions de $. Première mondiale au Vatican, le 29.11.2016.
2018(tv) Chine, l'empire du temps / China, the Empire of Time / Die Jesuiten und die chinesische Astronomie (FR/CN) de Cédric Condom
1. Les Jésuites à la conquête de la Cité interdite - 2. Le Procès des Jésuites
Luc Martin Gousset, Frank Smith, Bo Lu/China Intercontinental Communication Center-Infocus Asia-Point du Jour International-Arte (Arte 28.7.18), 2 x 52 min./104 min. - av. Lu Shu (l'empereur Chong Zhen), Fabrice Pierre (le Jésuite Matteo Ricci), Paul Adam Pervan (Père Pentoya), Xu Wei et Wang Wei (des moines chinois), Joseph James Warwick (Père Ruggieri), Shi Kai (Licin), Dieter Schweinsberg (Johann Schreck), Wallerand de Normandie (Adam Schall von Bell), Steven Thomas Boergadine (Schall von Bell âgé), Lu Quinglong (Li Zubai), Giorgio Dalsoglio (Giacomo Rho), Chen Chen (l'empereur Shunzi), Emmanuel Audibert (Ferdinand Verbiest), Loou Juanjuan (la concubine impériale), Guangxu Xiao (Fan Wencheng), Jialong Jiang (l'impératrice mandchoue), Wanyong Zhang (l'empereur Kungxi), Gilles Warwick David (Lodovico Buglio), Paul Collins (Gabriel Magalhaes).
La mission des Jésuites étant de participer à la reconquête de la chrétienté à travers le monde, entre 1601 et 1688, l'ordre tente de s'introduire durablement en Chine impériale. Formé à la mathématique et à l'algèbre, le Jésuite Matteo Ricci découvre sur place l'astronomie chinoise et son calendrier. Il utilise les mathématiques d'Occident comme arme nouvelle pour évangéliser l'empire du Milieu. La population indigène est réticente, mais Ricci s'attire les faveurs du pouvoir et des intellectuels chinois en révolutionnant les méthodes de calcul et l'organisation du calendrier chinois. L'enjeu politique est énorme: réussir ou non à prédire une éclipse peut avoir des répercussions historiques. La méfiance envers les missionnaires augmentant, le pape finit par dissoudre la compagnie de Jésus en Chine en 1773. Tournage à Pékin (Cité interdite et studios Heng Dian).
2024** (tv) Shôgun (US) série de Frederick E.O. Toye, Jonathan van Tulleken, Charlotte Brändström, Takeshi Fukunaga, Hiromi Kamata, Emmanuel Osei-Kuffour
Eriko Miyagawa, Hiroyuki Sanada, Erin Smith, Jamie Vega Wheeler, Tom Winchester/DNA Films-FX Productions-Gate 34 Productions-Michael De Luca Productions (FX Network/Hulu/Disney+ 27.2.24), 10 x 60 min. - av. Cosmo Jarvis (John Blackthorne), Anna Sawai (Toda Mariko), Tadanobu Asano (Kashigi Yabushige), Yûki Kedôin (Takemaru), Adiko Kobayashi (Setsu), Hiroyuki Sanada (Yoshii Toranaga), Hiromoto Ida (seigneur Kiyama), Tommy Baston (le père Martin Alvito), Paulino Nunes (le père Dell'Aqua), Nestor Carbonell (Vasco Rodrigues), Takehiro Hira (Ishido Kazunari), Yuki Kura (Yoshii Nagakado).
Remake opulent et pleinement réussi de la série de 1980 (cf. supra), une fresque romancée adaptée du best-seller de James Clavell (1975) par le couple Rachel Kondo et Justin Marks qui étoffent les personnages japonais et augmentent leur temps de parole en version originale. Ils comptent ainsi gommer le point trop occidental de la version précédente (qui fut critiquée par les Japonais); ainsi, la délicieuse dame du palais Toda Mariko dont la famille a été décimée, tombée en disgrâce, devenue traductrice et convertie à la foi chrétienne. On retrouve, portée par la star Hiroyuki Sanada (le "Tom Cruise japonais"), le marin britannique Blackthorne débarqué sur des terres que les Portugais catholiques ont défrichées avant lui. La série est belle comme une estampe, nettement plus authentique dans ses reconstitutions et filmée de septembre 2021 à juillet 2022 au Japon, au Canada (Vancouver, Port Moody, Ucluelet, Coquitlam, Maple Ridge en Colombie-Britannique) et à Londres. Lauréat des Emmy Awards 2024 (pour meilleur série, les acteurs Hiroyuki Saada, Anna Sawai, Nestor Carbonell), casting, photo, costume, maquillage, musique, montage, décors, son, effets spéciaux et cascades). Golden Globes 2025 (pour série, les acteurs Hiroyuki Sanada, Anna Sawai, Tadanobj Asano).