I - LE ROYAUME DE FRANCE

Charlemagne contemple la carte de l’Europe que lui présente Éginhard (télésérie de Clive Donner, 1994).

2. CHARLEMAGNE, EMPEREUR D’OCCIDENT (768 à 814)

Né en 747, fils aîné de Pépin le Bref/Pippin der Jüngere, roi carolingien, et de Berthe/Bertrada dite au Grand Pied. Épouses: Hildegarde (758-783), Luitgarde, Fastrade (Charles est à la fois bon chrétien et polygame). Roi des Francs né dans l’actuelle Belgique, il règne jusqu’en 771 avec son frère CARLOMAN/KARLMANN. Ayant conquis l’Italie du Nord en 774, il devient roi des Lombards, puis s’empare de la Toscane et du duché de Spolète. En 785, il soumet la Bavière. Il lui faut trente-deux ans de campagne et dix-huit expéditions pour venir à bout des Saxons, annexer leur territoire et les convertir de force au christianisme. C'est la "loi du fer de Dieu": le baptême ou la mort. Sacré Empereur des Romains par Léon II à Rome en 800 (un pape auquel son père Pépin a fait cadeau de territoires qui deviendront les États pontificaux), il rétablit l’ordre romain pour diriger un empire chrétien qui s’étire sur la majeure partie de l’Europe occidentale (environs un million de km2), avec Aix-la-Chapelle/Aachen pour capitale.
Son règne de 46 ans ne comptera qu’une seule année sans bataille. Pas viable, son empire ne lui survivra pas longtemps : trop vaste pour les moyens de communication de l’époque, mal défendu faute de vaisseaux et d’effectifs, il sera tout de suite dépecé par les partages familiaux. Quant à l’intervention des Carolingiens en Italie qui donnent aux papes le pouvoir sur la Péninsule, elle suscitera une remarque caustique du célèbre historien Edward Gibbon : « L’humilité d’un prêtre chrétien aurait dû peut-être refuser un royaume terrestre qu’il ne pouvait gouverner aisément sans renoncer aux vertus de son état... »
L’historiographie nationaliste, amplement diffusée par les manuels scolaires, a longtemps enseigné que « France » et « Allemagne » sont issues du traité de Verdun de 843, qui partage le royaume impérial franc en trois parts, la Francie occidentale, la Francie orientale et, au milieu, la Lotharingie ; selon ce dogme erroné et idéologiquement entaché, le Rhin serait leur frontière « naturelle » et la possession de la Lorraine leur commune ambition. Or, l’unité franque ne s’est pas disloquée après la mort de Louis le Pieu, fils de Charlemagne, en 843. Ni le traité de Meersen (870), qui obligeait Charles le Chauve, roi de Francie occidentale, à rendre à Louis le Germanique, roi de Francie orientale, les villes lotharingiennes d’Aix-la-Chapelle, Cologne, Metz et Trêves (qu’il venait de prendre par les armes) ni la conquête de la Lotharingie par Charles III le Simple en 911 s’est faite au nom de la « France », mais au nom d’une politique royale « franque » par un roi « franc ». La vraie rupture des deux Francie se situe au XIIe siècle, lorsque les termes de « royaume franc » disparaissent des documents diplomatiques pour être remplacés par ceux de « deutsch (teutonicus) » et « franceis ». Toutefois, conscients de leur origine commune, les deux territoires n’ont pas de problème de frontière durant tout le haut Moyen Âge. L’existence d’une inimitié absolue entre la France et l’Allemagne date de la Renaissance, au XVIe siècle. Elle est propagée par les humanistes allemands soucieux de différencier les Habsbourg des Valois. (cf. Carlrichard Brühl, Naissance de deux peuples, Français et Allemands (IXe-XIe Siècle), Fayard, Paris, 1994). La suite est connue. Accessoirement, ces considérations expliquent pourquoi l’audiovisuel ne se penche vraiment sur Charlemagne et son règne qu’à partir de la création de l’Union européenne.
1911Karl der Grosse. Bilder aus der deutschen Geschichte (DE) de Franz Porten
Deutsche Mutoskop- und Biograph GmbH, Berlin, 1 bob. - av. Anton Ernst Rückert (Charlemagne), Ludwig Colani, Gerhard Dammann. – Quelques « tableaux vivants » de l’histoire allemande qui accaparent Charlemagne pour le IIe Reich du Kaiser, à trois ans de la Première Guerre mondiale.
1955(tv) The Shining Beacon. A Tribute to Alcuin (US) d’Albert McCleery
« The Hallmark Hall of Fame » no. 143 (NBC 13.2.55), 60 min. – av. Whitfield Connor (Alcuin de York), Don Megowan (Charlemagne), Antony Eustrel (Voinier), Gladys Holland (Desirée, princesse lombarde), John Dodsworth (Luville), Peter Reynolds (Jacques), John Larch (Quintus), Will J. White.
La vie d’Albinus Flaccus, dit Alcuin, théologien, pédagogue et savant anglais (735 York-804 St. Martin de Tours), qui enseigna l’écriture et la lecture à Charlemagne.
1963® Shéhérazade / La schiava di Bagdad / Scherezade (FR/IT/ES) de Pierre Gaspard-Huit – av. Anna Karina (Shéhérazade), Gérard Barray (Renaud de Villecroix), Antonio Vilar (Haroun Al-Rachid), Gil Vidal (Thierry), Giuliano Gemma (Didier). – En l’an 809, Charlemagne envoie une ambassade extraordinaire à son égal en puissance en Orient, Haroun Al-Rachid, calife de Bagdad. Cette mission pacifique sur les rives de l’Euphrate est dirigée par le jeune neveu de l’empereur, Renaud de Villecroy, secondé des chevaliers francs Thierry et Didier... Fantaisie orientale dont les prémisses reposent sur des faits réels : en 797/98, l’impérial « pourfendeur d’infidèles » délégua des ambassades à Bagdad pour s’allier au calife abbasside contre les chrétiens de Byzance, et pour lui demander de protéger les monastères d’Orient ainsi que les pèlerins sur le chemin de la Terre sainte. Il y eut échanges de cadeaux entre les souverains, Bagdad envoyant notamment Aboul Abbas, un éléphant qui mit Aix-la-Chapelle en grand émoi (802), et une phénoménale horloge hydraulique en cuivre (807). – cf. Moyen Âge : Moyen-Orient.
1965(tv) Interview mit der Geschichte (DE) de Heinz Schäferz
(ARD 4.8.65). – av. Alfred Schieske (Charlemagne). – Une « interview avec l’Histoire » où Charlemagne s’explique et justifie sa politique.
1968(tv) L’incoronazione di Carlo Magno (IT) de Piero Schivazappa
série « I giorni della storia » no. 1, RAI (Programma Nazionale 1.10.68). - av. Paolo Graziosi (Charlemagne), Antonio Pierfederici, Carlo Hintermann, Olga Villi, Enzo Tarascio, Renato De Carmine, Roldano Lupi, Manuela Kustermann. – Reconstitution télévisuelle du couronnement de Charlemagne à Rome, le jour de Noël de l’an 800.
1969Il cavaliere inesistente (Le Cavalier inexistant) (IT) de Pino Zac [=Giuseppe Zaccaria]
Istituto Nazionale Luce, 1h37 min. - av. Hana Ruzickova (Sœur Théodora / Bradamante /Priscilla/ Sofronia), Stefano Oppedisano (Torrismond/Raimbaut/Rinaldo), Evelina Vermigli-Gori (Sœur Candide), Pilar Castel, Adriana Facchetti, Marina Fiorentini, Rita Oriolo, Nunù Sanchioni, Dina Perbellini, Rita Perego, Rosa Bianca Scerrino, Tony Erè.
Synopsis : Le vaillant chevalier Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes, compagnon d’armes de Charlemagne, est envié de toutes parts, mais il intrigue aussi, car il n’enlève jamais son heaume et ne dort pas. En fait, Agilulfe a bien une armure et une voix, mais pas de corps physique. Provoqué lors d’un banquet, il part à la recherche de Dame Sofronia, captive d’un sultan. Son écuyer, l’étrange Gourdoulou, l’accompagne et il est suivi de loin par Bradamante, une femme-guerrière amoureuse de lui, et par le paladin Torrismond. Son périple aventureux qui le mène d’Ecosse jusqu’en Afrique du Nord ne lui apportera pas le bonheur, et on ne retrouvera que son armure vide.
En s’inspirant du roman pessimiste d’Italo Calvino (1959), le caricaturiste romain Pino Zac, collaborateur du Canard enchaîné, applique une technique originale qui mélange dessin animé et acteurs réels. Son film, fortement marqué par le graphisme de Jiri Trnka et de Karel Zeman, est tourné en partie à Prague, en Eastmancolor. Ce mariage d’humour, de poésie fantastique et de satire féroce sous forme de petits tableaux de maîtres désoriente le public italien et le film n’aura qu’une distribution confidentielle. Chez Calvino, l’évocation du Moyen Âge est un détour narquois pour mieux cerner l’amertume de notre présent, ses personnages s’agitant comme des marionnettes à tiges siciliennes (les « puppi ») dont la secrète angoisse leur tient lieu de fil. Le chevalier inexistant représente l’esprit bureaucratique, scientifique, progressiste et mortifère auquel le romancier oppose l’imagination (la littérature), seule en mesure de sauver le monde en lui restituant sa part d’humanité.
1969(vd) Charlemagne : Holy Barbarian (US) de Victor Vicas
Série "The Shaping of the Western World", William Deneen/International Film Associates-Learning Corporation of America, 26 min.
Docu-fiction pédagogique avec comédiens anonymes et reconstitutions: Charlemagne convertit les Saxons par l'épée. Primé à l'Oakland Film Festival.
Roland (M. Carrière) fasciné par le tyrannique Charlemagne (G. Wilson) dans « Le Jeune Homme et le Lion » (tv 1976).
1976*(tv) Le Jeune Homme et le Lion / The Young Man and the Lion / Der junge Mann und der Löwe (FR/GB/CH/DE/CA) de Jean Delannoy
TF1 (Claude Désiré)-Télécip (Rolland Gritti), Paris-BBC-SSR-TV60 München-Société Radio Canada (TF1 22.12.76), 2h52 min. (2 parties). - av. Georges Wilson (Charlemagne), Matthieu Carrière (Roland de Roncevaux), Louis Eymond (Alcuin de York), Magali Millou (la reine Hildegarde), Louise Conte (Bertrade de Laon dite Berthe au Grand Pied), Catherine Rethi (Désirée, princesse lombarde), Doris Kunstmann (Aude, sœur de Widukind), Mark Zala (Pépin, fils de Charlemagne), Janós Kovács (l’archevêque Turpin), Lajos Mezei (le pape Hadrien Ier), Jean Claudio (Ganelon de Mayence), François Maistre (Marsile, calife de Saragosse), Lajos Meran (Didier, roi des Lombards), Endre Katai (Carloman, frère de Charlemagne), Angelo Bardi (le barbier), Zsolt Körtsvéyessy (le duc Naime), Károly Mécs (Ogier), Lászlo Mensáros (Amalwin), Raimund Harmstorf (le roi Widukind/Wittekind le Grand de Saxe), Iren Süto (Gisèle, sœur de Charlemagne), Ingo Thouret (Olivier, frère de Widukind), Erzsi Simor (la mère abbesse), Maria Tolna (Gerberge), Magali Renoir, Robert Party.
Synopsis : En 773, Charles Ier, roi des Francs, qui rêvait de faire une Europe unie sous la bannière de Dieu, s’en va une fois de plus réduire la résistance saxonne. « Comme beaucoup de rêves de paix, celui-ci devait être un rêve sanglant, dit un carton introductif. Charles y a pourtant cru de bonne foi et a tout fait, au prix de plus quarante guerres, pour le réaliser. Mais ce rêve était peut-être un rêve d’orgueil et de puissance : ceux qui peuvent tout oublient souvent d’être des hommes... » Au cours d’une des innombrables expéditions punitives contre les Saxons du roi Widukind, Charlemagne est tiré d’une embuscade par Roland, le fils de sa sœur Gisèle. Vainqueur, le roi donne le choix aux vaincus : le baptême ou le billot. Des milliers ont la tête tranchée, et comme il y a pénurie de bourreaux, on les remplace par des bûcherons. Charlemagne offre à son neveu une captive saxonne, Aude, sœur du roi ennemi (qui toujours lui échappe). Roland l’épouse, elle se fait chrétienne. Widukind la renie. Vexé par l’érudition de sa nouvelle reine, Hildegarde (qui a l’âge de ses propres filles), Charlemagne demande à Roland de lui apprendre secrètement à lire et à écrire. Il s’établit entre les deux hommes une relation complexe, soumise aux passions du souverain. A la mort de son frère Carloman, Charlemagne part en guerre contre son ancien beau-père, Didier, roi des Lombards dont il s’approprie la couronne de fer à Pavie. A Rome, il reçoit le soutien du pape Hadrien. En Saxe, Ganelon gouverne en tyran et provoque des soulèvements. Charlemagne le fait remplacer par Roland. Ayant écrasé les Saxons après un guet-apens de Widukind qui a failli lui coûter la vie, Charlemagne tourne ses armes vers l’Espagne. Il assiège Saragosse, mais Ganelon se venge en s’alliant aux Sarrasins et en faisant périr Roland à Roncevaux. Charlemagne décapite le traître. Aude (que Charlemagne a fait enfermer dans un cloître) meurt de douleur en apprenant le décès de son époux.

Jean Anouilh brosse le portrait d’un souverain complexe et brutal
Cette fresque télévisée de trois heures repose sur un ancien projet avorté de Jean Delannoy et Jean Anouilh (d’après une idée suggérée par le cinéaste), annoncée dix ans plus tôt : il s’agissait alors d’une coproduction franco-américaine destinée au grand écran, avec Kirk Douglas dans le rôle-titre, star que l’on avait fait venir exprès d’Hollywood pour les tractations. En vain. Lorsque TF1 se manifeste, Delannoy reprend le script initial et convainc Anouilh de travailler exceptionnellement pour le petit écran. Anouilh signe le scénario, l’adaptation et les dialogues en collaboration avec Jean Aurenche et le réalisateur. En chrétien pratiquant, Delannoy remâche telle quelle la fiction islamophobe de la Chanson de Roland qui fait de Roland un prétendu neveu de Charlemagne, tué par les Sarrasins dans une embuscade (ici des Basques alliés au calife de Saragosse). Le tournage s’effectue en Hongrie, dans les studios Mafilm à Fót et à Budapest où le cinéaste peut disposer de moyens honnêtes à des conditions relativement économiques, dans les plaines de la Puszta (parc national Hortobágy) pour le siège de Pavie, puis en Camargue pour les séquences espagnoles. Il renonce à l’exactitude de certaines bâtisses (églises en bois). En revanche, il montre la piscine chauffée de Charlemagne au château d’Aix-la-Chapelle, un détail cocasse mais authentique à saluer parmi un ensemble de reconstitutions plutôt approximatives.
Malgré ses chevauchées et échauffourées, ce téléfilm opérant un amalgame d’Histoire et de légende (tout ce qui entoure le personnage fictif de Roland) se veut plus une étude de caractères doublée d’un débat d’idées qu’un récit épique. Il vit d’un texte malicieux, révisionniste, légèrement provocateur d’Anouilh ainsi que de l’interprétation à la fois subtile et musclée de Georges Wilson. La chimie serait parfaite si Delannoy ne l’affadissait pas par sa mise en scène dépourvue d’imagination comme de relief. Contrairement aux clichés traditionnels, ce Charlemagne se fait raser tous les matins et ne porte qu’une moustache : finie la barbe fleurie des manuels scolaires, produit d’une iconographie tardive ! Il est hors de question de vanter les exploits politico-militaires de Charles, qui n’a pas encore été sacré empereur. Anouilh dessine un monarque tourmenté, plus proche de son Becket que du florilège moyenâgeux : un souverain complexe et brutal, un tyranneau lubrique, aux nombreuses concubines, vociférant, batailleur, égocentrique, tantôt attendrissant, tantôt ignoble, arpentant une Europe aux dimensions de Marché commun. À la question « pourquoi faites-vous couper tant de têtes ? », il répond « parce qu’elles repoussent ! » et le montage alterne plans de décapitations et de baptêmes à la chaîne (1400 nouveaux chrétiens par jour, se vante-t-on, et autant de païens en moins). Georges Wilson porte ce rôle écrasant (qui lui va comme un gant) sans faiblesse, suggérant même comment Charlemagne se découvre un sentiment paternel mêlé de culpabilité face à ce Roland trop beau et trop noble, fils de sa sœur et dont il fit jadis tuer le père. Un crime qu’il expie d’ailleurs en s’autoflagellant la nuit et en faisant, pieds nus, des pèlerinages annuels à Sainte-Ursule, le cloître que les Saxons viennent d’incendier (tout cela est évidemment de pure invention). Son propre fils, Pépin le Bossu, est un pauvre nabot qu’il adore humilier en public. Roland (Mathieu Carrière, très convaincant) est dépeint comme un jeune humaniste qui n’admet pas l’atteinte à la liberté, à la vie d’autrui (« je hais la guerre et la grandeur »), tandis que Charlemagne, homme d’action d’un pragmatisme sauvage, ne peut s’offrir de tels scrupules.
En pays saxon, l’idéalisme soixante-huitard de Roland se retourne contre les siens et le roi le force à torturer ses prisonniers pour obtenir des renseignements vitaux (« tu aimes bien la guerre quand on ne tue pas ! »). Il voit pourtant dans ce vaillant jouvenceau ce qu’il aurait voulu être, si son destin n’avait été de gouverner avec toutes les injustices que ça implique (« il faut me prendre comme Il m’a fait ! »). Apprenant que Charlemagne a décidé de sacrifier de sang froid son arrière-garde dans les Pyrénées, Roland, las des calculs politiques, lui fausse compagnie pour mourir avec ses camarades condamnés. Le roi le pleure comme un fils, sa disparition lui porte un coup fatal (il comptait sur lui pour assurer la succession de sa propre progéniture). Le décès d’Aude le désarçonne plus encore : « Crois-tu qu’on meurt d’amour ? » demande-t-il perplexe à Alcuin, son mentor et père confesseur. « Oui, conclut ce dernier, et il y a justement rude besogne à faire sur la terre, parce qu’il n’y a pas assez d’amour. » Le téléfilm dont Delannoy se dit le plus fier.
1981(vd) Pippin : His Life and Times (US/CA) de David Sheehan et Bob Fosse (supervision)
David Sheehan/Showtime Networks-Elkins Entertainment, 1h52 min. – av. William Katt (le prince Pépin, fils de Charlemagne), Leslie Denniston (Catherine), Benjamin Rayson (Charlemagne), Ben Vereen (The Leading Player), Martha Raye (Berthe au Grand Pied, grand-mère de Pépin), Chita Rivera (Fastrade, belle-mère de Pépin), Christopher Chadman (le prince Louis, futur Louis le Pieux), Frank Masrocola, John Mineo, Joanie P. Oneill, Charles Lee Ward, Lee Mathis, Debra Phelan, Linda Haberman, Kate Wright, Allison Williams.
Synopsis : Rock-opera pour adolescents contestataires issus de la « Flower Generation ». À peine sorti d’école, le prince Pépin d’Italie (777-810), second fils de Charlemagne et d’Hildegarde, cherche à découvrir sa place dans le monde et une raison de vivre. Guidé par The Leading Player et sa bande de joyeux ménestrels, il explore les domaines de la connaissance, fait l’expérience de la guerre, du sexe, des drogues, de la révolution, du parricide et de la politique. Benjamin Rayson fait un Charlemagne pompeux et belliciste… Ce spectacle gentillet, filmé à Hamilton, Ontario (Canada), est la transposition vidéo du musical éponyme signé Roger O. Hirson et Bob Fosse (« Cabaret », « All That Jazz »), sur une musique et des paroles de Stephen Schwartz (« Godspell »). Produit par Fosse, « Pippin » a été de 1972 à 1977 un véritable triomphe à Broadway (1944 représentations, 5 Tony Awards) et Bob Vereen, l’interprète du « guide spirituel » de Pépin, a remporté le Tony Award. Rappelons que l’authentique Pépin fut sacré roi des Lombards en 781 par le pape Hadrien Ier. Au partage du royaume en 806, il reçut de Charlemagne, outre le titre de roi d’Italie, les territoires de la Bavière et de l’Alémanie. Il mourut cependant quatre ans avant son père.
1988(tv-mus) Fierrabras (AT) de Ruth Berghaus (th), P. W. R. Lauscher (vd)
Wiener Staatsoper, 2h. – av. Thomas Hampson (Roland de Roncevaux), Josef Protschka (Fierrabras), Karita Mattila (Emma), Ellen Shade (Florinda), Peter Hoffman (Ogir), Robert Holl (Charlemagne), Robert Gambill (Eginhard). – Captation de l’opéra héroïco-romantique de Franz Schubert et Josef Kupelwieser (1823), qui reprend la légende de Roland avec variations : Dans le Midi de la France, le prince-héritier maure Fierrabras aime Emma, la fille de Charlemagne (qui, elle, ne rêve que d’Eginhard, chevalier sans le sou), tandis que Roland est épris de Florinda, la sœur de Fierrabras. Après les quiproquo d’usage, Charlemagne capture la forteresse maure où est détenu Roland. Les vaincus se font baptiser à la chaîne, Roland peut épouser Florinda, mais Fierrabras, éconduit, poursuit la guerre… Une mise en scène de la Staatsoper à Vienne avec des décors abstraits, sous la direction musicale de Claudio Abbado.
1988® Al-Andalus. El camino del sol (ES) d’Antonio Tarruella et Jaime Oriol – av. Fernando Hilbeck (Charlemagne), Luis Suarez (Abd al-Rahman, fondateur des Ommeyades). – En 778, Charlemagne intervient dans les dissensions entre les monarques musulmans d’Espagne où Ibn al-Arabi, le gouverneur abbasside de Saragosse, veut se soustraire à la domination d’Abd al-Rahman, l’émir omeyyade de Cordoue (cf. infra, 2.1 Roland à Ronceveaux). - cf. Moyen Âge : Espagne maure.
1991Das Licht der Liebe [La Lumière de l’amour] (DE-RDA) de Gunther Scholz
Gruppe « Berlin »-DEFA, 1h23 min. - av. Sven Jansen (Bengel), Eva Vejmelkowá (Reglindis), Rolf Hoppe (le margrave de Thuringe), Dietrich Mechow (le médecin), Linde Sommer (l’abbesse), Petr Slabakov (le cavalier noir).
Synopsis : En 804, un jeune orphelin nommé Bengel (« chenapan ») vit dans une abbaye où les nonnes le taquinent à cause de sa laideur. Il guérit un cavalier noir que l’on croyait atteint de la peste et celui-ci lui parle du prince Bogumil, le fils disparu de Slavomir, le roi des Slaves. Charlemagne a promis la main de la douce Reglindis, fille du margrave de Thuringe, à ce prince recherché dans tout l’empire. Bengel, qui ignore d’où il vient, s’identifie avec Bogumil et se rend au château du margrave. Reglindis, qui est aveugle, s’éprend de lui, ayant reconnu sa beauté intérieure. Le margrave tente par deux fois de le faire assassiner, mais le cavalier noir le protège et parvient à prouver que Bengel est bien le prince disparu. – Un film pour la jeunesse tourné aux studios de Berlin-Babelsberg, en Allemagne de l’Est, d’après le drame lyrique La fille du roi René (Kong Renes Datter, 1845) du poète danois Henrik Hertz, une matière qui inspira aussi Tchaïkovski pour son opéra Yolande (1892).
1993® (tv) Inside the Vatican (CA) de John McGreevy – av. Jacques Godin (Charlemagne). – Divers épisodes de l’histoire du Vatican : en l’an 800, le pape Léon III couronne Charlemagne empereur d’Occident. – cf. Moyen Âge : Italie.
Christian Brendel, un Charlemagne pétri de contradictions dans l’opulente télésérie de Clive Donner (1994).
1994*(tv) Charlemagne, le prince à cheval / Carlo Magno, la corona e la spada / Karl der Grosse / Carolus Magnus (FR/LX/IT/DE) de Clive Donner
Parties : 1. Le Prince / Il principe / Der Prinz - 2. Le Roi / Il re / Der König - 3. L’Empereur / Il imperatore / Der Kaiser
Lux Spa (Alessandro Jacchia)-Pathé Télévision (Janine Langlois-Glandier)-Rai Uno (Ettore Bernabei)-FR2-FR3-Beta Films (TSR 9.2.94 / TF1 28.2.94 / Rai Uno 20.2.-6.3.94 / Arte 30.4.-2.5.04), 3 x 1h30 min. - av. Christian Brendel (Charles Ier, roi des Francs et des Lombards, devenu Charlemagne), Anny Duperey (Bertrade de Laon dite Berthe au Grand Pied), Lino Capolicchio (le pape Léon III), André Oumansky (Pépin/Pippin le Bref), Gilles Gaston-Dreyfus (l'historien Eginhard/Einhard), Xavier Deluc (Roland de Roncevaux), Paolo Bonacelli (Vitale), Vanni Corbellini (Ganelon de Mayence), Pierre Anais (Jean Turpin, évêque de Reims), Arno Chevrier (Roger), Valentine Varela (Luitpergue), Carole Richert (Himiltrude), Chris Campion (Pépin le Bossu, son fils), Nils Tavernier (Carloman/Karlmann, frère cadet de Charlemagne), Anne De Broca (Gerberge), Corinne Touzet (Irène la Superbe, impératrice de Byzance), Frank Finlay (Alcuin de York), Sergio Fantoni (le pape Hadrien Ier), François D’Aubigny (Gilbert), Dominic Gould (Auger), Pierre Cosso (Olivier), Simona Cavallari (Ermengard), Marc de Jonge (Childeric), Sophie Duez (Luitgarde), Remo Girone (le roi Désiderius), Helmut Griem (Widukind/Wittekind, roi des Saxons), Pier Luigi Misasi (Pascalis), Isabelle Pasco (Hildegarde), Pierre-François Pistorio (Hildibald), Peter Sattmann (Tassilon, duc de Bavière), Giovanni Guidelli (Adalgise), Remo Girone (le roi Didier), Lazlo Borbely (Campulus), Yan Brian (le duc Huboldt/Hunald d’Aquitaine), Antoine Herbez (Huboldt fils), Zsolt Offbauer (le fils de Carloman), Zoltan Papp (Geoffrey), Peter Nagy (le prince Charles), Balazs Kiss (le prince Pépin), Akos Malindovsky (le prince Louis, futur Louis Ier le Pieux), Violetta Varga (la princesse Rothrud), Laura Sziranyi (la princesse Berthe), Timoa Lipton (la princesse Gisèle), Dani Javor (Constantin), Tans Puskas (Sigurd).
Synopsis : En 768, Charles a 26 ans. A la mort de son père, Pépin le Bref, il se voit cantonné le long de l’Atlantique, son frère cadet Carloman héritant du reste du royaume au sud. Or, le pacte de Quierzy signé jadis par Pépin avec le pape Étienne II fait obligation aux Francs d’assurer la paix sur tout l’Occident chrétien et la répartition paternelle prive Charles de l’accès direct à Rome et au Saint siège dont il s’affirme le défenseur. La reine-mère, l’intrigante Berthe au Grand Pied, incite Ganelon à empoisonner Carloman, peu enclin à soutenir son frère aîné. Ainsi, Charles reste seul sur le trône. Entre-temps, celui-ci fait la guerre au duc félon d’Aquitaine, Huboldt, qu’il décapite, puis répudie sur ordre maternel son amour de jeunesse, Himiltrude (qui lui a donné un fils illégitime, Pépin le Bossu) et épouse la princesse lombarde Ermengarde, « une jument en parfaite santé et bien dressée », fille du roi Didier. Ce dernier ayant envahi les États du pape, Charles sauve le souverain pontife, conquiert Pavie, destitue Didier et coiffe la couronne lombarde. Il épouse la princesse souabe Hildegarde. De Byzance, l’impératrice Irène lui tend un piège en Espagne en lui faisant miroiter la couronne de Saragosse. Le roi rebrousse chemin devant la cité fortifiée des Sarrasins, mais à son insu, Roland incendie Pampelune, cité des Basques chrétiens. Ceux-ci se vengent, c’est l’épisode de l’olifant et de Durendal. De retour à Aix, Charles se consacre à l’étude et à l’enseignement de ses peuples, puis, le pape Hadrien lui ayant confié la mission d’évangéliser la Saxe, il combat le roi Widukind, entraînant une série d’atrocités réciproques. Son fils Pépin le Bossu conspirant contre lui avec Ganelon, il les confond et leur pardonne. A Rome, la faction byzantine s’attaque au nouveau pape, Léon III, lui crevant les yeux et cherchant à lui arracher la langue. Conformément au pacte de Quierzy qui lie les Francs à l’Église romaine, Charles abandonne sa mère mourante et sauve le pontife au cours d’un procès public. La flotte byzantine rebrousse chemin. Le jour de Noël de l’an 800, le pape, miraculé, dépose sur sa tête la couronne d’empereur d’Occident, créant ainsi la base du Saint-Empire Romain. Charles à ses fils : « Je veux qu’après ma mort, vous soyez les garants de l’unité de la Cité des Hommes. Cette cité s’appelle l’Europe. » Charlemagne a alors 58 ans, il vivra encore 14 ans, précise le carton final.

Charlemagne (Christian Brendel) récupère le cadavre de cette tête brûlée de Roland à Roncevaux (tv 1994).
 Un effort multinational pour un empereur résolument européen
« Charlemagne, prince à cheval » est un hommage télévisuel d’envergure – l’équivalent de trois longs métrages - de l’Union européenne au premier grand fédérateur du vieux continent. Le financement en est assuré par un triumvirat franco-italo-germanique (84 millions de francs), tandis que la Grande-Bretagne est représentée par le réalisateur Clive Donner, qui, en matière médiévale, avait signé un excellent « Alfred the Great » (1968) (cf. Angleterre), suivi d’un fort médiocre « Héloïse et Abélard » (« Stealing Heaven », 1987) (cf. 3.1). Le principal orfèvre à l’écriture, Marcel Jullian, éditeur du général de Gaulle, fondateur d’Antenne 2, producteur du grand et du petit écran (« Les Rois maudits », 1972, « Guillaume le Conquérant », 1982), est aussi l’auteur érudit de l’ouvrage Charlemagne ou la jeunesse du monde (1993) qui sert ici de référence. Marcel Jullian remet Charles « sur son cheval » afin de lui faire parcourir l’Europe du Nord au Sud, de l’Ouest à l’Est, besogne harassante à laquelle le jeune roi devra sacrifier amis, famille et nuits paisibles. La stratégie politique prime sur la psychologie, aux dépens parfois du ressort dramatique. Le scénario montre l’itinéraire d’un garçon un peu primitif, joyeux noceur illettré que rien ne distinguait au départ, et qui parvient à surpasser ses fêlures pour acquérir pas à pas les qualités qui feront de lui un empereur sans doute orgueilleux et inflexible mais jamais vaniteux. La première étape étant de tenir tête à sa mère envahissante (Annie Duperey l’interprète avec une pointe d’humour … et des grands pieds), dragon à poigne de fer et femme politique qui ne lâche pas son rejeton d’une semelle, ni à la guerre, ni même quand il copule au sol avec sa compagne du moment. Conseillé par un moine épris de culture et d’enseignement (Alcuin d’York), et partout accompagné de son biographe Eginhard, débordant de femmes et de concubines (Himiltrude, Ermengarde, Hildegarde, Luitgarde, Fastrade), vivant en quasi-polygamie (le mariage n’est pas encore un sacrement chrétien), gavé de richesses comme le légendaire trésor des Avars, mais aussi sans cesse en péril et bientôt jalousé par sa marmaille royale, Charles « veut à tout prix rassembler sous la croix, la Cité des hommes et la Cité de Dieu » (Jullian).
La légende de Roland est corrigée : simple compagnon d’armes du roi, le glorieux paladin n’est ici qu’une tête brûlée (Charlemagne le traite d’« abruti »), entièrement responsable du désastre à Roncevaux. Ganelon, en revanche, est un personnage de l’ombre, secret et complexe. D’une absolue fidélité au trône, c’est un « faux traître » condamné aux besognes repréhensibles mais nécessaires à la raison d’État (l’élimination de Carloman, les tractations avec les Basques pour sauver le reste de l’armée franque, etc.).

L’évangélisation par l’épée
Pour bâtir l’empire chrétien d’Occident, Charles doit, un à un, perdre ses amours et ses amitiés d’enfance, et surtout tuer d’innombrables païens sur les terres de Saxe, car, comme l’enseigne saint Augustin, « où Dieu n’est pas, le monde n’est pas. » Rétifs à l’évangélisation, les Saxons se sont ralliés autour de l’Irmensul, leur arbre sacré d’une hauteur de 70 mètres, un symbole de l’Axe du Monde reliant la Terre au Ciel que le film oppose au « dieu invisible » de l’Église, selon les clichés rabâchés en cours. Charlemagne le fait arracher. Widukind, le roi saxon dont femme et enfants ont été égorgés par les Francs, fait piller et incendier en représailles le monastère de Fulda et crucifier le père abbé Baugolf (mentor d’Eginhard). Si le scénario ne tait dans son discours ni les atrocités commises de part et d’autre au nom de la religion ni l’exécution systématique des réfractaires à la « Bonne Nouvelle » (4500 Saxons décapités), il passe un peu superficiellement sur les motivations de ces tueries, mettant tantôt la responsabilité sur le clergé prosélyte, tantôt sur la « barbarie des païens » que l’on détaille avec force cadavres de moines et ruines fumantes, tantôt sur la colère aveugle mais bien sûr passagère du roi qui implore par la suite la clémence divine pour avoir « commis le plus odieux des crimes en Son nom ». Malgré l’opposition d’Alcuin, Charles a ordonné l’extermination générale des non baptisés, mais (détail qui n’est pas innocent) aucune exécution n’apparaît à l’écran. Impressionné par la ferveur religieuse de son adversaire, Widukind se convertit. De surcroît, le film ne montre qu’une seule expédition militaire, or Charlemagne (surnommé « der Sachsenschlachter », le boucher des Saxons) en a organisé pas moins de dix-huit entre 772 et 804. On oublie aussi qu’après cette « pacification » bénie par Rome, l’empereur christianisateur s’allia au calife musulman de Bagdad, Haroun Al-Rachid, pour combattre ses frères chrétiens de Byzance…
Charlemagne (C. Brendel) se fait le protecteur du pape Léon III (Lino Capolicchio) (tv 1994).
 Trop peu de cités, de bourgs castraux et de fortifications antérieurs au XIIIe siècle ayant été préservés pour servir de décor, Clive Donner place les premières initiatives unificatrices de l’Europe dans des paysages hongrois encore épargnés par l’industrialisation et vierges des outrages de la modernité. Les remparts, la façade et la salle du trône du palais royal d’Aix-la-Chapelle, la cour de l’abbaye de Saint-Denis sont érigés dans les studios Mafilm de Fót, à 20 km de Budapest (comme « Le Jeune Homme et le Lion » de Delannoy en 1976, cf. supra), tandis que la tour de Szigetufalu qui surplombe le Danube devient le château du duc rebelle Humboldt d’Aquitaine, sis autrefois dans un méandre de la Garonne. D’autres scènes sont enregistrées dans les environs de Budapest et à Celldömölk. L’embuscade de Roncevaux est filmée au sommet d’un volcan éteint où l’on transporte 500 grandes pierres réelles et 50 en matière plastique qui roulent sur l’armée franque. « Charlemagne, prince à cheval » est tourné en 35 mm, avec 53 acteurs, 3500 figurants et 500 chevaux. Les guerriers portent la broigne d'écailles métalliques en cuillère typique de l'époque, parfois aussi le haubert de mailles hérité des Romains. On ne trouve pas de stars américaines au générique, ni de compromis « europudding », les personnages étant interprétés par des acteurs d’une même nationalité. Dans le rôle-titre, Christian Brendel, qui vient du théâtre de Créteil, campe un monarque de haute stature et imberbe (puisque l’authentique Charlemagne était glabre), un peu trop joli garçon, trop lisse pour être entièrement crédible dans ses obsessions politiques, ses ambitions considérables, ses crève-cœurs intimes et ses tourments nocturnes. Son interprétation mesurée est à l’aune de cette superproduction pour le petit écran : illustrative, visuellement très soignée, pédagogique mais loin de toute imagerie facile.
1999(tv) Karl der Grosse. Rätsel um den ersten Kaiser (Charlemagne, l’énigme du premier empereur) (DE) de Nina Koshover et Martin Papirowski
série «  Sphinx - Geheimnisse der Geschichte (Sphinx, les mystères de l’Histoire) » no. 2, Teamwork Filmprod.-Parafilm Bukarest-Zweites Deutsches Fernsehen (Arte 14.8.99), 42 min.
Une ombre plane sur Charlemagne : et si le grand homme n’était pas ce que l’on croit ? S’il était un roi fratricide, un mari adultère, le bourreau des Saxons, un analphabète ? Enquête de Martin Papirowski et Luise Wagner-Roos sous forme un docu-fiction avec comédiens anonymes et reconstitutions numériques.
2002(tv) Au temps de Charlemagne (FR) de Jean-François Delassus
(Arte 19.1.03), 1h30 min. – Charlemagne écoute un moine qui lui raconte le développement de l’empire byzantin et un érudit juif qui lui relate les conquêtes arabes, puis il prend la parole pour justifier sa propre politique et sa stratégie. Docu-fiction avec acteurs anonymes et reconstitutions.
2007(tv) Mit Schwert und Kreuz – Karl der Grosse und die Sachsenmission / Karl der Grosse und die Christianisierung der Sachsen (DE) de Gerold Hoffmann
série « Terra X » (ZDF 27.5.07), 45 min. – La christianisation forcée et brutale des Saxons, vécue par Haddo, un jeune Saxon qui évite la pendaison en se convertissant, et par le moine Liudger, fondateur du monastère de Mimigernaford (Münster) en 792, qui s’oppose aux méthodes radicales de Charlemagne. Docu-fiction avec comédiens anonymes, reconstitutions et interventions d’archéologues.
2010(tv) Karl der Grosse und die Sachsen (DE) de Christian Twente
série « Die Deutschen », saison 2, no. 1, Gruppe 5 Filmproduktion Köln (Peter Arens, Guido Knopp)-ZDF (ZDF 14.11.10), 43 min. – av. Jens Schäfer (Charlemagne), Michael Pink (Widukind).
Le docu-fiction, tourné en extérieurs en Roumanie avec comédiens et figurants multipliés par infographie, éclaire les rapports conflictuels entre Charlemagne et les Saxons du roi Widukind de l’été 772 jusqu’à la conversion définitive et la soumission des « païens ». En 955, Otto Ier le Grand, roi germanique d’origine saxonne, écrasera à son tour les populations magyares. Rédigé par Werner Bierman, l’épisode fait partie d’une série en dix chapitres qui tente de cerner la notion de l’Allemagne et des Allemands, de l’Empire romain à 1918.

Charlemagne (Alexander Wüst), monarque avisé, seigneur de guerre impulsif et grand massacreur de païens (tv 2013).
2013*(tv) Karl der Grosse (Charlemagne) (DE/AT) de Gabriele Wengler
Parties : 1. Der Kampf um den Thron (La Bataille pour le trône) 2. Krieg gegen die Sachsen (La Guerre contre les Saxons) - 3. Kaiser Europas (L’Empereur)
Bernd Wilting, Nikolaus Wisiak, Christoph Weber/Taglicht Media (Köln)-PreTV (Wien)-Westdeutscher Rundfunk (WDR)-Servus TV-Arte Deutschland (Arte 20.4.13 / ARD+Servus TV 1.5.13), 3 x 52 min./2h35. – av. Alexander Wüst (Charlemagne), Peter Matic (Eginhard/Einhard, son biographe), Regina Fritsch (Bertrade de Laon, dite Berthe au Grand Pied), Alma Hasun (Hildegarde), Thomas Morris (Gerold), Martin Bermeser (Carloman/Karlmann), Erich Altenkopf (Widukind/Wittekind, roi des Saxons), Daniel Doujenis (Desiderius), Rainer Frieb (le pape Léon III), Johannes Gaan (Johannes, scribe d’Eginhard), Ronald Kuste (Fulrad), Bernhard Majcen (le pape Hadrien Ier), Paul Matic (Alcuin), Peter Raffalt (Pépin/Pippin le Bref), Yohanna Schwertfeger (Himiltrude), Andreas Kosek (papa Zacharie), Roger Stefan (Roland de Roncevaux), Florian Graf (Eginhard jeune), Berit Glaser (Fastrade), Thomas Anton (Christopherus, grand chambellan).
À la veille des festivités du « Karlsjahr » à Aix-la-Chapelle en 2014 qui célèbrent les 1200 ans du décès de Charlemagne, Arte et WDR sortent une production ambitieuse livrant le dernier état de l’historiographie (budget : 2 millions d’euros, soit le triple d’un docu-fiction courant). Les reconstitutions en sont inhabituellement léchées et commentées avec humour par l’hagiographe Eginhard, ancien compagnon de l’empereur qui dicte sa précieuse - mais tout sauf objective - Vita Karoli Magni au jeune scribe Johannes. « Mon travail consiste à léguer à la postérité une image exemplaire », admet-il, aussi décide-t-il de passer sous silence la débâcle de la campagne d’Espagne à Roncevaux. Ce camouflet des Vascons enragés par le sac criminel de Pampelune qu’avait ordonné Charlemagne, lui-même frustré après son siège infructueux de Saragosse, coûta la vie à son plus fidèle compagnon d’armes, Roland, en plus de la perte des trésors volés. Le scénario de Christoph Weber et Robert Krause montre Charlemagne d’abord en seigneur de guerre, en monarque avisé mais trop impulsif et souvent brutal, ne tolérant ni résistance ni contradiction, tout en livrant des indices intéressants sur l’intelligence de sa diplomatie. Faisant suite à presque deux heures de manœuvres politico-militaires (48 ans de règne dont 2 de paix), la troisième partie est enfin consacrée à la fameuse « renaissance carolingienne », aux réformes structurelles, à son souci de l’enseignement accessible aux laïcs, de la juridiction et de l’agriculture. Il aurait, affirme-t-on, déployé toute cette énergie vers la fin de sa vie pour contrer sa grande peur de la mort.
La téléaste Gabriele Wengler fait en outre ressortir l’influence des femmes sur son règne, à commencer par sa mère Berthe au Grand Pied, intrusive, entremetteuse et tireuse de ficelles redoutable, et plus tard la reine Fastrade (négligée dans tous les films précédents) qui, privilège exceptionnel, gère les affaires courantes et la cour avec une belle efficacité tandis que son époux guerroie aux confins de l’empire. La production fait amplement appel à l’infographie pour les panoramas de Rome, de Pavie ou de Saragosse, les campements militaires, les batailles et la traversée des Alpes, quoique avec un bonheur inégal (les paysages révèlent l’artificialité du numérique). La majorité des séquences de fiction - soit 80% du film - sont réalisées dans le Haut-Adige (Tyrol du Sud) avec 150 figurants, dans le Val Sarentino, à Bolzano, Aldein, aux châteaux de Burg Lichtenstein et Rappottenstein (y compris la forêt de Waldviertel), à l’abbaye cistercienne de Zwettl et dans les Dolomites (Seiser Alp). Ces scènes sont entrecoupées d’analyses d’historiens de toute l’Europe et agrémentées d’études balistiques très éloquentes visant à tester le matériel de combat de l’époque et démontrer la supériorité militaire des Francs. L’économie en plein essor du royaume permettait la production massive d’armes, et ses troupes, organisées en colonnes sur plusieurs rangs portaient des cuirasses à écailles qui faisaient ricocher les flèches. L’interprète Alexander Wüst (barbu), un visage familier des petits écrans germanophones, a été choisi notamment pour sa taille de 1,95 mètres, identique à celle de son illustre modèle. Par ailleurs, confie Eginhard avec malice à son disciple, Charles avait, en plus de son haute stature, « de grands yeux, le regard extrêmement vif, le nez un peu trop long, la nuque un peu épaisse et courte, le ventre légèrement proéminent. » Quoique un peu languissant, sur Arte, le téléfilm réalise un record d’audience 2013 en prime-time du samedi dans la case « L’Aventure humaine », captivant 971'000 spectateurs pour les trois parties.
Rick Battaglia en Roland de bande dessinée dans « Orlando e i paladini di Francia » de Pietro Francisci (1956).

2.1. Roland à Roncevaux – vérités et propagande

Selon la Vita Karoli Magni d’Éginhard (écrite entre 829 et 836), en 778, Charlemagne, qui n’est pas encore empereur, est appelé à intervenir dans les dissensions entre les monarques musulmans d’Espagne : rattaché au calife abbasside Haroun al-Rachid à Bagdad (allié des Carolingiens contre Byzance), Ibn al-Arabi, le gouverneur de Saragosse, veut se soustraire à la domination d’Abd al-Rahman, le nouvel émir omeyyade de Cordoue. À aucun moment il n’est question d’esprit de croisade : Charlemagne se conduit avec réalisme et la religion n’intervient pas dans ses rapports avec le monde arabe, lui qui échange cadeaux et ambassadeurs avec Bagdad. Fleurant peut-être une aubaine de conquête, il conduit ses troupes à Saragosse à la demande du wâli de la cité, mais y trouve portes closes. De dépit, l’aile occidentale de l’armée franque, conduite par le roi, rase les défenses de la ville navarraise de Pampelune, cité chrétienne qui a pourtant résisté à la pression musulmane, et la pille. Les fiers Basques navarrais (les Vascons ou Escaldounacs) ne laissent pas l’affront impuni, d’autant plus que le butin est intéressant. Le 15 août, l’arrière-garde franque, lourdement armée mais ralentie par les charrois chargés de butin, est anéantie dans une embuscade des Basques alors qu’elle gravit péniblement une vallée encaissée depuis Roncevaux (Roncevalles), dans les Pyrénées. Préfet des Marches de Bretagne, Roland (Hruotland en francique), personnage par ailleurs inconnu des chroniqueurs carolingiens, y trouve la mort en compagnie du comte du palais Anselme et du sénéchal Eggihard.
Tant pour l’Histoire. Deux siècles plus tard, à l’époque des croisades, la malheureuse escarmouche de Roncevaux est transformée en épopée et actualisée de fond en comble. La chanson de geste remplace fort opportunément les Basques chrétiens par une armée de quatre cent mille (!) Sarrasins et le mystérieux Roland, comte paladin, est promu neveu de Charlemagne, trahi par son démoniaque beau-père Ganelon de Mayence. Charlemagne devient ainsi un pré-croisé dont le souci principal, sinon unique, serait la défaite des incroyants (alors qu’au IXe siècle, la menace arabo-musulmane est beaucoup moins importante pour les Carolingiens que celle de Byzance, le basileus se considérant comme unique héritier des empereurs romains). Les multiples exploits héroïques de Roland, de son cor merveilleux et de son épée Durandal deviennent symboliques de l’affrontement entre chrétiens et « mahométans », la lutte contre le « paganisme » (sic) prenant de l’ampleur avec les progrès de la Reconquista en Espagne. Roland est désormais l’Achille chrétien, le « champion de Dieu » médiéval, héroïsé dans la chanson de geste La Chanson de Roland due à Théroulde, évêque de Bayeux (fin du XIe siècle), récit dont seul subsiste une traduction allemande, Ruolandes Liet de Konrad von Regensburg (1131/33), et dont la trame est élargie dans Orlando inamorato (Roland amoureux), poème inachevé de Matteo Maria Boiardo (1486/1506) puis dans Orlando furioso (Roland furieux), poème de Ludovico Ariosto, dit l’Arioste (1532). Les textes de la Renaissance enrichissent l’intrigue guerrière de la Chanson d’innombrables quiproquo amoureux autour d’Angélique (une fille du roi de Cathay selon Boiardo) et de Renaud/Rinaldo. Émir imaginaire de Saragosse, Marsile est rebaptisé Agramant.
1910Roland à Roncevaux (FR) de Louis Feuillade
Etablissement Gaumont S.A. (Paris) (« Série d'Art »), 267 m. - Un « drame colorié », une « chanson de geste en huit tableaux » restituant le fait d’armes légendaire en mélangeant les versions de Konrad von Regensburg et de l’Arioste (cf. infra : « Orlando e i paladini di Francia », 1956). La trahison de Roncevaux est expliquée par le dépit amoureux, selon le schéma établi par le poète italien. Angélique, reine de Cathay, est courtisée par Ganelon pour lequel elle n’a que dédain, car elle aime Roland. Celui-ci, en revanche, a jadis été averti par une inscription prophétique de la magicienne Mélissy disant que « Durandal sera infidèle le jour où le cœur de son maître aura été pris par l’amour » … Angélique se déguise en bergère, et le chevalier en oublie ses réticences. Jaloux, Ganelon vend ses services à l’émir de Saragosse, défie Roland et perd la vie après avoir piègé son rival à Roncevaux. – Notons qu’en 1911, la Gaumont (sans doute aussi en collaboration avec Feuillade) annonce un autre sujet « carolingien », soi-disant tiré de la chronique d’Eginhard et intitulé « *L’Enchantement de Charlemagne », qui n’a vraisemblablement jamais été tourné : une princesse germanique veut attirer l’empereur dans son alcôve en utilisant un bracelet aphrodisiaque. Elle se fait voler le bijou magique par sa servante et il finit dans les mains de l’évêque Turpin qui le jette au lac. Charlemagne s’éprend alors du paysage environnant, où il fondera Aix-la-Chapelle.
1956Orlando e i paladini di Francia (Roland, prince vaillant) (IT) de Pietro Francisci
Italgamma Film, 1h50 min. - av. Rick Battaglia (Roland de Roncevaux), Fabrizio Mioni (Renaud de Montauban), Rosanna Schiaffino (Angélique), Ivo Garrani (Charlemagne), Lorella De Luca (Aude, sa fille), Cesare Fantoni (l’émir Agramant), Vittorio Sanipoli (Ganelon de Mayence), Mimmo Palmara (Argail, frère d’Angélique), Clelia Matania, Franco Cobianchi, Cesare Fantoni, Giampaolo Rosmino, Claudio Undari, Gianni Luda.
Synopsis : À Saragosse, les Sarrasins ont conclu une trêve avec Charlemagne, mais l’émir Agramant en profite pour jeter la discorde dans le camp des Francs. Avec la complicité du traître Ganelon, un chevalier franc jaloux de son empereur, le Maure Argail, allié d’Agramant, envoie sa sœur Angélique au camp des Chrétiens, où sa beauté et ses danses pseudo-exotiques sèment la discorde parmi les Paladins. Envoyé en mission, Renaud rencontre Aude et s’éprend d’elle. Aussi souffre-t-elle de devoir épouser Roland, ainsi que le décide son père Charlemagne. Sur les conseils de Ganelon, un tournoi doit mettre fin à la guerre. Il compte sur la victoire d’Argail pour supplanter Charlemagne, s’emparer de la couronne et d’Aude qu’il convoite. Argail abat tous les Paladins, mais Roland prend secrètement la place de Renaud et le défait. Roland et Renaud délivrent Charlemagne et Aude tombés dans un guet-apens au cœur d’un défilé qui pourrait bien être celui de Roncevaux. Ganelon se réfugie auprès d’Agramant qui lui fait expier sa trahison. Renaud épousera Aude, Roland aura Angélique (qui s’est assagie et même convertie), la paix est maintenant revenue entre les Sarrasins et les Chrétiens.

Roland (Rick Battaglia) survit à l’embuscade de Roncevaux perpétrée par d’affreux Sarrasins ! (1956).
 Le film s’éloigne fortement de la célèbre chanson de geste de Roland à Roncevaux comme des événements historiques auxquels elle se réfère … à commencer, bien sûr, par son « happy end » ! Or, excepté Louis Feuillade en 1910 (cf.), aucun cinéaste n’aborde le sujet avant les années 1950, et là, seuls des Italiens s’y intéressent, caution littéraire de l’Arioste oblige. Riccardo Freda annonce « *La chanson de Roland » avec Rock Hudson (Roland) et Gianna Maria Canale (Angélique) en été 1954, une coproduction italo-espagnole de la Lux Film, sur un scénario de Freda et Vitaliano Brancati. Mais, soucieuse de vérité historique, la Lux espagnole exige que les Sarrasins soient remplacés par des Basques, ce que Freda, braqué sur l’Arioste, refuse catégoriquement. Il prépare ensuite une adaptation très libre d’« *Orlando furioso » pour les productions Raffaele Colamonici (Naples), projet qui capote à son tour, faute d’argent. Pietro Francisci (qui se fera une petite réputation dans le péplum avec les deux « Hercule » de Steve Reeves l’année suivante) a moins de scrupules.
Le scénario de Francisci et Ennio De Concini (titre de travail : « Angelica e Orlando ») cumule personnages et marivaudages héroïco-comiques de Boiardo, de l’Arioste et de l’opéra de Domenico Scarlatti, Orlando (1711), en incluant la fidèle fiancée de Roland, Aude, issue de la Chanson originale. L’action est déplacée de Paris à Saragosse. L’arabophobie étant toujours vive dans la Péninsule (qui ne s’est pas remise de la perte de la Libye en 1943), il n’y a pas lieu de changer foncièrement l’intrigue, d’autant moins que Nasser vient de fâcher l’Europe en nationalisant le canal de Suez. On en adoucit toutefois la fin en faisant survivre le beau Roland - pour ne pas désespérer les midinettes - et se convertir Angélique, des compromis à l’aune de la Democrazia cristiana. Dans la Chanson, Charlemagne fait écarteler le traître Ganelon ; ici, on laisse la sale besogne aux Orientaux, habitués du fait. Cette cuisine scénaristique ne frappe pas les esprits, car à l’arrivée, le film de Francisci, dont le tournage se déroule aux studios Centro di Produzione INCOM à Rome, à Tor Caldara et aux inévitables cascades de Montegelato, n’est qu’un maigre divertissement, produit du « système D » à l’italienne et de récupération, parfois rehaussé par les images de Mario Bava en Gammascope et Eastmancolor. Faute de moyens, la reconstitution de l’épopée carolingienne est totalement farfelue, étalant un bric-à-brac d’accessoires et de costumes assez jubilatoire : des peintures de la Renaissance, des Sarrasins en armures japonaises, des tentes de musulmans abritant des harems, etc. Le tournoi est bien sûr disputé avec un cérémonial et des équipements postérieurs de plusieurs siècles (ce qui ne dérange personne, puisque le sujet a de fortes attaches avec la Renaissance en conflit avec les Turcs). - US : Roland the Mighty / Roland and the Knights of France, DE : Saragossa., ES : Orlando y los Paladines.

L’« Orlando furioso » du poème héroïco-comique de l’Arioste porté à l’écran par Luca Ronconi (1974).
1974(tv+ciné) Orlando furioso (IT) de Luca Ronconi
Bruno Paolinelli-NOC Cinematografica-RAI-TV (RAI 16.2.-16.3.75), 1h53 min./tv : 5 x 58 min. - av. Massimo Foschi (Roland de Roncevaux), Ottavia Piccolo (Angélique, reine de Cathay), Sergio Nicolai (Renaud de Montauban), Hiram Keller (Bradamante, sœur de Renaud), Mariangela Melato (Olimpia), Silvia Dionisio (Isabella), Luigi Diberti (Ruggiero le Maure), Ettore Manni (Charlemagne), Michele Placido (l’émir Agramant), Silvia Dionisio (Isabella), Vittorio Sanipoli (Sobrino), Giacomo Piperno (Sacripante), Carlo Vallli (le chevalier Ferraguo/Ferraù), Guido Mannari (Bireno), Cesare Gelli (Cimosco), Rodolfo Lodi (le père d’Olimpia), Antonio Soldati (son frère), Luigi Sportelli (Arbante), Carlo Foschi (Marsile, roi d’Espagne), Carlo Montagna (Rodomont, roi d’Alger), Yorgo Voyagis (Cloridiano).
Synopsis : La quête amoureuse du chaste chevalier Roland et de son ami-rival Renaud pris dans les rets de l’affriolante souveraine orientale Angélique, sur fond d’affrontement entre les armées chrétiennes de Charlemagne et les troupes musulmanes d’Agramant, aux portes de Paris. Le texte de l’Arioste, beaucoup plus extravagant que la chanson de geste de Roland de Roncevaux dont il s’inspire, entraîne le spectateur dans la Lune, aux Enfers et au Paradis où Roland rencontre l’apôtre Jean, etc. - Luca Ronconi, célèbre pour ses mises en scène flamboyantes de théâtre et d’opéra à la Scala, au Burgtheater, à la Wiener Staatsoper, s’attaque au poème héroïco-comique de l’Arioste (1532) avec son co-scénariste Edoardo Sanguineti, en se basant sur son spectacle-happening de juillet 1969 présenté au Festival dei Due Mondi de Spoleto. Des cavaliers fous chevauchant licornes et hippogriffes y fendaient la foule, des chariots roulés à bras d’hommes installaient trois à six aires de jeu simultanées avant d’entraîner le public dans un labyrinthe grillagé. Pour Ronconi, il s’agissait moins de faire comprendre l’histoire que de retrouver l’état d’esprit du lecteur, qui placé au centre du poème, ne le saisit pas tout entier mais se laisse ensorceler par une sorte d’éblouissante « masquerade théâtrale ». (Sa mise en scène sera montée au Halles de Baltard à Paris en 1970.) Il obtient des moyens importants pour en transposer la magie à l’écran, dans une version télévisée de presque cinq heures (5 parties en noir et blanc), et une, réduite à 113 minutes (le 2e et 3e épisode) en scope et Eastmancolor pour les salles de cinéma. On ne lésine pas sur les moyens : Vittorio Storaro, le remarquable chef-opérateur de tous les films de Bernardo Bertolucci et de F. F. Coppola (« Apocalypse Now ») signe la photo, assisté d’Arturo Zavattini, collaborateur technique de Fellini pour « La dolce vita ». On tourne au Palazzo Farnese de Caprarola, dans les termes de Caracalla et à Cinecittà.
Le film est d’abord présenté au Teatro Communale de Ferrara à l’occasion des cinq cents ans de la naissance de l’Arioste. Malgré l’inventivité surprenante du réalisateur (qui rend hommage à la féerie et aux trucages poétiques d’un Méliès) et toute la scénographie baroque concrétisée par Pierluigi Pizzi, cette expérience cinématographique audacieuse est un échec. La critique constate à regret que les vers de l’Arioste ne suffisent pas à remplir le grand écran, les récitatifs entre deux tableaux visuels, aussi séduisants fussent-ils, faisant chuter la tension dramatique et l’attention du spectateur. Au cœur de la polémique, Ronconi est accusé de travestissement, voire de trahison envers l’œuvre littéraire.
1976® (tv) Le Jeune Homme et le Lion (FR/GB/CH/DE/CA) de Jean Delannoy. - av. Georges Wilson (Charlemagne), Matthieu Carrière (Roland de Roncevaux), Jean Claudio (Ganelon de Mayence), François Maistre (Marsile, calife de Saragosse).
Roland, victime innocente des Sarrasins, cf. supra (2).
Frank Cassenti déchiffre l’épopée de Roland (Klaus Kinski) à la lumière de l’Idéologie dominante (1978).
1978La Chanson de Roland (FR/CA) de Frank Cassenti
Jean-Serge Breton/Z Productions-FR3-Avia Film-Images du Monde, 1h50 min. - av. Klaus Kinski (Roland de Roncevaux/Klaus), Dominique Sanda (Anne), Alain Cuny (Jean Turpin, évêque de Reims/le moine), Jean-Pierre Kalfon (Charlemagne/Marsile, émir de Saragosse/Turold), Serge Merlin (Ganelon de Mayence/Thierry), Pierre Clémenti (Olivier/le clerc), Monique Mercure (Marie), Niels Arestrup (le commerçant), László Szabó (le duc Naimes/le chevalier hongrois), Mario Gonzales (Blancandrin/Jeannot le voleur), Jean-Claude Brialy (le seigneur), Julian Negulesco (Guillaume).
Synopsis : Au XIIe siècle, Turold et sa troupe de comédiens accompagnant les pèlerins en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle chantent à chaque étape un épisode de la célèbre chanson de geste, avec sa glorification de l’héroïsme et de la guerre sainte contre les Sarrasins. En cours de route, le comédien Klaus découvre mœurs et coutumes des diverses régions de France. Simultanément, il s’interroge sur l’origine du mal et de la souffrance qu’il rencontre sur son chemin semé d’embûches et de violence et sur le véritable rôle social qu’il est amené à jouer en tant qu’interprète de la Chanson. Au col de Roncevaux, les pèlerins désarmés sont décimés par des pillards affamés : l’histoire se répète, la légende rejoint la réalité. Comprenant qu’à travers les scènes magnifiques de la Chanson et son exaltation des « soldats de Dieu », il soutient en fait un ordre social injuste, allié à une religion « qui a le goût du sang et la couleur de l’or », Klaus se sépare des survivants. Il gagne le Nord pour rejoindre Anne, une fille de serf qui mène les paysans révoltés vers les draperies de Flandres où l’industrie naissante accueille la main-d’œuvre : « Pour ceux qui se révoltent, même les échecs sont des victoires. » Un message d’espoir…

Cassenti expose la fonction idéologique d’une légende
Film d’intellectuel militant, « La Chanson de Roland » se veut une réflexion sur l’Histoire ainsi qu’une interrogation sur le rôle du spectacle (et plus généralement de l’art) dans un contexte idéologique et une société donnés. Le récit de Roncevaux, tant de fois travesti à travers les siècles, s’y prête en effet idéalement et Frank Cassenti veut démontrer à travers lui « comment une épopée, au delà de ses qualités formelles, servait à justifier une certaine forme de pouvoir religieux, le racisme de l’époque, l’impérialisme des pays occidentaux » (Le Point, 6.2.78). Grâce au succès inespéré de « L’Affiche rouge », où il explore de manière similaire le rapport entre l’Histoire d’hier (la résistance des communistes français à l’occupation allemande en 1943) et celle d’aujourd’hui, le cinéaste parvient à réunir un budget de dix millions de francs obtenu par avance sur recettes (Gaumont et FR3) et mettre sur pied ce projet ambitieux avec toute la rigueur souhaitée. Après consultation des chefs de file de la « nouvelle histoire », il tourne en Eastmancolor aux quatre coins de l’Hexagone, notamment dans le Larzac et à Milly-la-Forêt (Île-de-France). Tandis qu’Yvan Chiffre entraîne ses 60 cascadeurs, les comédiens travaillent leurs rôles dans une usine désaffectée d’Ivry-sur-Seine afin de se familiariser avec la période. Kinski prête sa tête de gargouille tourmentée et son tempérament extravagant à la fois aux élucubrations du baladin Klaus et à un Roland en furie. Pour sa partition, Antoine Duhamel s’éloigne le plus possible de la grandiloquence postromantique des musiciens d’Hollywood (ce qui lui vaudra une nomination au César 1979).
Klaus Kinski à Roncevaux, une gargouille tourmentée (« La Chanson de Roland », 1978).
 Cassenti expose le mythe de Roland comme une mystification et démontre la fonction idéologique et l’emprise du discours de la légende. À l’arrivée, son œuvre polarise les opinions, les uns saluant une démarche didactique salutaire, les autres se disant assommés par le bavardage idéologique d’un donneur de leçons marxiste qui reconsidère l’Histoire selon ses options politiques. Pourtant, relever que les paysans étaient souvent transformés en « chair à canon » en échange de promesses de vie éternelle, ou qu’ils étaient chassés de leurs terres par des soudards n’est pas l’apanage d’un parti quelconque, mais un fait. L’analyse de Cassenti est pertinente, agrémentée d’images crues, sauvages. En revanche, le flux des divers niveaux narratifs n’est pas toujours maîtrisé, la distanciation brechtienne étant grippée par une certaine confusion entre personnages et époques (ce d’autant plus que les mêmes acteurs jouent plusieurs rôles). En fin de compte, l’austérité de la démonstration s’opère aux dépens de l’émotion et de la communication avec le grand public, d’où un cuisant échec commercial en salle. – DE : Roland – Die Horden des eisernen Ritters, US : The Song of Roland.
1978(tv-mus) Orlando furioso (IT) de Pier Luigi Pizzi
  House of Opera, 2h10 min. – av. Marilyn Horne (Roland de Roncevaux), Nicola Zaccaria (Astolfo), James Bowman, Dano Raffanti, Anastasia Tomaszewska Schepis. – Captation de l’opéra d’Antonio Vivaldi et Grazio Braccioli (1727), d’après le poème de l’Arioste, mis en scène au Teatro Filarmonico à Vérone sous la direction musicale de Claudio Scimone.
Rick Edwards en Roland dans les fantasmagories poétiques de l’Arioste (« Orlando furioso », 1983).
1983(tv+ciné) Orlando furioso / I Paladini, storia d'armi e d'amori / Le armi e gli amori / Cuori in aramtura (Le Choix des seigneurs) (IT) de Giacomo Battiato
Vides Cinematografica (Nicola Carraro, Franco Cistaldi), tv : 4 x 60 min., cinéma : 1h40 min. - av. Rick Edwards (Roland de Roncevaux), Leigh McCloskey (Renaud de Montauban), Tanya Roberts (Angélique), Barbara De Rossi (Bradamante), Ronn Moss (Roger le Maure), Giovanni Visentin (Ganelon), Lucien Bruchon (Aquilante), Zeudi Araya Cristaldi (Marphise, sœur de Roger), Maurizio Nichetti (le magicien Atlant), Tony Vogel (Ferraù), Robert Spafford (l’émir Agramant), Lina Sastri (la sorcière), Al Cliver (Selvaggio), Massimo De Rossi (l’ermite), Hal Yamanouchi (le guerrier mongol), Bobby Rhodes (le mercenaire).
Synopsis : D’après le poème de l’Arioste. Bradamante, vierge guerrière, héroïne des épopées chevaleresques, est agressée par des brigands, mais sauvée par une mystérieuse armure blanche à cheval qui taille les ruffians en morceaux et se met à sa disposition. Protégée par cette armure magique, Bradamante s’éprend de Roger, un chevalier sarrasin capturé par les chrétiens, mais réalise que selon la prophétie d’une sorcière, elle assistera à sa mort. Entretemps, le paladin Roland s’éprend de la princesse sarrasine Angélique (fille de l’émir Agramant), une captive de Bradamante. En s’enfuyant, Angélique est menacée de viol par le Maure Ferraù et un ermite. Las des combats, et pour limiter les morts entre chrétiens et Sarrasins, l’émir Agramant décide d’organiser une joute à mort entre les quatre protagonistes.
Les images de Dante Spinotti sont souvent superbes et parfois surprenantes (aucun intérieur), tournées en Technicolor et Technovision en Sicile (Syracuse, Linguaglossa, Tindari, Nicolosi), en Calabre (Camigliatello Silano) et dans le Latium (Soriano nel Cimino). Mais le scénario de Battiato est à la fois trop et pas assez fidèle aux fantasmagories poétiques de l’Arioste, cumulant les invraisemblances, tandis que sa mise en scène maniériste aligne d’interminables fracas d’épées échangés dans forêts ou landes désertiques, avec son lot de bras sectionnés et de têtes coupées. Les partis pris esthétiques sont gâchés de surcroît par une bien inutile musique électronique. Nanà Cecchi reçoit le prix David di Donatello pour ses costumes souvent insolites, avec des armures surornementées et volontairement fantaisistes. Un échec public. - US : Hearts and Armour, DE : Duell der Besten.
1989(tv-mus) Orlando furioso (US) de Pier Luigi Pizzi (th) et Brian Large (vd)
RM Arts-Image Entertainment-Arthaus, 2h26 min. – av. Marilyn Horne (Roland de Roncevaux), Susan Patterson (Angelica), Kathleen Kuhlmann (Alcina, la sorcière), Jeffrey Gall (Ruggiero), Sandra Walker (Bradamante), William Matteuzzi (Medoro), Kavin Langan (Astolfo). – Captation de l’opéra d’Antonio Vivaldi inspiré par le poème de l’Arioste (cf. supra, 1978), mis en scène au San Francisco Opera sous la direction musicale de Randall Behr.
1992[Orlando furioso (IT) de Carlo Giuliano Betti; Betti C. G., 1h20 min. – Dessin animé.]
1993(tv-mus) Orlando (FR) de Robert Carsen
Festival d’Aix-en-Provence. – av. Felicity Palmer (Roland), Rosemary Joshua (Angelica), Rosa Mannion (Dorinda), Jennifer Lane (Medoro), Herry van der Kamp (Zoroastre). – Captation de l’opéra de Georg Friedrich Haendel et Carlo Sigismondo Capeci (1732), inspiré par L’Orlando furioso de l’Arioste, mis en scène au Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence sous la direction musicale de William Christie.
1994® (tv) Charlemagne, le prince à cheval / Carlo Magno / Karl der Grosse / Carolus Magnus (FR/LX/IT/DE) de Clive Donner.
av. Christian Brendel (Charlemagne), Xavier Deluc (Roland de Roncevaux), Vanni Corbellini (Ganelon de Mayence). – Roland, victime de la vindicte des Basques/Vascons par sa propre faute, cf. supra (8).
2006(projet inabouti) Love and Virtue (GB/IT/FR/ES/PT) de Raoul Ruiz ; Mia Sperber, Alex Sullivan, Jean-Luc Van Damme/Fountain of Life Productions. - av. Damian Lewis (Roland de Roncevaux), John Malkovich (Ferrau), Stephen Dillane (Charlemagne), Virginie Ledoyen (princesse Angélique), Michael Madsen, Daryl Hannah, Peter O’Toole, Saffron Burrows, Leonor Varela, Vincent Perez, Cristian de la Fuente, Anna Massey, Alexa Rey, Boo Boo Stewart. – Le scénario, inspiré de La Chanson de Roland et de Roland amoureux (de Matteo Maria Boiardo) est signé Mia Sperber et Stefano Pratesi. Le tournage est initialement prévu pour mars 2006, puis reporté à 2011, en Belgique, au Luxembourg et en studio à Londres. Le décès du cinéaste chilien en août 2011, emporté par un cancer, enterre le projet.
2013® (tv) Karl der Grosse (Charlemagne) (DE/AT) de Gabriele Wengler. – av. Alexander Wüst (Charlemagne), Roger Stefan (Roland de Ronceveau). – Roland, victime de la vindicte des Basques/Vascons par la faute de Charlemagne, cf. supra (8).