I - LE ROYAUME DE FRANCE

3. LES PREMIERS ROIS CAPÉTIENS (987 à 1137)

Cette troisième dynastie des rois de ce qui n’est pas encore la France tire son nom d’Hugues Capet, premier monarque non carolingien, maître d’un domaine modeste de l’Île-de-France et abbé laïc de Saint-Martin de Tours. Les Capétiens directs règneront de 987 à 1328. Éteints en ligne mâle après Charles IV (dernier fils de Philippe le Bel), le trône passera à la branche cousine des Valois, puis, en 1589, à celle des Bourbons. La longévité de cette dynastie tient au fait que la succession capétienne est héréditaire et non élective – jusqu’au XIIIe siècle, le roi couronne son successeur de son vivant – et rigoureusement monarchique (un seul roi, et non des dyarchies, triarchies ou tétrarchies comme chez les Mérovingiens et Carolingiens).

HUGUES CAPET
987/996
Né en 939, fils aîné de Hugues le Grand. Épouse : Adélaïde d’Aquitaine. Un seigneur féodal à peine plus puissant que ses vassaux, couronné à Reims et qui associe aussitôt son fils Robert à la couronne.
ROBERT II le Pieux 996/1031
Né en 972, fils de Hugues Capet. Épouses : Rozala d’Italie, Berthe de Bourgogne, Constance de Provence. Il rattache la Bourgogne et les comtés de Dreux et de Melun à la couronne, et aide les moines de Cluny dans la réforme de leur ordre.
HENRI Ier 1031/1060
Né en 1008, fils de Robert II. Épouses : Mathilde de Frise, Anne de Kiev (1024-1075).
PHILIPPE Ier 1060/1108
Né en 1053, fils de Henri Ier. Épouse : Berthe de Hollande, épouse : Bertrade de Montfort. Détesté par la population en raison d’actes de brigandages sur les chemins et plusieurs fois excommunié par l’Église (notamment pour avoir enlevé Bertrade de Montfort, femme du comte d’Anjou). Sous son règne a lieu la Première croisade, à laquelle il ne participera pas.
LOUIS VI le Gros 1108/1137
Né en 1052, fils d’Henri Ier. Épouse : Adélaïde de Savoie (1110-1154). Il met fin aux désordres occasionnés par les seigneurs pillards en Île-de-France, affirme la souveraineté du roi (avec Suger pour ministre) et marie son fils aîné Louis avec Aliénor, la très riche héritière d’Aquitaine qui apporte à son mari tout le Sud-Ouest du royaume (Gascogne, Guyenne, Poitou).

Les Normands, les ducs de Normandie et Guillaume le Conquérant, cf. Angleterre.
1910L'An mil / Anno Domini 1000 (FR) de Louis Feuillade
Etablissement Gaumont S.A. (Paris) (« Série d'Art »), 279 m. - av. Alice Tissot (Iseult). – Synopsis : Les soldats du comte Martell d’Aquitaine assaillent le domaine du duc d’Engerrand et enlèvent sa fille, la douce Iseult. Celle-ci est emmenée auprès de Martell, un débauché dont elle refuse avances et cadeaux. Le prêtre du duc se rend à la cour du comte et lui montre une grande comète dans le ciel, annonçant la fin du monde pour la nuit suivante. Terrorisé, Martell relâche Iseult. Le lendemain, le soleil se lève comme chaque jour, à la joie générale. Martell rencontre le duc et sa fille lors d’une procession religieuse et leur demande pardon. Le duc consent alors au mariage d’Iseult avec Martell, union bénie par le prêtre. – Une fantaisie à partir de la prétendue « terreur millénariste » (cf. infra, 2000). - DE : Jahr des Kometen / Anno Domini tausend.
1910Jean et Bertrade (FR) d’André Calmettes (?)
Le Film d’Art (Paris), 160 m. – Synopsis : Au XIe siècle, le comte Jean répudie sa femme Aline pour convoler avec Bertrade, sa cousine. Il l’épouse clandestinement avec la complicité d’un prêtre, mais le pape Grégoire V prononce son excommunication. Comprenant son erreur, Jean rejette Bertrade et se fait absoudre par l’Église. – Une manière détournée de parler des péripéties matrimoniales de Robert II le Pieux (v. 970-1031), roi de France qui répudia sa première femme, Rozala, fille stérile du roi d’Italie, pour épouser sa cousine, Berthe de Bourgogne. Frappé d’anathème par le pape Grégoire V, il dut finalement se séparer de Berthe vers l’an 1001.
Anne de Kiev, reine de France (Elena Koreneva) et Daniel, l’abbé amoureux (Viktor Evgrafov) (1978).
1978Yaroslavna, koroleva Frantsii [Yaroslavna, reine de France] (SU/PL) d’Igor Maslennikov
Lenfilm, Moscou-Studio Filmowe Kadr, Lodz, 1h38 min. - av. Elena Koreneva (Anna Yaroslavna / Anne de Kiev), Kirill Lavrov (Yaroslav Vladimirovitch le Sage, son père), Viktor Evgrafov (l’higoumène Daniel), Hanka Micuc (Yanka, la servante), Sergei Martinson (Roger, évêque de Châlons-sur-Marne), Vassily Livanov (Bénedictus), Armen Djigarkhanian (le métropolitain Théopompte), Veslav Golas (Casimir Ier le Restaurateur, roi de Pologne), Bozhena Dikel (la reine Dobarognieva), Nikolaï Karachentsov (Slat), Vladimir Izotov (Romuald), Igor Dmitriev (Chalzedoniy le Byzantin), Marek Dovmunt (le Chevalier Noir), Aleksandr Susnin.
Synopsis : En l’an 1050, Roger, évêque de Châlons-sur-Marne et ambassadeur du roi des Francs Henri Ier, arrive à Kiev pour demander au prince Yaroslav le Sage la main de sa fille cadette Anne. Soucieux de s’allier aux monarchies d’Europe, Yaroslav a déjà marié ses deux autres filles au roi de Norvège et au roi de Hongrie. La princesse voyage pendant presque un an de Kiev à Paris, accompagnée de l’évêque, d’une poignée de chevaliers français et de guerriers russes sous la direction du vaillant Slat. Durant ce périple semé de péripéties et de menaces (Vikings et Polonais hostiles), son précepteur, l’abbé-higoumène Daniel, lui confesse son amour et Anne doit se décider entre ses sentiments et la raison d’État. Aveuglé par sa passion, Daniel tente d’empêcher la princesse d’atteindre la France. Il se fait acheter par un espion, Chalzedoniy, délégué par Byzance pour saboter l’alliance russo-franque. Ensemble, ils organisent l’attaque des brigands du Chevalier Noir, mais Slat les met en déroute. Anne est contrainte de faire exécuter Daniel. Le voyage métamorphose la jeune femme, fortifie ses convictions et son sens politique. A la cour de France où elle devient reine en épousant Henri Ier en mai 1051 à Reims, Anne de Kiev est victime de diverses intrigues, découvre avec stupéfaction les mœurs et traditions étranges de son pays d’adoption et éprouve la loyauté de ses nouveaux amis.
Un film peu connu (inédit en dehors du bloc communiste) pour un épisode de l’histoire de France qui l’est encore moins. Son auteur, Igor Maslennikov, se fera remarquer dès l’année suivante avec une dizaine de téléfilms soviétiques très populaires sur « Sherlock Holmes », le détective étant interprété par Vasily Livanov (ici le moine Bénedictus). Le film adapte la première partie de la biographie Anna Yaroslavna, reine de France, écrite par le poète ukrainien Antonin Petrovitch Ladinski. La production, assez onéreuse, est tournée en Sovcolor et en 70 mm dans les ateliers Lenfilm de l’Aquarium Theater à Saint-Pétersbourg, sur les rives de la Neva et en Pologne. La presse plutôt négative lui reproche ses lenteurs et la superficialité de ses portraits psychologiques.
Le mariage royal en question ne fut pas aussi simple que le suggère ce film : l’évêque Roger dut faire quatre fois le voyage – deux allers et retours – pour obtenir gain de cause à Kiev et ramener dans le malheureux royaume franc ravagé par les guerres et les famines cette princesse d’une grande beauté, âgée de vingt-sept ans … qui emporta avec elle, dans de nombreux chariots, une dot considérable en belles pièces d’or frappées à Byzance. À la mort de son époux en 1060, la reine Anne (qui était à moitié scandinave par sa mère, Ingrid de Suède) fut régente jusqu’en 1063, date de son remariage avec le comte de Valois, Raoul de Crépy. Celui-ci ayant répudié son épouse légitime, cette union suscita la colère des évêques et le couple fut excommunié en 1064. Anne introduisit le nom de Philippe à la cour en le donnant au fils aîné de son premier mariage. Premère régente de l’histoire de France (son fils étant trop jeune), Anne fit construire une église à Senlis (1065), puis un ensemble abbatial, l’abbaye Saint-Vincent. – DE-RDA : Verheiratet nach Frankreich / Jaroslawna, Königin von Frankreich.
Avant de conquérir l’Angleterre, Guillaume, le jeune duc de Normandie, affronte les barons normands et le roi des Francs dans la télésérie de Gilles Grangier (1982).
1982® (tv) Guillaume le Conquérant / Wilhelm Cuceritorul / Cucerirea Angliei (FR/RO/BE/CH) de Gilles Grangier et Serge Nicolaescu ; Cité TV-Europa Films-Forum Films-FR3-RTBF-Rex Cinematografica-TSR (FR3 3.11.-8.12.82), 6 x 52 min./cinéma (RO): 180 min.
av. Hervé Bellon (Guillaume, duc de Normandie), Eniko Silage (Mathilde de Flandre, son épouse), John Terry (Harold de Wessex), Emmanuel Petrus (le roi Edward le Confesseur), Violetta Andréi (la reine Edith), Mircea Albulesco (Godwin), Denis Savignat (Henri Ier de France), Margot Barbut (Arlette/Herleva de Falaise, mère de Guillaume), Georges Michel (Gollet), Amza Pelea (Herluin de Conteville), Marina Procope (Edith au Cou-de-Cygne), Jérôme Darmon (Guillaume enfant), Isabelle Stephen (Edith enfant), Wladimir Gaetan (Raoul de Tesson), Marcel Mercier (le duc Beaudoin), Gabriel Forest (Lanfranc du Bec), Juvara Micaela (la reine Ghita), Jean Rautsky (l’évêque Stigand). – Robert le Magnifique, dit le Diable, a assassiné son frère Richard pour lui prendre la couronne de Normandie. Tenaillé par les remords, il part invoquer le pardon divin en Terre sainte. Mais auparavant, il répare ses torts envers Arlette, fille d’un tanneur de Falaise qu’il avait séduite, et abdique en faveur de leur fils bâtard, Guillaume (1027-1087), alors âgé de 8 ans. Lorsque son père décède, l’enfant-duc est contesté par tous les barons normands ainsi que par le roi des Francs, Henri Ier, qui convoite le duché pour sa famille. Devenu adulte, Guillaume parvient à confirmer son titre en remportant la bataille du Val-ès-Dunes en 1047. Ayant épousé Mathilde de Flandre (fille de Baudoin V et nièce de Henri Ier) vers 1053, il fait de la Normandie un duché puissant, craint du roi de France… Une grande fresque télévisuelle écrite par Serge de la Roche et Marcel Jullien, et réalisée avec une figuration et des moyens importants en Roumanie. Grangier et Nicoalescu font reconstituer le premier château ducal de Caen – citadelle normande dont ne subsistent que des tracés - sur les terrains des studios Bucuresti. Cf. Angleterre.
Le camp fortifié d’Ancizan reconstruit en dur par Emile Chigo pour la télésérie « L’An mil » (1986).
1986*(tv) L'An mil (FR) de Jean-Dominique de La Rochefoucauld
Parties : 1. Le Voyage – 2. La Bataille – 3. La Naissance
ORTF (TF1 30.5.86), 3 x 60 min. - av. Aurélien Recoing (Guillaume), Valérie Dréville (Judith), Philippe Clevenot (le duc d’Aquitaine [Guillaume V le Grand]), Patrick Raynal (Roland, le chef du village), Christophe Odent (Benoît, le forgeron), Gilles Amiot (André, le prêtre), Sophie de la Rochefoucauld (Jeanne), Simon Choff (Marc), Carole Le Moal (Berthe), Benoît Brione (Audoin), Josiane Stoleru (la sorcière), Philippe Crubezy (le brigand), Gilbert Gilles (Gilles), Thierry Vidal (l’adolescent), Philippe du Janerand (le moine), Lucie Pichon (la grand-mère).
Synopsis : Robert II le Pieux (v. 972-1031) règne sur la France, c’est-à-dire une partie de l’Île-de-France, car le reste du royaume n’en fait qu’à sa tête. Le comte d’Aquitaine refuse de payer l’impôt exigé par le roi. Dans le pays, il n’y a pas plus d’autorité centrale que locale, les fiefs sont plus ou moins incontrôlables. Devenu aveugle, le duc d’Aquitaine dépêche son jeune vassal Guillaume reconquérir le fief de Roquetaille, dans les Pyrénées, dont il est sans nouvelles depuis plusieurs années. Le chevalier part avec sa femme Judith, ses guerriers et son prêtre. Il prend d’assaut Roquetaille qui est aux mains d’un ancien intendant du comte devenu brigand, occit le félon au cours d’un jugement de Dieu et devient maître du village. Pour éviter la famine, il part ensuite voler du grain aux marchands sur les routes. A son retour, il est pris de malaise, la sorcière du village est accusée de l’avoir envoûté. Judith attend un enfant dont la naissance décidera du sort du village.
Auteur de nombreux scénarii et dialogues traitant de sujets mythologiques ou historiques à l’ORTF, La Rochefoucauld a d’abord été scénariste-assistant de Roberto Rossellini sur ses téléfilms historiques (des « Actes des apôtres » à « Descartes »). Conseillé par Georges Duby, il porte dans « L’An mil » une attention scrupuleuse à la reconstitution de la vie quotidienne d’une époque peu attrayante, généralement méconnue et d’une approche difficile. L’intention du récit est principalement documentaire et son film est un véritable pari d’éthno-sociologue que seul le petit écran, à l’abri des obligations de rentabilité commerciale, peut encore assumer (en l’occurrence TF1 une année avant sa privatisation).
À la Hourquette d’Ancizan, dans les Pyrénées, plantée sur un éperon rocheux à 1500 mètres au-dessus de l’Aure, le décorateur Emile Chigo construit la seule copie d’un camp fortifié du XIe siècle existant en Europe : un camp de type « château à motte » avec tour de bois cruciforme à plusieurs niveaux (pour l’habitat et le stockage). Cet ancêtre du donjon, l’ensemble du castel étant compris dans une enceinte extérieure en palissade de terre et de bois, forme un complexe architectural qui sera conservé après le tournage du film et deviendra un attrait archéologique de la région, allégorie frappante du début du système féodal en Occident (le village fortifié sera détruit en 1992). Le travail de la costumière, Anne-Marie Marchand, n’est pas moins remarquable : chlamyde (manteau d’apparat) attachée avec agrafe ornée, cotte d’étoffe ou de cuir pour le seigneur, bliaud (une longue tunique) pour ses vassaux, des guimpes qui couvrent la tête des femmes, etc. L’utilisation de la musique est parcimonieuse, liée seulement à des occasions spécifiques comme fêtes, travail ou veillée. On suit le travail semé d’obstacles, au jour le jour et avec les moyens du bord, de Guillaume, qui parvient à se faire seconder par l’esclave Benoît, un artisan-forgeron et inventeur, autrefois vendu par les moines de Cluny et qu’il a pu racheter à ses nouveaux maîtres. Ensemble, ils tirent à grande peine les frustes et lourds chariots sur des chemins semés de fondrières et de brigands. Le rythme du récit est volontairement lent, à l’image de siècles qui vouaient une large indifférence au temps. Une fiction archéologique pleinement réussie.
Louis VI le Gros (Didier Pain) dans la comédie à succès « Les Visiteurs » de Jean-Marie Poiré (1992).
1992Les Visiteurs (Ils ne sont pas nés d’hier) / Les Explorateurs de Louis VI le Gros (FR) de Jean-Marie Poiré
Alain Terzian/Gaumont-France3-Alpilles-Amigo-Canal Plus, 1h45 min. - av. Jean Reno (Godefroy de Papincourt, comte de Montmirail), Didier Pain (Louis VI le Gros), Christian Clavier (Jacquouille la Fripouille/Jacques-Henri Jacquart), Valérie Lemercier (Frénégonde de Pouille/Béatrice de Montmirail), Marie-Anne Chazel (Ginette), Jean-Paul Muel (le maréchal des logis Gibon), Christian Bujeau (Jean-Pierre), Isabelle Nanty (Fabienne Morlot), Pierre Vial (l’enchanteur Eusaebius).
Synopsis (pochade): En 1122, le roi Louis VI achève un rendez-vous galant avec une princesse d’Angleterre lorsqu’il est surpris par des cavaliers anglais. Godefroy de Papincourt sauve le roi et celui-ci lui accorde Frénégonde en épousailles. Pressé de la retrouver, Godefroy traverse la forêt de Malcombe que l’on dit hantée et où, par la faute d’une sorcière distraite, le chevalier et son écuyer Jacquouille font un fantastique bond dans le temps qui les projette en 1992. Le duo se trouve alors confronté à certains de ses descendants, qui ont transformé la vieille forteresse familiale en relais-château… Jacquouille est enchanté de se retrouver parmi les manants du XXe siècle, tandis que Godefroy parvient à retourner au Moyen Âge grâce à un médium. - Jean-Marie Poiré (« Le Père Noël est une ordure », « Papy fait de la résistance », 1962/63) réunit certains complices de son équipe du « Splendid » pour un voyage dans le temps, du passé vers le futur, en sens inverse de celui habituellement décrit au cinéma. Un casting excellent - Reno, Clavier, Lemercier -, des gags et anachronismes faciles mais qui font mouche à tous les coups (on a puisé quelques idées dans le « François Ier »  de Christian-Jaque, 1937), des effets spéciaux soignés suscitent des recettes record en France (13,7 millions d’entrées). Immense succès populaire, « Les Visiteurs » aura une suite en 1998 et un remake en 2001 (cf. infra). Tournage à Carcassonne, aux châteaux d’Ermenonville, de Pierrefonds (Oise) et de Beynac (Dordogne). – DE : Die Besucher, IT : I visitatori, ES : Los visitantes.
1998Les Couloirs du temps : Les Visiteurs 2 (FR) de Jean-Marie Poiré
Alain Terzian, Jean-Marie Poiré/Gaumont-CinéComic-France 3 Cinéma,1h53 min. – av. Jean Reno (Godefroy, comte de Montmirail), Christian Clavier (Jacquouille), Muriel Robin (Béatrice/Frénégonde), Marie Guillard (Philippine), Claire Nadeau (Cora), Marie-Anne Chazel (Ginette), Pierre Vial (Eusaebius), Philippe Beglia (le duc de Luigny).
Synopsis : Resté au XXe siècle, Jacquouille y sème toutes les paniques, et Béatrice parvient à le renvoyer en 1123, à la veille des épousailles de Godefroy de Montmirail avec Dame Frénégonde. Celui-ci accepte de retourner vers le futur afin de remettre le grappin sur les reliques de sainte Rolande (patronne familiale qui, seule, garantit la fécondité des damoiselles de Pouille), reliques volées par Jacquouille ... A la suite de diverses péripéties, le duo se retrouve en pleine Révolution française. - Suite du film de 1992, une production franchouillarde qui gave le spectateur de refrains scatologiques, d’explosions et de gags à répétition. Valérie Lemercier refusant de reprendre le rôle de Frénégonde, Muriel Robin la remplace. Un budget record de 140 millions de francs et un tournage de dix-sept semaines en Dordogne (Montagne Noire, châteaux de Beynac-et-Cazenac et de Biron), ainsi qu’aux châteaux d’Ermenonville (Oise) et de Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne). – DE : Die Zeitritter – Auf der Suche nach dem heiligen Zahn, IT : I visitatori 2 : ritorno al passato, ES : Los visitantes regresan por el tunel del tiempo.
2000Zycie jako smiertelna choroba przenoscona droga plciowa [La vie et les derniers instants de l’amour] (PL) de Krzysztof Zanussi.
av. Tadeusz Bradecki (saint Bernard de Clairvaux). – Un médecin en train de perdre la foi assiste au tournage d’un film sur Bernard de Clairvaux (1090-1153), docteur de l’Église, grand mystique et adversaire acharné d’Abélard.
2000(tv) L’An mil. Chronique de la Fin du Monde (FR) de Jacques Barsac
France3-MFF-Aya Prod.-La Cinquième (FR3 19.12.00), 48 min. – av. Gérard H. Ventre (le moine Adhémar de Chabannes).
Limoges sous Robert II le Pieux. Un moine raconte les événements des premières années du nouveau millénaire. - Recréation onirique d’un univers de conte médiéval proche des romantiques allemands et des visions cauchemardesques d’un Jérôme Bosch. En utilisant vidéo et technologie numérique, et les décors naturels de la Dordogne, de Limoges, d’Angoulême, de la Bourgogne et du Poitou. Barsac tente une plongée dans l’inconscient collectif d’une époque en faisant appel à une imagerie et à des partis pris concernant la prétendue « peur de l’an mil », mythe aujourd’hui largement dénoncé par les médiévistes. Il s’est répandu en particulier sous la IIIe République, avec le but de démontrer que l’Église avait eu depuis des siècles comme seul objectif de tenir le peuple dans l’ignorance et dans la crainte de l’Apocalypse. Ce produit de la propagande anticléricale du XIXe siècle (évoqué d'abord par les humanistes de la Renaissance afin de présenter le Moyen Âge comme une période noire et obscurantiste) a été repris sans vérifications par divers historiens républicains, alors qu’aucune source écrite datant du XIe siècle ne fait état d’une telle paranoïa collective et que, de surcroît, les diverses régions de l’Europe christianisée n’avaient pas toutes le même calendrier ! L'éducation scolaire étant encore lacunaire, beaucoup d'Occidentaux ne se rendirent même pas compte qu'ils rentraient dans un nouveau millénaire.
2001[Les Visiteurs en Amérique / Just Visiting (FR/US) de Jean-Marie Poiré; Gaumont-Hollywood
(Rosalind/Julia), Christian Clavier (André Le Pâté), Matt Ross, Tara Reid, Bridgette Wilson, John Aylward, Sarah Badel (la reine). – Remake à la sauce ketchup du film de 1992, destiné au marché américain et dont l’action est déplacée du XIIe siècle à la guerre de Cent Ans. Thibault de Malfête, duc d’Anjou et d’Orléans, arrive en Angleterre flanqué de son serviteur André afin d’épouser la princesse Rosalind. Un rival éconduit glisse dans son vin une drogue magique, Thibault assassine sa jeune promise et André se met en quête d’un magicien capable de retourner la situation. S’ensuit un voyage dans le temps qui les amène sur les terres de l’Oncle Sam au XXe siècle … Un ratage général qui fait un bide aux États-Unis. Réalisé en studio à Shepperton, en extérieurs à Berkeley Castle (Gloucestershire), Blenheim Palace à Woodstock, Corfe Castle (Dorset), Lydney Park Estate (Gloucestershire), Raglan Castle (Monmouthshire), et aux USA à Chicago, à Las Vegas et au Nevada.]
2003Rencontre avec le Dragon / Dragon rouge / Les Mercenaires / The Red Knight (FR/LX) d’Hélène Angel
Michel Saint-Jean/Diaphana-Samsa Films--FR3 Cinéma-Canal Plus-Rhône Alpes Cinéma-Grimages Films, 1h49 min. – av. Daniel Auteuil (Guillaume de Montauban, dit « Dragon Rouge »), Gilbert Melki (Micholas Mespoulède), Nicolas Nollet (Félix de Sistéron), Titoff (le poète Hugues de Pertuys), Sergi Lopez (Raoul de Ventadour), Emmanuelle Devos (Gisela von Bingen), Maurice Garrel (le duc de Belzunce), Claude Perron (Isabelle de Ventadour), Fred Proust (le baron de Fer), Jean-François Gallotte (le pape Innocent III), Frédéric Proust (baron Léon de Courtenay).
Synopsis : Guillaume de Montauban, un chevalier solitaire surnommé « Dragon Rouge », erre dans le sud de la France vers l’an 1095. Il a jadis sauvé son ami Raoul de Ventadour des flammes d’un dragon et pendant le combat, l’armure a fondu sous la chaleur, marquant à jamais la chair du chevalier entré ainsi dans la légende. Félix, 15 ans, croise le chemin de son héros dont il devient l’écuyer. Guillaume a charge de capturer le poète Hugues de Pertuys, favori du pape Innocent III qui a fui son protecteur. Son ennemi, le terrible Mespoulède, poursuit le même but. Guillaume est accompagné de Raoul, victime d’une malédiction : amnésique de jour, il se transforme de nuit en sanglier. Le groupe croise Gisela von Bingen, la mère supérieure d’un couvent en fuite car enceinte de Hugues, qui l’assiste lors de l’accouchement dans les fourrés. Guillaume les capture, mais en vue du camp papal à Aigues-Mortes, Félix aide les deux amants et leur enfant à fuir. Félix et Raoul périssent tandis que Guillaume se bat seul contre le baron de Fer et ses soldats au service du souverain pontife, puis contre Mespoulède. La légende ne dit pas comment s’est terminé l’affrontement …
Ce deuxième long métrage d’Hélène Angel (« Peau d’homme, cœur de bête », 1999) bouscule les conventions du film en costume par son imagination fiévreuse et son étrangeté. C’est une sorte de récit initiatique en soi assez ambitieux (tous les personnages y ont leur zone d’ombre) et parsemé de scènes baroques mais qui se perd à force de multiplier les pistes et les interrogations. Le tournage s’est effectué au Studio 24 à Villeurbanne, en Camargue (Saintes-Maries-de-la-Mer), au Grau-du-Roi, à la pointe de l’Espiguette dans le Gard, à Barcelonnette et dans les Alpes (Drôme), avec des comédiens lourdement harnachés en armures métalliques. Une curiosité. – DE : Der rote Tempelritter, US : Red Knight / Dragon Night.
2013/14® Guillaume, la jeunesse du conquérant (FR) de Fabien Drugeon
Jonathan Perrut/Les Films du Cartel, 52 min. – av. Jean-Damien Detouillon (Guillaume le Conquérant à 20 ans), Thiesay Deshayes (Guillaume à 10 ans), Dan Bronchinson (Guillaume à 40 ans), Geoffroy Lidvan (Osbern de Crépon, son père d’adoption), Eric Rulliat (Renouf), Thomas Debaene (Wilhelm Fitz Osbern), Gauthier Battoue (Gui de Brionne), Pierrick Billard (Gilbert de Brionne), Marion Casabianca (Arlette/Herlève de Falaise, mère de Guillaume). – La destinée de Guillaume le Conquérant, de 7 ans à 20 ans : de la mort de son père à son accession au titre de duc de Normandie reconnu par tous après sa victoire à la bataille du Val-ès-Dunes en 1047. Cf. Angleterre.

3.1. La romance des amours interdites: Héloïse et Abélard

La liaison scandaleuse du célèbre théologien et philosophe scolastique Pierre Abélard (1079-1142) et de sa pupille Héloïse d’Argenteuil (1101-1164). Abélard fut mutilé sur ordre du chanoine Fulbert, oncle de la jeune femme.
1918*Heloise and Abelard, épisode de Woman (L'Éternelle Tentatrice) (US) de Maurice Tourneur
Maurice Tourneur Productions (M. Tourneur, Jules Brulatour)-Paramount Pictures Corp., 7 bob./1h20 min. - av. Diana Allen (Héloïse d’Argenteuil), Escamillo Fernandez (Pierre Abélard), Lyn Donaldson, Rose Rolanda. –Récit divisé en un prologue, cinq épisodes et un épilogue, avec lequel Tourneur reprend la juxtaposition d’époques différentes initiée par Griffith dans « Intolerance ». Au XXe siècle, un mari abandonné par son épouse consulte un livre sur la nature des femmes qui lui fait assister aux premières disputes d’Adam et Eve, sauter à Rome sous Claude et Messaline, puis, entre autres, s’égarer passagèrement au Moyen Âge de Louis VI (1117/18), où le clerc théologien Pierre Abélard perd la tête pour sa ravissante disciple, Héloïse, et devient son esclave. Devenu producteur indépendant au États-Unis, le cinéaste français tourne son scénario aux studios Solax à Fort Lee, New Jersey. Pour les vies d'Héloïse et d'Abélard, cf. infra : « Stealing Heaven » (1987).
1965(tv) Briefe der Liebe : Abelard und Heloïse (DE/AT/CH) d’August Everding
Bayerischer Rundfunk-ORF-SRG (BR3 28.5.65), 46 min. - av. Peter Lühr (Pierre Abélard), Agnes Find (Héloïse d’Argenteuil). – La correspondance entre les deux époux-amants théologiens (1132-1135).
1970(tv) Abaelard (DE) de George Moorse
Barbara Moorse Workshop, München-Bayerischer Rundfunk (BR3 6.12.70), 59 min. – Philippa Stjernsward (Héloïse d’Argenteuil), Louis Waldon (Pierre Abélard), John Vincent Kane. – Un des papes de la « nouvelle vague » semi-expérimentale allemande filme la liaison d’Abélard et Héloïse en costumes, mais dans des décors modernes (16mm Eastmancolor).

Pierre Vaneck et Ludmila Mikaël dans la dramatique « Héloïse et Abélard » de Jacques Trébouta (1973).
1973(tv) Héloïse et Abélard (FR) de Jacques Trébouta
Parties : 1. Le Jeu du cœur et de l’esprit – 2. Le Jeu de l’amour et de la raison (Mutilation et renoncement)
ORTF (3e Ch. 27.11.+4.12.73), 2 x 55 min. - av. Ludmila Mikaël (Héloïse d’Argenteuil), Pierre Vaneck (Pierre Abélard), Robert Rimbaud (Hugues), François Maistre (le chanoine Fulbert), Alain Mottet (saint Bernard de Clairvaux), Paul Crauchet (Pierre le Vénérable), Dominique Rozan (l’abbé Adam), Jacques Charby (Albéric de Reims), Paul Rieger (Geoffroy de Lèves), Gérard Croce (Gauthier), François Germain et Bruno Latouche (clercs).
Synopsis : Abélard, le philosophe le plus illustre de son temps, tombe amoureux de la très sage Héloïse qui vit chez son oncle, le chanoine Fulbert. Sous prétexte de lui donner des leçons, il parvient à s’introduire auprès de sa belle et la séduit. Après une brève liaison, il finit par enlever Héloïse enceinte et l’envoie dans sa famille en Bretagne. Il propose ensuite à Fulbert de l’épouser à condition que le mariage reste secret pour ne pas nuire à sa réputation de philosophe entièrement voué aux choses de l’esprit. Mais l’oncle rend publique la nouvelle. Furieux, Abélard confie Héloïse aux religieuses d’un couvent. Le chanoine paie alors des hommes de main chargés d’émasculer Abélard. Tandis qu’Héloïse prend le voile tout en gardant un amour passionné pour Abélard, celui-ci se fait moine. Le sort s’acharne sur lui ; attaqué par saint Bernard, il doit brûler ses écrits. Héloïse a été chassée de son couvent, mais elle a gardé intacte sa passion pour Abélard. Celui-ci, qui a décidé de devenir « le philosophe de Dieu », va peu à peu amener Héloïse à un renoncement total de l’amour charnel pour l’amour divin.
Une dramatique en couleurs filmée aux studios des Buttes-Chaumont et dans de magnifiques décors naturels (pas toujours bien exploités), d’après une pièce et un scénario de Jean Chatenay, inspirés par une idée originale de la fameuse médiéviste Régine Pernoud, auteur d’un Héloïse et Abélard (Albin Michel, 1967). Conservatrice aux Archives nationales, puis au centre Jeanne d’Arc d’Orléans (qu’elle fondera en 1974 à la demande d’André Malraux), cette dernière sert ici également de conseillère historique. D’où une illustration indubitablement plus sérieuse, plus critique envers Abélard, ambitieux et orgueilleux, et plus juste que le film « Stealing Heaven » de 1987 (cf. infra). La réalisation reste néanmoins peu inspirée, seul Pierre Vaneck tire son épingle du jeu.
Abélard (Derek de Lint) et Héloïse (Kim Thomson), les amants rebelles de « Stealing Heaven » de Clive Donner (1987).
1987Stealing Heaven (Héloïse et Abélard) (GB/YU) de Clive Donner
Simon MacCorkindale, Susan George, Andros Epaminondas/Amy International-FilmDallas Pictures-Jadran Film, 1h51 min. - av. Derek de Lint (Pierre Abélard), Kim Thomson (Héloïse d’Argenteuil), Denholm Elliott (le chanoine Fulbert, son oncle), Bernard Hepton (Martin, l’archevèque de Paris), Kenneth Cranham (l’abbé Suger de Saint-Denis), Rachel Kempson (la prieure), Mark Jax (Jourdain de Planissole), Angela Pleasence (Sœur Cécilia), Moniek Kramer (Jeanne, sœur d’Abélard), Timothy Watson (François), Patsy Byrne (Agnès), Victoria Burgoyne (une prostituée), Philip Locke (Poussin), Cassie Stuart (Petronilla), Andrew McLean (Gérard), Thomas Lockyer (Thomas), Mark Audley (Lucas), Kai Dominic (Paul), Miki Hewitt (Sœur Claire), Ivo Husnjak (Gaston Lamarck), Vjenceslav Kapural (le baron Lamarck, son père), Yvonne Bryceland (la baronesse Lamarck, sa mère), Eugen Marcelic (Astrolabe, le fils d’Héloïse et Abélard), Lela Simecki (Sœur Thérèse).
Synopsis : En mai 1164, sur son lit de mort dans la chapelle de l’abbaye du Paraclet, entourée de religieuses, Héloïse extrait du socle d’un crucifix un plume qu’elle porte aux lèvres (un souvenir d’Abélard), puis jette le crucifix, devenu inutile, au sol... Flash-back en 1117 : au monastère d’Argenteuil où elle a été éduquée, la jeune Héloïse est une élève supérieurement intelligente mais à la langue bien pendue. Son oncle Fulbert, chanoine à Notre-Dame, la reprend chez lui à Paris, espérant s’enrichir en la mariant à Gaston, le fils du riche baron de Lamarck. Héloïse refuse d’être vendue à ce rustre. Abélard est le clerc le plus éminent et le plus populaire de l’université, protégé par l’archevêque Martin, mais jalousé par ses confrères et haï par l’abbé Suger. Les étudiants l’adulent tout en se moquant de son ascétisme. Devenu le précepteur d’Héloïse, Abélard s’installe en pension chez Fulbert. Ils tombent amoureux, deviennent amants, mais Abélard, tourmenté par sa passion et ses remords, quitte la maison. L’oncle les surprend dans leurs ébats. Aidé par leur ami Jourdain, Abélard organise la fuite hors de Paris. Il place Héloïse, enceinte du petit Astrolabe, auprès de sa sœur Jeanne [en fait : Denise] au Pallet, en Bretagne, où ils se marient en secret (1118), car Abélard met en péril son enseignement, les clercs devant être célibataires depuis la réforme grégorienne. Lorsqu’Abélard retourne à Paris, l’oncle se venge en le faisant émasculer par des hommes de main. Héloïse se révolte, perd la foi, rejette l’Église, voit désormais en Abélard son unique « seigneur crucifié ». Maudit par sa nièce, Fulbert est banni à vie de Paris et ruiné sur ordre de l’évêque. Abélard décide d’entrer dans les ordres et suggère à Héloïse d’en faire autant (Jourdain s’occupera du petit Astrolabe). Il développe une communauté près de Nogent-sur-Seine baptisée le Paraclet, où il peut continuer à enseigner. Ayant quitté l’abbaye d’Argenteuil sur ordre de Suger qui la persécute, Héloïse se réfugie à son tour au Paraclet, tandis qu’Abélard s’installe dans le Morbihan où il devient abbé de Saint-Gildas-de-Ruys (1127). Plus tard, les cheveux grisonnants, Abélard rend visite à Héloïse avec leur fils adolescent (en réalité, Astrolabe mourut encore enfant) et lui demande d’être inhumé auprès d’elle - pour qu’ils puissent à nouveau partager le même lit.
L’abbesse et le théologien soixante-huitard se retrouvent pour être ensevelis ensemble (« Stealing Heaven », 1987).
 Amants conformistes d’une bluette anglo-saxonne
Les « amours immortelles » d’Héloïse d’Argenteuil (son nom de famille est inconnu, 1101-1164), savante et religieuse, et de son tuteur Pierre Abélard (1079-1142), théologien scolastique, philosophe et compositeur, tous deux de petite noblesse bretonne, ont ici pour la première fois les honneurs d’un long métrage de cinéma. Entièrement réalisé en Yougoslavie et aux studios Jadran à Zagreb, le film reste inédit en France. Après une première au marché à Cannes en 1988, ses lenteurs, son manque de rigueur dramatique et d’attraits juteux dans le dernier tiers du récit ont découragé les distributeurs. L’imagerie est soignée, inspirée parfois de Giotto. D’amusantes « matte paintings » révèlent les échafaudages de la cathédrale de Notre-Dame en pleine construction, un anachronisme puisque la première pierre a été posée en 1163. Clive Donner, capable du pire comme du meilleur (« Alfred the Great », 1968), part d’un best-seller américain de Marion Meade, Stealing Heaven. The Love Story of Heloise and Abelard (New York, 1979). Mal lui en prend : l’auteure a, selon ses propres dires, renoncé à écrire une biographie, optant pour une fiction vue à travers les yeux d’une Héloïse d’aujourd’hui, femme moderne d’une insatiable curiosité et victime rebelle de l’égoïsme masculin. Kim Thomson, une starlette de télévision britannique qui débute au grand écran, interprète cette pionnière du féminisme, donnant la réplique à Derek de Lint, un joli garçon néerlandais aperçu dans « Soldaat van Oranje » de Paul Verhoeven (1977) et récemment dans « The Unbearable Lightness of Being » de Philip Kaufman.
Mis au goût du jour, le film comme le roman ressortent les habituels clichés sur un Moyen Âge qui aurait désapprouvé l’érudition féminine (Régine Pernoud a mis de l’ordre dans ces fadaises). Le scénario donne une place prépondérante à la sexualité débridée du couple (corps nus à la lueur des bougies, copulation dans la chapelle, etc.), oblitérant totalement sa vaste culture, la notion d’amour courtois qui marque sa correspondance et sa passion pour les défis intellectuels. Qu’Héloïse maîtrisait accessoirement les trois langues de la Bible, citait Ovide, Horace et Cicéron, que les écrits des Pères de l’Église n’avaient guère de secrets pour elle ou qu’elle pratiquait avec aisance la composition littéraire et la musique, voilà qui n’intéresse personne. Au cinéma, la damoiselle se borne à débiter des platitudes théologisantes sur les parties génitales du « Créateur fait à l’image de l’homme », scandalisant quelques pimbèches en cornette. Son rejet de l’Église est aussi une pure invention des temps modernes. Quant à Abélard (qui fait ici tout sauf le double de l’âge de sa pupille), c’est un Cohn-Bendit en bure, entouré de sympathiques et bruyants étudiants soixante-huitards, insolents et rétifs à l’establishment représenté par l’abbé Suger, le scénario de Chris Bryant gommant de surcroît l’orgueil carriériste dont l’affuble la romancière.

Quelques mises au point pour corriger les clichés
Les faits historiques s’éloignent fortement de cette bluette kitsch sur fond de contestation estudiantine et de « Flower Generation », lancée par le slogan « Pardonne-nous, mon Dieu, car nous avons aimé ». Ainsi, le mariage des amants se fit sur insistance du chanoine Fulbert, bien que sa nièce y fût opposée (elle préférait le titre de maîtresse à celui d’épouse, attachée par la seule tendresse, non par la force du lien nuptial). Quant à Abélard, il craignait que la divulgation des noces ne nuise à sa carrière universitaire et ecclésiastique, lui qui visait l’évêché et peut-être plus tard le Vatican. Lorsque Fulbert révéla le mariage au grand jour, Abélard plaça Héloïse au couvent d’Argenteuil contre sa volonté, comme sœur converse. Le chanoine cria à la répudiation et, bafoué dans son honneur, il ordonna la mutilation du « mari indigne » par deux sicaires. Le scandale fut énorme, car c’était là une punition réservée aux violeurs. S’agissant d’une vengeance privée, commise au sein même du chapitre de Notre-Dame et sur un des plus illustres clercs de son temps, elle consterna tout le royaume. Les deux malfrats furent castrés et aveuglés, Fulbert fut suspendu pour deux ans. Héloïse resta au couvent où elle prit le voile sur ordre d’Abélard et, une fois de plus, contre sa volonté, n’ayant pas la vocation. Devenue prieure, elle fut expulsée d’Argenteuil en 1129 par l’abbé Suger de Saint-Denis, conseiller de Louis VI et Louis VII, qui la traita de « bas bleu ». Installée avec ses compagnes dans le petit prieuré près de Quincey et devenue abbesse, elle continua, comme le film ne le dit pas, d’entretenir une correspondance nourrie avec son mari (Epistulae, 1132-1135), des lettres au début émouvantes de fraîcheur et d’intensité passionnelle, où Héloïse reconnaît avoir pris le voile plus par amour de l’homme que par amour de Dieu, tandis que les réponses d’Abélard, plus apaisées, remplies de tendresse, s’efforcent de ramener dans l’âme de sa jeune épouse le renoncement et la paix céleste. Le reste des lettres ne porte que sur des questions d’exégèse et de discipline religieuse. Abélard fut condamné par saint Bernard de Clairvaux et le grand mystique Guillaume de Saint-Thierry comme un hérétique introduisant dans la théologie le scepticisme et le rationalisme (conciles de Soissons et de Sens en 1121 et 1140). Il mourut dans le prieuré clunisien de Saint-Marcel en 1141, son corps fut transporté au Paraclet où Héloise, devenue abbesse de l’ermitage (que le pape Innocent III avait placé sous sa protection personnelle en 1131), fut enterrée à ses côtés.
Comme on le sait, le sujet a fasciné de nombreux écrivains, et même Shakespeare aurait envisagé un Abelard and Elois, a Tragedie (1610) qui demeura inachevé. Jean-Jacques Rousseau s’en souvint pour sa Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761). La séparation tragique des amants enflamma en particulier les romantiques, la mouvance antichrétienne du XIXe siècle et les thuriféraires de l’« amour libre ». Leurs restes furent transportés en 1817 à Paris, où un mausolée néo-gothique fut construit à l’entrée du cimetière du Père-Lachaise, monument de pèlerinage destiné à promouvoir ce nouveau lieu (la tombe continue à être fleurie). Roger Vailland leur a consacré une pièce en trois actes (1950), mais c’est aux États-Unis et dans les pays anglo-saxons en général que le couple semble à présent marquer le plus les esprits (1). - DE : Zeit der Dunkelheit / Liebe hinter Klostermauern, ES : La otra cara de Dios.

(1) - Notamment avec Abelard and Heloise (1970), tragédie anglaise de Ronald Millar, Rage of the Heart, poème musical d’Enrico Garzilli (1989), Abelard & Heloise, drame musical de Ross Fiddes et Paul Kavanagh (Australie 1997), Heloise and Abelard, opéra en trois actes de Stephen Paulus (USA 2002), Abelard and Heloise, musical de Tom Polum, Greg Cullen et Stuart Marland (USA 2003). En France, mentionnons Héloïse et Abélard, opéra en trois actes d’Ahmed Essyad (2000), La coupe d’amour d’Héloïse et d’Abélard de Jean-Pierre Muller (2001), Une passion entre ciel et chair, pièce de Catherine Galinier d’après le roman de Christiane Singer (2004), Entre ciel et chair de Christel Willemez (2006), etc. Cf. aussi le court métrage « Abélard » de François Gauducheau (Prod. Musée du Vignoble Nantais, 1995, 15 min.).