I - LE ROYAUME DE FRANCE

4. LES CROISADES (1095 à 1270)

Le sultan Saladin (Ahmed Mazhar), préfiguration du colonel Nasser dans le film de Youssef Chahine (1963).

4.2. Saladin contre-attaque: Deuxième et Troisième croisade

La Deuxième croisade dure de 1147 à 1149. Elle est lancée à contrecœur par saint Bernard de Clairvaux, sur ordre du pape Eugène III, avec le but de reprendre Édesse aux Turcs, et sera marquée par la zizanie franco-germanique. Réticent à l’idée de s’associer à une croisade en Terre sainte et condamnant avec véhémence les violences antijuives qui l’accompagnent, saint Bernard est surtout préoccupé par le développement de l’hérésie cathare en France, une menace autrement plus grave pour l’orthodoxie catholique. Son sermon du jour de Pâques 1146 à Vézelay qui aurait enflammé la chevalerie n’est d’ailleurs attestée par aucune source de l’époque et il n’en subsiste pas la moindre partie. À la fin de sa vie, il adjurera les Templiers à rester des moines avant d’être des soldats, et écrira à son oncle, André de Montbard, maître du Temple: « Le monde devra reconnaître qu’il vaut mieux mettre sa confiance en Dieu qu’en nos princes ». L’histoire lui donnera raison.
La Deuxième croisade comprend l’armée de Louis VII, roi de France, principal initiateur de l’entreprise, et celle de l’empereur germanique Conrad III. Ce dernier est écrasé à Dorylée mais parvient à s’enfuir. Louis VII abandonne ses pèlerins à Adalia et rentre en France sans gloire. Entre-temps, en 1147, le sultan SALADIN (Youssouf Salâh ad-Dîn al-Ayyûbi, 1137-1193), souverain kurde sunnite d’Égypte et fondateur charismatique de la dynastie des Ayyoubides, entre à Damas où il réunit sous son autorité les deux principales régions de l’ancien empire arabe. Brillant homme d’État, très pieu et proche du soufisme, il sera célébré en Occident pour son parfait esprit chevaleresque et sa tolérance religieuse. L’année suivante, les croisés poursuivent en direction de Jérusalem mais échouent devant les murs de Damas. Louis VII rentre en France sans gloire. Chypre est saccagé par les Templiers et Renaud de Châtillon. Le 4 juillet 1187, Saladin remporte une victoire écrasante sur les croisés de Guy de Lusignan à la bataille de Hattîn/Hettine, scellant par là le sort des croisades ultérieures. Le 2 octobre suivant, Jérusalem et une grande partie de la Palestine retombent sous la domination musulmane
La Troisième croisade, dite « La Croisade des Rois » (1189 à 1192) est lancée en 1187 par le pape Grégoire VIII pour freiner l’avancée de Saladin et reprendre Jérusalem, ne réunit pas moins de trois monarques: Philippe II Auguste de France, l’empereur germanique Frédéric Ier Barberousse et RICHARD Ier CŒUR DE LION, roi d’Angleterre. Tous trois sont tenus en échec par le sultan Saladin, qui a repris la majorité du territoire franc au Proche-Orient. Richard s’empare seul de Chypre et ses troupes rejoignent les Francs au siège de Saint-Jean-d’Acre qui tombe en 1191. Philippe Auguste retourne en France, laissant à l’Anglais le soin de reconquérir la côte, de Tyr à Jaffa (1192). Richard échoue devant Jérusalem où il est contraint de conclure une trêve avec le sultan qui lui garantit désormais la liberté de pèlerinage. Sur le chemin du retour en Europe, il est emprisonné au château de Dürnstein, puis à Trifels par le duc Léopold V d’Autriche qu'il a insulté publiquement devant Acre. Six mois après le départ de Richard Cœur de Lion, Saladin meurt à Damas à l’âge de 55 ans.


Précisons que, contrairement à la légende romantique que véhiculent livres, cinéma et bandes dessinées, Richard et Saladin ne se sont jamais rencontrés, ce dernier ayant toujours refusé de le voir et délégué son frère Al-Adîl comme ambassadeur à sa place: le sultan admirait la bravoure du « lion » mais se méfiait - à raison - de sa parole. Aucune paix ne fut conclue entre eux, juste une trêve de trois ans, après quoi le Plantagenêt promit de revenir avec une armée plus puissante encore. Enfin, ce fut Richard qui repoussa l'offre de se recueillir au Saint-Sépulcre, tant que la ville était en mains arabes.
1911Il talismano / Riccardo Cuor di Leone (Le Talisman ou Richard Cœur de Lion) (IT) d’Enrico Guazzoni ou Giulio Antamoro ou Enrique Santos (?)
Società Italiana Cines, Roma, 623 m./2 actes / env. 35 min. – av. Amleto Novelli (Sir Kenneth de Huntingdon), Emilio Ghione (le sultan Saladin), Gianna Terribili-Gonzales (Lady Edith Plantagenêt). - Synopsis: Un condensé de The Talisman (Le talisman), un des deux romans de Sir Walter Scott faisant partie du recueil Tales of the Crusaders (Histoire du temps des croisades) paru en 1825. En Terre sainte, Sir Kenneth est chargé par Philippe Auguste de France, Léopold d’Autriche et Conrad de Montferrat de négocier une trêve avec le sultan Saladin, à l’insu de Richard Cœur de Lion, chef suprême de la Troisième croisade qui est alité, malade, sous sa tente. Sous un déguisement, Saladin s’introduit dans le camp chrétien et guérit Richard avec un élixir miraculeux provenant d’un vieux talisman transmis de génération en génération par les califes (sic) de Jérusalem. Les croisés conspirent pour perdre Sir Kenneth, qui se défend en tuant en combat singulier Conrad de Montferrat (cf. infra, l’intrigue de « King Richard and the Crusaders », 1954). - Tournage dans les studios Cines de la Via Appia à Rome, avec la star de la maison, Amleto Novelli, qui vient de participer à la Première croisade sous les traits de Tancrède dans « La Gerusalemme liberata » (1911) de Guazzoni, film où Ghione faisait Renaud, l’Achille chrétien ; « Il talismano » réutilise d’ailleurs les mêmes décors et costumes. Novelli acquerra une réputation internationale en 1912 grâce au « Quo Vadis » de Guazzoni. - US: Richard the Lion-Hearted, ES: El talismán.
Les immenses décors de Jérusalem érigés en studio à Munich pour « Nathan der Weise » de Manfred Noa (1922).
1922Nathan der Weise / Die Erstürmung Jerusalems / AT: Die Träne Gottes (Nathan le Sage) (DE) de Manfred Noa
Filmhaus Bavaria GmbH (Erich Wagowski)-Münchner Lichtspielkunst AG (Emelka), 2824 m. (7 actes)/2h08. - av. Fritz Greiner (le sultan Saladin), Lia Eibenschütz (Sittah, sa sœur), Carl de Vogt (Assad de Filneck, son frère / Curd von Stauffen, un Templier, alias Leu de Filneck), Werner Krauss (Nathan le Sage), Bella Muzsnay (Récha, sa fille adoptive, alias Blandine de Filneck), Margarete Kupfer (Daja, une chrétienne), Ernst Schrumpf (Héraclius d’Auvergne, patriarche de Jérusalem), Max Schreck (Robert IV de Sablé, Grand Maître de l’Ordre des Templiers), Rudolf Lettinger (Frère Bonafides, autrefois écuyer d’Assad), Ferdinand Martini (Al-Hafi, un derviche), Wolfgang von Schwind (l’émir du Kurdistan), Ernst Matray (le bouffon du sultan), Carl-Heinz Schroth.
Synopsis: « La guerre de religion enflamme à nouveau les peuples fanatisés d’Orient et d’Occident. » Peu après la fin de la Deuxième croisade, dans les parages de Jérusalem, des pillards chrétiens incendient une synagogue dans laquelle périssent l’épouse et les sept fils du vieux juif Nathan, celui que le petit peuple appelle le Sage. Dans les décombres, ce dernier découvre un nourrisson, une fille qu’il adopte sous le nom de Récha. En octobre 1187, Saladin s’empare de la Ville sainte, les chevaliers chrétiens sont rançonnés ou vendus comme esclaves. Fortuné, Nathan les rachète tous. Curd, un jeune Templier captif, condamné à mort avec dix-neuf autres chevaliers de son Ordre, est grâcié par Saladin parce qu’il émet le vœu de mourir en priant. Lorsqu’éclate un incendie, Curd sauve la vie de Récha. Le chevalier s’éprend de la belle, qu’il croit juive, et bien que chrétien, il demande sa main à Nathan. Mais le vieillard hésite, car quelques informations secrètes sur le Templier lui indiquent que Récha et le chevalier seraient en réalité frère et sœur, enfants du musulman Assad, le frère cadet disparu de Saladin. Assad s’était rendu il y a des années en Allemagne pour y épouser une dame de la maison de Stauffen dont il avait eu un fils, Curd (alias Leu de Filneck) et une fille, Blandine de Filneck (patronyme adopté par Assad après sa conversion et son mariage). Sa mère étant morte en couches et son père tombé au combat, la petite Blandine fut enlevée, puis confiée à des juifs de la région… Les croisés assiègent Saint-Jean-d’Acre, mais les caisses de Saladin sont vides, et celui-ci convoque Nathan, l’homme le plus riche et le plus généreux de la cité. Mais au lieu de lui emprunter de l’argent, le sultan lui demande laquelle des trois religions monothéistes détient la vérité. Nathan lui répond par la parabole des trois anneaux (reprise du Décaméron de Boccace) dont deux sont des copies: les anneaux se ressemblent, mais la réelle valeur de l’anneau apparaît à travers l’humanité tolérante et l’amour du prochain que manifestera son propriétaire. Entre-temps, Curd apprend que Récha n’est pas juive de naissance, et le patriarche de Jérusalem exige de Saladin que Nathan soit brûlé pour avoir élevé un enfant chrétien dans la foi judaïque. Les chevaliers chrétiens menaçant de reprendre les armes, Nathan se dit prêt à mourir afin d’éviter un nouveau bain de sang. Impressionné par tant de sagesse, Saladin convoque son monde à un tribunal public devant la citadelle, innocente Nathan après avoir révélé que sa nièce Récha-Blandine n’a jamais été baptisée, embrasse son neveu Curd-Leu et relâche les derniers Templiers encore prisonniers.
Nathan le sage (Werner Krauss) et sa fille Recha donnent une belle leçon de tolérance (« Nathan der Weise », 1922).
 De l’antijudaïsme médiéval à l’antisémitisme moderne
Le film se veut une adaptation libre de la pièce en cinq actes Nathan le Sage de Gotthold Ephraim Lessing (1779) (1). Saladin incarne chez Lessing l’idéal du souverain libéral et éclairé ; il est avec Nathan le principal porte-parole de la raison et de la tolérance, celui qui, en quête d’une vérité plus profonde, se met au-dessus des rivalités religieuses qui empoisonnent la Ville sainte. Même si telle n’était pas l’intention première de l’auteur (il s’attaque dans son manifeste à l’inhumanité des religions institutionnalisées et aux préjugés en général), son sujet aborde indirectement la question épineuse de la persécution des Juifs pendant les croisades et par conséquent aussi le développement des clichés antisémites les plus virulents dans une Europe socialement déséquilibrée, traversée par des sursauts de fanatisme mystique. Rappelons toutefois que la notion fantasmatique de l’antijudaïsme médiéval (« les assassins du Christ ») n’est pas à confondre avec celle de l’antisémitisme récent, d’ordre raciste, où l’« on ne reproche plus à l’autre sa croyance, on lui reproche ce qu’on estime être sa nature » (François Reynaert). Dès 1096, dans leur fougue à châtier les infidèles, des cohortes de pèlerins en partance pour la Terre sainte s’en prennent d’abord aux juifs qui résident en pays chrétien: « l’infidèle » hébraïque est une proie trop connue, trop proche et trop facile pour être épargnée. Préambule de la Première croisade, on compte alors plus de dix mille victimes en Allemagne (Cologne, Worms) et dans le nord de la France. Lorsque Godefroy de Bouillon s’empare de Jérusalem, il réunit tous les juifs dans la synagogue et met le feu à l’édifice. Il n’y a aucun survivant (le film fait écho à cet épisode dans son prologue, mais sans impliquer directement les croisés). La Ville sainte sous domination chrétienne demeure interdite aux juifs et aux musulmans jusqu’à l’arrivée de Saladin. Dans les États latins de Terre sainte, de fortes redevances sont imposées aux juifs pour alimenter les trésors de croisade, et en 1215, sinistre présage, le port d’un signe distinctif y devient obligatoire. Lors de la Troisième croisade, des massacres, spoliations et apostasies forcées ont lieu à Londres, à York, à Norwich et dans le midi de la France. Par la suite, les juifs seront expulsés dans divers pays européens, d’Angleterre en 1290, de France en 1306 et du Palatinat allemand en 1394.

Le premier film allemand boycotté par les nazis
« Nathan der Weise » est un méga-projet de l’Emelka bavaroise émergente qui cherche à rivaliser avec l’Ufa de Berlin dans le registre culturel et spectaculaire. Conscients des enjeux d’une pareille entreprise, les initiateurs du film, le producteur Wagowski (Filmhaus Bavaria) et le cinéaste Noa (un ancien peintre et graphiste), tous deux juifs, souhaitent peut-être répondre aux attaques antisémites dont Bavaria-Emelka est l’objet dans les média: en Allemagne du Sud, terre catholique et ultraconservatrice, le climat politique est délétère, notamment à Munich même, berceau du jeune parti national-socialiste fondé en 1920 par un dénommé Adolf Hitler. Le rôle-titre a été confié au célèbre interprète du docteur Caligari, Werner Krauss, qui se spécialisera dans la caractérisation « juive » à l’écran : il sera Shylock dans « Der Kaufmann von Venedig » (1923) de Peter Paul Felner avant de virer de bord politique et de s’illustrer tristement comme pilier du cinéma antisémite (cinq rôles dans le « Jud Süss » de Veit Harlan, 1940). Carl de Vogt, qui personnifie le jeune chevalier, a percé dans « Die Spinnen » de Fritz Lang et il est amusant de retrouver Max Schreck, l’horrifique « Nosferatu le vampire » de F. W. Murnau, grimé en Grand Maître des Templiers. Le scénariste Hans Kyser (qui signera en 1925 les intertitres du « Faust » de Murnau) déplace les préludes du récit de la fin au début du film et imagine plusieurs séquences autour des énormes décors de Jérusalem érigés sur les terrains de la Bavaria à Geiselgasteig ; les batailles sont filmées près de Wolfratshausen avec 500 figurants, non sans réveiller l’hostilité de la population rurale que la présence de tant d’enturbannés dérange.
Vers la fin du tournage, en automne 1922, les nazis tentent de se saisir du négatif au laboratoire et de le détruire. Sous-titré « le film de l’humanisme (der Film der Humanität) », « Nathan der Weise » sort à la fin décembre au Kurfürstendamm à Berlin où la critique salue à raison le style visuel de cette « grande œuvre didactique en costumes », aux cadrages très composés, mais qu’handicapent toutefois une certaine lourdeur et le jeu maniéré, caricatural de Krauss. En Bavière, la censure incrimine la partialité du film qui présenterait « un juif humainement très supérieur aux chrétiens et aux musulmans » et en préconise l’interdiction. Il sort en salle à Munich en février 1923, sans publicité, mais doit être déprogrammé après 48 heures, les nazis ayant menacé de détruire tout cinéma qui projetterait cet « ouvrage mensonger et hypocrite », voulant faire croire à la population saine du pays que « la lutte antisémite serait la pire des injustices mondiales » (Völkischer Beobachter, 16.2.23). Noyautée par l’extrême-droite, la police locale n’intervient pas. Le film est banni en Pologne et dans plusieurs autres pays catholiques. L’Autriche l’interdit aux écoliers. En revanche à Istanbul, l’accueil public est enthousiaste. Pour sauver les meubles, Noa et Wagowski enchaînent avec le péplum « Helena, der Untergang Trojas (Hélène de Troie) ». Noa parvient ainsi à faire carrière à Berlin, mais Wagowski n’échappera pas à la faillite et se suicidera en 1927. Le cinéma n’osera plus jamais s’attaquer à la pièce de Lessing. – IT: Nathan il saggio.

(1) - Cette ultime grande œuvre poétique de Lessing, le principal représentant des Lumières en Allemagne, fut une manière déguisée de répondre à la polémique religieuse entre les partisans du déisme anglais et les défenseurs du dogmatisme doctrinal de la Réforme, alors que la censure l’en avait empêché. Message vibrant de fraternité que Goethe tenait en plus haute estime, la pièce fut interdite en Autriche, en Saxe et dans les États catholiques, mais acclamée par les Turcs à Constantinople dans une version grecque ! Ce sera la première œuvre jouée pour la réouverture du Deutsches Theater à Berlin en décembre 1945.
Wallace Beery en Richard Cœur de Lion amoureux (« Richard, the Lion-Hearted » de C. Withey, 1923).
1923Richard, the Lion-Hearted (L'Esprit de la chevalerie) (US) de Chester Withey
Frank E. Woods/Allied Producers-Associated Authors Inc., 2364 m./1h26 min. - av. Wallace Beery (Richard Cœur de Lion), Kathleen Gifford (Bérengère de Navarre, son épouse), Charles K. Gerrard (le sultan Saladin), Marguerite de la Motte (Lady Edith Plantagenêt), John Bowers (Sir Kenneth of the Couchant Leopard, alias David, prince d’Écosse), Tully Marshall (Joscius, archevêque de Tyr), Clarence Geldart (Conrad de Montferrat), Wilbur Higby (Thomas de Vaux of Gilsland), Melbourne MacDowell.
Synopsis: Devant Jérusalem, les succès de Richard Cœur de Lion contre Saladin, « chef des hordes sarrasines », ont rendu jaloux les « lieutenants de son armée, les ducs de France, d’Autriche, d’Allemagne et d’Italie » (sic) qui complotent contre lui et le lâchent en pleine bataille. Il doit battre en retraite et boude dans sa tente à Ascalon, en état de prostration. Le prince d’Écosse, en disgrâce auprès de la couronne d’Angleterre, le rejoint incognito sous le nom de Sir Kenneth ; il compte par la même occasion lui demander la main d’Edith de Plantagenêt, la demoiselle d’honneur de la reine Bérengère. Entre temps, Conrad de Montferrat, joueur, débauché, brutal, qui a de grands besoins d’argent, se fait payer par Saladin pour livrer Richard et ses croisés aux musulmans. Le traître lui verse du poison dans son vin, un geste que le sultan désapprouve. Déguisé en médecin arabe, ce dernier parvient à guérir le roi et, lui ayant révélé sa véritable identité, demande la main de Lady Edith pour sceller la paix. Richard s’offusque et l’éconduit brutalement, Saladin le traite de « roi ingrat ». Sir Kenneth est chargé de veiller sur l’étendard royal, mais il déserte son poste, croyant que Lady Edith l’appelle au secours. A son retour, l’étendard des Plantagenêt a disparu et Richard condamne Sir Kenneth à mort. L’archevêque de Tyr entend la confession du condamné et fait changer la sentence de mort en exil. Déguisé en esclave nubien, Sir Kenneth retourne au camp et y démasque le responsable de sa disgrâce, Conrad de Montferrat, qu’il défie en tournoi. La joute est interrompue par l’attaque surprise des Sarrasins que Conrad rejoint en enlevant Lady Edith. Sir Kenneth le tue pendant la bataille, Richard remporte la victoire des armes, capture Saladin (sic), puis, magnanime, lui rend la liberté en souvenir de son intervention médicale salutaire. Ils signent la paix, tandis que Sir Kenneth, redevenu prince d’Écosse épouse Lady Edith.
Dans le fameux « Robin Hood (Robin des Bois) » d’Allan Dwan et Douglas Fairbanks, sorti douze mois plus tôt, le comédien américano-suisse Wallace Beery, énorme, truculent, goinfre, le visage rubicond, campe Richard Cœur de Lion, et son apparition fait tant d’effet que le producteur-scénariste indépendant Frank E. Woods met en chantier une sorte de « suite » censée montrer ce que le roi chevalier chanté par la légende fit en Terre sainte pendant que les flèches de Robin sauvaient l’Angleterre. D’où la décision d’adapter ici pour la deuxième fois The Talisman de Sir Walter Scott (cf. 1911), en réutilisant costumes, épées, armures, accessoires et même quelques plans généraux du film de Fairbanks. Chet Withey, comédien, scénariste et réalisateur falot, installe le camp des croisés à Iverson Ranch, Chatsworth, avec force peintures sur verre (la cité de Jaffa). Les intérieurs sous tente sont aménagés sur Santa Monica Boulevard, aux Pickford-Fairbanks Studios. L’intrigue du roman, déjà passablement fantasque (Walter Scott devait abuser du laudanum…), est malmenée, Wallace Beery tirant toute la couverture à lui. Mais sa prestation semi-comique en rude et bon garçon, luttant dans le sable avec ses soldats, se disputant avec sa femme ou rusant avec son barbier qui voudrait tant lui faire prendre un bain, ne suffit pas à sauver un film qui dérape plus d’une fois dans la grosse niaiserie (Saladin fait prisonnier !). Les exploits imaginaires des joyeux archers de Sherwood ne font pas bon ménage avec la réalité cruelle des croisades, une évidence que les scénaristes hollywoodiens peineront à assimiler pendant presque un siècle. Associated Authors, une filiale de la United Artists partiellement financée par la Banque d’Italie, ne rentre pas dans ses frais. Beery, dont le physique n’était pas exactement celui d’un adonis, acquerra une popularité phénoménale (et même un Oscar) en « brute au cœur d’or » dans les années 1930 à la MGM, interprétant entre autres le pirate Long John Silver et Pancho Villa. – ES: Ricardo Corazón de León.
Saladin (Ian Keith) brave Richard Cœur de Lion (Henry Wilcoxon) dans « The Crusades » de Cecil B. DeMille (1935).
1935*The Crusades (Les Croisades) (US) de Cecil B. DeMille
C. B. DeMille Prod.-Paramount Pictures Corp. (Adolph Zukor), 2h03 min. - av. Henry Wilcoxon (Richard Cœur de Lion), Loretta Young (Bérengère/Berengaria de Navarre), Ian Keith (le sultan Saladin), Katherine DeMille (Alice de France), C. Henry Gordon (Philippe II Auguste de France), George Barbier (Sancho VI le Sage, roi de Navarre), C. Aubrey Smith (Pierre Bartholomé, dit Pierre l’Ermite), Lumsden Hare (Robert, comte de Leicester), William Farnum (Hugues III, duc de Bourgogne), Hobart Bosworth (Frédéric Ier Barberousse, duc d'Allemagne), Ramsay Hill (le prince Jean sans Terre), Albert Conti (Léopold V de Babenberg, duc d'Autriche), Paul Satoff (Michel, prince de Kiev), Fred Malatesta (Guillaume II, roi de Sicile), Hans Heinrich von Twardowsky (Nicolas, comte de Hongrie), Joseph Schildkraut (Conrad de Montferrat), Alan Hale (Blondel de Nesle, le ménestrel), Montagu Love (Hercule, le forgeron), John Carradine (la voix de Léopold, duc d’Autriche), Vallejo Gantner (Raoul de Clermont, Connétable de France), Pedro de Cordoba (Karakouch), Ann Sheridan (une esclave chrétienne). Edwin Maxwell (un navigateur), Mischa Auer (un moine), Jason Robards Sr. (Amir).
Synopsis: En 1187, à la tête des « Sarrasins d’Asie » (sic), le sultan Saladin dévaste Jérusalem, réduisant les chrétiens à la mort ou à l’esclavage. Mais il épargne Bartholomé l’Ermite, qui, de retour en Occident, appelle à la guerre sainte. Prenant le commandement suprême de la Troisième croisade, le roi Philippe II Auguste gagne d’abord l’Angleterre avec Alice de France, sa demi-sœur cupide, une noiraude féline promise à Richard Cœur de Lion. Pour échapper à ce mariage, celui-ci s’empresse de rallier la croisade. À Marseille, il consent toutefois à épouser la blonde Bérengère de Navarre sans même l’avoir vue, en échange de vivres pour ses hommes affamés. Ne sachant comment se dérober à la cérémonie nuptiale, il se fait remplacer par son épée, un mariage par gage qui rend l’élue furieuse. Le lendemain, ébloui par la beauté de Bérengère, il lui ordonne de l’accompagner en Palestine. Devant Saint-Jean-d’Acre assiégée, Saladin refuse de se rendre. Se sentant insulté par l’affront fait à sa sœur, Philippe Auguste menace de quitter la croisade si Richard ne répudie pas Bérengère. Conrad de Montferrat tient cette dernière pour responsable de la désunion entre les deux souverains, et il annonce que le prince Jean s’est emparé du trône d’Angleterre avec la complicité du roi français. Amoureux, Richard fait la sourde oreille. Bérengère a fait promettre à son époux qu’il n’y aurait pas d’union charnelle entre eux avant qu’il ait déposé son épée sur le tombeau du Christ à Jérusalem. Prête à sacrifier sa vie pour sauver la cohésion des croisés, elle quitte en secret le campement pendant la nuit, puis, blessée par une flèche, elle est recueillie par Saladin qui la soigne, en tombe amoureux et l’emmène à Jérusalem, tandis que les chrétiens s’emparent d’Acre (1191) où Richard cherche en vain son épouse. Bérengère décline l’offre de mariage du sultan. Les combats font à présent rage autour de la Ville sainte. Les hommes de Montferrat s’apprêtant à assassiner Richard, Saladin lui sauve la vie et le reçoit dans son palais à la demande de Bérengère, qui a accepté de se donner à son geôlier. Elle supplie Richard de conclure la paix. Magnanime, Saladin lui rend son épouse et ordonne de laisser entrer les pèlerins chrétiens dans Jérusalem à l’exception de Richard lui-même, interdit pour toujours d’accès à la Ville sainte. Devant la ferveur soudaine de cet homme humilié et pénitent (« j’ai marché dans le sang pour arriver jusqu’ici »), Bérengère renie son serment et se love contre lui: c’est elle qui apportera l’épée de son époux au Saint-Sépulcre.
Les musulmans de DeMille détruisent les croix, réduisent les chrétiennes en esclavage et ridiculisent les ermites.
 Les « infidèles » de DeMille, un rappel de la Rome païenne
À la fois le plus connu des films d’avant-guerre sur les croisades et le premier produit hollywoodien dont c’est le sujet central. Enthousiasmé par un bestseller du romancier américain Harold Albert Lamb, The Crusades: Iron Men and Saints (1930), Cecil B. De Mille s’est fait fabriquer un scénario qui opère des télescopages historiques à la chaîne, utilisant des événements survenus au long de sept croisades, sur plus de deux siècles. Pour voir clair dans cet imbroglio désinvolte de personnages authentiques et/ou emblématiques, de clichés romanesques, de contre-vérités flagrantes et de manipulations outrageuses, une comparaison avec les faits historiques s’impose. Le film s’ouvre sur les hurlements sauvages des Sarrasins victorieux, l’autodafé des Évangiles (peu vraisemblable pour un livre sacré respecté par le Prophète) et des icônes, les croix détruites, les chrétiens enchaînés avec l’assentiment tacite de Saladin, tandis que des marchands d’esclaves ridés, obèses et lascifs se partagent de jeunes vierges blanches effarouchées (« qu’Allah vous procure de la jouissance ! ») et que leurs coreligionnaires prient avec ferveur dans les prisons, tels des martyrs de la Rome païenne (Ann Sheridan veut embrasser la croix pour se protéger !). Symbole du chrétien indomptable, Bartholomé, la barbe blanche, la voix tonnante, se dresse devant le sultan comme Moïse devant le pharaon et le menace des pires représailles célestes et terrestres. Du déjà-vu. Cette introduction reproduit en la dramatisant la propagande du pape Urbain II à Clermont en 1095, avant la Première croisade.
En réalité, quand Saladin reprit Jérusalem aux croisés en octobre 1187, il autorisa une large part de la population chrétienne à fixer elle-même le montant de sa rançon et de quitter la ville avec tous ses biens. Même les pauvres qui ne pouvaient payer furent relâchés contre une somme symbolique. Ce sont les chrétiens assiégés qui menacèrent de détruire des lieux saints, musulmans (le dôme du Rocher et la mosquée d’Aqsa), et l’unique croix qui fut enlevée par les « infidèles » se trouvait au sommet du dôme du Rocher. Le patriarche chrétien fut autorisé de quitter la ville avec tous les trésors du Saint-Sépulcre (ce que montrera Ridley Scott dans « Kingdom of Heaven », 70 ans plus tard). Saladin permit aussi aux juifs de revenir s’installer à Jérusalem, dont ils avaient été bannis par les Francs. L’ermite Bartholomé qui s’affiche comme le saint inspirateur de la croisade au début du film est un mélange de Pierre Bartholomé, dit Pierre l’Ermite (ou L’Hermite) et de Bernard de Clairvaux. Or, Pierre est ce prédicateur illuminé dont la croisade populaire des « guenilleux » (partie de Cologne et qui précéda celle des barons menée par Godefroy de Bouillon) commit d’horribles pogroms de juifs en Rhénanie et se termina dans le pillage et le sang devant Nicée en 1096. Saladin n’était pas encore né. (1)
Le roi Richard (Henry Wilcoxon) finit par succomber aux charmes de son épouse Bérangère (Loretta Young).
 Un Richard Cœur de Lion de pure fantaisie
A partir du prologue au Proche-Orient, cette Troisième croisade version DeMille (qui se fait passer pour la première) se profile en fonction des aléas sentimentaux et conjugaux de Richard, le spectateur candide pouvant même se demander si l’échec ultérieur de l’expédition ne proviendrait pas du fait que le « lion des Plantagenêts » avait épousé la fausse femme ! On glisse de la politique à la sphère privée. En Angleterre, dit DeMille, le roi Richard est proche du peuple, aimé de tous, c’est un incorrigible macho, rieur, batailleur, vantard qui se mesure avec ses poings contre un forgeron et ne craint qu’une chose: le mariage, car les femmes ne l’intéressent pas. C’est un tempérament irascible, irréfléchi et follement courageux (cf. Ivanhoé, Robin des Bois), un adolescent attardé, un homme d’action peu porté sur le spirituel: tout ce qui plaît à l’Américain du XXe siècle. L’historiographie moderne confirme son désintérêt compréhensible pour le sexe faible, Richard ayant vraisemblablement été homosexuel. De toute sa vie, ce monarque angevin tant célébré par la littérature anglo-saxonne mais haï par ses sujets britanniques ne passa que six mois en Angleterre (pour y lever des impôts et financer ses guerres). Il mena son pays au bord de la ruine avec ses coûteuses aventures militaires et ne parlait pas ou à peine l’anglais – comme tous les rois d’Angleterre avant le XVe siècle. De culture française, il vivait dans le Poitou, de préférence à Limoges ou à Poitiers, parlait le franco-normand et l’occitan. Enfant, il avait été effectivement fiancé à Alice de France (ou Alix Capet), mais Henry II, le père de Richard, avait pris Alice pour maîtresse, en raison de quoi l’Église interdit ce mariage. C’est la reine-mère Aliénor d’Aquitaine, 70 ans, qui organisa l’hymen de Richard avec Bérengère (1163?-1230), fille de Sancho le Sage et de Blanche de Castille, dont la dot devait financer partiellement la Troisième croisade. Bérengère et la sœur de Richard, Jeanne, s’embarquèrent pour la Terre sainte en Sicile, mais leur navire fit naufrage à Chypre où le souverain byzantin, Isaac Comnène, les fit prisonnières. Richard attaqua Chypre, captura Comnène, libéra les dames et y épousa Bérengère en 1191 selon les vœux maternels. Bérengère séjourna un temps à Acre, puis retourna à Poitou. Le couple n’eut pas d’enfants, leur mariage n’étant qu’une formalité. Quand Richard revint de sa captivité en Autriche (1194), leur relation était si mauvaise que l’Église dut intervenir pour les réconcilier. Bérangère mourut dans la pauvreté, Jean sans Terre, son beau-frère, ayant refusé de la dédommager des terres qu’il accapara, malgré l’intervention du pape Innocent II et de la reine-mère. On est donc loin de la trame simpliste du film qui se développe à partir des rapports homme/femme, séduction/résistance, pouvoir/jalousie selon les schémas éprouvés: Bérengère se chamaille avec Richard autour du lit nuptial immaculé ; elle est jalousée par Alice de France qui vise la couronne d’Angleterre, diadème que lui proposera ensuite le prince Jean avec la complicité de Philippe Auguste, tous deux jaloux de Richard, etc.

Saladin, héros de la chevalerie occidentale
Dans son autobiographie, DeMille affirme qu’il voulait montrer que les Sarrasins n’étaient pas des barbares, mais des gens très cultivés, et que leur chef Saladin était un parfait chevalier, digne de ses adversaires francs. Vingt ans plus tard, le président Gamal Abd el-Nasser l’aurait autorisé à filmer les extérieurs de « The Ten Commandments (Les Dix Commandements) » en Égypte en souvenir de ce portrait si positif. Ce n’est en tout cas pas ce qu’illustre l’ouverture du film, reproduisant une diabolisation issue des sources chrétiennes les plus hostiles (Itinerarium Regis Ricardi), jusqu’au moment où Saladin, miracle, se révèle courtois, tolérant, généreux, conforme à une tradition occidentale qui a fourni la matière de nombreux romans du XIIIe au XVe siècle, sans parler du fameux Talisman de Sir Walter Scott en 1825 (le prénom Saladinus fut attribué au cours du XIIIe siècle aux rejetons de plusieurs lignages chevaleresques d’Europe) (2). Notons qu’à l’écran, cette métamorphose restera possible jusqu’à la création de l’État d’Israël. En 1935, le Saladin de DeMille est encore auréolé du charme de séducteur levantin du « Voleur de Bagdad » et du « Cheikh » de Rudolph Valentino (en plus redoutable), mais à partir de 1948, tout basané s’opposant à un Occidental est dépeint presque systématiquement avec malveillance, preuve d’un transfert des préjugés antisémites envers les Juifs sur les sémites arabes. Devant Acre, le sultan ayyoubide d’Égypte répond avec majesté aux souverains chrétiens réunis, démontrant la supériorité de son épée - dont le fil tranche un voile de soie flottant dans l’air - sur celle de Richard qui casse une barre de fer (scène reprise de Walter Scott). Berengère admire la prestance et la courtoisie de l’Oriental (« on m’a dit qu’il était cornu comme le diable, alors qu’il est superbe »), tandis que Saladin salue en retour sa diplomatie et son courage (pour lui prouver qu’il ne risque pas l’empoisonnement, elle boit la première gorgée d’un coupe d’eau qui lui a été offerte par ses ennemis). Petit oubli du scénariste: Frédéric Barberousse, le duc d’Allemagne et empereur du Saint Empire germanique qui apparaît dans l’assemblée des croisés, était mort longtemps avant le siège d’Acre, noyé dans une rivière d’Arménie. Quant au roi de France, Philippe Auguste, nettement plus intelligent que le « Roi Lion », ce n’est pas le prétendu affront fait à sa demi-sœur qui le taraudait, mais la politique franco-française ; sans sympathie pour une expédition qu’il jugeait insensée et à laquelle il ne croyait plus, il rentra au pays après la prise d’Acre, avec l’accord du pape.

L’histoire malmenée sur tous les fronts
Plus tard dans le film, Saladin fait exécuter Conrad de Montferrat, le conspirateur qui lui a proposé d’assassiner Richard. Or, l’authentique marquis Corrado di Monferrato (v. 1140-1192), cousin piémontais de l’empereur Barberousse, du duc d’Autriche et du roi de France, ne correspond en rien au portrait diabolique qu’en brosse DeMille, toujours à la suite de Walter Scott et d’autres auteurs anglo-saxons. Respecté par ses ennemis qui le surnommaient « Al-Markis », Montferrat repoussa brillamment Saladin devant Tyr et tenta en vain de soustraire les otages et captifs musulmans d’Acre aux bourreaux de Richard. Nommé par ses pairs roi de Jérusalem contre la volonté du Plantagenêt, il périt en 1192 sous les poignards ismaéliens des assassins du Vieux de la Montagne, vraisemblablement soudoyés par Richard. (Sa captivité en Autriche, sur le chemin de retour, aurait été la conséquence de ce crime.) C’est donc son inimitié avec un Richard excessivement idéalisé par la légende qui lui a valu une postérité littéraire et cinématographique aussi désastreuse. Quant aux avances amoureuses du sultan d’Égypte (également reprises dans l’intrigue de The Talisman), elles ne sont pas entièrement inventées, puisqu’il y eut bel et bien des propositions de mariage entre camps ennemis, entre Al-Adil Sayf al-Dîn (ou Saphadin), frère cadet de Saladin, et Jeanne de Sicile, sœur de Richard, mais – selon la version officielle - aucun des deux accepta de renoncer à sa propre religion. Saladin lui-même n’eut qu’une seule épouse, Ismat al-Dîn, la fille de l’émir de Damas à laquelle il semble avoir été très attaché.
Chez DeMille, c’est Bérengère qui convainc son époux de faire la paix en réveillant son amour, une médiation pacifiste ardente dans laquelle John Aberth croit découvrir en sous-texte l’écho des efforts de neutralité du gouvernement Roosevelt et des premières lois isolationnistes passées au Congrès américain, dans l’intention de rester en dehors de tout futur conflit mondial (Knight at the Movies, op. cit., pp. 90-91). Républicain ultra-conservateur, le cinéaste ne pouvait que saluer le « Neutrality Act » promulgué en été 1935, aveugle au fait que la S.D.N. condamnait le réarmement allemand et que Mussolini préparait l’invasion de l’Éthiopie, une des plus vieilles terres chrétiennes du monde. « Je me bats pour la croix », proteste Richard. « Non, lui répond Saladin. Sur ta chemise, tu portes la croix de quelqu’un qui a donné sa vie sur cette terre pour que les hommes connaissent la paix, mais tu n’as pas foi en cette croix ». Et Bérengère de surenchérir: « Qu’importe que nous L’appelions Allah ou Dieu. Les hommes doivent-ils s’entretuer parce que leurs chemins vers Lui diffèrent ? Il n’y a qu’un seul Dieu. » En signe de bonne volonté, Richard promet de libérer tous les captifs musulmans d’Acre. Paroles de cinéma: le véritable Richard Cœur de Lion, réputé pour sa brutalité, parfois sa cruauté, abandonna la Terre sainte faute d’argent et en raison de l’usurpation de son frère Jean en Angleterre, et non par désir de paix. Bien au contraire, puisqu’il promit dans une lettre à Saladin de revenir avec d’autres troupes, mais n’en eut plus l’occasion (la paix conclue n’était en réalité qu’une trêve de trois ans). Le sultan l’invita du reste à se rendre au Saint-Sépulcre avant son départ, mais Richard refusa d’entrer en invité dans une ville où il avait fait le serment d’entrer en conquérant. Enfin, le scénario ne souffle mot du massacre par Richard de la garnison désarmée d’Acre, avec femmes et enfants (trois mille égorgés), ni de sa trahison répétée envers Saladin, qui a d’ailleurs toujours refusé de le rencontrer personnellement et déléguait auprès de lui son frère Al-Adil ! La fin du film nage dans un salmigondis triomphaliste de cantiques et de musique martiale propre à contredire les allégations conciliantes du cinéaste. DeMille cherche ainsi à couvrir par une sorte d’exaltation religieuse le bilan catastrophique de l’expédition, qu’il présente pourtant comme un châtiment divin dû à la désunion et à l’impiété de ses initiateurs. Au son des hymnes, des chrétiennes émergent en chaînes des geôles. Les musulmans ne fêtent pas la paix, bien sûr, seuls les chrétiens prient...
L’exaltation de la foi selon DeMille: les croisés se recueillent devant un fragment de la Vraie Croix.
 Souffle épique et scénario imbécile
Ce mégaprojet (auquel collabore activement Harold Lamb, l’auteur du roman) est défendu à Hollywood par Ernst Lubitsch, alors chef du studio, contre la volonté d’Adolph Zukor, le grand mogol de la Paramount à New York. Le principal soutien du film vient de The Bank of America où travaille John DeMille, le fils du réalisateur (qui suggéra le sujet à son père). Henry Wilcoxon, le Marc-Antoine du « Cleopâtre » de DeMille l’année précédente, fait un Richard Cœur de Lion viril mais dépourvu de charisme, son dernier rôle en vedette avant de passer à la production, toujours aux côtés de son mentor et ami. Catholique dévote jusqu’à la bigoterie, Loretta Young joue l’épouse navarraise, aussi resplendissante qu’invraisemblable, et Katherine DeMille, fille adoptive du cinéaste (et future épouse d’Anthony Quinn), sa rivale française. Saladin, impressionnant d’autorité tranquille et bienveillante, est interprété par Ian Keith, un abonné aux emplois patibulaires: Tigellin, l’âme damnée de Néron dans « Sign of the Cross (Le Signe de la Croix) », Octave dans « Cleopâtre », l’assassin John Wilkes Booth dans « Abraham Lincoln » (1930), Rochefort dans « The Three Musketeers » (1935 et 1948), etc.
DeMille opère au Paramount Ranch à Agoura Hills (Santa Monica Mountains) pour le choc frontal des cavaleries, et aux studios à Melrose Avenue où près d’un tiers des plateaux lui sont affectés, sur une surface de deux kilomètres carrés. L’intérieur du palais afghan de « The Lives of a Bengal Lancer (Les Trois Lanciers du Bengale) » (1935) de Henry Hathaway est recyclé pour représenter l’habitat de Saladin à Jérusalem, les geôles néroniennes de « Sign of the Cross » (DeMille, 1932) conduisent au Saint-Sépulcre. Dans le backlot, on déblaie plusieurs importants décors permanents pour faire place à la cour du château de Windsor, au port d’embarquement et à la cathédrale de Marseille, puis aux grandes murailles de Saint-Jean-d’Acre avec fortifications et chemins de ronde devant lesquels s’agitent 600 figurants, entourés d’une catapulte de dix tonnes, de feu grégeois, d’une tour d’assaut de 35 tonnes et de divers mantelets mobiles. « L’excitation est générale, les croisés invoquent Dieu, tandis que les infidèles poussent des clameurs barbares, et, au-dessus de ce tumulte incroyable, la voix de DeMille », ironise Cinémonde. On dénombre plusieurs chevaux tués et un bras de figurant écrasé par la tour ; irrité par l’insensibilité de DeMille pour sa piétaille en armure, un archer décoche une flèche qui se fiche dans le mégaphone du cinéaste ! La séquence de l’assaut nocturne des remparts d’Acre au chant des cantiques est magnifiquement photographiée (Victor Milner sera nominé à l’Oscar), quoique menée dans la confusion générale, le réalisateur préférant les vastes mouvements de grue et les cadrages remplis à raz bord aux démonstrations de stratégie. Le spectateur n’y comprend rien, mais l’attaque étant justifiée « moralement » par la capture de l’Ermite et la disparition de Berengère, il assiste ébahi au martyre (inventé) du prédicateur, ficelé sur les remparts, criblé de flèches comme saint Sébastien. Le déballage émotionnel atteint son apogée kitsch quand les croisés victorieux s’agenouillent extasiés sur les marches d’escalier d’une chapelle devant un des fragments de la Vraie Croix (hors cadre), enveloppés d’une lumière divine ; des hommes estropiés se traînent en gémissant, le regard enfiévré par la proximité du Paradis.
Bref, absolument tout dans « The Crusades » sonne faux, des situations aux caractères, jusqu’aux costumes (heaumes et hallebardes du XIVes., des casques à corne chez les Arabes) que signe Travis Benton, le couturier attitré de Marlene Dietrich. Et pourtant, l’ensemble se laisse voir sans ennui. Le souffle épique de l’imagerie y rivalise avec l’imbécillité foncière du scénario, qui ne fait que reproduire une vague mémoire collective et idéologiquement acceptable des événements. Ce mélange très efficace de sentimentalisme à la limite de l’indécence, d’humour bon enfant, de grandiloquence théâtrale et de puissantes compositions plastiques classe même le film parmi les champions du box office de 1935 (contrairement à ce qu’affirmera DeMille plus tard). Ayant coûté 1'376’00 $, il en rapporte 1'490'800 $. Dans ses mémoires parus en 1959, le cinéaste estime rétrospectivement que c’est son meilleur film. Le jugement du Time Magazine de l’époque est plus proche de la vérité: « Historiquement sans intérêt, trompeur sur le plan didactique et absurde sur celui de la création artistique » (2.9.35). Paradoxalement, c’est au Moyen-Orient que l’œuvre sera la plus populaire (trois ans à l’affiche dans le même cinéma au Caire): les autochtones y découvrent des ancêtres capables de résister avec superbe aux colonisateurs « roumis », de quoi faire rêver les futurs libérateurs du pays. Notamment le jeune Gamal Abdel Nasser, qui autorisera DeMille à tourner ses « Dix Commandements » en Egypte (1955) en souvenir du Saladin de ce film. - DE: Kreuzritter – Richard Löwenherz, IT: I Crociati, ES: Las cruzadas.

(1) - Saint Bernard de Clairvaux, lui, était réticent à l’idée de s’associer à une seconde croisade, mais s’inclina par obéissance au pape Eugène II (en 1145), invitant toutefois les chevaliers croisés à l’humilité, à l’obéissance et au sacrifice. En Rhénanie, il fit cesser les persécutions contre les juifs organisées par un autre prédicateur populaire d’obédience cistercienne.
(2) - Au XIIIe siècle déjà, Histoire d’Outremer de Guillaume de Tyr (v. 1280) exalte l’image du « bon roi Saladin ». Le sultan est récupéré et devient « présentable » avec le roman de Saladin dans le Second Cycle de la Croisade, recueil de poèmes épiques de la première moitié du XIVe siècle qui le présente comme le petit fils du comte de Ponthieu (par sa mère) ; aimé par la reine de France et adoubé chevalier, le Commandeur des Croyants s’y convertit bien sûr au christianisme avant de mourir.
1941Salâh ad-Dîn al-Ayyûbi (Saladin) (EG) d’Ibrâhîm Lâmâ
Condor-Film, Le Caire, 1h55 min. - av. Badr Lâmâ (le sultan Saladin), Badria Raafat, Menassa Fahmi, Bishara Wakim, Mahmud Al-Meligui, Anwâr Wagdi, Fakher Fakher. – En glorifiant la victoire arabe sur les croisés – Saladin l’Ayyubide écrase les Francs à Hattîn et repousse Richard Cœur de Lion devant Jérusalem -, le cinéma égyptien, bridé, humilié par les autorités britanniques, veut rappeler à l’homme de la rue la grandeur et la bravoure des héros de son histoire, et en tirer fierté. Malgré son indigence intellectuelle et ses approximations costumées (qui provoquent les sarcasmes de la presse locale), « Salâh ad-Dîn al-Ayyûbi » permet au public arabe de se raccrocher à l’identité passée pour défier l’occupant et sa civilisation hautaine qu’il semble si difficile de vaincre ; à son niveau, il s’inscrit dans le courant de lutte nationaliste Wafd, au même titre que la fresque « Shagârat ad-Dûr » d’Ahmed Galal sept ans plus tôt (cf. Septième croisade) (cf. 4.3d). On se souviendra qu’après la prise de Damas par les troupes françaises en 1920, le général Gouraud se rendit sur la tombe de Saladin et lança: « Nous voici de retour, Monsieur le Sultan ! »
Le film est produit avec (trop) peu de moyens par les frères Ibrâhîm et Badr Lâmâ, deux Palestiniens du Chili qui ont transformé leur Studio Lâmâ à Quoubbeh Gardens au Caire en petit « Hollywood de l’Orient ». Beau garçon, Badr, l’interprète du magnanime sultan, joue les jeunes premiers dans plusieurs aventures exotico-historiques de son frère (notamment dans un « Cléopâtre », unique péplum égyptien, en 1943). Quant aux scènes de bataille devant les murailles de Jérusalem, elles sont chapardées sans états d’âme à « The Crusades » de Cecil B. DeMille (cf. supra): un prêté pour un rendu.
1952Δ 1. April 2000 (AT) de Wolfgang Liebeneiner ; Wien-Film GmbH/Österreichische Bundesregierung, 1h44.
av. Ernst Stankovski (Léopold V de Babenberg, duc d’Autriche), Fred Hennings (l’empereur Frédéric Ier Barberousse). - Synopsis: Pendant la Troisième croisade, en juillet 1191, le duc Léopold V de Babenberg parvient le premier à escalader les remparts de Saint-Jean-d’Acre. Tandis qu’on emmène des captifs sarrasins, Richard Cœur de Lion, Philippe II Auguste de France et l’empereur germanique Frédéric Barberousse (pourtant noyé une année auparavant !) le félicitent. Sa tunique blanche est couverte de sang. Lorsqu’il retire sa ceinture, une bande blanche apparaît au milieu du rouge, et l’empereur décrète que les couleurs rouge, blanc, rouge seront dorénavant celles du drapeau autrichien. (La légende colportée par les chroniqueurs est fausse, car le drapeau n’a été adopté qu’au XIIIe siècle par Frédéric II de Hohenstaufen.) – Production commanditée par le gouvernement autrichien pour protester contre l’occupation alliée et démontrer, à travers une série de vignettes historiques présentées par des extraterrestres (!), qu’avant l’embarrassant « Anschluss » de 1938, l’Autriche a eu un passé civilisé et que l’Europe a une dette envers elle.
1954*King Richard and the Crusaders (Richard Cœur de Lion) (US) de David Butler
Henry Blanke/Warner Bros., 1h53 min. - av. Rex Harrison (le sultan Saladin/l’émir Ildérim), Virginia Mayo (Lady Edith Plantagenêt), George Sanders (Richard Cœur de Lion), Laurence Harvey (Sir Kenneth of Huntingdon), Paula Raymond (la reine Bérengère de Navarre), Henry Corden (Philippe II Auguste de France), Wilton Graff (Léopold V de Babenberg, duc d'Autriche), Robert Douglas (Gilles Amaury de Beauséant), Michael Pate (Conrad de Montferrat), Lester Matthews (Joscius, l’évêque de Tyr), Henry Corden (Philippe Auguste II de France), Nick Cravat (le bouffon Nectobanus), Lumsden Hare (un médecin), Nejla Ates (une danseuse), Leslie Bradley, Bruce Lester, Mark Dana, Abdullah Abbas, Rudolph Anders.
Synopsis: En 1191, après la prise de Saint-Jean-d’Acre, Richard Cœur de Lion désigne Gilles Amaury de Beauséant, grand maître de l’Ordre (des Templiers ?), comme son successeur en cas de décès, et salue la vaillance d’une nouvelle recrue, Sir Kenneth, un chevalier sans fortune venu d’Écosse, région pourtant rétive à la couronne d’Angleterre. Dans la nuit, le roi est blessé par une flèche sarrasine empoisonnée, mais Sir Kenneth est persuadé qu’elle provient d’un archer franc. Les jours de Richard sont comptés et, en coulisse, les autres chefs de la croisade s’en disputent déjà le commandement. Sir Kenneth a été désigné pour accompagner à un pèlerinage la reine Bérangère et Lady Edith Plantagenêt, cousine de Richard dont il est l’amoureux secret. En traversant le désert, il croise la lance, puis se lie d’amitié avec l’émir kurde Ildérim, physicien à la cour de Saladin que ce dernier a envoyé pour guérir le souverain agonisant. Trois jours plus tard, Richard est sur pied et charge Sir Kenneth de veiller à sa bannière flottant au centre du camp, symbole suprême de sa lignée. Mais l’Écossais, jaloux, se laisse distraire par la cour qu’Ildérim fait à Lady Edith. En son absence, Amaury et Conrad de Montferrat, les comploteurs, abattent la bannière des Plantagenêts. Irascible et buté, Richard provoque Sir Kenneth en combat singulier jusqu’à la mort. Le chevalier est à terre quand Ildérim demande sa vie en récompense des soins prodigués et emmène le « renégat » rejeté par les siens dans le camp sarrasin où il se fait reconnaître comme le sultan Saladin et l’aide à découvrir l’identité des conspirateurs croisés. À titre d’ambassadeur des Abbassides, Sir Kenneth transmet à Richard (le roi de France et le duc d’Autriche sont rentrés en Europe) une offre de paix liée au mariage de Lady Edith avec le sultan. Il démasque Montferrat et le tue en duel, mais Amaury fait assassiner la délégation sarrasine prosternée pendant la prière et enlever Lady Edith qu’il compte garder en otage dans sa forteresse. Richard et Saladin unissent leurs armées pour neutraliser Amaury et ses chevaliers félons. Sir Kenneth exécute le traître suspendu à son pont levis, et le sultan, qui a sauvé Lady Edith, la lui rend, conscient qu’« un sage ne peut garder ce qui ne lui appartient pas. »
Déguisé en médecin, le Saladin de Rex Harrison guérit le roi sous les yeux de Virginia Mayo et de Laurence Harvey.
 Précisons d’emblée que le scénario de John Stuart Twist – il signera « Helen of Troy (Hélène de Troie) » (1956) de Robert Wise et l’admirable « Band of Angels (L’Esclave libre) » (1957) de Raoul Walsh - prend de sérieuses libertés avec The Talisman, le roman de Sir Walter Scott dont c’est ici la troisième adaptation cinématographique (cf. 1911 et 1923). Ce qui n’est pas plus dommage, car l’intrigue du livre est inutilement compliquée, cumulant invraisemblances historiques et situations abracadabrantes qui pouvaient sans doute séduire un public ignorant, fasciné par « l’Orient mystérieux » en 1825, mais risqueraient de rebuter les spectateurs mieux informés de l’après-guerre. Hollywood a étendu son marché dans tous les pays arabes et Washington se montre soucieux de ménager ses alliés potentiels au Proche-Orient: Ibn Séoud a entériné l’Arabian American Oil Company pour l’exploitation commerciale du pétrole en 1946 ; l’Égypte (devenue république en 1953) réprime les communistes, le putsch militaire en Iran vient de réinstaurer le régime pro-occidental du shah Pahlavi, et le pacte de Bagdad, traité défensif contre l’URSS, est sur le point d’être signé. En outre, la décolonisation générale qui s’amorce en Afrique du Nord fait des croisades un sujet plutôt délicat … Par sa triangulation « bon Occidental » cum « Arabe avisé » versus « mauvais Occidental », le film s’insère donc astucieusement dans la politique américaine du moment, proche du pétrole d'Ibn Saoud et du shah Pahlavi.

Un roi Richard qui n’a que faire de Jérusalem
Par souci de simplicité, Twist escamote à l’écran les personnages de Joscius, l’archevêque vaniteux de Tyr, de Nectobanus, le nain de la reine, et de l’anachorète-voyant Théodoric d’Engaddi, espion secret du pape Grégoire VIII et adepte de l’auto-flagellation. La question de Jérusalem est évacuée: Richard ne se préoccupe ni de reprendre la Ville sainte, ni même de la contempler de loin – au soulagement des alliés américains d’Israël et de Jordanie ! Autres altérations: à la fin du roman, Conrad de Montferrat est blessé dans un duel judiciaire en terrain neutre par Sir Kenneth, puis poignardé par son complice Gilles Amaury de Beauséant, Grand Maître fictif des Templiers, que Saladin décapite personnellement au cours d’un banquet donné en l’honneur de ses hôtes occidentaux (Robert IV de Sablé, le véritable onzième Grand Maître de l’Ordre, mourut bel et bien en 1193, au moment où fut signée la trêve de trois ans entre Richard et Saladin). On sait que Walter Scott nourrissait une aversion pour les Templiers auxquels il attribua souvent les crimes les plus vils (cf. son Ivanhoé), une manière d’attaquer le clergé sans le nommer. Le film place d’ailleurs l’obscur Amaury de Beauséant à la tête d’un Ordre de chevalerie inventé de toutes pièces, les Castelaines, afin de ne pas heurter les sensibilités chrétiennes en pleine guerre froide, ni vexer les membres hollywoodiens des Masonic Knights Templars. (Beauséant est en réalité le nom de la bannière blanc et noir des Templiers, et Amaury fut un roi franc qui mourut d’une dysenterie en Égypte vingt ans plus tôt.) Le sort de l’authentique Conrad, marquis de Montferrat, tant maltraité par Walter Scott et ses disciples, est signalé plus haut (cf. « The Crusades », 1935). Enfin, chez le romancier écossais (qui contribua à forger une image romantique de son pays et réintroduisit l’usage du kilt), le simple chevalier se faisant passer pour Sir Kenneth of the Couchant Leopard s’avère être David de Dundee Scotland, comte de Huntingdon, Templier et frère du roi d’Ecosse William Ier le Lion (qui régna de 1165 à 1214) (1). Quant à Lady Edith Plantagenêt, c’est un personnage inventé.
Richard Cœur de Lion (George Sanders) plaisante avec son chevalier favori, Sir Kenneth (Laurence Harvey).
 L’auto-ironie anglaise à l’œuvre: Rex Harrison vs. George Sanders
En annonçant « King Richard and the Crusaders », la Warner Bros. cherche d’abord à concurrencer les récentes fresques médiévales en CinemaScope si lucratives de la MGM (« Knights of the Round Table / Les Chevaliers de la Table Ronde »), de la 20th Century Fox (« Prince Valiant ») et de l’Universal (« The Black Shield of Falworth / Le Chevalier du roi »). C’est le quatrième film de la société utilisant l’écran panoramique ; les coûts sont importants (2,6 millions de $), le tournage en Warnercolor – titre de travail: « The Talisma »n - se déroule aux studios à Burbank et à Iverson Ranch, Chatsworth (Los Angeles) où sont érigées les murailles du château d’Amaury, à Ventura (Cal.), puis à Yuma, en Arizona. L’incontournable Yakima Canutt dirige joutes et cavalcades. Malheureusement, la réalisation incombe à un artisan sans grand profil, plus porté sur la comédie sentimentale et le musical de série pour Doris Day ou Bob Hope que sur le film historique. Michael Curtiz, de loin le plus qualifié pour ce type de production (lui qui a signé les plus flamboyantes aventures en costumes d’Errol Flynn), vient, cette même année, de quitter la Warner après vingt-huit ans de loyaux services. David Butler a confectionné au début 1954 le premier film en CinemaScope de la Warner, un bon western, « The Command (La poursuite dura sept jours) », raison pour laquelle il est assigné à la tâche en remplacement du grand Curtiz. Cela nous vaut une narration sans temps morts, mais des scènes de foules un brin statiques, une caméra peu inventive et un abus trop voyant de faux extérieurs en studio.
Les croisés exportent leurs tournois au Proche-Orient (« King Richard and the Crusaders », 1954).
 Le casting à première vue insensé en désarçonne plus d’un, et on ne s’étonnera pas d’apprendre que le film – une déception au box-office avec seulement 3,7 millions de $ en recettes mondiales (pour un investissement de 2,6) - sera violemment pris à parti par la critique américaine, offusquée de ne pas retrouver intactes ses lectures d’enfance. Pourtant, malgré une mise en scène sans relief, le film vaut mieux que sa réputation, porté qu’il est par un script plein de sous-entendus, par son refus de prendre l’intrigue du roman pour plus sérieuse qu’elle ne l’est et par des traits d’humour que les interprètes (surtout britanniques), cantonnés dans une distribution à contre-emploi, se font une joie de relever. Cité en tête d’affiche malgré le titre qui ignore son personnage, Rex Harrison, le visage passé au brun de noix, joue le Commandeur des Croyants avec tant d’élégance enjouée, d’ironie et de majestueuse subtilité que Variety proposera de rebaptiser le film « Le Sarrasin et les Croisés ». Son interprétation légèrement autoparodique rappelle cet autre potentat oriental amoureux d’une blanche qu’il campa dans « Anna and the King of Siam » (1946). George Sanders avait revêtu l’armure du Templier Bois-Guilbert dans « Ivanhoé », deux ans plus tôt. Raffiné et sardonique, il ne cherche cependant pas trop à ressembler au Cœur de Lion brutal de l’Histoire: lui qui fut à l’écran un parfait Charles II d’Angleterre (« Forever Amber / Ambre », 1947), en reprend le profil de vaniteuse naïveté et d’autoritarisme aveugle. (Harrison et Sanders étaient déjà les rivaux jouissifs de « The Ghost and Mrs. Muir » de J. L. Mankiewicz, en 1947.) Lady Edith - Virginia Mayo, délicieusement glamour - traite son cousin ‘Dick Plantagenêt’ d’affreux belliciste, d'incendiaire et de pillard. À ses côtés, le jeune comédien anglo-lithuanien Laurence Harvey, remarqué cette même année en Roméo dans le « Romeo and Juliet » de Renato Castellani, fait ses débuts hollywoodiens en provocateur, lui qui apostrophe le monarque anti-écossais en gaélique.

Un Saladin charmeur dans un film en avance sur son temps
L’idée première de Walter Scott était de montrer un Richard Cœur de Lion cruel et violent – défauts que les Occidentaux prêtent facilement aux satrapes orientaux – face à un Saladin sage et prudent – qualités attribuées plus volontiers aux monarques européens. Selon lui, ces deux hommes si différents se dépensaient cependant en un même assaut de vertus chevaleresques telles que bravoure et générosité. « King Richard and the Crusaders » ne le prend que trop au mot: c’est, en 1954, pratiquement le seul film de toute la production occidentale depuis les frères Lumière qui présente les Arabes, la civilisation musulmane (c’est-à-dire ses clichés ou stéréotypes) et notamment le sultan Saladin sous un éclairage entièrement favorable, voire même flatteur. Les Arabes ne commettent ni traîtrises, ni perfidies, et on les voit prier. Hormis l’escarmouche du prologue, on n’assiste à aucun affrontement armé entre chrétiens et musulmans, mais au contraire à la manifestation d’un respect mutuel et d’échanges interculturels ; Sir Kenneth semble à l’aise en turban. « Paix, voilà un mot qu’on devrait connaître dans toutes les langues », enseigne Saladin. Sous cet aspect, le film traduit aussi une certaine lassitude de guerroyer à tout propos, après le conflit mondial et la guerre de Corée qui vient de s'achever.
Saladin (Rex Harrison) renonce à son amour et bénit les tourtereaux chrétiens, Sir Kenneth et Lady Edith.
 Certes, on n’échappe pas aux images de harems peuplés de bayadères lascives et le sultan se moque à son tour de la monogamie hypocrite de ses adversaires, mais le ton facétieux des dialogues désamorce toute velléité de litige, d’autant plus que l’Ayyoubide se montre courtois, d’un charme dévastateur, les yeux bleus pétillants, maniant avec égal bonheur la poésie, la musique (il berce Lady Edith en chantant), la médecine et l’arc ou la lance. Lady Edith s’avoue troublée et pacifiée. N’était l’amour dévorant pour son pauvre Écossais, elle envisagerait sérieusement, dit-elle, la possibilité de s’unir avec Saladin en tant que son épouse unique et chrétienne, si cela pouvait assurer la paix. Galant, le « barbare » renonce à elle avec un soupir et, d’un large sourire, bénit les tourtereaux en récitant une formule coranique. (Une petite erreur toutefois: le Saladin du film ignore l’existence de la glace, et refuse même d’y croire, alors que l’authentique Saladin offrit au roi ébahi de Jérusalem, Guy de Lusignan, une coupe glacée après la bataille de Hattîn !) Quant aux croisés, ils sont sans exception soit des intrigants qui s’entretuent sournoisement, soit des incapables pathétiques (le duc d’Autriche est un ivrogne, le roi de France dépressif, fat et maniéré), soit encore d’incorrigibles têtes brûlées comme Sir Kenneth, irascible et jaloux. Conrad et complices affirment cyniquement sacrifier le sang de leurs coreligionnaires pour se créer des royaumes personnels en Terre sainte. Avec tout son courage, Richard se révèle impitoyable et même indigne en combat singulier contre son plus fidèle chevalier, crédule et buté face aux « chers traîtres » de son camp: « un monarque incapable de régner sur ses propres passions », résume Saladin qui, seul, parviendra à le raisonner et à lui ouvrir les yeux. (Le massacre des prisonniers arabes à Acre est mis commodément sur le compte d’Amaury.) Bref, par sa sensibilité politique, fût-elle servie sur un mode bien léger et parfois caricatural (afin de faire passer la pilule), le film est de plusieurs décennies en avance sur son temps. – DE, AT: Der Talisman, IT: Riccardo cuor di leone, ES: El talismán.

(1) - Ce prince authentique était le fils de David Ier le Saint, roi d’Écosse, et seule sa présence effective aux croisades aux côtés de Richard Cœur de Lion l’a empêché de monter sur le trône. Il est décédé en 1219. La véritable épouse de Sir Kenneth alias David de Dundee Scotland, Maude de Chester, lui a donné deux filles: Margaret et Isobel (qui épousa le fameux Robert Bruce, héros national d’Écosse et farouche ennemi de la couronne d’Angleterre).
1955(tv) Nathan der Weise (DE-RDA) de Adolf-Peter Fischer (th) et Wolfgang Luderer (tv)
(DFF 18.12.55). - av. Eduard von Winterstein (Nathan le Sage), Martin Flörchinger (le sultan Saladin), Ursula Burg (Sittah, sa soeur), Irmgard Somnitz (Recha), Mathilde Danegger (Daja), Lothar Blumhagen (le Templier), Ingo Osterloh (le derviche), Arthur Malkowsky (le patriarche de Jérusalem), Paul R. Henker (un moine). - Captation du drame de Lessing au Deutsches Theater à Berlin-Est.
1956(tv) Nathan der Weise (DE) de Karl-Heinz Stroux
Nord-und Westdeutscher Rundfunkversand (NWRV 30.1.56), 1h55. – av. Ernst Deutsch (Nathan le Sage), Franz Schafheitling (le sultan Saladin), Gisela Mattishent (Sittah, sa sœur), Ina Halley (Recha), Käthe Haack (Daja), Martin Benrath (le Templier), Leonard Steckel (le derviche), Hans Leibelt (Héraclius d’Auvergne, patriarche de Jérusalem), Alfred Balthoff (un moine). – Dramatique d’après la pièce de G. E. Lessing (1779), cf. supra, film de 1922.
Dermot Walsh (Richard Cœur de Lion) et Sheila Whittington (Bérangère) dans le feuilleton britannique de 1962/63.
1962/63(tv) Richard the Lionheart (Richard Cœur de Lion) (GB) d’Ernest Morris
Danziger Photoplays Prod. (Edward J. et Harry Lee Danziger) (ITV 4.6.62-13.12.63), 39 x 28 min. (total: 19h50 min.) - av. Dermot Walsh (Richard Cœur de Lion), Ian Gregory (Blondel de Nesle, le ménestrel), Sheila Whittington (Bérengère de Navarre), Trader Faulkner (le prince Jean/Philippe II Auguste de France), Marne Maitland (le sultan Saladin), Dominic Roche (Henry II), Robin Hunter (Sir Gilbert), Glyn Owen (Hugo), Anne Lawson (Marta), Francis de Wolff (Léopold V de Babenberg, duc d'Autriche), Dominic Roche (Henri II de Champagne, roi de Jérusalem), Prudence Hyman (Aliénor d'Aquitaine), Ferdy Mayne (Merlin), Daphne Anderson (Guenièvre), Elwyn Brook-Jones (Tancrède de Sicile), Michael Peake (Conrad de Montferrat), Anton Rodgers (Sir Kenneth of the Couchant Leopard), Walter Gotell (le prince Otto), Ronald Howard (Robin Hood), Robert Perceval (Little John), Ralph Michael (le Sheriff de Nottingham), Maurice Kaufmann (Don Miguel de Navarre), Alan Hatwood (Sir Geoffrey), John Gabriel (de Glanville), John Scott (William the Lion), Ian Fleming (Lord Chancellor), Stuart Hillier (le héraut d’Ecosse), Peter Reynolds (Sir Philip), Glyn Owen (Edmond le Saxon), Jennifer Daniel (Lady Edith Plantagenêt), Tom Gill (Fitzcormac).
Synopsis: Ce feuilleton britannique de presque vingt heures et qui se déroule entre 1189 et 1194 n’a que très peu de liens avec l’Histoire, hormis les noms propres et les lieux cités. C’est, dans le meilleur des cas, le monarque de la légende ou de la littérature populaire auquel on fait appel ici, et non à l’authentique Plantagenêt. Dans le premier épisode, Richard n’a pu accourir au chevet d’Henry II, son père mourant, ayant été détourné par une princesse française que le félon Sir Philip a placée sur son chemin. Son frère, le prince Jean, tente en vain d’usurper sa place. Richard délivre sa mère Aliénor d’Aquitaine, surnommée « L’Aigle » (épis. 2), et enlevée par John afin de retarder le couronnement de Richard qui aura lieu à Westminster Hall (épis. 3). En gros, la série brode sur la rivalité de Richard avec son frère, un émule de Iago, sournois et jaloux, qui conspire d’épisode en épisode. Richard se bat en tournoi pour s’assurer la couronne (épis. 9), puis s’en va-t-en Terre sainte combattre Saladin (épis. 13-14). On reprend alors l’intrigue du Talisman de Walter Scott où Richard, victime d’un attentat perpétré par les Templiers est soigné incognito par le sultan Saladin (épis. 18-21, cf. « King Richard and the Crusaders », 1954). Richard se rend compte que son rêve d’entrer à Jérusalem ne se réalisera pas (« The Vision Fades », épis. 23) et il escalade le Mont des Oliviers avec ses compagnons en murmurant: « Peut-être ne l’avons-nous pas mérité. » Le roi étant emprisonné en Autriche par le duc Léopold sur son chemin de retour (épis. 25-28), suivent les exploits connus de Robin des Bois pour payer sa rançon et le libérer à la barbe du prince Jean.
De toute évidence, les producteurs, les frères Danziger, marchent sur les pas de la série à succès « Ivanhoé » (1957) avec Roger Moore. Leur société est une fabrique prolifique de feuilletons à mini-budgets, mis en boîte en noir et blanc aux studios New Elstree dans le Hertfordshire. C’est la compagnie de téléfilms la plus profitable de Grande-Bretagne durant les années 1950 et « Richard the Lionheart », son ultime série, est aussi la plus chère et, toute proportion gardée, la plus ambitieuse (une semaine de tournage par épisode). Le rôle-titre revient à Dermot Walsh, un acteur, producteur et écrivain irlandais qui ressemble plus à un garçon-coiffeur qu'à un descendant de Guillaume le Conquérant. Déjà responsable de cinq épisodes de « William Tell » (1958/59), le téléaste Ernest Morris tournera encore « The Spanish Sword » (1962) dans les décors et avec les panoplies de la série. Le feuilleton a choisi d’ignorer travers et contradictions de Richard. On le voit surtout se quereller avec Français et Autrichiens, jeune, séduisant et glabre, toujours flanqué de son fidèle luthier Blondel (personnage qu’interprète Alan Hale dans « The Crusades » de DeMille en 1935). Suite téléphonée de conjurations et de coups d’épée à laquelle il manque souffle et consistance, ce feuilleton est sauvé de l’ennui grâce à Trader Faulkner, un prince Jean sarcastique, et à Francis de Wolfe qui mime un Léopold d’Autriche délicieusement monstrueux.
Episodes: 1. « Long Live the King (Vive le roi) » - 2. « The Lion and the Eagle (Le Lion et l'Aigle) » - 3. « The Robbers of Ashdown Forest (Les Bandits de la forêt) » - 4. The Wolf of Banbury (Le Renard de Banbury) » - 5. « School for a King (L'École du roi) » - 6. « Crown in Danger (La Couronne en danger) » - 7. « The Pirate King (Le Roi pirate) » - 8. « The Alchemist of Rouen (L'Alchimiste de Rouen) » - 9. « The King’s Champion (Le Champion du roi) » - 10. « King Arthur’s Sword (L'Épée du roi Arthur) » - 11. « The Challenge (Le Défi) » - 12. « The Bride (La Fiancée) » - 13. « The Strange Monks of Latroun » - 14. « The Great Enterprise (La Grande Entreprise) » - 15. « The Norman King » - 16. « When Champions Meet » - 17. « The Warrior from Scotland » - 18. « The Conjuror » - 19. « The Lord of Kerak » - 20. « The Saracen Physician » - 21. « A Marriage of Convenience » - 22. « Queen of Danger » - 23. « Prince Otto » - 24. « The Vision Fades » - 25. « The Fugitive » - 26. « Knight Errant at Large » - 27. « Guardian of the Temple » - 28. « Capture » - 29. « A King’s Ransom » - 30. « The Devil Is Unloosed » - 31. « The Little People of Lyntor » - 32. « The Raiders » - 33. « An Eye for an Eye » - 34. « The Caveman » - 35. « A Year and a Day » - 36. « The Crown Jewels » - 37. « The Man Who Sold Pardons » - 38. « The Heir of England » - 39. « The People’s King ».
1963*An-Nâsir Salâh ad-Dîn (Saladin le Victorieux) (EG) de Youssef Chahine
Aflâm Assya/Les Films Assia (Assia Dâgher)-Egyptian Cinema Organization/Mu’assasat as-Sînimâ al-‘Ama-Misr Film-Lotus Film, 2h25/2h55 min. - av. Ahmed Mazhar (le sultan Saladin), Nadia Loutfi (Louise de Lusignan, chevalière des Hospitaliers), Hamdi Geiss (Richard Cœur de Lion), Omar Al-Hariri (Philippe II Auguste, roi de France), Leila Taher (la reine Bérengère de Navarre), Mohammad Hamdi (Al-Adil Sayf ad-Dîn, frère de Saladin, gouverneur d’Égypte), Tawfiq Al-Dekn (Omar, le gouverneur d'Acre), Ahmed Luxor (Renaud de Châtillon), Leila Fawzi (Virginie, son épouse et princesse de Krak de Moab), Abdel Azim Kamel (Jean sans Terre), Mohammad Abdel Gawad (Guy de Lusignan, roi de Jérusalem), Mahmoud Al-Meligui (Conrad de Montferrat), Salah Zulfikar (le commandant Aïssa, dit Issa le nageur/Issa al-Awam), Hussein Riad (Arthur), Salah Nazmi (le Damasquin), Mohammed Sultan (le commandant Hassam Al-Dîn), Tewfik El-Dekn (Ismaïl, fils de Saladin).
Synopsis: Démunie face aux conquérants francs, la population indigène de Jérusalem vit dans la terreur et attend Saladin comme un sauveur. Ayant réuni l’Égypte et la Syrie sous son égide, celui-ci est déterminé à libérer la Ville sainte ; les rangs de son armée se gonflent chaque jour. D’entente avec son épouse, la princesse Virginie, Renaud de Châtillon, l’orgueilleux maître du Krak de Moab, massacre les pèlerins musulmans en route pour la Mecque, et ce malgré l’opposition de son suzerain Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, qui s’était engagé envers Saladin à garantir leur sécurité. Les « brutes sanguinaires » tuent tous les pèlerins en pleine prière et Saladin, outré, attire et écrase l’immense armée croisée dans le piège désertique de Hattîn, près du lac de Tibériade, après avoir détruit ses réserves d’eau potable. Jérusalem est délivrée et Saladin tue Renaud de Châtillon lors d’un combat singulier qui souligne son esprit chevaleresque (en réalité, il le blessa d’un coup de sabre et le fit décapiter pour parjure, au soir de Hattîn). Le commandant chrétien Aïssa, compagnon de Saladin, s’amourache d’une jolie mais farouche prisonnière, Louise de Lusignan, chevalière des Hospitaliers (sic). Entre-temps, la princesse Virginie a alerté les rois d’Occident qui organisent la Troisième croisade ; Richard Cœur de Lion (Qalb al-Assad) s’enflamme pour l’idéal croisé, mais Philippe Auguste de France est surtout sensible aux richesses matérielles que Virginia lui fait miroiter en Palestine. Le gouverneur arabe d’Acre ouvre traîtreusement les portes de sa ville aux chevaliers, la garnison de trois mille hommes, femmes et enfants est capturée. Saladin se rend dans le camp croisé pour négocier, sans gardes ni cortège. Face aux titres ronflants de ses adversaires royaux, il se présente comme « esclave de Dieu (Abdallah) et serviteur des Arabes ». Mais les monarques européens refusent la paix. Saladin abandonne la cité d’Ascalon qui ne peut résister aux tours d’assaut franques et organise la guérilla dans le désert. Bientôt, les chefs croisés se disputent. Richard cherche la trêve, mais Virginie, Conrad de Montferrat, Philippe Auguste et les Templiers tuent ses messagers. Trompé par les siens, Richard fait exécuter les prisonniers d’Acre alors que Saladin, de son côté, vient de libérer ses captifs chrétiens. Le « Roi Lion » présente ses excuses quand une flèche sarrasine, tirée par un croisé, le blesse grièvement. Saladin s’introduit incognito dans le camp chrétien et le guérit. Ce dernier persiste à vouloir conquérir Jérusalem par les armes. Mais Aïssa, qui est un nageur habile, a fait échapper de la forteresse d’Acre un chimiste appelé le Damasquin ; or celui-ci est un expert en feu grégeois, et cette arme redoutable annihile les machines de guerre des croisés. Le siège de la Ville sainte est une débâcle totale, Virginie et ses complices périssent dans les flammes ou sombrent dans la folie. C’est la veille de Noël, Saladin ordonne l’arrêt des combats. Enjambant des centaines de cadavres, Richard va à sa rencontre et lui serre la main. « Dites au peuple d’Europe qu’il y a de la place pour tous ici, lui annonce le sultan, et que la guerre ne fait pas la loi. » Richard promet de revenir en pèlerin et Louise de Lusignan épouse Aïssa le nageur.

Le film fétiche du colonel Nasser
« An-Nâsir Salâh ad-Dîn » est sans conteste la fresque épique la plus ruineuse et la plus spectaculaire du cinéma proche-oriental (avant les facilités de l’infographie, s’entend). Initialement mise sur pied pour commémorer l'agression tripartite de 1956 contre le canal de Suez lors de sa nationalisation par l'Égypte, l’œuvre bénéficie de l’appui officiel de l’Organisme général égyptien pour le cinéma, et indirectement du président Gamal Abdel Nasser en personne. Mais c’est la comédienne d’origine libanaise Assia Dâgher, star du premier film historique arabe (« Shagârat ad-Dûr » en 1935, cf. infra, 4.3d) qui en est la principale instigatrice, ayant investi toute sa fortune et hypothéqué même sa maison pour le produire à travers sa société, les Films Assia. Elle avait auparavant financé « Rends-moi mon âme/Rudda qalbî » (1956) de Ezz Eddine Zoulfiqar, sur le coup d’État de Nasser contre le roi Farouk en 1952 (la « révolution de Juillet »). Zoulfiqar, le premier réalisateur pressenti pour « Saladin », étant tombé malade (il décède en été 1963), c’est Youssef Chahine, connu à l’étranger depuis « Gare centrale/Bal el-Hadid » (1958), qui en reprend la direction artistique, non sans avoir préalablement fait entièrement réécrire le script. Avant de devenir acteur en 1951, l’interprète de Saladin, Ahmed Mazhar, a suivi l’académie militaire en 1938, où ses camarades d’études s’appelaient Nasser et Anouar el-Sadate. Mahmud Al-Maligui, le « Marlon Brando du cinéma égyptien », joue Conrad de Montferrat ; interprète de 750 films et 320 pièces, on le reverra dans « La Terre/Al-Ard », « Le Moineau/Al-Ousfour » et dans le triptyque alexandrin de Chahine. La superproduction est photographiée en Eastmancolor et Ultrascope (procédé anamorphique italien) aux Studios Misr, nationalisés depuis 1961, et en extérieurs dans les parages du Caire (le désert libyque pour les batailles) et d’Alexandrie (Acre) avec la collaboration de deux mille hommes de l’armée égyptienne ; les blonds aux yeux clairs se retrouvent aux premières lignes franques. Le génois Angelo Francesco Lavagnino en signe la partition aux accents exotiques (sa musique illustrative a animé une trentaine de péplums italiens).
Comme le rappelle l’adage maintes fois répété selon lequel « la religion est pour Dieu et la terre pour tous », l’œuvre est à lire à deux niveaux, politique et spirituel: L’Égypte de 1963 a voulu voir dans ce « Saladin le Victorieux » (traduction littérale du titre original) un film anti-impérialiste à la gloire du président Nasser, autre leader « victorieux » (nâsr), quoique moins chanceux. La crise de Suez en 1956 a été vécue comme une intense humiliation, l’Égypte étant victime sans provocation d’une agression armée de la France, de l’Angleterre et d’Israël. En février 1958 naît la République Arabe Unie réduisant l’Égypte et la Syrie à des provinces et dont Nasser assume la présidence. Perçu comme un outil de sédimentation de l’unité culturelle arabe, le cinéma autochtone se doit de soutenir ce panarabisme séculaire dont Nasser devient le champion charismatique, un deuxième Saladin. La propagande compare ouvertement le raïs au sultan d’autrefois: tous deux visent à réunir les nations de la région afin de libérer les terres arabes occupées en Palestine avec la bénédiction de l’Occident. Trois ans plus tard, un coup d’État militaire à Damas entraîne la scission entre les deux pays et la fin d’un rêve pour des millions d’Arabes.
En attendant, le combat se poursuit à l’écran: le triomphe de Saladin à Hattîn et la reconquête de la Ville sainte sont les métaphores d’une victoire fantasmée sur Israël. La Palestine proposée par le sultan du film est une terre idéale de cohabitation interconfessionnelle. Certes, le judaïsme n’est pas mentionné, mais sa présence est implicite: seuls les belligérants historiques apparaissent à l’image. Chahine ne consacre pas moins de dix-neuf minutes à Hattîn, cette bataille décisive au cours de laquelle la fine fleur de la chevalerie franque fut anéantie et qui marque le début de l’écroulement des États latins d’Orient. En revanche, on ne voit pas une image ni du siège de deux semaines de Jérusalem par Saladin ni de son entrée triomphale dans la ville, ce qui peut surprendre, compte tenu des commentaires dithyrambiques de l’historiographie arabe (Ibn al-Athir, Imad ad-Dîn, Baha ad-Dîn). Nasser adore le film, qui fait un malheur en salle dans tout le Proche et Moyen-Orient. Le raïs en possède chez lui une copie intégrale de presque trois heures et, dit-on, chaque visiteur officiel a droit à une projection. Chahine est professionnellement de nouveau en selle, après le gros échec financier de « Gare centrale », cet alliage de néoréalisme et de film noir hollywoodien que ses compatriotes ont refusé en bloc. Programmée au Festival de Moscou en juillet 1963, la fresque reste cependant largement inédite à l’Ouest, quelques passages à la télévision exceptés (RFA en 1983, France en 1996).
Les croisés se préparent à l’assaut d’Acre sous un soleil égyptien écrasant (« Saladin » de Youssef Chahine, 1963)
 Une vision inaccoutumée des Francs d’Orient
Le « Saladin » de Chahine s’autorise plusieurs libertés cocasses, sans toutefois trahir le fond du message ni banaliser les faits. Que Saladin lui-même soit kurde, donc indo-européen, et non sémite comme les populations arabes, est irrelevant. Passons aussi sur cette prétendue « chevaleresse » des Hospitaliers (les femmes de l’Ordre étaient des religieuses chargées des soins médicaux), ou cette veuve perfide de Renaud de Châtillon qui s’offre à tous les chefs croisés dans l’espoir de devenir reine de Jérusalem (l’authentique veuve s’appelait Étiennette de Milly, dame d’Outre-Jourdain, et non Virginie). La trame mélodramatique qui les mobilise est destinée en priorité à un public culturellement limité et peu au fait des réalités historiques. Les scénaristes pourraient avoir pris pour modèle (fort lointain) de Virginie la reine Sybille de Jérusalem, sœur du Roi lépreux qui tient un rôle central dans « Kingdom of Heaven » (1995).
Cela dit, il y eut effectivement chez les croisés quelques femmes combattantes auprès des hommes, mais les chroniqueurs occidentaux sont peu diserts à ce propos, contrairement aux témoins arabes. Comme le précise Sophie Cassagnes-Brouquet, "si les chrétiens préfèrent taire leur présence, c'est par gêne, tandis que les musulmans ne se privent pas de les évoquer pour mettre en lumière le caractère dévoyé de leurs ennemis" (Chevaleresses - Une chevalerie au féminin, éd. Perrin, Paris, 2013, p. 47). Renaud/Arnat de Châtillon s’en prit aux pèlerins musulmans déjà en 1181, malgré la trêve conclue entre Saladin et Baudouin IV de Jérusalem qui ne trouva pas la force de sévir contre son vassal ; l’année suivante, Renaud coula même un bateau de pèlerins et pilla les ports du Hedjab lors d’une expédition maritime en Mer Rouge. Deux ans après Hattîn, Saladin remit en liberté le roi déchu de Jérusalem, Guy de Lusignan, lui ayant fait jurer solennellement de ne plus prendre les armes contre les musulmans. Devenu monarque sans royaume, Lusignan renia sa parole et s’attaqua à Saint-Jean-d’Acre en 1189. Le siège des croisés, ravagé par des épidémies, prit trois ans, non deux jours, et il n’y eut point de traître arabe pour livrer la ville (ce fut le cas à Antioche, pendant la Première croisade).
En revanche, il n’y eut pas de siège de la Ville sainte pendant la Troisième croisade, et Richard n’y mit jamais les pieds, avec ou sans armes. Quant aux manigances des souverains entre eux, qui utilisent les croisades à des fins d’enrichissement et de succès personnels, ou l’assassinat manqué de Richard Cœur de Lion par ses alliés et l’intervention médicale secrète de Saladin en personne, ce sont, une fois de plus, des épisodes romanesques tirés du Talisman de Sir Walter Scott. La rencontre du sultan ayyoubide avec les divers monarques occidentaux est également inventée, mais ces échanges imaginaires servent ici moins à colorer l’intrigue qu’à valoriser Richard en tant qu’adversaire occidental loyal et partenaire potentiel pour une paix basée sur des valeurs communes. Raison pour laquelle la boucherie des prisonniers d’Acre est mise ici sur le dos des Français, alors que Philippe Auguste avait alors déjà quitté la Palestine: l’Hexagone a mauvaise presse au Caire depuis la guerre d’Algérie. En guerre, les prisonniers sont encombrants, certes. Saladin avait relâché les siens quatre ans plus tôt, mais le roi d’Angleterre préféra les exterminer: « Deux mille sept cents soldats de la garnison d’Acre sont rassemblés devant les murs de la cité, avec près de trois cents femmes et enfants de leurs familles. Attachés par des cordes pour ne plus former qu’une seule masse de chair, ils sont livrés aux combattants francs qui s’acharnent sur eux avec leur sabres, leurs lances et même des pierres, jusqu’à ce que tous les gémissements se soient tus. » (Amin Maalouf, Les Croisades vues par les arabes, Lattès, Paris 1983, p. 228) Prenant soin de distinguer les chrétiens animés d’une foi réelle de ces aventuriers pressés de s’installer en terre conquise et de fonder quatre royaumes latins d’Orient lucratifs, le film est, dans ses grandes lignes, dénué de chauvinisme comme de propagande antioccidentale facile ; il illustre par ailleurs tout ce que Maalouf, chrétien melkite du Liban, a révélé dans son best-seller cité plus haut. Enfin, sa psychologie volontairement sommaire et certains comportements archétypiques en atténuent la teneur hagiographique.

Pour Chahine, d’origine chrétienne, les croisades ne sont qu’une opération de rapine
Car Chahine n’a jamais caché ses réelles intentions en acceptant de tourner « Saladin »: faire passer ses idées sur la tolérance, à l’instar de ce qu’il fera avec « Le Destin/Al-massir » (Averroès en prise avec les intégristes) seize ans plus tard. Quoique vivant dans un entourage musulman, le cinéaste est chrétien d’origine (rite byzantin) et a passé sa scolarité au lycée catholique d’Alexandrie. Historiquement, il fait donc partie des grands perdants des croisades, de ces chrétiens arabes d’Orient qui ont à partir du XIe siècle le plus souffert de l’invasion franque, puisque la vindicte des musulmans les a par la suite assimilés, souvent à tort, aux « barbares » venus d’Europe, et que la rancune envers eux s’est tout sauf évanouie avec la colonisation au XIXe siècle, puis avec la création imposée d’Israël. Le personnage d’Aïssa (Jésus, en arabe) ou ‘Issa le nageur a bel et bien existé (en revanche pas son amoureuse Louise), et c’est à travers ce compagnon copte du sultan que Chahine explicite sa position tout en dépassant l’écueil des « guerres de religions » ou du « choc des civilisations ».
On sait que les premiers croisés, trompés par la ressemblance physique entre les ressortissants des diverses confessions, occasionnèrent des méprises sanglantes qui poussèrent certains groupes à s’allier aux musulmans. Les historiens citent d’ailleurs le cas de dignitaires religieux chrétiens d’obédience melkite qui priaient ouvertement à Jérusalem assiégée par Saladin en 1187 pour le triomphe de ce dernier. Le Saladin de Chahine dénonce les croisades comme une vaste opération de rapine, « une supercherie au nom de la foi pour remplir les coffres d’Europe ». Alors que des croisés fanatiques torturent leurs prisonniers, il se fait médecin au chevet d’un paysan blessé de Normandie. Mais on ne voit pas dans la fresque de Chahine - tirée d’un scénario et d’un roman non publié de Naguib Mahfouz, Prix Nobel de littérature 1988, et du poète progressiste Abderrahman Cherkaoui (auteur du roman La terre/Al-Ard, filmé par Chahine en 1969) – que des méchants croisés opposés à de bons Arabes. Son Saladin est surtout un homme obsédé par la paix, persuadé que l’Islam vrai condamne la violence et qui ordonne l’armistice afin que ses ennemis puissent fêter la veille de Noël (fait authentique où Chahine entremêle l’appel psalmodié à la prière musulmane au cantique chrétien d’Adeste, fideles en une étonnante et émouvante polyphonie). La neige tombe devant les remparts de Jérusalem, le sultan souhaite de « bonnes fêtes » à tous les orants de la Ville sainte. Ce souci d’équité, rarissime dans le film historique occidental avant la fin du XXe siècle, est un des intérêts majeurs d’une l’œuvre dont l’idéalisme pacifiste va être emporté par l’humiliation de la guerre des Six Jours, en juin 1967.

Une liberté créatrice qui transcende le grand spectacle
Enfin, autre originalité: dans son ensemble, « Saladin » obéit aux lois du genre avec une efficacité toute hollywoodienne en matière de maniement des foules, d’exploitation stylisée du décor, du sens de l’espace (la chorégraphie du duel imaginaire Saladin-Renaud est un hommage aux classiques de la MGM) ; on peut regretter des costumes, bannières et harnais un peu trop neufs, trop lisses, des perruques trop visibles, mais ces détails sont souvent balayés par l’audace calligraphique du cinéaste. À l’occasion, Chahine dynamise le statisme inhérent au spectacle épique par un montage saccadé, des arrêts sur image, des compositions abstraites qui se suivent dans un crescendo virtuose (gros plans de sabres au clair et des sabots des chevaux au galop, de tuniques blanches ou de sable maculés de giclures de sang), l’alternance comparative d’images de croisés à l’assaut et celles des raz de marée de l’océan, etc. La profondeur de champ est exploitée avec imagination: après la victoire de Hattîn, des milliers d’hommes se prosternent à l’horizon tandis qu’au premier plan, Aïssa, le dos tourné à la caméra, se signe devant un crucifix pour remercier le Ciel de la victoire de ses frères arabes. « Les chrétiens ne sauraient se servir impunément de la Croix pour asservir les peuples », explique-t-il ensuite à Luise de Lusignan, ébahie de découvrir en lui un coreligionnaire. Le cinéaste se permet même des juxtapositions (dans le même plan panoramique) de scènes se déroulant à des centaines de kilomètres l’une de l’autre et qui ne sont pas sans rappeler les artifices du théâtre médiéval: Louise de Lusignan est accusée par les siens de collaborer avec l’ennemi, tandis que, simultanément dans la tente jouxtante, le gouverneur d’Acre est jugé pour avoir livré sa ville. « Point de victoire sans haine ! », hurle Conrad de Montferrat. « Point de libération sans amour ! », répond Saladin. Ces passages surprenants, portés par un grand souffle lyrique, témoignent de la liberté créatrice de Chahine qui transcende allégrement les genres et leurs codes. - US: Saladin and the Great Crusades (tv) – DE: Sultan Saladin (tv).

1964(tv) Nathan der Weise (AT) de Leopold Lindtberg (th) et Hermann Lanske (tv)
Österreichischer Rundfunk-Burgtheater Wien (ORF 26.3.64), 2h30. – av. Ernst Deutsch (Nathan le Sage), Heinz Woester (le sultan Saladin), Eva Zilcher (Sittah, la sœur), Christiane Hörbiger (Recha), Adrienne Gessner (Daja), Wolfgang Stendar (le Templier), Helmut Janatsch (le derviche), Hanns Obonya (Héraclius d’Auvergne, patriarche de Jérusalem), Günthe Haenel (un moine). - Captation en noir et blanc de la pièce de G. E. Lessing (1779) jouée au Burgheater de Vienne, cf. film de 1922.
Richard Cœur de Lion (Julian Glover) dans « The Crusade » (1965), épisode de la légendaire série de « Dr. Who ».
1965(tv) The Crusade / US: The Lionheart (GB) de Douglas Camfield
série « Doctor Who », saison 2, nos. 22-25, Verity Lambert/BBCtv (BBC 27.3.-17.4.65), 4 x 25 min. (total: 1h40). - av. Julian Glover (Richard Cœur de Lion), Bernard Kay (le sultan Saladin), Walter Randall (l’émir El-Akir), Robert Lankesheer (le chambellan), John Bay (Earl of Leicester), Jean Marsh (Jeanne de Sicile, sœur du roi Richard), Roger Avon (Al-Adil Sayf al-Dîn, dit Saphadin, frère de Saladin), Viviane Sorr (Fatima), David Anderson (Reynier de Marun), Petra Markham (Safiya), John Flint (Guillaume des Preaux), Bruce Wightman (William de Tornebu), Zohra Segal (Sheyrah), Jacqueline Hill (Barbara Wright), William Hartnell (Dr. Who), William Russell (Ian Chesterton/Ian de Jaffa), Maureen O’Brien (Vicki), Reg Pritchard (Ben Daheer), Diana McKenzie (Hafsa), George Little (Haroun), Tutte Lemkow (Ibrahim), Gabor Baraker (Luigi Ferrigo), Sandra Hampton (Maimuna).
Synopsis: Série classique de la science-fiction télévisée britannique, « Doctor Who » promène ses héros dans le temps à bord du « Tardis ». Ici, le docteur et ses compères (Barbara, Ian, Vicki) visitent la Palestine en pleine Troisième croisade. Barbara se fait enlever par les Sarrasins d’El-Akir et Ian part à sa rescousse en s’introduisant dans le harem à Ramallah. Entre-temps, à Jaffa, Richard Cœur de Lion envisage secrètement de marier sa sœur Jeanne de Sicile à Saphadin, le frère de Saladin, pour amener la paix. Jeanne s’y refuse et, influencé par le comte de Leicester, Richard s’enferre dans la guerre. Le Dr. Who assiste impuissant et navré aux vaines tentatives des croisés pour reprendre Jérusalem par les armes.
David Whitaker est alors le premier scénariste à évoquer à l’écran le projet d’hymen (authentique mais irréaliste) entre Jeanne, veuve du roi de Sicile qui avait accompagné son frère Richard en Terre sainte, et Al-Adil, le frère cadet de Saladin surnommé Saphadin (Sayf al-Din signifie « épée de la foi »). Selon l’arrangement proposé par Richard, le couple se serait établi à Jérusalem. En dot, Jeanne aurait reçu de son frère les villes qu’il possédait sur la côte, soit Acre, Jaffa, Ascalon et leurs dépendances. Saladin aurait doté son frère de toutes les places qu’il détenait en Palestine et l’aurait nommé roi de cette contrée. Les villages auraient été donnés aux Templiers et Hospitaliers, les châteaux-forts aux époux et les prisonniers libérés de part et d’autre. Ainsi, le Plantagenêt aurait pu voguer vers son pays l’âme en paix. Mais Saladin devinait à juste titre un piège de Richard, qui, comme à son habitude, n’aurait pas tenu ses promesses. De surcroît, Jeanne refusa l’union avec un musulman. Ce chapitre de « Doctor Who » est l’unique de la série à n’avoir pas été diffusé au Proche-Orient, malgré son portrait mitigé de Richard Cœur de Lion (les Sarrasins y sont de braves Anglais passés au cirage ou au brou de noix). Entièrement filmé en noir et blanc aux studios BBC d’Ealing à Londres, les épisodes sentent le renfermé: les cadrages sont serrés et pour masquer l’exiguïté des ateliers, on remplace le désert autour de Jaffa par d’épaisses forêts ! - Episodes concernés: 1. « The Lion » - 2. « The King of Jaffa » - 3. « The Wheel of Fortune » - 4. « The Warlords ».
1967(tv) Nathan der Weise (DE) de Franz Peter Wirth
Bavaria Atelier-Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF 17.9.67), 2h30 min. – av. Kurt Ehrhardt (Nathan le Sage), Siegfried Wischnewski (le sultan Saladin), Xenia Pörtner (Sittah, sa sœur), Monika Peitsch (Recha), Bruni Löbel (Daja), Wolfgang Reichmann (le derviche), Paul Hoffmann (Héraclius d’Auvergne, patriarche de Jérusalem), Klaus Schwarzkopf (un moine). – Dramatique d’après la pièce de G. E. Lessing (1779), cf. film de 1922.
Richard Cœur de Lion et Saladin revus par le cinéma populaire turc (« Selâhattîn Eyyubi », 1969/70).
1969/70Selâhattîn Eyyubi [Saladin l’Ayyubide] (TR) de Sürreya Duru
Akün Film (Irfan Ünal), 60 min. - av. Cüneyt Arkin (le sultan Saladin), Orhan Günsiray (Richard Cœur de Lion), Ketayum (la princesse Edith Plantagenêt), Cihangir Gaffari (Léopold V de Babenberg, duc d’Autriche), Arap Celal (Zindanci), Resit Çildam (Sir Thomas), Lütfü Engin (Nöbetçi), Zeki Alpan (Köylü), Niyazi Er, Leman Öztürk, Ayton Sert, Levent Çakir, Aytekin Akkaya, Ali Demir, Mustafa Yavuz, Hakki Kivanç, Hüseyin Salici, Oktay Yavuz, Nevin Akkaya, Hamdi Oktap, Adakan Vasal.
Le combat de Saladin contre les Francs devient une joyeuse bande dessinée dans ce film de Sürreya Duru fabriqué sur mesure pour la star absolue du cinéma d’aventure made in Istanbul, le séduisant Cüneyt Arkin, surnommé l’« Alain Delon turc ». Arkin, un jeune médecin propulsé au sommet du box-office national depuis sa percée au cinéma en 1964, à l’âge de 27 ans, a joué dans plus de 300 films et en a réalisé lui-même une bonne vingtaine ; cascadeur accompli, il s’est notamment fait remarquer dans les films de « Malkoçoglu » (1966), exploits d’un mercenaire casse-cou du XVIe siècle au service du sultan ottoman Bayazid Ier que dirigeait déjà Duru (cf. Moyen Âge: Proche-Orient). Son Saladin brise les cœurs des chrétiennes, notamment celui d’Edith Plantagenêt, séduite par sa prestance … et l’appel à la prière musulmane que dirige le souverain ayyoubide. Mais il reprend surtout à son compte les cabrioles acrobatiques d’un Douglas Fairbanks, mettant à lui seul hors de combat une douzaine d’ennemis (un trampoline dissimulé s’avère d’une aide précieuse). Ailleurs, il se mesure à Richard Cœur de Lion à la lance à cheval, puis à l’épée ; l’ayant désarmé, il le laisse généreusement partir.
En raison du budget restreint, le scénariste Bülent Oran insiste moins sur les batailles que sur la tactique de harcèlement utilisée contre les Francs. Les croisés de Renaud de Châtillon incendient les maisons, égorgent de paisibles villageois, femmes et enfants, en ricanant sauvagement. Déguisé en chevalier, Saladin s’introduit seul de nuit dans un campement chrétien où les soldats s’adonnent à des beuveries insensées et détruit leurs réserves d’eau potable. Le lendemain, les croisés assoiffés tombent dans un guet-apens à proximité d’un oasis. Les rescapés se vengent en organisant un pogrom dans une bourgade, massacre que ce Robin des Bois du Sahara interrompt avec sa troupe, etc. Le spectacle, sur écran panoramique et en couleurs, dénote une bonne assimilation des leçons du cinéma d’action américano-italien, les costumes sont corrects, le rythme est soutenu, la réflexion minimaliste. Duru reprend tel quel une scène de « The Crusades » de DeMille: Saladin visite la tente royale des croisés où Richard lui démontre la force des Francs en scindant une barre métallique de son épée ; Saladin fait de même avec deux barres, puis utilisant le fil de son arme, il découpe un voile de soie jeté en l’air… Pour la bande sonore, le cinéphile aura la surprise de reconnaître la partition d’Alex North destinée au « Cleopatra » de J. L. Mankiewicz ! Télésérie inédite en Occident.
1970(tv) Nathan der Weise (DE-RDA) de Vera Loebner (tv) et Friedo Solter (th)
Deutscher Fernsehfunk-Deutsches Theater Ost-Berlin (DFF 1.1.70 / WDR 25.12.70), 2h36 min. – av. Wolfgang Heinz (Nathan le Sage), Jürgen Holtz (le sultan Saladin), Dieter Mann (le Templier), Johanna Clas (Sittah), Christine Schorn (Recha), Elsa Grube-Deister (Daja), Adolf Pieter Hoffmann (Héraclius d’Auvergne, patriarche de Jérusalem), Dietrich Körner (le moine), Rolf Ludwig. – Captation en couleurs de la pièce de G. E. Lessing (1779) jouée au Deutsches Theater de Berlin-Est, cf. film de 1922.
L’innénarrable chevalier Brancaleone (Vittorio Gassman) et le roi Bohémond (Adolfo Celi) égarés aux croisades (1970).
1970**Brancaleone alle crociate (Brancaleone aux croisades / Brancaleone s'en va-t-aux croisades) (IT/DZ) de Mario Monicelli
Mario Cecchi Gori/Fair Film, Roma-O.N.C.I.C., Alger, 2h13 min. - av. Vittorio Gassman (Brancaleone de Nurcie), Adolfo Celi (Bohémond, roi normand de Sicile), Sandro Dori (Rustaud [Rozzone]), Stefania Sandrelli (Tiburzia da Pellocce, la sorcière), Beba Loncar (la princesse Berthe d'Avignon), Luigi Proietti (le pénitent Immondice/Saint Colombin le Stylite/la Mort), Gianrico Tedeschi (l’anachorète Romito Pantaleo/l’homme des cavernes), Paolo Villaggio (Thorz, le sicaire), Renzo Marignano (Finocamo), Augusto Mastrantoni (le pape Grégoire VIII), Enrico Ribulsi (l’antipape Clément III), Norman David Shapiro (le moine Zénon), Christian Alegny (Notarius), Franco Balducci (l’évêque Spadone), Lino Toffolo (Panigotto), Edda Ferronau (le témoin « volontaire » au procès), Orazio Stracuzzi (le lépreux), Remo Bonarota (l’aveugle), Pietro De Vico (l’abbé au tribunal), Alberto Plebani (l’évêque du pape Grégoire), Abou Djamel (le cheikh Omar).
Synopsis: Poussé par Zénon, un moine fanatique, le chevalier Brancaleone de Nurcie s’embarque pour la Terre sainte à la tête d’une bande de gueux faméliques, d’éclopés braillards, de masochistes illuminés et de pénitents trop crédules. Ils traversent un lac sicilien embrumé qu’ils prennent pour la Méditerranée, puis, partisans du pape Grégoire VIII, ils sont attaqués par ceux de l’antipape Clément III. Zénon est décapité. Après avoir rencontré la Mort à laquelle il a demandé une fin glorieuse, Brancaleone continue sa route avec quatre survivants, dont un aveugle, un unijambiste et un lépreux, et sauve du bûcher la belle sorcière Tiburzia. Le lépreux est en réalité une femme, Berthe, veuve du prince Gaultier d’Avignon, qui s’est déguisée pour mettre fin aux incessants viols collectifs dont elle était la victime. Le chevalier recueille aussi Thorz, un mercenaire versatile allemand chargé par le prince félon Turone de tuer Childéric, le nourrisson du roi normand Bohémond de Sicile, son frère. Brancaleone emmène l’enfant, héritier du trône, en Terre sainte pour le confier à la garde paternelle. Devant Jérusalem qui résiste à leurs assauts, les croisés se demandent si Dieu ne serait pas du côté de Mahomet. Le cheikh Omar propose à Bohémond un tournoi de cinq chevaliers chrétiens contre cinq Sarrasins. Brancaleone, auquel le roi a promis en échange la main de Berthe d’Avignon, en tue trois, mais, jalouse, la sorcière court-circuite le duel final contre le traître Turone. Tous les chrétiens sont massacrés, sauf Bohémond et Berthe. Jérusalem reste arabe. Brancaleone poursuit la sorcière dans le désert où l’attend la Mort. L’ultime combat s’engage, l’épée contre la faux, mais la sorcière se sacrifie à sa place, puis, changée en pie, se pose sur les épaules du chevalier errant qui s’enfonce dans les dunes. (1)
En route pour la Terre sainte, Brancaleone tombe sur l’« arbre aux pendus », des victimes de l’intolérance.
 Une leçon ravageuse d’Histoire … pour apprendre à en rire
L’immense succès public de « L’armata Brancaleone (L’Armée Brancaleone », inédit en France [cf. Italie]) en 1964, avec Vittorio Gassman dans le rôle d’un chevalier aussi fanfaron que bête, incite Monicelli, l’un des champions de la comédie italienne, et ses inséparables scénaristes Age et Scarpelli à mettre en chantier une suite. Suite fignolée si minutieusement qu’elle prend quatre ans à voir le jour, au désespoir du producteur Cecchi Gori, mais qui surpasse l’original en bouffonnerie, en humour noir, en irrévérence et surtout en dérision. La mythologie romantique d’un Moyen Âge héroïque et religieux, celle des troubadours et des pages, cultivée en particulier par le cinéma latin, est ici transformée en farce grotesque. Monicelli s’insurge contre la déformation générale d’une époque qu’il juge très barbare, du moins en Italie au XIe siècle, car « la civilisation était beaucoup plus développée dans les pays arabes, du côté de l’Islam », précise-t-il (L’Humanité, 24.11.77). En Occident, la population vivait souvent dans la misère, souffrait d’épidémies, de manque d’hygiène et de famines. Comme dans « I soliti ignoti (Le Pigeon) » en 1958, Monicelli se concentre sur un petit groupe de minables, de laissés-pour-compte qui tentent vainement de se hisser au-dessus de leur condition ; et comme dans « La grande guerra (La Grande Guerre)» en 1959, un ramassis de soldats pouilleux dirigés par des chefs incapables se demandent ce qu’ils font dans cette galère.
Ce tableau en réduction picaresque de l’humanité, avec ses folies et ses tares, accentue la tonalité baroque, grotesque du film. À la fin du premier massacre dogmatique entre partisans papaux, on retrouve tous les morts d’un camp enterrés la tête en bas, les jambes sortant de terre, car « les schismatiques qui inversent la vérité meurent à l’envers » … Parmi la trentaine de pendus qui ornent un gigantesque chêne se trouvent un juif, un savant, un couple adultère et un malheureux « qui a mangé du saucisson un vendredi ». Pour déterminer lequel est le vrai pape, Grégoire VIII fait de Brancaleone son champion après l’avoir « purifié » de tout péché ; le matamore marche pieds nus sur des braises ardentes pour remettre une colombe blanche au Saint Père, puis, hurlant de douleur, il plonge dans une rivière où il coule à pic, ne sachant pas nager, etc. Le pouvoir est un fléau, dit le film, et l’application à la lettre de codes et doctrines incompris génère un chaos dont la collectivité entière fait les frais. Le siège final de Jérusalem, où les personnages sont vêtus comme des figurines de jeux de cartes, réduit les péripéties et l’hécatombe qui s’ensuit à un stupide jeu de société.
L’ultime combat de Brancaleone, une scène qui évoque le « Septième Sceau » d’Ingmar Bergman.
 « Brancaleone » s’inscrit dans le courant particulièrement dynamique de la comédie italienne des années 1950/60 consacré aux « leçons d’Histoire pour apprendre à en rire », fruit du naufrage des idéologies récentes, nationalistes, fascistes ou autres. Dénonçant toute forme d’intolérance et de luttes politico-religieuses stériles, Monicelli parsème son film de renvois cinéphiliques: les joutes avec la Mort et sa grande faux rappellent celles de « Det sjunde insleglet (Le Septième Sceau) » (1957) d’Ingmar Bergman, tandis que les papes ennemis qui s’excommunient mutuellement au pied de la colonne du stylite renvoient au Buñuel de « Simon du désert » (1965) et de « La Voie lactée » (1969). Le dernier tiers du film, écrit en octosyllabes, en rimes suivies, est directement inspiré du théâtre de marionnettes sicilien, l’« opera dei puppi » à tradition épico-satirique (avec commentaires sous forme d’intertitres). Pour leurs dialogues, Age et Scarpelli ont inventé un dialecte médiéval fait de latin de cuisine, de patois romain et, à la fin, d’antique dialecte sicilien. Au comble du cabotinage, Gassman s’en donne à cœur joie, maniant la grandiloquence en histrion total, un mélange de samouraï lamentable et de Don Quichotte tour à tour lâche, généreux, vantard et courageux, ne triomphant de ses ennemis que par des ruses peu reluisantes ou des coups bas. Mélange de plusieurs siècles, armures et costumes sont extravagants et la photographie en Technicolor d’Aldo Tonti (le chef-opérateur de Fellini, Rossellini, Visconti, Huston) est superbe.
Monicelli tourne cette coproduction italo-algérienne dans le Latium près de Rome (Canale Monterano, Cerveteri, Lago di Vico), dans la région d'Anzio (Castello di Torre Astura, réserve de Tor Caldara), à Cinecittà et en Algérie. Son film, pourtant brillamment mis en scène, inventif, drôle et amer, ne récolte pas le succès public du premier « Brancaleone », plus porté sur la rigolade, moins dérangeant, et sort en France avec un retard de sept ans. Gassman reçoit le prix du meilleur acteur au Festival de San Sébastien en 1971, l’œuvre elle-même obtient en 1977 le Grand Prix du Festival du film d’humour de Chambrousse. - DE: Brancaleone auf Kreuzzug ins Heilige Land, GB: Brancaleone at the Crusades., ES: Brancaleone en las cruzadas.

(1) - Nota bene: Bohémond de Sicile et le stylite Colombin n’ont jamais existé. En revanche, le pape Grégoire VIII lance la Troisième croisade en 1187, et Clément III (Guibert de Ravenne) est antipape de 1080 à 1100. Sans chercher de sérieuses bases historiques, le film se déroule donc vraisemblablement à cette époque, marquée par la Querelle des Investitures, un long conflit qui opposa la papauté et l’Empire romain germanique entre 1076 et 1122.
1971Up the Chastity Belt / Naughty Knights (GB) de Bob Kellett
Terry Glinwood, Ned Sherrin/Anglo-EMI Film Distributors Ltd., 1h34 min. - av. Frankie Howerd (Richard Cœur de Lion/Lurkalot), Graham Crowden (Sir Coward de Custard), Bill Fraser (Sir Braggart de Bombast), Hugh Paddick (Robin Hood), Derrick Griffiths (le sultan Saladin), Rita Webb (Marian), John Baldry (Little John), Alan Rebbeck (frère Tuck), Anna Quayle (Lady Ashfodel), Eartha Kidd (Shéhérazade), Anne Aston (Lobelia), Bernard Sharpe (Will Scarlet). – D’une délicatesse et d’un goût pachydermiques, cette farce qui se veut parodique reprend le schéma dumasien du « masque de fer » transposé au Moyen Âge (Aliénor d’Aquitaine donnant naissance à des jumeaux, qui deviendront Richard Cœur de Lion et l’obscur Lurkalot, élevé secrètement dans une porcherie) et s’égare en Terre sainte chez Saladin et Shéhérazade, en passant par la forêt de Sherwood... Tournage en Technicolor aux studios d’Elstree à Borehamwood. – US: The Chastity Belt, DE: Runter mit dem Keuschheitsgürtel.
1972Salaheddin Ayyubi (IR/TR) de Hasan Sasanpur
Mehdi Misaqieh Studio, 1h27 min. - av. Amir Fakhreddin [=Junit Arkin] (le sultan Saladin), Katayun (princesse Oditte), Jahangir Ghaffari, Vahid, Shirin Salehzadeh, Tchanguiz Qasemi, Shahin Salahshur, Gorguin Afrasiabi, Abdolrahman Shadabi, Mahmud Farahani. – Dans cette production irano-turque peu connue, une princesse chrétienne s’éprend de Saladin.
1977/78® (tv) The Devil's Crown / La Couronne du diable (GB/FR/CH/US/IT) de Jane Howell. – av. Michael Byrne (Richard Cœur de Lion), Chistopher Gable (Philippe II Auguste de France), Lucy Gutteride (Alix de France, sœur de Philippe II Auguste), Zoé Wanamaker (la reine Bérengère de Navarre), Jonathan Elso (Léopold, duc d’Autriche), Tony Church (Henri VI, empereur germanique). – Chronique des Plantagenêt: Richard Cœur de Lion et Philippe II Auguste avant et pendant la Troisième croisade, la captivité de Richard à son retour de Terre sainte. - Episodes: 7. « Lion of Christendom / Le lion de la chrétienté » - 8. « When Cage-Birds Sing / Le chant de l’oiseau prisonnier » (2 x 52 min.). – cf. France (5) et Angleterre.
1979(tv) Nathan der Weise (DE-RDA) de Klaus Dieter Kirst
(DFF1 21.1.79), 2h30 min. – av. Joachim Zschocke (le sultan Saladin), Wolfgang Dehler (Nathan le Sage), Regina Jeske, Hannelore Koch (Recha), Hanns-Jörn Weber. ­- Dramatique d’après la pièce de G. E. Lessing (1779), cf. film de 1922.
1979(tv) Nathan der Weise (DE) d’Oswald Döpke
Sender Freies Berlin (ARD 21.1.79 / ORF 4.6.79), 2h. – av. Werner Hinz (Nathan le Sage), Siegfried Wischnewski (le sultan Saladin), Judy Winter (Sittah, sa sœur), Ehmi Bessel (Daja), Peter Fricke (le Templier), Katerina Jacob (Recha), Sigfrit Steiner (le moine), Dieter Hufschmidt (le derviche), Alf Marholm (Héraclius d’Auvergne, patriarche de Jérusalem). - Dramatique en couleurs d’après la pièce de G. E. Lessing (1779), avec des extérieurs tournés en Turquie et en Israël, cf. film de 1922.
1980/81(tv) The Talisman (GB) de Richard Bramall
Barry Letts/BBCtv (BBC1 30.11.80-25.1.81), 9 x 30 min. – av. Stephan Chase (Richard Cœur de Lion), Patrick Ryecart (Sir Kenneth de Huntingdon), Lynn Clayton (Lady Edith Plantagenêt), Joanne Pierce (la reine Bérengère de Navarre), Donald Burton (Gilles Amaury de Beauséant), Jack Watson (Thomas de Vaux of Gilsland), Richard Morant (Conrad de Montserrat), Damien Thomas (le sultan Saladin/cheik Ildérim), Malcolm Terris (Léopold V de Babenberg, duc d’Autriche), John Moreno (Philippe II Auguste, roi de France), Ivor Roberts (Joscius, archevêque de Tyr), Bill Homewood (Blondel, le ménestrel), Richard Comish (Neville), Peter Davidson (Strauchan, l’écuyer), Peter Burroughs (le nain Nectobanus), Tacy Kneale (Florise), Jane Morant (Lady Calista de Mountfaucon), Thane Bettany (l’ermite Théodoric d’Engaddi), Andrew Lane (Frère Hubert), Simon Templeman (Gérard), Dicken Ashworth (Dickon), Frank Ellis (Long Allen), Geoffrey Leesley (le sergent de la garde), Clive Panto (le héraut), Mark Sellwood (l’archer).
La télévision britannique produit cette quatrième version du roman de Walter Scott sous forme d’un feuilleton luxueux en couleur de 4h30, écrit par Anthony Steven et qui suit assez fidèlement l’intrigue rocambolesque de l’original (cf. supra, « King Richard and the Crusaders », 1954). Saladin est remarquablement rendu par Damien Thomas, un acteur d’origine égyptienne, élégant et certainement plus crédible en sultan kurde que Rex Harrison à Hollywood, quoiqu’un peu jeune pour le rôle. On le retrouvera en prince Kassim dans la fantaisie « Sinbad and the Eye of the Tiger » (1977) et en Zaïd ibn Hârithah, compagnon du Prophète, dans « Al-risâlah/The Message » (1976) de Mustapha Akkad.
1981(tv) La Princesse lointaine (FR) de Jean-Pierre Prévost
(A2 9.12.81), 40 min. – av. Frédéric Andréi (le troubadour Jaufré Rudel, prince de Blaye), Arielle Dombasle (Clara), Béatrice Bruno (Mélissinde), Ghislain Martin (Bertrand d’Allamanon, chevalier et troubadour provençal).
Synopsis: Jaufré (Geoffroy) Rudel, prince de Blaye, entend parler par des pèlerins revenus de Terre sainte de Mélissinde, princesse d’Orient, comtesse de Tripoli. Bouleversé, le troubadour aquitain en fait la « Dame de ses pensées » et lui dédie des vers de folle passion. Aliénor d’Aquitaine, protectrice de Jaufré, et son époux, le roi Louis VII font croisade pour la défense de Mélissinde en 1147 (Deuxième croisade). Jaufré se joint à l’expédition afin de rencontrer sa bien-aimée (qu’il n’a jamais vue) en Palestine. La traversée est pénible, avec tempêtes, épidémies et abordages de pirates. Arrivé à Tripoli, le malheureux est descendu sur une civière. Avertie, la comtesse accourt à son chevet et le troubadour expire dans les bras de sa Dame. La légende (forgée, croit-on, par Hughes de Saint-Cyr) dit que Mélissinde le fit ensevelir dans la Maison des Templiers et le même jour, de douleur, se fit nonne. Le sujet est romantique à souhait, mais, soucieux d’actualiser le Moyen Âge, Prévost le gâche en introduisant des éléments contemporains, bateau à moteur, minibus, musique rock, etc. Le sujet a été traité jadis au théâtre par Edmond Rostand, avec Sarah Bernhardt en Mélissinde (La princesse lointaine, 1895). Personnage à ne pas confondre avec Mélisende, reine de Jérusalem, épouse du roi Baudouin II (cf. Première croisade).
1984(vd) Nathan der Weise (DE) de Johannes Schaaf
Arthaus Musik-Salzburger Festspiele, 196 min. - av. Hans Schulze (Nathan), Peter Roggisch (Saladin), Rosemarie Fendel (Daja), Susanne von Borsody (Recha), Barbara Petritsch (Sittah), Sylvester Groth (le Templier). - Captation de la mise en scène du drame de Lessing par le cinéaste allemand Johannes Schaaf au Festival de Salzbourg (2.8.1984).
1986/87Lionheart : The Children’s Crusade (Coeur de Lion : la croisade des enfants) (US/HU) de Franklin J. Schaffner
Stanley O’Toole/Francis Ford Coppola-TaliaFilm II Productions-Hungaro Film-Mafilm, 1h44 min. - av. Eric Stoltz (Robert Nerra), Gabriel Byrne (le Prince Noir), Neil Dixon (Richard Cœur de Lion), Nicola Cowper (Blanche), Dexter Fletcher (Michael), Nicholas Clay (Charles de Montfort), Deborah Moore [=D. Barrymore] (Mathilde de Montfort), Bruce Purchase (Simon Nerra), Penny Downie (Madelaine Nerra), Nadim Sawalha (Selim), John Franklyn-Robbins (l’abbé), Chris Pitt (Odo), Matthew Sim (Hugo), Paul Rhys (le chef de la cité souterraine), Sammi Davis (Baptista), Wayne Goddard (Louis), Courtney Roper-Knight (David), Michael Sundin (Bertram), Ralph Champion Shotter (Charles Nerra), Barry Stanton ([Henri Ier], comte de Bar), Jan Waters (la comtesse de Bar), Haluk Bilginer (le marchand).
Synopsis: Le Nord de la France en 1189. Fraîchement adoubé, Robert Nerra, un adolescent issu de la noblesse, rêve de rejoindre l’armée de Richard Cœur de Lion aux croisades, tout comme Charles, son frère aîné. Leur père Simon s’y oppose, car il a besoin de ses deux rejetons pour défendre le fief familial. Lorsque Charles est tué au cours d’une bataille insensée entre chevaliers bretons et normands, Robert déserte son clan et se dirige vers Paris pour y rencontrer le roi Richard. En route, il se lie avec Michael et sa sœur Blanche, de jeunes saltimbanques qui survivent en chapardant, puis tombe sur un contingent d’orphelins affamés qui fuient le sinistre Prince Noir. Ce dernier est un ancien croisé, à présent désillusionné, sans foi ni loi, dont l’activité consiste à égorger tout homme d’église et à enlever les enfants abandonnés pour les revendre à des marchands d’esclaves arabes. A Paris, que le roi Richard vient de quitter pour se diriger sur Marseille, Robert et ses compagnons découvrent une ville souterraine, sorte de Cour des Miracles, refuge des orphelins de la cité. Se sachant découvert par le Prince Noir, leur chef supplie Robert d’emmener tous ses ouailles à la croisade et de les placer sous la protection du roi Richard. En route pour Marseille, Robert et son armée d’enfants sont témoins de la misère et de la maladie qui rongent le pays. Rejoints par Mathilde de Montfort, une jeune fille habile aux armes, ils parviennent un temps à déjouer les pièges du Prince Noir et de ses sbires, mais en vue de la Méditerranée, ils sont capturés par les Sarrasins. Robert tue le Prince Noir en combat singulier et les croisés de Richard Cœur de Lion arrivent à temps pour anéantir l’ennemi. Robert décline l’invitation du monarque à l’accompagner en Terre sainte: il a vu assez de sang. Sa croisade, ce sont désormais les enfants abandonnés de France.
Un film atypique, habité en majeure partie par des adolescents, victimes de la guerre des adultes. Ceux-ci sont soit hostiles, soit criminels, soit évanescents. Les croisés ne font que des apparitions furtives, en rêve ou vus de loin ; ils sont réduits à une abstraction, un idéal immatériel qui guide Robert et les siens, de beaux fantômes très éloignés de leurs préoccupations de survie. Richard Cœur de Lion ne surgit qu’à la fin, pendant quelques minutes filmées en plan général: en vérité, le « cœur de lion » est celui du jeune Robert qui affronte les vrais problèmes en France et non les fantasmes d’Orient. « Richard Cœur de Lion n’est que l’ombre d’un homme motivé par la vanité, dit le Prince Noir. Ces enfants ne trouveront sur leur chemin que moi. Dieu les abandonnera comme Il nous a tous abandonnés pendant les croisades... » Lointainement inspiré de l’authentique « croisade des enfants » (qui, elle, se situe vingt-trois ans plus tard, cf. 4.3b), le scénario ne manque donc pas d’à propos.
Le film a été produit par la famille Coppola: Francis Ford qui souhaitait initialement aussi le réaliser, Talia Shire (sa sœur) et Jack Schwartzmann (son beau-frère). Coppola, Franklin J. Schaffner et le compositeur Jerry Goldsmith (qui crée ici une fort belle partition) ont du reste œuvré ensemble à « Patton » (1970), une collaboration magistrale. Schaffner, dont c’est le dernier film, tourne cette mini-fresque en Panavision et Technicolor dans les studios Mafilm à Budapest, dans la campagne hongroise et, pour la conclusion au bord de la mer, au Portugal. Pourtant, c’est un ratage. Les caractères ne sont pas suffisamment forts et bien dessinés pour soutenir l’intérêt et conférer à l’ensemble une certaine crédibilité, le récit tire en longueur, la narration est parfois chaotique (on sent des coupures), l’interprétation des jeunes acteurs très inégale. Costumes et armures passe-partout trahissent un budget trop serré. Enfin, les scénaristes n’ont pas le courage d’aller au bout de leurs audaces (au début, le Prince Noir – magnifique Gabriel Byrne - poignarde un Christ en croix dans un monastère) et lénifient leur propos par une mièvrerie et un happy-end qui visent un public pubertaire. « Lionheart » fait une carrière brévissime en salle aux États-Unis, puis disparaît à la télévision. Inédit en Europe.
1987(tv) Nathan le Sage (FR) de Bernard Sobel
(La Sept/FR3 8.6.87), 2h15. – av. Bernard Freyd (Nathan le Sage), Andrzej Seweryn (le sultan Saladin), Michèle Oppenot (Sittah, sa sœur), Valérie Tolédano (Récha), Pascal Bongard (Curd, le Templier), Jean-Pierre Bagot (le frère Lai), Marc Ernotte (le messager du sultan), David Gabison (le patriarche de Jérusalem), Evelyne Istria, Pierrick Mescam. - La pièce de G. E. Lessing (1779), enregistrée au Théâtre de Gennevilliers dans une traduction française de Françoise Rey. Cf. film de 1922.
1989(tv) Nathan der Weise (DE) de Karl-Dirk Schmidt (th) et Hans Klaus Petsch (tv)
Bayrischer Rundfunk (BR3 16.12.89), 2h45 min. – av. Michael Trotz (Nathan le Sage), Burkhard Heyl (le sultan Saladin), Sandra Meyer (Recha), Marina Busse, Armin Kopp. – Captation du drame de G. E. Lessing (1779), cf. film de 1922.
1990(tv) Nathan der Weise (DE-RDA) de Friedo Solter (th) et Margot Thyret (tv)
  Fernsehen der DDR-Deutsches Theater Ost-Berlin (DFF 1.1.90), 1h30 min. – av. Otto Mellies (Nathan le Sage), Jörg Gudzuhn (le sultan Saladin), Ulrike Krumbiegel (Recha), Katja Paryla (Sittah), Tobias Langhoff (le Templier), Dieter Mann (le derviche), Volkmar Kleinert (le moine), Horst Manz (l’émir), Ulrich Mühe (Héraclius d’Auvergne, patriarche de Jérusalem), Christine Schorn (Daja). – Captation en couleurs du drame de G. E. Lessing (1779), joué au Deutsches Theater à Berlin-Est, cf. film de 1922.
Jean-Pierre Cassel, le Templier fourbe, et Fernando Rey, le noble sultan Saladin, dans « De terre et de sang » (1991/92).
1991/92*(tv) De terre et de sang / Blood and Dust / Las Cruzadas (FR/GB/IT/ES) de Jim Goddard
  Salim Fassi Fihri, Jean-Pierre Ramsay Levi/FIT Production-SFP-Animatografo-Antenne 2-G.E.P. (A2 7.9.92), 2h57/3h23 min. (2 parties) ou 4 x 47 min. - av. Jean-Yves Berteloot (Arnaud d’Aubrac, baron de Poujol), Valeria Cavalli (Fiorella Notrighi), Tobias Hoesl (Ludwig von Dilligen), Paul Brooke (Simone Notrighi), Fernando Rey (le sultan Saladin), David Warner (Raymond III, comte de Tripoli), Bob Swann (Guy Ier de Lusignan, roi de Jérusalem), Jean-Pierre Cassel (Gérard de Ridefort, Grand Maître des Templiers), Marine Delterme (Elaine d’Aubrac), Brian Blessed (Renaud de Châtillon), Richard Vernon (Héraclius d’Auvergne, l’archevêque latin de Jérusalem), Sinclair Steibel (Roger d’Aubrac), Jean-Yves Thual (le garçon d’écurie), Katia Caballero (la sœur de Saladin).
Synopsis: Jérusalem, 1185-1187. Grâce à l’appui du comte de Tripoli (l’actuel Liban), Baudouin IV, le « Roi lépreux » de Jérusalem, a obtenu une trêve de cinq ans avec Saladin. Mais le roi se meurt et désigne comme successeur son neveu Baudouinet (Baudouin V), fils de sa sœur Sybille et de son beau-frère Guy de Lusignan. Jusqu’à ce que l’enfant soit en âge de gouverner, le comte de Tripoli sera régent. Avant de rendre l’âme, le roi appelle la malédiction divine sur quiconque rompra la paix… Entre-temps, en Bourgogne, le seigneur Arnaud d’Aubrac, baron de Poujol, a fait serment de partir en Terre sainte, son jeune fils Roger ayant survécu à la noyade dans un étang. Sur ordre du roi Philippe Auguste, il doit servir les Templiers de Gérard de Ridefort. Arnaud est accompagné de son inséparable ami Ludwig, un chevalier intrépide qu’il a vaincu en duel, mais aussi du riche négociant italien Simone Notrighi et de sa trop belle épouse, Fiorella. Arnaud s’en éprend instantanément mais se tient à distance. En Terre sainte, le petit Baudouinet décède, la situation politique se détériore, deux partis s’affrontent: d’un côté Châtillon et les Templiers de Ridefort qui veulent en découdre avec Saladin, et de l’autre le comte de Tripoli et l’archevêque de Jérusalem qui désirent maintenir la paix. Des bédouins attaquent la caravane d’Arnaud. Il s’échappe avec Fiorella et, perdu dans le désert, le couple est recueilli par Saladin qui leur offre l’hospitalité et des chevaux. À Jérusalem, ils apprennent que Simone, capturé, va être vendu comme esclave. Ridefort promet d’intervenir si Fiorella cède à ses avances. Arnaud revoit Saladin incognito qui lui révèle que le jeune roi a été empoisonné par la faction belliciste. Châtillon attaque une caravane arabe, mais, prenant le roi Guy à témoin, Arnaud l’empêche de violer la sœur de Saladin. Pour se débarrasser d’Arnaud, Châtillon l’envoie monnayer la captive auprès du sultan. Furieux, celui-ci écrase les croisés à la bataille de Hattîn, récupère sa sœur, libère le roi Guy et décapite Châtillon. Arnaud a la vie sauve grâce à l’intercession de la sœur du sultan, mais il est réduit en esclavage. Croyant Arnaud mort au combat, Ludwig rentre en France, et annonce son décès à sa famille, épouse la veuve, Elaine d’Aubrac, et adopte son fils. En Palestine, cherchant à se défendre, Fiorella a voulu poignarder le Grand Maître (qui a assassiné Simone dans un oasis), et Ridefort exige sa mort. Échappé des mines, Arnaud la sauve, mais ayant appris que son épouse Elaine s’est remariée avec Ludwig, il cherche une mort honorable au combat: Saladin assiège Jérusalem. Ludwig arrive à temps d’Europe (Elaine est décédée) pour retenir son ami qui trouvera confort et paix dans les bras de Fiorella.
Un discours novateur sur les écrans d’Occident: comme le constate Raymond de Tripoli au cours de l’action, la majorité des croisés semble plus empressée de combattre les Sarrasins afin de s’emparer de leurs biens que de défendre la sainte Église, et le héros lui-même ne sait bientôt plus « de quel côté se trouve Dieu… » Cette saga romanesque de plus de trois heures - introduisant des personnages que l’on reverra treize ans plus tard dans « Kingdom of Heaven » de Ridley Scott - est tournée à l’abbaye de Fontenay en Bourgogne, à Ambérieux, à Pérouges (pour Marseille), à Marrakech et dans le désert marocain. Son réalisateur, le téléaste britannique Jim Goddard, s’est déjà fendu pour le petit écran de quelques titres de prestige (« A Tale of Two Cities » d’après Dickens en 1980) et auparavant des décors farfelus de la fameuse série « The Avengers / Chapeau melon et bottes de cuir » (dès 1961).
Coproduction européenne au budget généreux, « De terre et de sang » est tirée d’un roman éponyme de Pierre Barret, Jean-Noêl Gurgand et Jean-François Nahmias (1992). Barret et Gurgand, deux journalistes de L’Express férus de Moyen Âge, également auteurs de Si je t’oublie Jérusalem. La prodigieuse aventure de la Première croisade, 1095-1099 (1983), ont participé à l’adaptation, de sorte que les dialogues n’y sont jamais ni redondants ni mièvres. Le récit possède même une certaine sobriété de ton (il est rapporté en off par le fils du héros, Roger d’Aubrac), mais malgré son ampleur feuilletonesque, la réalisation manque de souffle, alignant de manière monotone scènes d’action et séquences intimistes. On se console avec de beaux paysages maghrébins, le Saladin inattendu, un peu ironique de Fernando Rey et Jean-Pierre Cassel en Templier fourbe et lubrique. – DE: Mit Schwert und Leidenschaft.
Richard Cœur de Lion et Saladin dans une version russe du « Talisman » de Walter Scott (1992).
1992Richard-Lvinoye serdetse [Richard Cœur de Lion] (RU) de Yevgeni Gerasimov
Timour Abdellaev-Amidas-Ganemfilm-Gorki Film Studios « Okean »-Trest, 1h32 min. – av. Aleksandr Baluyev (Richard Cœur de Lion), Sergej Zhigunov (Sir Kenneth de Huntingdon), Armen Dzhigarkhanyan (le sultan Saladin), Svetlana Amanova (la reine Bérengère de Navarre), Inna Livanova (Lady Edith Plantagenêt), Andrei Boltnev (Conrad de Montferrat), Yevgeni Zharikov (Joscius, archevêque de Tyr), Valeri Svetlov (le nain Nectobanus), Ivan Martynov (Gilles Amaury de Beauséant, Grand Maître des Templiers), Viktor Stepanov (l’ermite Théodoric d’Engaddi), Levam Mchiladzé (Philippe II Auguste, roi de France), Inga Budkevitch, Yevgeni Gerasimov.
Acteur et réalisateur recyclé dans la politique après 2000, Yevgeni Gerasimov filme cette cinquième mouture du Talisman de Sir Walter Scott en deux volets et en Sovcolor aux studios de la Gorki Film à Moscou, puis en extérieurs en Crimée du Sud, à Koktebel, dans les ruines de Chersonèse Taurique, sur les rives de la Mer Noire et au Kazakhstan. De splendides paysages contrebalancent une mise en scène souvent pataude et des moyens matériels assez limités. Le scénario du diptyque suit très fidèlement le roman – contrairement à « King Richard and the Crusaders » (1954) de David Butler –, illustrant en ouverture l’étrange nuit que Sir Kenneth passe avec son nouvel ami musulman dans les cavernes de l’ermitage d’Engeddi, oasis au bord de la Mer Morte où il rencontre Lady Edith en pèlerinage. Le non moins mystérieux talisman du médecin arabe délégué par Saladin sauve le roi Richard, sur le point de succomber à la fièvre. Fâchés par sa guérison, Conrad de Montferrat et le Grand Maître des Templiers, Gilles Amaury de Beauséant, poussent le bruyant duc d’Autriche à prendre le commandement de l’armée, créant la zizanie dans le camp croisé. Après l’affaire de la bannière, Richard, ingrat, brutal, aveuglé par la rage, livre Sir Kenneth au bourreau, mais Saladin (toujours déguisé) obtient sa grâce et l’emmène avec lui. Richard tue de ses propres mains tous les chevaliers qui l’ont trahi.
Dans la deuxième partie du film, « Rytsar Kennet » (cf. infra), qui sort une année plus tard, Saladin fait envoyer à Richard en témoignage d’amitié un esclave nubien sourd muet (Sir Kenneth grimé) et le chien de ce dernier, remis des blessures infligées par les conspirateurs. Le faux Nubien empêche un nouvel attentat contre le Plantagenêt et, lors d’une cérémonie d’allégeance, son canidé reconnaît son ancien agresseur, Montferrat. Un duel judiciaire est organisé en terrain « neutre », chez Saladin. Richard désigne Sir Kenneth pour défendre ses couleurs dans la lice, et celui-ci blesse grièvement Montferrat. Au crépuscule, Beauséant achève le blessé pour l’empêcher de parler, mais le nain Nectobanus, témoin du crime, en réfère au sultan. Lors du banquet, Saladin sort son sabre et tranche la tête du chef Templier à l’instant où celui-ci allait porter sa coupe aux lèvres: s’il avait bu, explique le sultan à l’assemblée médusée, les lois de l’hospitalité lui auraient interdit un tel acte (1).
L’URSS a été formellement dissoute en décembre 1991, mais la production du film (financé par des sociétés privées) reflète en filigrane l’opération « Tempête du désert » de la coalition alliée en Irak en janvier-mars de cette même année, ainsi que la conférence de paix israélo-arabe capotée à Madrid, sous le parrainage des États-Unis et, justement, de l’Union soviétique, en octobre. Le roman de Scott tombe à pic, car Saladin a le bon rôle, la nouvelle Russie de Boris Eltsine tenant aussi compte de ses anciennes républiques soviétiques à majorité musulmane: à la fin du récit, le sultan propose à Richard Cœur de Lion la paix en Palestine moyennant une gouvernance partagée de Jérusalem, tandis que le Saint Sépulcre et le monastère d’Engaddi seraient confiés aux chrétiens. Bien sûr, rien de cela n’aboutit, en raison des dissensions entre souverains européens, de l’attitude ambigüe de l’archevêque de Tyr et surtout du rôle maléfique des Templiers (que les adaptations précédentes américaines ont toujours déguisé ou escamoté) ; dans les dernières images du film, Sir Kenneth, sa fiancée Lady Edith, Richard et la reine Bérangère tombent dans un guet-apens dressé par une cinquantaine de Templiers revanchards, mais les cavaliers de Saladin accourent à la rescousse … L’adaptation du roman est due à un spécialiste du film d’aventures médiévales pour la jeunesse soviétique, Sergei Tarasov, qui conta les exploits de Robin des Bois (1976), d’Ivanhoé (1983), de la Flèche noire (1985) et de Quentin Durward (1988). Le diptyque semble inédit hors de Russie.

(1) - Walter Scott s’inspire ici d’un épisode authentique: au soir de sa victoire à Hattîn en 1187, Saladin frappa de son sabre le Templier Renaud de Châtillon pour l’empêcher de boire l’eau qu’il destinait à son autre captif, Guy de Lusignan, roi de Jérusalem ; l’orgueilleux Châtillon fut ensuite décapité pour parjure. Précisons que le Grand Maître des Templiers pendant la Troisième croisade n’était pas cet obscur Beauséant inventé par le romancier, mais Robert IV de Sablé.
1993Rytsar Kennet [Le Chevalier Kenneth] (RU) de Yevgeni Gerasimov
Timour Abdellaev-Gorki Film Studios « Okean »-Roskomkino-Talisman Film, 1h16 min. – av. Aleksandr Baluyev (Richard Cœur de Lion), Sergej Zhigunov (Sir Kenneth de Huntingdon), Armen Dzhigarkhanyan (le sultan Saladin), Svetlana Amanova (la reine Bérengère de Navarre), Inna Livanova (Lady Edith Plantagenêt), Andrei Boltnev (Conrad de Montferrat), Yevgeni Zharikov (Joscius, archevêque de Tyr), Valeri Svetlov (le nain Nectobanus), Ivan Martynov (Gilles Amaury de Beauséant, Grand Maître des Templiers), Viktor Stepanov (l’ermite Théodoric d’Engaddi), Levam Mchiladzé (Philippe II Auguste, roi de France). – Suite et fin du film précédent, une adaptation du Talisman de Walter Scott écrite par Mariya Kalinina.
1994(tv) Richard the Lionheart: History Maker (GB) de Bob Carruthers
série « The History Makers », Jeremy Freeston/Cromwell Productions Ltd.-Castle Communications, 54 min. – av. Hu Pryce (Richard Cœur de Lion), Michael Leighton (le sultan Saladin), David Perks (Richard, chanoine et chroniqueur augustinien), Marcus Fernando (l’historien arabe Baha ad-Dîn), Owen Hopkins (Ambroise, poète normand et chroniqueur de la Troisième croisade), Terry Molloy (narration). – Docu-fiction hagiographique avec comédiens et reconstitutions de combats. En raison de son charisme et de ses exploits au Moyen-Orient, Richard Cœur de Lion est le premier roi britannique depuis la conquête normande en 1066 qui va acquérir une certaine popularité post mortem, mais le film – écrit par Jeremy Freeston - mélange dangereusement les chroniques partiales de l’époque, la légende de Robin des Bois et le point de vue des historiens modernes, tels que Winston Churchill qui dit de Richard: « Sur le plan politique, c’était un enfant ; les avantages gagnés par son génie de combattant étaient perdus par son inaptitude de stratège. »
1994(tv) The Crusades: The Knights of Christ and the March in the Holy Land (GB) de Bob Carruthers
Jeremy Freeston/Cromwell Productions Ltd.-Castle Communications, 57 min. – av. David Perks (le chanoine Richard), Jeremy Freeston (Roger de Busli, baron normand), Owen Hopkins (Ambroise, poète et chroniqueur normand), Hu Pryce (Richard Cœur de Lion), Michael Leighton (le sultan Saladin), Terry Molloy (narration). – Docu-fiction de Jeremy Freeston sur les trois premières croisades, jusqu’à la prise d’Acre par les mamelouks en 1291, marquant la fin du royaume latin de Jérusalem et de la présence occidentale en Palestine. Une vision sans recul. Les combats tournés en pays de Galles, dans le Worcestershire (Beoley) et en studio à Londres (décors de déserts) sont reconstitués par Bob Clegg avec l’aide de la British Plate Armour Society, de The Welsh Horse Troop et de The Sons of Penda. Le pendant du film précédent sur Richard Cœur de Lion.
1997(tv) Richard Cœur de Lion / Richard the Lion-Hearted (FR/GB) de Ludi Boeken
série « Les Chevaliers » no. 3, Planète-Raphaël Film-R&B Pictures-BBC-CNC, 50 min. – av. Mark Healey (Richard Cœur de Lion), Nirmal Chaudri (le sultan Saladin), Sam Green (Henry II), David Denfield (Philippe II Auguste de France), Michael Savva (Bertrand du Gurdon). – Docu-fiction avec comédiens et reconstitutions qui illustre les paradoxes d’un roi dépouillé de son auréole hagiographique. Homme pieux, Richard a passé sa vie à se confesser tout nu devant les évêques ; chevalier accompli, il a fait massacrer trois mille musulmans désarmés. Les actes déconcertants d’un grand homme sans peur mais pas sans reproches.
1999(tv) Richard Löwenherz – Kreuzzug ins Abenteuer (DE) de Wolfram Giese
  série « Sphinx – Geheimnisse der Geschichte » no. 4, Sandkorn Filmproduktion-ZDF-Arte, 42 min. – Docu-fiction avec comédiens et reconstitions, d’après un script de Hans-Christian Huf: la vie mouvementée de Richard Cœur de Lion, son enfance à Poitiers, les croisades, sa captivité à la forteresse de Dürnstein en Autriche, sa mort à Châlus.
1999(tv) Saladin – le chevalier du Jihad (FR/GB) de Ludi Boeken et Eugène Rosow
série « Les Chevaliers », Planète-Raphaël Film-R&B Pictures-BBC-CNC, 50 min. – av. Lucien Melki (le sultan Saladin). – Docu-fiction avec comédiens anonymes et reconstitutions.
1999(tv) Nisr Al-Sharq Salaheddîn [Saladin, aigle de l’Orient] (EG) de Hossam Eddin Mustafa
Egyptian Radio and Television Union (ERTU)-Nile Television Network. – av. Helmy Fouda (le sultan Saladin). – Un méga-feuilleton de la télévision égyptienne écrit par Abul-Ela El-Salamouni dont la diffusion débute en décembre 1999, pendant le mois de Ramadan. L’élaboration du scénario se fait alors que les forces américaines et britanniques ont repris leurs attaques aériennes sur l’Irak et que les négociations israélo-palestiniennes sur l’avenir de Jérusalem s’embourbent. Le réalisateur Mustafa, un ancien assistant de Cecil B. DeMille sur « The Greatest Show on Earth » (1952) et « The Ten Commandments » (1956) qui a dirigé plus de cent films avant de passer à la télévision où il aborde plusieurs sujets historiques (« Al-Shaymaa » sur la sœur du Prophète en 1972 ou « Al-Abtal (Les Héros) » sur la campagne de Bonaparte en Égypte, 1995), prévoit une saga de 60 épisodes, mais il succombe à une crise cardiaque en février 2000. Son décès interrompt la série, qui reste inachevée.
Telle quelle, elle illustre les débuts de Saladin, avant la Troisième croisade, dépeignant un sultan ayyoubide particulièrement ouvert et tolérant envers les chrétiens, mais aussi un chevalier servant avec les femmes. Notamment avec sa concubine franque Sophia dont l’époux est tombé au combat et qui l’a laissée enceinte et malade aux mains de l’ennemi ; le sultan la soigne et reconnaît l’enfant comme le sien. En revanche, le portrait que la série fait des souverains musulmans (l’émir fatimide de Damas, les Zangides) avant la prise de pouvoir de Saladin en Égypte et en Syrie est proprement caricatural. A travers sa confrontation avec la secte ismaélite des Assassins, ennemis des monarques sunnites de Syrie, le feuilleton s’attaque à l’intégrisme menant au terrorisme: les Assassins dirigés par Rashid el-Dîn s’affirment les seuls vrais musulmans, mais Saladin les dénonce comme des hérétiques (le fanatisme sanglant qu’ils prônent serait contraire aux enseignements du Coran) et des traîtres (car ils sévissent parfois comme mercenaires des croisés). L’antagonisme divisant la reine Bérangère et sa sœur pieuse, entrée dans les ordres en Terre sainte, permet d’autre part de distinguer le croisé belliciste du véritable chrétien.
2001(tv) Salaheddîn Al-Ayyubi / Salah Al-Dîn (SY) de Hatem Ali
Réda Halabi/Syria Art Production International (SAPI), 30 épis. – av. Jamal Souleiman (le sultan Saladin), Mohamed Miftah (Assad ad-Dîn, son oncle), Suzan Najmuddine (Esmat al-Dîn Khatun, épouse de Nur ed-Dîn, puis de Saladin), Ghassan Massoud (Fadil), Salahuddin Saduq, Salma Almasri, Khalid Taja, Abdurrahman Alarashi, Rafiq Sbai’ee, Sulaf Fawakhirji, Basem Yakhour, Tayim Al-Hassan [Taim Hasan] (le calife fatimide Al-Adid Ledin Allah). – Biographie du sultan ayyoubide, de sa naissance à Tikrit en 1138 à son effort pour unifier la Syrie, ses rapports complexes avec le chef de guerre syrien Nour ad-Dîn Mahmoud et le siège d’Alep défendu par le prince zengide Imâd ad-Dîn Zengi (1183) qui rejoint par la suite l’appel au jihad de Saladin contre les croisés devant Saint-Jean-d’Acre (1190), de la victoire écrasante de Hattîn à la prise (ici la « libération ») de Jérusalem.
Un méga-feuilleton de la télévision syrienne écrit par Walid Seif et mis en scène par le Ridley Scott de Damas, Hatem Ali, acteur, metteur en scène, réalisateur et téléaste couronné de succès (en 2007, sa biographie du dernier roi égyptien, « Al-Malik Farouk » avec Taim Hasan, bat tous les records d’audience au Proche-Orient). Le rôle titre permet à une autre grande vedette du cinéma syrien de percer, le producteur-comédien Jamal Souleiman. Avec quatre mois de tournage et plus de 4000 personnes disséminées sur 91 camps pour la mise en scène d’une trentaine de batailles historiques, la production se place en tête des reconstitutions télévisuelles du monde arabe. Diffusé pendant le mois de Ramadan, le feuilleton reçoit le prix de la meilleure réalisation au Festival de télévision du Caire (Golden Award) et au Festival des radios et télévisions arabes à Tunis, et le comédien Mohamed Miftah le Prix d’honneur du gouvernement syrien. Inédit en Occident.
2003(tv) Lionheart. The Crusade (GB) de Patrick Fleming
Oxford Film & Television (Channel Four 6.3.03), 1h30 min. – Docu-fiction évoquant les rapports de Richard Cœur de Lion avec Saladin, scènes jouées avec interprètes anonymes et reconstitutions.
2005(tv) Richard the Lionheart & Saladin: Holy Warriors (Richard et Saladin) (GB/US) de Peter Miller et Richard Bedser
série « Empires », Anthony Geffen/Atlantic Productions-BBC-PBS-NDR-Freemantle International Distribution-DDE, 1h49 min. (2 parties). – av. Derek Lea (Richard Cœur de Lion), Hichem Rostom (Saladin), Colin Salmon (narration). – Une description de la Troisième croisade qui compare ses deux chefs les plus charismatiques, mettant en avant la générosité de Saladin et le courage, mais aussi la sauvagerie de Richard. Docu-fiction tourné en partie en Syrie et en Tunisie avec comédiens et de nombreuses reconstitutions, d’après un scénario de Richard Bedser – DE: Der Kreuzritter Richard Löwenherz – 1. Der Kampf gegen Saladin – 2. Der Kampf um Jerusalem.
Orlando Bloom et Eva Green, vedettes du film définitif sur les croisades: « Kingdom of Heaven » (2005) de Ridley Scott.
2005***Kingdom of Heaven / El reino de los cielos / Königreich der Himmel (CA: Le Royaume des cieux) (US/GB/ES/DE) de Ridley Scott
Scott Free (Ridley Scott)-20th Century Fox-BK Reino del Cielo-KOH Babelsberg, 2h25 min./3h14 min. – av. Orlando Bloom (Balian d’Ibelin), Eva Green (la princesse Sibylle de Jérusalem), Jeremy Irons (Tibérias, conseiller du roi [=Raymond III de Tripoli]), David Thewlis (l’Hospitalier), Brendan Gleeson (Renaud de Châtillon), Marton Csokas (Guy de Lusignan), Liam Neeson (Godefroy d’Ibelin), Robert Pugh (son frère aîné), Ghassan Massoud (le sultan Saladin), Alexander Siddig (Imad al-Dîn al-Isfahani, secrétaire de Saladin), Edward Norton (Baudouin IV, roi de Jérusalem, dit le « Roi lépreux »), Giannina Facio (Sitti Cham, la sœur de Saladin), Khaled Nabawi (Mullah), Jon Finch (Héraclius d’Auvergne, patriarche latin de Jérusalem), Ulrich Thomsen (Gérard de Ridefort, maître de l’Ordre du Temple), Iain Glen (Richard Cœur de Lion), Eriq Ebouaney (Firuz), Nathalie Cox (l’épouse de Balian), Michael Sheen (un prêtre), Paul Brightwell (Roger de Cormier), Jouko Ahola (Odo), Velibor Topic (Amalric), Michael Fitzgerald (Humphrey).
Synopsis: La France en 1184. Balian, un forgeron provençal qui vient d’enterrer son épouse (suicidée après le décès de leur fils mort-né, donc interdit de cimetière), quitte précipitamment son village car il y a tué un prêtre intégriste (en fait son propre frère) qui a souillé la tombe de la défunte, l’a décapitée et lui a volé un pendentif. En fuite, il est recruté par Godefroy d’Ibelin, un chevalier âgé et désillusionné (« trop de choses sont faites au sein de la chrétienté que le Christ renierait »), envoyé de Jérusalem où s’amorce une féroce lutte de pouvoir. Balian rejoint les croisés pour effacer ses péchés et ceux de son épouse. Godefroy meurt à Messine, en route pour la Terre sainte, mais fait auparavant adouber Balian qu’il reconnaît comme son fils illégitime. Jérusalem, la capitale du royaume franc fondé par Godefroy de Bouillon un siècle auparavant, est gouvernée par Baudouin IV, le « Roi lépreux » dont le visage putréfié demeure toujours caché sous un masque d’argent et qui, d’entente avec Saladin, a réussi à imposer un climat précaire de paix multiconfessionnelle. Sur place, Balian s’éprend de la sœur du roi, la princesse Sibylle, mariée au baron Guy de Lusignan qu’elle n’aime pas. Lusignan et le fourbe Templier Renaud de Châtillon cherchent à tout prix l’affrontement et provoquent les Arabes par des razzias meurtrières. Le sultan entre en Galilée avec son armée de 60'000 hommes et le roi prie Balian d’assurer la sécurité de la Ville sainte. Balian mène une charge suicidaire, est capturé, mais Saladin le libère à la demande d’Imad, un seigneur arabe qu’il avait épargné plus tôt. Le « Roi lépreux » fait emprisonner Lusignan et réprimer les Templiers qui tentent d’assassiner Balian, installé dans son fief d’Ibelin. Saladin préfèrerait la poursuite de la trêve à une attaque généralisée, mais Baudouin succombe à sa maladie ; le garçonnet de Sybille qui lui succède sur le trône sous le nom de Baudouin V souffre également de la lèpre et sa mère l’empoisonne pour lui éviter des souffrances à venir. Lusignan monte sur le trône aux côtés de Sybille. Ayant délivré les Templiers, violé, puis tué la sœur du sultan qui faisait partie d’une caravane pillée, il entraîne les forces chrétiennes dans le piège de Hattîn, dans le désert près du lac de Tibériade, où elles sont exterminées. Renaud de Châtillon est décapité sur ordre de Saladin. (Les moines-soldats des ordres militaires - Templiers, Hospitaliers - et les soldats musulmans combattant pour les croisés, appelés Turcopoles, furent exécutés à Damas, et non sur place.) Balian se retranche avec les survivants derrière les remparts de la Ville sainte pour éviter le massacre de la population et résiste à l’imposante armée musulmane. Impressionné par sa vaillance, Saladin accepte sa proposition de paix, puis entre dans Jérusalem pour y instaurer un demi-siècle de tolérance religieuse. Balian se mesure à l’épée contre Lusignan, le bat, mais le laisse en vie. Revenu de ses illusions, il renonce à ses titres et s’établit comme simple forgeron en France avec Sybille - après avoir refusé de rallier Richard Cœur de Lion qui s’apprête à partir pour la Troisième croisade. Texte final: « Presque mille ans plus tard, la paix au Royaume des Cieux demeure fugace. »
L’impressionnant sultan Saladin campé par le Syrien Ghassan Massoud (« Kingdom of Heaven ») n'a rien d'un fanatique, au contraire: il souhaite la paix avec les chrétiens.
 Ridley Scott s’attaque aux idées reçues
« Kingdom of Heaven » est en quelque sorte la réponse du XXIe siècle au film « The Crusades » de Cecil B. DeMille, sorti 70 ans plus tôt (cf. supra) – et son antithèse, sinon son antidote ! Fresque monumentale, sa préparation fut longtemps parasitée par le mégaprojet avorté « *Crusade » (1995) de Paul Verhoeven, une entreprise qui capota avec la faillite de Caralco Pictures et dont Arnold Schwarzenegger, Robert Duvall, Jennifer Connelly et John Turturro étaient les stars pressenties. Outré par les ambigüités et connivences de la Guerre du Golfe en 1991, notre Néerlandais d’Hollywood voulait dépeindre cette Première croisade de Godefroy de Bouillon visant à « vider Jérusalem des musulmans » et la prise de conscience d’un croisé, un ancien brigand qui a simulé un miracle pour échapper au gibet et qui, au fil des batailles, commence à douter de la pertinence de sa cause… L’Église catholique y était décrite comme irrémédiablement corrompue, et les chevaliers européens comme une bande de psychopathes pillards et opportunistes (le scénariste Walon Green avait signé auparavant « The Wild Bunch / La Horde sauvage » de Sam Peckinpah). Fort du succès sans précédent de « Gladiator » (2000), le réalisateur britannique Ridley Scott mijote, lui, un plat de résistance qui prenne insidieusement le contre-pied de l’idéologie de George Bush junior, dont les troupes occupent Bagdad depuis avril 2003. Alors que le scénario de l’écrivain William Monahan prend forme, les médias révèlent les pratiques de tortures et d’humiliations dans les prisons irakiennes du fait de soldats américains, tandis que des otages occidentaux sont décapités par les terroristes d’Al-Qaïda: pas une semaine sans son lot d’ignominies. Ne voulant pas réaliser « un énième film de secouage d’épées », mais aborder le Moyen Âge sérieusement, Scott, fervent admirateur du « Septième Sceau » d’Ingmar Bergman, souligne le « sujet principal qui régissait la vie de l’époque: la religion et la peur de Dieu. » Il souhaite un film qui s’attaque aux idées reçues de part et d’autre: un blockbuster hollywoodien (à cause de l’impact sur un vaste public), soit, mais qui traite de front une matière aussi brûlante que les conflits interconfessionnels, se basant sur les chroniques d’époque, et évite toute la diabolisation paranoïaque du monde arabe en cours depuis l’attentat du 11 septembre 2001. Plusieurs studios, dont la Warner, refusent de s’impliquer dans son projet, par crainte de complications et de pressions des lobbies conservateurs ; le cinéaste reçoit un abondant courrier de protestations et même des attaques d’universitaires britanniques avant le premier tour de manivelle (on l’accuse de vouloir glorifier Oussama ben Laden !).

Dépasser le soi-disant « choc des civilisations »
Estimant que les atrocités des croisades ont été adoucies par la littérature et la peinture romantiques, Ridley Scott et William Monahan délaissent le folklore rebattu d’un Walter Scott pour se concentrer sur quelques protagonistes moins connus de l’épopée (Balian, Sybille, le « Roi lépreux ») et sur une période de calme relatif, presque de conciliation, entre la Deuxième et la Troisième croisade, quand, après la reprise en main par les Arabes, les trois religions monothéistes peuvent enfin être pratiquées librement à Jérusalem. Une période où chaque camp s’observe avec fascination et où Saladin délègue son médecin personnel (le philosophe et physicien juif Joseph Maimonide) au chevet de Baudouin IV pour adoucir sa maladie. Le cinéaste présente les croisades non comme une guerre de religion, mais comme une guerre suscitée par des intérêts féodaux et la cupidité, justifiée hypocritement par la religion: selon lui, la Palestine était pour l’Occident « la terre des bonnes fortunes avant la découverte de l’Amérique » (commentaire audio DVD). Dans le camp chrétien, Balian, Godefroy d’Ibelin, l’Hospitalier, Baudouin IV et son conseiller Tirésias (alias Raymond III de Tripoli) sont les rares défenseurs d’une solution à la fois pacifique et juste, ils représentent les authentiques valeurs de la chevalerie. Mais la majorité les ignore et les ardents thuriféraires des croisades ne se distinguent guère par leur piété: Jérusalem est moins conquise par l’ennemi que perdue par la corruption, l’absence de foi, la trahison et la bêtise. « Convertissez-vous à l’Islam et repentez-vous ensuite ! », conseille Héraclius, le patriarche peu reluisant de Jérusalem, à ses ouailles lorsque tout semble perdu. En donnant, par la force des faits, un rôle plutôt positif aux autochtones agressés et en faisant des meneurs croisés les « méchants » du récit, « Kingdom of Heaven » apparaît politiquement très incorrect aux yeux des faucons de la Maison Blanche et de leurs alliés égarés dans les sables pétrolifères du désert, ce d’autant plus que Saddam Hussein, le dictateur déchu d’Irak, s’est fait passer pour un nouveau Saladin, comme avant lui Nasser, Kadhafi ou le Syrien Hafez al-Assad.
La bataille de Hattîn est la plus grave défaite des croisés, piégés par Saladin près du lac de Tibériade.
 Mais Scott évacue assez vite comparaisons abusives et résonances faciles avec l’actualité pour pourfendre les faux dévots de tous bords. Modèle de droiture, son Balian rencontre à plusieurs reprises un Hospitalier énigmatique, sans nom, une sorte d’ange gardien qui le soutient dans sa quête intime. « Je ne crois pas en la religion, lui confie ce moine-chevalier. J’ai trop vu de déments ou de fanatiques de tous bords qui font passer leur religion pour la volonté de Dieu. J’ai vu trop souvent de religion dans les yeux de trop d’assassins. » Le réalisateur s’oppose ainsi à la logique intégriste et sectaire telle que représentée par les Templiers, les adversaires les plus redoutés des musulmans et, du reste, les seuls envers lesquels Saladin s’est toujours montré impitoyable. En ce dernier, Scott voit en revanche « une personnalité immense: un chef militaire doté d’un grand sens de la justice doublé d’un dignitaire religieux important », pour lequel « il n’y a aucun équivalent dans l’Histoire » (Ciné Live, avril 2005). L’ultime geste de l’homme d’État ayyoubide à l’écran résume cela: en quittant une chapelle dévastée de la Ville sainte, Saladin ramasse et repose sur l’autel un crucifix que la soldatesque avait renversé (le passage sera fortement contesté par l’Église catholique, mais applaudi tous les soirs dans les cinémas à Beyrouth).
Le choc des cultures n’est pas vécu comme une catastrophe irrémédiable et pérenne, mais comme une rencontre positive: sur le Golgotha où il enterre le pendentif de son épouse décédée, Balian affirme ne se sentir ni chrétien, ni musulman, ni juif, mais la synthèse de ce qu’il y a de mieux en chacune des religions. La sagesse est la plus grande des vertus, a-t-il appris au contact avec Saladin, le dernier refuge contre la folie du monde (réflexion qui peut rappeler les propos désabusés de Maximus dans « Gladiator »). Quant au titre du film, il renvoie aux paroles du pape que rapporte un prédicateur: « Tuer un infidèle, ce n’est pas un meurtre, c’est le chemin qui mène au Ciel (the Path to Heaven). » On ne s’étonnera pas trop d’apprendre que l’œuvre est violemment prise à parti par les chrétiens ultraconservateurs.

Raccourcis et licences poétiques
Ce plaidoyer pour la tolérance ne va pas sans quelques raccourcis ou menus arrangements avec l’Histoire, des licences poétiques utiles en priorité à la dramaturgie du récit. Après la mort du Roi lépreux Baudouin IV (1160-1185), le trône échut à son neveu préadolescent Baudouin V (sous la régence de Raymond III de Tripoli) qui ne survécut à son oncle que de quelques mois. C’est alors seulement que Guy Ier de Lusignan fut couronné à l’instigation de son épouse, Sybille de Jérusalem (1159-1190), sœur du Roi lépreux. Celle-ci fut d’abord l’épouse d’un Guillaume de Montferrat, vite emporté par les fièvres, mais qui lui donna un fils, Baudouin V (dont la mort précoce fut peut-être provoquée par un empoisonnement, cf. synopsis). Femme ravissante, Sybille usa et abusa alors de l’amour courtois avant de succomber aux charmes du beau Guy de Lusignan (1160-1194), réputé pour sa bêtise et sa couardise. C’est bien sous son règne et celui de son piètre époux (qu’elle adorait) que le royaume franc de Jérusalem, sans véritable gouvernail, courut à sa perte et à la débâcle militaire. Mais les historiens lui reprochent aussi de n’avoir pas réussi à sauver les milliers d’habitants démunis de Jérusalem, incapables de payer la rançon exigée par le vainqueur et qui furent déportés et vendus comme esclaves sur les marchés d’Alep et de Damas (un sort toujours plus enviable que le carnage général perpétré par les croisés un siècle plus tôt). En fait, la population « franque » fut soumise à une rançon déterminée par la classe sociale, l’âge ou le sexe de chaque individu (un prix global pour les pauvres) ; au total, huit mille Francs furent rachetés collectivement, dix mille furent rachetés et libérés par Saladin lui-même et son frère Al-Adil, et dix à quinze mille vendus comme esclaves, à l’insistance de l’armée victorieuse. Saladin (qui mourut pauvre) ordonna qu’aucun chrétien, franc ou oriental, ne soit inquiété et prohiba les pillages. Comme le montre le film, le patriarche de Jérusalem quitta les lieux avec des chariots remplis d’or, de tapis et de biens précieux. La reine Sibylle et ses deux filles obtinrent un sauf-conduit de Saladin pour quitter la capitale. Libéré contre rançon à la demande de la reine, Guy de Lusignan se plongea dans une interminable et pitoyable querelle avec Conrad de Montferrat pour lui disputer le trône fantôme de Jérusalem. Retirée à Saint-Jean-d’Acre, Sibylle y mourut à l’âge de 31 ans. Lusignan s’éteignit à Chypre quatre ans plus tard. Ni Lusignan ni son compère Renaud (ou Arnat) de Châtillon, chevalier brigand et provocateur, étaient des Templiers, comme le fait croire le film qui réduit ces redoutables moines armés à l’image peu reluisante qu’ils ont laissée sur place (fût-elle excessivement noircie).
S’il est vrai que c’est bien Châtillon qui rompit la trêve et déclencha les hostilités par ses actes crapuleux, la sœur de Saladin ne fut toutefois pas tuée, mais capturée lors d’une de ses razzias. Nul besoin de deviner sous les traits du patriarche latin de Jérusalem, Héraclius d’Auvergne, la caricature d’un évangéliste américain: les chroniques de l’époque (Guillaume de Tyr, e.a.) le considéraient déjà comme un prélat corrompu, mêlé à plusieurs assassinats. Venu pour donner la dernière onction au Roi lépreux agonisant, il est éconduit par ce dernier.
Quant au personnage central de Balian, il s’inspire indirectement de Balian d’Ibelin (v. 1142-1193), troisième fils de Balian/Barisan le vieux, seigneur d’Ibelin (Yebna) et de Rama (Ramallah), connétable du comté de Jaffa. (Le Godefroy d’Ibelin du film est une figure composite du père de Balian et de Godefroy de Bouillon.) Sa biographie diffère sur divers points de celle du héros de Ridley Scott, car l’authentique Balian naquit et mourut en Terre sainte, où les seigneurs d’Ibelin s’opposèrent au couronnement jugé « néfaste » de Guy de Lusignan. Balian épousa non pas la princesse Sybille, mais sa mère Marie Comnène, veuve du roi de Jérusalem Amaury Ier et nièce de l’empereur de Byzance, qui lui donna cinq enfants. (Sibylle aurait en revanche été fiancée à un frère de Balian.) Il participa à la bataille de Hattîn, mais en réchappa, et organisa la défense énergique de Jérusalem, au cours de laquelle il aurait adoubé une centaine d’habitants pour stimuler leur combativité. Il négocia personnellement la reddition de la ville avec Saladin, et après la paix qui conclut la Troisième croisade (c’est encore lui qui aida Richard Cœur de Lion à négocier), le sultan lui accorda en compensation la petite seigneurerie de Caymont, au sud d’Acre.

Le plaisir d’un cinéma épique aux séquences d’action virtuoses
L’affiche prestigieuse – et en majorité britannique - permet de réunir un budget pharaonique de 150 millions de $: Orlando Bloom (le prince des elfes Legolas dans « Lord of the Rings », Pâris dans « Troy ») qui incarne le croisé rebelle, Eva Green (la fille de Marlène Jobert), Jeremy Irons, Liam Neeson et Edward Horton qui, lui, cache son visage sensible derrière le masque du « Roi lépreux ». Tous les adversaires sont joués par des comédiens arabes. Le Syrien Ghassan Massoud fait un Saladin majestueux, le plus percutant à ce jour. Acteur, scénariste, professeur d’art dramatique et un des pères du théâtre moderne à Damas (auteurs de chevet: Shakespeare, Tchekhov, Tennessee Williams), il passe pour l’Al Pacino oriental. Hamid Dabashi, professeur des Études iraniennes à l’Université de Columbia, est le principal conseiller historique. La majorité des extérieurs sont réalisés aux Studios Atlas à Ouarzazate, dans le sud marocain, où Scott avait déjà filmé « Gladiator » (2000) et « Black Hawk Down » (2001). On y érige sur 28’000 mètres carrés une réplique de Jérusalem, avec des murailles d’une longueur de 365 mètres et de 17 mètres de haut. 1500 soldats marocains mis à disposition par le roi Mohammed VI (qui prend le projet très à cœur) font de la figuration, entourant trois tours d’assaut de 17 tonnes chacune ; l’infographie les démultiplie. On tourne par ailleurs sur les sites naturels de Timdrissit, Aït Ben Haddou et Essaouira (dans le « rôle » de Messine, en Sicile) ainsi qu’en Espagne, au Castillo de Loarre en Aragon, à Ségovie, à Palma del Rio, au Real Alcázar à Séville, dans la cathédrale d’Avila et à Huesca (scènes situées en France, intérieurs de Jérusalem). On écarte la première fin, où Balian n’aperçoit pas Sybille parmi les pèlerins qui quittent la cité et retourne en France seul.
L’armée de Saladin reprend Jérusalem et met fin à la Troisième croisade (« Kingdom of Heaven »).
 Le film terminé, Ridley Scott est sollicité pour une suite se déroulant pendant la Troisième croisade. Il y renonce après réflexion, trouvant (contrairement à DeMille) Richard Cœur de Lion un roi « sans doute charismatique mais d’une monumentale brutalité », et en fin de compte « inintéressant ». Le peu qu’il trouve à en dire figurera dans les dix-huit premières minutes de son « Robin Hood » en 2010, et ce qu’on y voit n’est pas glorieux: pendant le siège de Châlus-Chabrol, en Limousin en 1199, l’archer légendaire (Russel Crowe), revenu de Terre sainte, lui reproche le massacre d’Acre - auquel il a été contraint de participer - et se fait mettre au pilori ; la mort de Richard lui sauve la vie. (On trouve ce même épisode dans « Robin and Marian (La Rose et la Flèche) » de Richard Lester, en 1976.) (cf. Moyen Âge: Angleterre).
Dans « Kingdom of Heaven », l’art de la guerre et de la mise en scène se rejoignent pour retrouver le plaisir d’un cinéma épique qui mêle efficacement le spectaculaire à l’intimiste, et dont l’intelligence comme le propos toujours équitable sont totalement assumés. Fabuleux créateur d’univers disparus ou à venir (« The Duellists », « Blade Runner », « 1492 »), le cinéaste place l’impact visuel de son histoire très haut. Il s’avoue fasciné par la peinture d’un David Roberts et d’un William Turner qu’il a longuement étudiée avec son chef-opérateur, et dont, en paysagiste inné, il intègre les influences dans la respiration ample et majestueuse, souvent même élégiaque, du récit. On le sait maniaque, obsédé par l’authenticité de l’environnement à évoquer, et ses tableaux d’un panache parfois époustouflant, fourmillent de détails et d’annotations peu courantes (par ex. l’adoubement par le soufflet). Ses séquences d’action sont virtuoses, réalistes, violentes, mais Scott se permet aussi de ne pas montrer ce Waterloo médiéval qu’est la bataille de Hattîn (dont on ne voit que les croisés suffocant sous la chaleur du désert, puis les cadavres à perte de vue, survolés par des centaines de vautours), afin de ne pas prétériter les grandes scènes de combat final devant Jérusalem. Au milieu du ballet de trébuchets et de projectiles enflammés, la soudaine vue en plongée verticale des multitudes qui s’entretuent telles des fourmis en souligne toute l’absurdité.
La version complète de « Kingdom of Heaven » fait 3h14, soit la durée d’un solide blockbuster des années soixante. Craignant que les nouvelles générations de spectateurs n’aient plus la patience d’autrefois, la direction de la 20th Century-Fox contraint Scott à réduire son œuvre de presque une heure, à 2h25, et lance ce traficotage sur le marché mondial comme le plus grand film d’action et d’aventures romanesques de l’année. Cette initiative stupide a l’heur de fâcher tant le cinéaste que son scénariste qui souhaitaient impérativement placer leur message d’humanisme éclairé au-dessus du cliquetis tapageur des armes (ils y avaient intégré idées et métaphores de leur projet commun, « *Tripoli » avec Russell Crowe, avorté en 2003). La sortie en salle est tiède aux États-Unis, les résultats au box-office sont médiocres. La critique reproche au film son cumul de faits et d’informations trop rapidement servies, une psychologie sommaire. Les recettes sont honnêtes en Europe, mais les résultats restent loin derrière le raz-de-marée de « Gladiator ». L’année suivante, Scott revient à la charge avec un « director’s cut » sur DVD et Blu-ray réintégrant toutes les scènes amputées. Comme il fallait s’y attendre, cette version intégrale semble paradoxalement plus courte que la première mouture: les 45 minutes rajoutées effacent les insuffisances narratives, répondent aux questions irrésolues de l’intrigue, apportent aux personnages l’étoffe et la cohérence qui semblaient leur faire défaut (le passé de Balian, le rôle destructeur de son frère, son amour pour Sibylle dont l’enfant-roi est condamné, ses rapports avec Baudouin et Tirésias, la tragédie familiale de Godfrey, le sous-texte politique, etc.). La presse fait volte-face et se déverse cette fois-ci en éloges, saluant à raison en « Kingdom of Heaven » ce qui pourrait bien être le film définitif sur les croisades. - IT: Le crociate.
Une parabole qui s’en prend à la politique irakienne du président Bush: le film indépendant « Soldier of God » (2005).
2005*Soldier of God / The Knight Templar (US) de William David Hogan
Mir Bahmanyar/The Anabasis Group-Anthem Pictures, 94 min. – av. Tim Abbell (René, le Templier), William Mendieta (Hassan l’Ismaélite), Mapy Galán (Souheila, la bédouine), David Franco (Nizar, son beau-frère), Nicholas Kadi (Omar, officier de Saladin), Braeden Marcott (Salomon, le marchand juif), William Morgan Sheppard (Raymond III, comte de Tripoli), Sam Hennings (Gérard de Ridefort, Grand Maître des Templiers), Robert Gantzos (Guy Ier de Lusignan, roi de Jérusalem), Larry Lederman (Renaud de Châtillon), Michael Desante (Yaqut), Justin DeNiro (Ghazzi), Scott Cleverdon (Geoffrey), Meredith Rose (la Vierge Marie).
Synopsis: Renaud de Châtillon ayant rompu la trêve, en 1187, Saladin assiège Tibériade, la place forte tenue par Raymond de Tripoli. Gérard de Ridefort et Châtillon quittent Acre contre la volonté de Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, et tombent dans le piège mortel que Saladin leur a dressé à Hattîn. Au lendemain du désastre, René, un des rares Templiers survivants, erre dans le désert, sa tunique blanche maculée de sang. Les puits sont empoisonnés. Il est sauvé par l’Ismaélien chiite Hassan, beau-fils du « Vieux de la Montagne » Rachid ad-Dîn, chargé secrètement d’assassiner Saladin. René à son tour le sauve de la mort, et tous deux cherchent à gagner Jérusalem à pied, car Acre est tombé. À bout de forces, ils trouvent refuge sous une tente de bédouin isolée dans un oasis, tenue par la belle Souheila, une veuve avec bébé. Son époux est mort à la guerre contre les Francs. Ils y séjournent plusieurs jours, protégés par les anciennes lois de l’hospitalité. Souheila panse leurs plaies. De passage, Omar et Nizar, chargés par Saladin de rechercher un assassin ismaélien, et le marchand juif Salomon décrivent à René le sort des Templiers et Hospitaliers exécutés après Hattîn. Chaste, peu loquace, habitué aux privations d’un moine-guerrier et ignorant l’hygiène comme les plaisirs de ce monde, René est confronté aux raffinements des visiteurs, perturbé aussi par la beauté de son hôtesse peu farouche. Au moment du départ pour Jérusalem, René et Hassan sont agressés par une poignée de cavaliers menés par Omar, Nizar et Salomon, qui ont identifié le terroriste ismaélien. Ils périssent, mais, enivré par le bain de sang général et saisi d’une folie meurtrière, René égorge également Souheila. Hassan renonce à sa mission criminelle (son imam a été tué par les croisés), récupère l’enfant de la bédouine et s’éloigne car « ce pays n’est pas le paradis, c’est l’enfer, et pour longtemps. » René passe la nuit à s’autoflageller, puis se laisse mourir dans un désert où il n’y a plus rien à défendre.

Le Templier intégriste et l’assassin ismaélien
Manifestement exacerbés par les allures de « croisade » que prend la guerre du Golfe et les rodomontades de Bush & Co., le cinéaste débutant W. D. Hogan ainsi que son producteur-scénariste Mir Bahmanyar (un spécialiste irano-américain de l’histoire militaire) imaginent une sorte de parabole susceptible de rectifier nombre de parti-pris dont les États-Unis sont victimes. « Soldier of God » met en relief les mensonges sur le déclenchement des hostilités, la notion toute relative de civilisation, la tragédie des soldats que l’on a investi d’une mission religieuse pour tuer (le Templier intégriste contre l’assassin ismaélien), l’inanité des buts à atteindre comparé au prix du sang. Les échanges verbaux sous la tente permettent d’aborder les conversions forcées de part et d’autres (à l’origine, Souheila était une chrétienne d’Andalousie), le génocide des Juifs par les croisés, l’intrusion occidentale et le vol des terres, les premiers habitants de Jérusalem, etc. Les errances enfiévrées du Templier sous un soleil létal et son séjour chez la bédouine sont zébrés d’une multitude d’images mentales, de retours en arrière en flashes qui trahissent sa programmation idéologique (Renaud de Châtillon hurlant « tuons les Arabes jusqu’au dernier ! », Ridefort prônant qu’il « ne veut que la paix, mais qu’il faut savoir la défendre par l’épée » et que « tuer pour le Christ, c’est s’approcher de Lui », ou des prêtres mettant en garde contre le péril que représente le visage d’une femme pour le salut du chevalier). Toute cette rhétorique (en anglais et en arabe) s’intègre sans effort ni lourdeurs dans un flux narratif à la fois sobre et élégant. Les joutes oratoires entre les deux « soldats de Dieu » finalement si semblables, le chrétien renfrogné, le musulman bavard et sarcastique, sont ponctuées de silences méditatifs et de paysages envoûtants qui soulignent la futilité des disputes. Les images en format panoramique, remarquables, ont été filmées aux Dumont Dunes, San Bernardino County (Californie) et à l’Alcazaba de Malaga, en Andalousie. Pendant intimiste de « Kingdom of Heaven », cette œuvre indépendante gagne à être découverte et a récolté divers prix (meilleur film du Deep Ellum Film Festival, du Stratford-Upon-Avon International Digital Film Festival, prix spécial du Jury du Berkeley Video and Film Festival, prix de la Commission espagnole du cinéma, etc.). - DE: Die Kreuzritter 2: Soldaten Gottes (DVD).
2005(tv) The Crusades. Crescent & The Cross – 2. The Empire of Islam Strikes Back (Second and Third Crusade) (GB) de Stuart Elliott
Mark Lewis, Richard Bradley/Lion Television (Steffan Boje)-The History Channel (Susan Werbe, A&G Television Networks)-Dune Films (History Channel 7.11.05), 1h30 min. – av. Terry Wilton (Guillaume de Tyr, archevêque et historien, précepteur de Baudouin IV, roi de Jérusalem), Nayef Rashed (l’historien arabe Ibn al-Athir), Mehdi Ouazzani (Baha al-Dîn, biographe et ami de Saladin), Keith David (narration).
Deuxième partie de l’ambitieux docu-fiction de « History Channel » (partie 1, cf. øøø), avec reconstitutions infographiques et comédiens anonymes dans les rôles muets d’Imâd al-Dîn Zengi de Mossoul, du roi Louis VII, son épouse Aliénor d’Aquitaine, Nur al-Dîn d’Alep et son fils Al-Sâlih Ismaïl, Saladin, Baudouin IV de Jérusalem, Guy de Lusignan, Renaud de Châtillon, Frédéric Barberousse et Richard Cœur de Lion (Philippe Auguste de France n’est même pas mentionné). - Synopsis: À Jérusalem, capitale du nouveau Royaume latin d’Orient, la mosquée Al-Aqsa est transformée en écurie. Les ordres militaires des Hospitaliers et des Templiers, des soldats d’élite créés pour combattre la guérilla arabe et les bandits qui menacent les pèlerins, acquièrent une puissance politique et des richesses considérables. À leurs yeux, tuer un infidèle est un acte de charité et de salut. Imâd al-Dîn Zengi, le sultan brutal et craint de la cité-État d’Alep reprend Édesse aux croisés. Mais il est assassiné par un esclave et son fils Nûr al-Dîn, très pieux, poursuit le combat en visant l’unité des cités arabes.
La Deuxième croisade est entreprise pour reconquérir Édesse et étendre le territoire chrétien plus à l’Est. Le roi de France, Louis VII, se croise avec sa femme Aliénor et 30'000 hommes. Il est incompétent et mauvais stratège. En Anatolie enneigée, son armée est décimée par Turcs. Le couple royal se réfugie à Antioche, puis cherche à s’emparer de Damas. Nur al-Dîn d’Alep vient au secours de la ville et, levant le siège, Louis VII retourne défait en Europe. L’échec du puissant monarque franc démontre que les croisés ne sont pas invincibles. En 1154, Nur al-Dîn entre à Damas et devient le maître sunnite de Syrie. Les croisés ayant massacré des chiites dans le delta du Nil, Nur al-Dîn gagne les chiites égyptiens à sa cause et parvient ainsi à encercler le royaume chrétien en envoyant son meilleur général, Saladin s’installer au Caire en 1169. Jaloux de ses succès, le fils du défunt Nur al-Dîn, Al-Sâlih, tente par la suite de faire poignarder Saladin par les Assassins ismaéliens. Mais Al-Sâlih périt lui-même, empoisonné, et Saladin devient seul souverain de Syrie et d’Égypte. Suivent les épisodes décrits dans « Kingdom of Heaven » (cf. supra), la traîtrise de Renaud de Châtillon, l’annihilation des chrétiens à Hattîn en 1187, la prise de Jérusalem par les musulmans et le déclenchement de la Troisième croisade. Richard Cœur de Lion vend tout ce qu’il possède pour financer sa campagne. Rompant le serment fait à Saladin, Guy de Lusignan reprend les armes contre lui et s’attaque à Acre, dont les otages sont égorgés sur ordre de Richard. Jérusalem ne sera pas reprise. De l’avis unanime des intervenants historiens, le bilan des croisades est désastreux par sa cascade de traumatismes dont les séquelles perdurent à ce jour. – DE: Die Kreuzzüge – Halbmond & Kreuz.
2006(tv) The Crusaders’ Lost Fort (GB/US/DE) de Ian Potts
série « Time Watch », Tiger Aspect Prod.-BBCtv-Discovery Channel-Pro-Sieben-The Open University (BBC2 14.4.06), 50 min. – av. Michael Praed (narration). – Saladin et Baudouin IV de Jérusalem. En 1179, Saladin s’empare de la forteresse chrétienne du Gué de Jacob défendue par les Templiers après seulement cinq jours de siège. 800 hommes de la garnison sont tués, 700 réduits en esclavage. Comment Saladin a-t-il pu se rendre maître du fort en si peu de temps ? Docu-fiction avec reconstitutions et acteurs anonymes. Pour plus de détails sur le même sujet, cf. infra, « Last Stand of the Templars » (2011).
2006(tv) Nathan der Weise (DE) d’Uwe Eric Laufenberg
Hans Otto Theater, Potsdam-ZDFtheaterkanal (ZDF 23.9.06), 2h. – av. Günter Junghans (Nathan le Sage), Werner Eng (le sultan Saladin), Rita Feldmeier (Sittah, sa sœur), Javeh Asefdjah (Recha), Rahel Ohm (Daja), Tobias Rott (le derviche), Hannes Wegener (le Templier), Andreas Herrmann (Héraclius d’Auvergne, patriarche de Jérusalem), Roland Kuchenbuch. - Dramatique en couleurs d’après la pièce de G. E. Lessing (1779) jouée au Hans Otto Theater à Potsdam, avec des extérieurs à Brandenburg (adaptation de Hans Nadolny), cf. film de 1922.
2007Waiting for Salah-Adin (IL) d’Ali Nassar
Praxis Film-Sanabel Prod., 1h37 min. – av. Mahmoud Abu Jazi (Jamal/le sultan Saladin), Nisreen Faour (Laïla), Raida Adoon (Richard/Richard Cœur de Lion), Ali Sliman, Amal Kayess, Razi Shawahdeh. – Palestinien d’Israël, le cinéaste Ali Nassar décrit le désarroi et la désillusion d’un compatriote, Jamal, dont la maîtresse Laïla vit avec un Anglais du nom de Richard. En rêve, il s’imagine être Saladin et affronter à l’épée son rival en amour pour Laïla, Richard Cœur de Lion. Est-ce un combat pour une femme - ou pour la Palestine ?
Arn, le Templier suédois (Joakim Nätterkvist) dans une fresque européenne tirée du best-seller de Jan Guillou.
2007/08*(tv+ciné) Arn / Arn, der Kreuzritter (Arn, chevalier du Temple) (SE/GB/DK/NO/FI/DE) de Peter Flinth
Parties: 1. Tempelriddaren / The Knight Templar / Tempelridderen / Emppeliritari – 2. Riket vid vägens slut / Kingdom at Road’s End / Riget ved vejens ende / Pohjoinen valtakunta
Johan Mardell, Waldemar Bergendahl, Alistair MacLean-Clark/AB Svensk Filmindustri-AMC Pictures-Molinare Studio-Arion Communications,Danmarsk Radio-Juonifilmi-SF Norge-Shea Films-TV2 Norge-TV4 Sverige-Telepool-Tju Bang film-Yleisradio, 2h19 min. + 2h08 min. (TVS 22.3.10). – av. Joakim Nätterkvist (Arn Magnusson), Sofia Helin (Cecilia Algotsdotter), Morgan Alling (Eskil Magnusson), Mikael Bohlin (Eskil jeune), Bibi Andersson (la mère supérieure Rikissa), Vincent Perez (frère Guilbert), Mirja Turestedt (Sigrid), Simon Catlow (Père Henri), Michael Nyqvist (Magnus Folkesson, le père d’Arn), Sven-Bertil Taube (l’évêque Bengt), Steven Waddington (Arnaud de Toroge, Grand Maître des Templiers), Nicholas Boulton (Gérard de Ridefort), Milind Soman (le sultan Saladin), Driss Roukhe (Fakhir, son frère), Josef Cahoon (Sigge Folkesson), Anders Baasmo Christiansen (Harald), Julia Dufvenius (Helena Sverkersson), Lina Englund (Katarina Algotsdotter, sœur de Cécilia), Frank Sieckel (Sigfried de Turenne), Thomas W. Gabrielsson (Emund Ulvbane), Annika Hallin (Sœur Léone), Noa Samenius (Arn jeune), Stellan Skarsgård (Jarl [le comte] Birger Brosa), Thomas W. Gabrielsson (Emund Ulvbane), Nijas Ømbak-Fieldmose (Sune Folkesson), Gustaf Skarsgård (le roi Knut Eriksson [Canut Ier de Suède]), Johan Arrenius (Knut Eriksson jeune), Svante Martin (le roi Karl Sverkersson de Suède), Jole Kinnaman (Sverker Karlsson, dit Sverker II de Suède, son fils), Fanny Risberg (la reine Cecilia Blanka), Morgan Alling (Eskil Magnusson, la mère d’Arn), Jakob Cedergren (Ebbe Sunesson), Helena Sverkersson (Julia Dufvenius), Göran Ragnerstam (l’évêque Erland), Martin Wallström (Magnus Månsköld), Elise Pärnenen (Alde), Alex Wyndham (Armand de Gascogne), Zinoun Chams-Eddine (le serviteur de Saladin), Zakaria Atifi (Ibrahim), Anton Näslund (petit Knut), Bisse Unger (Arn le Jeune).
Synopsis: Né en 1150 à Arnas, Götaland, et élevé chez les moines cisterciens, le jeune noble Arn Magnusson aime Cécilia Algotsdotter, également fille de seigneur. Mais leurs familles divergent politiquement. Le clan d’Arn, de la puissante dynastie des Folkung, est du côté de la lignée d’Erik Jedvardsson. Celui de Cécilia est du côté des partisans de Karl Sverkersson. Pour couper court à l’idylle, leurs familles respectives séparent les amants. Arn est expédié en Terre sainte où il combattra dans l’Ordre des Templiers, tandis que Cécilia (qui attend un enfant conçu hors mariage) est enfermée dans l’abbaye cistercienne de Gudhem, où elle subit d’incessantes brimades de la part de la mère supérieure Rikissa. En Palestine, Arn s’illustre sur le champ de bataille, gagnant le respect puis l’amitié du sultan Saladin, à qui il sauve la vie lors d’un raid contre les brigands. Après avoir tendu un piège aux Sarrasins à la bataille de Montgisard (1177), Arn est nommé gouverneur de la ville de Jérusalem. Convaincu de l’intérêt d’une paix durable entre chrétiens et musulmans, il applique une politique de tolérance religieuse que certains lui reprochent. Après le meurtre de son protecteur, le Grand Maître des Templiers Arnaud de Toroge (1184), Arn est demis de ses fonctions et retourne à Gaza, amer et empli de doutes quant au bien-fondé des croisades. Grièvement blessé à la désastreuse bataille de Hattîn, il est transporté à Damas sur ordre de Saladin où les médecins arabes le guérissent, et d’où il peut enfin, après vingt ans, retourner dans sa patrie déchirée par les querelles claniques. L’horizon des deux amants s’éclaircit: L’ami d’enfance d’Arn, Knut Eriksson, est à présent un puissant seigneur – sous le nom de Knut/Canut Ie. Arn retrouve Cécilia et leur fils Magnus ; la reine autorise le mariage. La fin du récit conte, en la simplifiant, la guerre civile que se livrent la famille de Knut et celle du roi rival Sverker II Karlsson le Jeune (1). Arn défait ce dernier mais Knut agonise et remet la couronne à Sverker contre la promesse de faire de son fils Erik son successeur. Sverker tente d’assassiner le garçon. Il est déstitué et revient à l’assaut deux ans plus tard avec des troupes danoises. Arn défend victorieusement la maison royale de Bjelbo, à présent représentée par le jeune Erik X, à Gestilren en 1210, mais il succombe à ses blessures. Désormais, le pays est unifié en tant que royaume de Suède.

Un best-seller lu par cinq millions de Suédois
Comme « Kingdom of Heaven » de Ridley Scott (cf. supra), l’action de ces deux films se situe entre la Deuxième et Troisième croisade. Hans Gunnarsson, le scénariste encensé de « Evil/Ondskan » (2007) de Mikael Håfström, y condense trois best-sellers de Jan Guillou, Le Chemin de Jérusalem (Vägen till Jerusalem) (1998), Le Chevalier du Temple (Tempelriddaren) (1999) et Le Royaume au bout du chemin (Riket vid vägens slut) (2000), une trilogie des croisades encore suivie de L’Héritage d’Arn (Arvet efter Arn) (2001). Ces romans évoquent l’émergence de la Suède au XIIe siècle en mêlant habilement personnages historiques et fictifs (Arn Magnusson lui-même), mais en prenant aussi le contre-pied de la vision scolaire d’un Moyen Âge sombre et barbare pour dévoiler l’extraordinaire dynamisme du laboratoire culturel et politique qu’il a représenté. La trilogie des Arn a été lue par près de cinq millions de Suédois, soit par un habitant sur deux. Notons que, contrairement aux livres, les films taisent les noms des batailles de Montgisard et de Hattîn, ce qui peut encore s’expliquer. Plus grave, ils passent sous silence l’arrivée en Palestine de Richard Cœur de Lion et l’égorgement des prisonniers d’Acre (pourtant décrits à la fin du volume deux). Dans les romans, Arn déclare que le roi Richard restera dans les mémoires comme le « massacreur », que l’accès à Jérusalem lui sera interdit et qu’il lui est dorénavant indifférent de savoir que la Ville sainte soit en mains musulmanes. Il ramène du Moyen-Orient des artisans arméniens, des verriers, fabricants de feutre et chaudronniers, deux archers anglais et deux physiciens sarrasins, puis érige une forteresse moderne à Arnäs et un centre de manufacture sur ses terres à Forsvik. Ainsi, les croisades sèment des fruits positifs en Suède.
Gouverneur de Jérusalem grièvement blessé à la bataille de Hattîn, Arn retourne dans sa patrie suédoise.
 Arn est la plus grosse superproduction jamais réalisée en pays scandinave (coûts: 30,3 millions de $). Son réalisateur, Peter Flinth, et son chef opérateur Eric Kress sont danois. Parmi les comédiens, on trouve Bibi Andersson, compagne d’Ingmar Bergman, et Stellan Skarsgård qui a fait une percée internationale avec « Breaking the Waves » de Lars von Trier (1996). Milind Soman (Saladin) est un acteur indien. Le tournage s’effectue en Ecosse (Dunfermline, Edimbourg, Lothian), en Suède (Lidköping et Trollhättan à Västra Götalands Iän) et au Maroc (Erfoud, Rissani, Ouarzazate), enrichis des décors remarquables d’Anna Asp, qui obtint un Oscar pour « Fanny et Alexandre » d’Ingmar Bergman et « Evil ».
Le film recycle avec efficacité mais sans trop d’originalité presque tous les codes de la fresque médiévale: un habile dosage d’épopée et d’amours contrariées, pimenté de batailles crues et spectaculaires, filmées en plans large. La photo, léchée à souhait, présente un Moyen Âge scandinave propret et bien éclairé, des paysages naturels dignes d’un spot publicitaire. De l’emballage de luxe pour une narration qui tient la route mais dont les dialogues sont rares et peu consistants. (On peine à croire que l’obscur Arn est l’artisan de la victoire de Montgisard contre Saladin en novembre 1177, exploit dû en réalité au jeune roi de Jérusalem Baudouin IV.) Le film – dont le second épisode remporte le Prix du Public au Guldbagge Awards de 2008 à Stockholm - fait un malheur au box-office suédois (10,5 millions de $). La version exploitée en DVD est raccourcie de près de la moitié. Enfin, en mars 2010, les deux parties sont remontées en feuilleton pour la télévision suédoise.

(1) - Le texte de Jan Guillou précise qu’Erik Jedvardsson, le roi des Svear que soutient le clan d’Arn au début du récit, est assassiné en 1160. Son ennemi Karl Sverkersson auquel se rallie la famille de Cécilia est élu roi par les Östgötar, mais il est tué en 1167 par le jeune Knut Eriksson, fils du roi rival, avec le soutien d’Arn. À son retour du Proche-Orient, le vaillant Templier défait le fils de Karl, Sverker II Karlsson (qui a fait assassiner trois des fils de son ami Knut) avec sa cavalerie aux batailles d’Älgarås (1205) et de Lena (1208). Dans la bataille finale de Gestilren, qu’il gagne en appliquant la tactique des archers rapportée de Palestine, l’Arn cinématographique laisse généreusement la vie à Sverker qui est chassé du pays. En réalité, Sverker fut tué au combat.
2008(tv) Richard the Lionheart (Richard Cœur de Lion, un combattant pour la foi) (GB/GR) de Nick Green
série « Heroes & Villains (Chefs de guerre) », BBCtv-ERT-Discovery Channel-Pro Sieben (BBC1 22.3.08), 58 min. – av. Steven Waddington (Richard Cœur de Lion), Andy Lucas (le sultan Saladin), Leon Ockenden (Robert de Beaumont, Earl of Leicester), Harry Lloyd (Lucas), Alice Patten (Jeanne de Sicile, sœur de Richard), Stuart Wilson (Hugues III, duc de Bourgogne), Donald Sumpter (Garnier de Naplouse, de l’ordre des Hospitaliers), Silas Carson (Al-Adil, frère de Saladin), Daragh O’Malley (William).
Synopsis: Richard quitte Chypre en juin 1191, où il laisse sa sœur Jeanne. Après la prise de Saint-Jean-d’Acre, en route pour Jaffa, il défait les Sarrasins à la bataille d’Arsouf. La nouvelle tactique de Saladin - récoltes brûlées, abris détruits, puits empoisonnés, arbres coupés – sème la dissension dans le camp croisé. Louvoyant, Richard offre à Al-Adil, frère du sultan, la main de sa sœur Jeanne (qui se soumet très à contre-cœur) et lui « cède » le trône de Jérusalem s’il se convertit. Flairant un piège et interprétant cette « proposition déroutante » comme un signe de faiblesse, Al-Adil se rend à Jaffa, mais refuse (« je n’ai pas besoin de négocier avec toi car nous sommes ici chez nous, et vous retournerez tôt ou tard dans votre pays humide »). Affamés, trempés par les pluies de novembre, les croisés passent l’hiver dans les ruines de Beit Nouba, en vue de Jérusalem qui demeure imprenable: il n’y a plus de bois pour les machines de siège. Richard se retire, humilié, désemparé, fâché avec ses compagnons qui lui reprochent de « trahir Dieu » et lâché par son frère Jean qui conspire en Angleterre. En juillet 1192, Saladin en profite pour assiéger Jaffa, mais Richard parvient à reprendre la ville en attaquant par la mer avant de rentrer en Europe.
Une production très soignée de la BBC, entièrement tournée au Maroc, effets infographiques à l’appui (on reprend des images de combat de « The Crusades – Crescent & the Cross », cf. 2005), d’après un script de James Wood. Le point de vue musulman est représenté avec respect, compte tenu de la population multiculturelle de Grande-Bretagne. Mais pour glorifier sans ambages le « Roi Lion », le film passe sous silence tout ce qui pourrait nuire à sa légende, y compris sa mort peu glorieuse en France, lui attribuant unilatéralement un palpitant de grand fauve, de l’audace et une redoutable pugnacité au combat. Facilement dévot (?), il aurait guerroyé « non pour le pouvoir mais pour Dieu » … Steven Waddington, de la Royal Shakespeare Company, l’interprète avec une fougue rageuse ; à la télévision anglaise, il a déjà campé Richard dans la série de « Robin Hood » (2007), fut le duc de Buckingham dans « The Tudors » et le héros de Walter Scott dans « Ivanhoé » (1997).
2011(tv) Saladin (GB) de Ben Mole
série « Mystery Files », saison 2, épisode 7, Richard Sattin, Carl Hall/Parthenon Entertainment-National Geographic Channel (MIPTV 9.6.11), 30 min. – av. Struan Rodger (narrateur). – Docu-fiction avec des comédiens anonymes dans les rôles de Saladin, Al-Adil et Richard Cœur de Lion. Un portrait plus complexe que d’habitude du grand chef musulman, ses craintes face à l’arrivée des Croisés, son indécision lors du siège d’Acre, ses derniers jours à Damas, las des bains de sang qu’il dénonce.
2011(tv) Last Stand of the Templars (La Déroute des Templiers) (CA) d’Andrew Killawee (doc.) et Ben Mole (fict.)
John Wesley Chisholm, Jessica Brown, Andrew Killawee/Arcadia Entertainment (Halifax)-Parthenon Entertainment-National Geographic Channel-Film Nova Scotia-Vision TV (National Geographic 4.4.11), 49 min. – av. Mohamed Ait Ouchen (sultan Saladin), Joël Proust (Baudoin IV, roi de Jérusalem), Hamid Aït Timaghrit (Eudes de St. Amand, Grand Maître des Templiers), Mohamed Atbir, Azizi Belmoukhtar, Salah Benchegra, Aziz Hamichi, My Hassan Boumebhouli, Nazha Kajja, Mariam Lee Abounouom, Driss Merzak, Abdessalam Ngadi, Aèissa Ouyous, Ahmed Saadi, Jamie Glover (narration).
Des découvertes archéologiques récentes à la frontière israélo-jordanienne permettent d’éclairer un épisode déterminant mais longtemps oublié de l’histoire des croisades. En 1177, Baudoin IV et Saladin font une trêve ; une des conditions de l’arrêt des combats est que le passage du Jourdain demeure un espace ouvert aux marchands et aux voyageurs. Mais, avec l’accord hésitant de Baudoin, les Templiers décident de construire une puissante forteresse dominant le Gué de Jacob (Jacob’s Ford) sur les rives du Jourdain pour étendre le royaume de Jérusalem à l’est, tout en menaçant Damas (à une demi-journée à cheval) et en violant une trêve déjà fragile. Avec des murs épais de 4,90 mètres et hauts de 15 mètres, c’est une des fortifications les plus imposantes du monde médiéval. Au printemps 1177, l’ossature du fort étant terminée, Saladin fait en vain une offre 100'000 dinars si les Templiers acceptent de détruire la structure. La guerre reprend, Eudes de St. Armand, Grand Maître des Templiers, est capturé en juillet 1179, au cours d’une bataille. Le 24 août, onze mois après le début des constructions, les troupes de Saladin assiègent la forteresse, et au bout de six jours de combats acharnés, elles parviennent à s’emparer des lieux ; la bataille coute la vie à 80 Templiers et 750 autres croisés, les Arabes font plusieurs centaines de prisonniers. C’est une des victoires les plus importantes de Saladin, qui va lui ouvrir les portes de Jérusalem (à 150 km au nord) et qui marque le début du déclin des Templiers, jusqu’alors quasiment invincibles. Les morts chrétiens contaminent les eaux et provoquent une épidémie qui fait à son tours de victimes chez les Arabes. – Une docu-fiction intéressante par son sujet, filmée sur place en Israël, et au Maroc pour l’aspect fiction (construction du fort, pourparlers, siège et batailles).
2011(tv) Crusaders Back From the Dead (GB) de Matthew Catling
James Tovell, Matthew Catling/October Films-Channel Four-National Geographic Channels (Ch4 11.9.11), 47 min. – av. Matthew Rook (Baudouin IV, roi de Jérusalem, dit le « Roi lépreux »), Perry Blanks (Templier), James Capel (Templier), Toby Osmond (archer), Keith Wallis (Templier), Chris Wynn (jeune ouvrier), Jamie Lee (narration).
Autre docu-fiction sur la bataille du Gué de Jacob en 1179, où Saladin écrasa pour la première fois les Templiers (cf. supra, « Last Stand of the Templars »). Reportage avec reconstitutions et comédiens anonymes (notamment pour le sultan Saladin) tourné au Maroc et sur place dans les fouilles à la frontière entre Israël et la Jordanie.
Le prince Killian (alias capitaine Trueno), un héros de bande dessinée espagnole au service de Richard Cœur de Lion.
2011El Capitán Trueno y el Santo Grial (Prince Killian et le trésor des Templiers) (ES) d’Antonio Hernández
Maltes Producciones-Sorolla Films-TVE-Canal Plus, 108 min. - av. Sergio Peris-Mencheta (capitaine Trueno/v.f.: prince Killian), Natasha Yarovenko (Sigrid de Thulé), Adrián Lamana (l’écuyer Crispin), Manuel Martínez (Goliath), Gary Piquer (Sir Jonathan Black), Ramón Langa (Al-Qatara), Asier Etxeandia (prince Hassan), Jennifer Rope (Ariadna), Anonio Chamizo (Adelbert), Xabier Miurua (Jador), Alejandro Jornet (Sire Morgano), Francisco Merino (Juan de Ribera), Jon Bermúdez (Txerran), Emilio Buale (Gentián d’Arbès), Roberto Alvarez (Martin), Eduardo Torroja (Diego), Benito Sagredo (Rufo), Natalia Rodriguez (Venus), Jorge Galeano (Saturno), Andrea Masulli (Jupiter), Pepe Maya (l’émir Abd El-Aziz), Luis Fernando Alvés (Richard Cœur de Lion).
En Terre Sainte, au nord de Haïfa en 1291. Au cours de la Troisième croisade, le chevalier Trueno (v.f.: Killian) met la main sur un trésor convoité par tous, caché dans les souterrains d’une forteresse musulmane: le Saint Graal, le calice du Christ. Épaulé par ses fidèles compagnons Crispin et Goliath et par Sigrid de Thulé, fille du roi viking Ragnar, il se voit alors chargé par Richard Cœur de Lion, qui s’apprête à attaquer Saint-Jean-d’Acre, de ramener cet objet sans prix en sûreté jusqu’au royaume d’Espagne pour le remettre à Sire Morgano, chevalier de l’Ordre Sacré. Mais leur retour en Occident s’avère des plus périlleux: une mystérieuse malédiction semble suivre leur trace, dévastant les villages d’Aragon et terrorisant la population. D’invincibles chevaliers noirs, une sorcière africaine, le diabolique Sir Black veulent s’emparer du Graal et profiter d’une éclipse pour établir le règne du Malin, sans parler des méfaits d’un ver géant qui vit dans les entrailles de la terre et se nourrit de chair humaine. Aidé par Hassan, un prince musulman, le vaillant croisé sauve le Graal des griffes du démon et rétablit la paix dans la péninsule ibérique.
Adaptation d’une fameuse bande dessinée espagnole de 1956, El Capitán Trueno, écrite par Victor Mora et conçue graphiquement par Ambros (alias Miguel Ambrosio Zaragoza), une série qui se poursuit jusqu’en 1968, vendue hebdomadairement à 170'000 exemplaires. Le dessin est médiocre et les trames, passablement délirantes, ne valent guère mieux, mais la série culte a ses aficionados et fait rêver les adolescents sous Franco. Son héros est un chevalier errant hispanique (« trueno » signifie tonnerre), ses aventures débordent dans le fantastique de bazar, lointainement influencées par le Prince Vaillant de Hal Foster. En 2000, Filmax et le réalisateur basque Juanma Bajo Ulloa prévoient de les porter à l’écran avec Antonio Banderas (Trueno) et Elsa Pataky (Sigrid) ; le projet refait surface en 2004 sous la férule d’Alejandro Toledo, puis en 2006 de Daniel Calparsoro, avec Alex González. Le produit final de Maltes-Sorolla Films engloutit 11 millions d’euros (avec une participation de Buena Vista/Walt Disney pour l’exploitation) et n’en rapporte que 330'000: un désastre total et – mérité. Hernández (qui vient de signer « Los Borgias » avec Sergio Peris-Mencheta dans le rôle de César) a repris tels quels le salmigondis et les dialogues les plus infantiles de l’original, ses clichés les plus éculés et, visant un public familial, élude toute audace, toute idée, toute distance – à l’opposé de l’Indiana Jones de Spielberg qui, lui aussi, s’était entiché du Graal, mais avec malice et efficacité (« Indiana Jones and the Last Crusade », 1989). Bref, le premier degré dans une présentation mal fagotée ne pardonne pas. Tournage aux studios de Ciudad de la Luz à Alicante, à El Escorial (Madrid), à Valence et aux châteaux de Burgalimar à Jaén (pour la forteresse musulmane) et de Calzada à Calatrava. Prix Turia 2012 (de consolation, sans doute) pour la meilleure production valencienne. - IT: Il cavaliere del Santo Graal, GB: Order of the Grail, US: Captain Thunder, DE: Ritter des heiligen Grals.
2016The Sultan and the Kings (AU) de Hassan Sonboli
Sonbolfilm, 78 min. - av. Hassan Sonboli (Saladin), David Beamish (Richard Coeur de Lion), Natalie Connel (la reine Nathalie), Aimée Lepetia (la reine Sarah), Anthony Miller, Andrew Nathan, Dominique Maber, Cooper Ali-Shabazz, Harry Piaggio.
Un cinéaste indépendant découvre dans la cave de sa maison un coffret plein d'anciens documents révélant qu'il est un descendant du sultan Saladin. Le présent et le passé se mélangent, entre Croisés de hier et terroristes d'aujourd'hui.