I - LE ROYAUME DE FRANCE

4. LES CROISADES (1095 à 1270)

4.3. La débâcle: les IVe-IXe croisades

4.3.a Chrétiens contre chrétiens: la IVe CROISADE (1202 à 1204)
Lancée en 1198 par le pape Innocent III dans le but de conquérir l’Égypte, qui pourra ainsi servir de monnaie d’échange pour récupérer Jérusalem, et de servir des intérêts commerciaux et politiques, la IVe croisade dégénère en opération de brigandage. L’expédition est composée de barons sans moyens qui ont passé des accords financiers avec la République de Venise, principale puissance commerciale de Méditterranée. Venise affrète une flotte pour transporter 30'000 hommes. En 1202, les croisés s’emparent de la ville chrétienne de Zara (la Zadar hongroise) et la remettent aux Vénitiens pour payer leurs dettes. Croisés et Vénitiens sont excommuniés par Rome. Le 12 avril 1204, avec une rare violence, les Francs mettent à sac la Constantinople chrétienne orthodoxe et se partagent l’Empire byzantin (les fameux lions de Venise font partie du butin, jamais rendu) ; la basilique de Sainte-Sophie est dévastée, les mosaïques du VIe s. et les reliques sont volés ou détruits. Deux mille Grecs sont massacrés. Ce jour fatal date la véritable rupture entre la chrétienté orthodoxe d’Orient et la chrétienté catholique d’Occident. Durablement affaiblie, Constantinople ne se remettra jamais de ce sac terrible qui facilitera la prise de la cité par les Ottomans en 1453. La fondation de l’empire latin d’Orient signifie pour Venise l’ouverture sur la mer Noire. Aucun combat contre les musulmans.
L’empereur Caloïan, tsar des Bulgares, défend ses terres contre les armées de la Quatrième croisade (1963).
1962/63Kaloyan [L’Empereur Caloïan] (BG) de Dako Dakovski, Iouri Arnaoudov et Zacharie Jandov (supervision)
Bulgariafilm, 1h49 min. - av. Vassil Strätchev (Joannice ou Ivanitsa dit Jean Caloïan/Kaloyan, tsar de Bulgarie), Bogompil Simeonov (le boyard Milate), Spas Djonev (le prince Boril, cousin de Kaloyan), Magdalena Mircheva (Tchitchek, l’épouse de Kaloyan), Andrej Mikhailov (le khan couman Manastrar, son père), Tzvetana Maneva (Denitza), Ivan Stefanov (Ougaï), Ivan Tonev (Dobrilo), Nikolaï Doïtchev (Diado Radoï), Liubomir Dimitrov (Mladen), Bozhidar Lechev (Valkan), Konstantin Dimtchev (Strazimir), B. Arabov (Dominique), Stefan Petrov, Boris Mikhailov, Vasil Prodanov.
Synopsis: En 1197, dix ans après la fondation du Second royaume bulgare, dont la moitié du territoire est encore sous domination byzantine. Jean Caloïan/Kaloyan ou Joannice (de la dynastie des Asénides), jeune, insouciant passionné de chasse et de chevaux, devient roi après l’assassinat de ses deux frères aînés, Ivan et Pierre, tombés sous les coups d’une conjuration de la noblesse. Caloïan (qui signifie « Ivan le Bon ») se fait couronner tsar de Bulgarie, mais la position de son empire, qui comprend la Valachie, est fragile et il doit pratiquer une politique extérieure très flexible face à Byzance et aux Hongrois pour obtenir la reconnaissance du pape Innocent III et de l’Église latine. Une reconnaissance à double tranchant: menées par Baudouin IX, comte de Flandres et de Hainaut, les armées de la Quatrième croisade en route vers Jérusalem et l’Égypte saccagent Constantinople en 1204 ; plus de deux mille Grecs sont massacrés lors de l’incendie et du pillage de la ville, les trésors artistiques et reliques sont envoyés vers Venise. Le comte de Flandre est élu par ses pairs Baudoin Ier, empereur de Constantinople, souverain du nouvel Empire latin d’Orient. L’intention des croisés est de conquérir tous les territoires ayant appartenu à Byzance et d’imposer par la force le retour de l’Église d’Orient dans le giron de l’Église romaine. Caloïan sacrifie tout à la politique, ne réalisant pas que l’amour de sa jeune épouse Tchitchek, une princesse coumane, se transforme lentement en inimitié. L’entourage du roi, mené par son cousin Boril, pactise avec les croisés pour conserver ses fiefs, et le meurtre de la belle Denitza est mis sur le compte de la reine, qui quitte la cour. Le roi échappe à une tentative d’assassinat. Entre-temps, l’aristocratie byzantine de Thrace appelle le « chef barbare » Caloïan au secours. Alors que Baudouin assiège Andrinople, Caloïan et ses 14'000 guerriers turco-coumans et grecs piègent l’armée croisée dans les marécages au nord de la ville et l’anéantissent le 14 avril 1205. L’empereur Baudouin Ier est capturé et aveuglé (il sera vraisemblablement exécuté à Tirnovo), le comte Louis Ier de Blois tué, le doge vénitien Enrico Dondolo périt pendant la retraite des croisés latins vers Constantinople. Caloïan défait encore les croisés à Serres et s’empare de Philippopolis (Plovdiv), reprenant à son compte une grande partie de l’Empire latin en Thrace et en Macédoine. À l’instigation de Boril, il est tué par son ex-beau-père Manastar, chef des Coumans, pendant le siège de Thessalonique en 1207.

Le cinéma bulgare conte le sac de Constantinople par les croisés
L’unique film sur la Quatrième croisade et le sac de Constantinople ne pouvait être produit que par les descendants des vainqueurs, membres du pacte de Varsovie, sous la dictature de Todor Jivkov. Il s’agit d’un effort majeur du cinéma bulgare (en couleurs), inédit en Occident, filmé par Dako Dakovski, un des artisans du cinéma d’obédience patriotico-communiste (« Pod igoto/Sous le joug » en 1952, sur la résistance locale aux Ottomans). Les sources historiques sont maigres, il faut broder à partir de la très partisane Histoire de la conquête de Constantinople de Geoffroi de Villehardouin (1207-1213), qui vilipende on ne peut plus Caloïan, et quelques notes byzantines éparses. Les extérieurs et la bataille d’Adrinople sont enregistrés dans le nord-ouest de la Bulgarie, près de Provadia et à Krivnia. Dakovski décède en plein tournage dans les studios de Sofia et ce produit de prestige national est achevé par L. Arnaoudov, sous la supervision du vétéran Zacharie Jandov. Le film est inédit en dehors du bloc communiste.
Le Templier désillusionné croit sauver une innocente accusée de sorcellerie… (« Der Templer », 2002).
2002Der Templer / The Crusader (Le Templier) (DE) de Sebastian et Florian Henckel von Donnersmarck
Wiedemann & Berg Filmproduktion (Max Wiedemann, Quirin Berg)-Bayerischer Rundfunk-Arte-Universal/13th Street, 23 min./14 min. – av. Walter Sittler (le Templier), Erika Marozsán (la jeune femme), Michael Habeck (le moine), Gilbert von Sohlern (le prêtre), Barbara Morawiecz (l’aubergiste), Jens Wassermann (Jochen), Werner Lustig (l’époux), Renate von Wangenheim (l’épouse), Jan Vespermann, Armin Sauer, Udo Lüttich, Paul Röll, Jörg Rampke.
Synopsis: En 1204, un Templier se détourne désabusé de la Quatrième croisade, borgne et ébranlé dans sa foi, car Byzance la chrétienne a été pillée par des coreligionnaires et il assiste à l’incendie de la ville. En Europe, il neige. Dans une auberge de village, le Templier apostrophe un moine qui veut lui vendre une fausse relique (« chaque jour, la puanteur de la superstition et la bêtise monte au cieux. C’est au nom de ça et d’évêques menteurs que j’ai fait cette fichue croisade »), quand une foule menée par un prêtre traîne une jeune femme accusée de sorcellerie vers le bûcher. Le Templier (qui ne croit plus ni en Dieu, ni au diable, ni aux sorcières) retrouve une raison valable de se battre, affronte bourreaux armés et foule déchaînée pour arracher la femme aux flammes. Ils se sauvent dans la forêt, tous deux grièvement blessés. Elle connaît un baume salvateur, il réunit les plantes qu’elle lui indique - seul manque un dernier ingrédient: le cœur … du chevalier. La femme, transformée en monstre, se jette sur lui, lui arrache le cœur, boit son sang, puis, redevenue belle, disparaît dans les bois.
Ce mini-film d’horreur du cinéaste oscarisé, de son frère et des producteurs de « Das Leben der anderen (La Vie des autres) » en 2007 est une surprenante réussite tant technique que visuelle (écran panoramique). Le film est réalisé en collaboration avec les écoles de cinéma de Munich et de Potsdam-Babelsberg. De souche aristocratique, Henckel von Donnersmarck, dont l’oncle est abbé du monastère cistercien de Heiligenkreuz près de Vienne (l’ordre qui est à l’origine des règles des Templiers) sème perfidement le trouble dans les esprits, démontrant que la supériorité morale peut aussi être aveugle aux réalités de ce monde.