I - LE ROYAUME DE FRANCE

4. LES CROISADES (1095 à 1270)

4.3. La débâcle: les IVe-IXe croisades

4.3.c La croisade pacifique de FRÉDÉRIC DE HOHENSTAUFEN
La VIe CROISADE (1225 à 1229) est lancée par le pape Grégoire IX après l’échec de Damiette pour reprendre Jérusalem. Quoiqu’excommunié, l’empereur germanique Frédéric II de Hohenstaufen parvient, grâce à ses amitiés arabes, à signer avec le sultan Al-Kâmil le traité de Jaffa (1229) par lequel Jérusalem, Nazareth et Bethléem sont restitués aux Latins pour une durée probatoire de dix ans. La Ville sainte reste ouverte aux musulmans. C’est l’unique croisade qui s’achève sans sang versé, à la grande colère du Saint-Siège qui excommunie Frédéric II.
Un croisé italien (Ricardo Montalban) entre au service de l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen (Whitfield Conner).
1954The Saracen Blade (L’Épée des Sarrasins) (US) de William Castle
Sam Katzman/Columbia Pictures, 1h17 min. - av. Ricardo Montalban (Pietro Donati), Betta St. John (Dame Iolanthe Rogliano), Carolyn Jones (Elaine de Siniscola), Michael Ansara (le comte Alessandro de Siniscola), Rick Jason (Enzio de Siniscola), Whitfield Conner (l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen), Edgar Barrier (le baron Rogliano), Nelson Leigh (Isaac le Juif), Pamela Duncan (Zénobia), Guy Prescott (le forgeron Donati), Edward Coch (Giuseppe), Popply Del Vando (Gina), Leonard Penn (Haroun), Nina Monsour (Maria), Gene Darcy (prince italien), Morris Ankrum.
Synopsis: Le 26 décembre 1194 à Jesi près d’Ancône (Marches) naît Frédéric II de Hohenstaufen, le futur empereur du Saint Empire romain germanique ; ce même jour, à la même heure et dans la même ville naît Pietro Donati, fils d’un forgeron-armurier. La région est tyrannisée par le comte félon Alessandro de Siniscola et son rejeton sadique Enzio, qui laissent mourir la mère de Pietro et emprisonnent à vie le père ; ce dernier se révolte et finit pendu. Pietro ne vit que pour la veangeance. Devenu adulte, il s’allie au baron Rogliano, ennemi juré des Siniscola, qui l’a engagé comme scribe (il parle latin, grec, français et arabe) mais s’éprend de sa fille Iolanthe. Pour des raisons politiques, le baron envisage de donner sa fille au fils Siniscola. Les amoureux fuguent, sont rattrapés, Pietro est emprisonné. Iolanthe épouse à contrecœur Enzio. Passionné de vénerie, l’empereur Frédéric II séjourne au château Siniscola pour une partie de chasse. Pietro, qui s’est échappé et qui est pris en chasse par les sbires du comte, sauve la vie de l’empereur, menacé par un sanglier. Séduit par l’applomb et l’habileté aux armes du fugitif (qui a appris le maniement du sabre avec un ami d’enfance sarrasin), mais aussi par la simultanéïté de leurs naissances respectives, Frédéric l’invite en signe de reconnaissance à le suivre en croisade au Moyen-Orient où il le fera chevalier, puis baron. Auparavant, il exige que Pietro se marie avec Elaine de Siniscola, une cousine et l’ancienne maîtresse d’Alessandro Siniscola. Pietro s’exécute, bâcle sa nuit de noces et s’embarque pour le Proche-Orient. Il est grièvement blessé en combattant les Sarrasins et passe pour mort. Frédéric II retourne en Europe, tandis que Pietro, soigné par des médecins arabes, est placé chez le commerçant Haroun comme esclave. Zénobia, une beauté du harem qu’Haroun a défigurée par jalousie, rachète Pietro quand celui-ci prend sa défense et part avec lui. Aguerri par son séjour à Jérusalem, adoubé et affublé d’une compagne arabe, le baron Pietro di Donati rentre en Lombardie où son épouse italienne, Elaine, est assassinée par son cousin jaloux. Pietro réunit une petite armée et anéantit le clan malfaisant des Siniscola. L’empereur, qui ne tolère pas de guerres privées parmi ses sujets, lui retire sa baronie, mais Pietro peut enfin épouser Iolanthe, les deux étant veufs.
Une très modeste bande d’aventures tournée par ce farceur de William Castle (bientôt le pape d’un cinéma d’horreur à la limite de l’auto-parodie) en Technicolor à Corriganville, Simi Valley, et au Vasquez Rocks Natural Area Park (Californie) pour les paysages du Proche-Orient. Les décors proviennent de « Rogue of Sherwood Forest (La Révolte des gueux) » (1950), une aventure de Robin des Bois signée Gordon Douglas, érigés au studio Columbia à Gower Street, et le film est tellement fauché qu’on y introduit l’assaut d’un château en noir et blanc colorisé, provenant de « Prince of Foxes (Échec à Borgia) » de Henry King (1948). Maniant le sarcasme avec élégance, le « latin lover » Montalban y séduit Betta St. John et surtout Carolyn Jones, l’égérie vénéneuse du cinéma-bis. Mais l’intérêt relatif de ce film fabriqué avec des bouts de ficelles tient à deux facteurs: il est tiré du roman éponyme de l’écrivain Frank Garvin Yerby (1952), le premier auteur afro-américain qui soit devenu millionnaire. Surmontant ses préjugés racistes, Hollywood a déjà porté à l’écran son best-seller The Foxes of Harrow (1947). Dans The Saracen Blade, Yerby s’inspire, en passant, du récit du comte de Gleichen, le « croisé aux deux épouses », l’une étant occidentale, l’autre orientale (cf. infra, le téléfilm « Ehe zu dritt », 2006).

Frédéric de Hohenstaufen, surprenant croisé pacifiste
Enfin, le cinéma se penche ici exceptionnellement sur la Sixième croisade (1227/29) et son initiateur, le surprenant Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250). Deux fois excommunié par la papauté (Grégoire IX l’appelait « l’Antéchrist »), l’empereur germanique romain, roi normand de Sicile, parlait six langues, dont le latin, le grec, l’arabe et l’hébreu. Contrairement à ce que montre le film, cette Sixième croisade fut, ô miracle, brève et pacifique. Elle se termina en négociations et par un simulacre de bataille (!) avec le sultan Al-Malik al-Kâmil Nâsîr ad-Dîn « le Parfait » (un neveu de Saladin), avec qui des liens d’amitié s’étaient tissés, puis par le traité de Jaffa. Frédéric II récupéra ainsi sans combattre la ville de Jérusalem, comme l’avait demandé le pape, et fut couronné roi de Jérusalem en mars 1229. Malheureusement, l’islamophilie de celui que Georges Duby appelle « peut-être le plus grand homme d’État du Moyen Âge » et son comportement brutal envers la noblesse latine d’Orient dégénéra dix ans plus tard en guerre civile. Gageons que ni les manitous de la Columbia, ni William Castle étaient au courant de ces points d’histoire ! – DE, AT: Der Empörer / Das Schwert des Sarazenen, IT: La fortezza dei tiranni, ES: La hoja sarracena.
1996(tv) Friedrich II. – Ein Kaiser zwischen Himmel und Hölle (DE) de Michael Gregor
série « Sphinx – Geheimnisse der Geschichte » (« Terra X »), épisode 21, Sandkorn-Film Berlin-ZDF-Arte (ZDF 1.1.96), 43 min. – av. Gert Heidenreich (narrateur). Horst Stern, Klaus Piontek, Flora Nedin. - Docu-fiction avec reconstitutions et comédiens anonymes. Le dernier empereur de la dynastie des Hohenstaufen, roi d’Allemagne, de Sicile et de Jérusalem, jouit dans l’Occident médiéval d’une réputation sulfureuse, les écrits délirants du moine franciscain Salimbene de Parme (son ennemi personnel) l’ayant décrié comme suppôt de Satan et magicien noir. L’Église ne lui pardonne pas sa Croisade sans versement de sang, ses fréquentations d’artistes, d’écrivains et de savants arabo-juifs, son mode de vie oriental, sa garde personnelle musulmane: une provocation intolérable.
2004(tv) Hermann von Salza – Der Kreuzritter aus Thüringen [Le Croisé de Thuringe] (DE) d’André Meier
série « Geschichte Mitteldeutschlands », saison 6, épisode 2, Winifred König/Mitteldeutscher Rundfunk (MDR 7.11.04), 45 min. – av. Berndt Stichler (Hermann von Salza), Marc Richter (l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen), Peter Schulze-Sandow (le pape Grégoire IX), Nikolas Linnenbach (Hermann enfant).
Originaire de Langensalza en Thuringe et quatrième grand maître de l’Ordre Teutonique, Hermann von Salza (1179-1239) est le plus fidèle compagnon de l’empereur excommunié Frédéric II de Hohenstaufen. Installé à Saint-Jean-d’Acre dans la forteresse de Montfort (siège de l’ordre), c’est un brillant diplomate qui assiste Frédéric en Terre sainte lorsqu’il s’autoproclame roi de Jérusalem et obtient du pape Grégoire IX la levée provisoire du ban contre l’empereur en 1230. À la mort de Hermann, le pape revient sur sa parole. – Docu-fiction tournée en Israël (Acre, Jérusalem, Galilée), en Thuringe (Altenburg, Bad Langensalza, Eisenach, Nordhausen), en Italie (Brindisi, Bari, Rome) et en Pologne (Malbork, Radzyn Chelminski).
2006(tv) Ehe zu dritt – Die Frauen des Grafen von Gleichen [Mariage à trois – Les épouses du comte de Gleichen] (DE) de Dirk Otto
série « Geschichte Mitteldeutschlands », saison 8, épisode 3, Winifred König/Mitteldeutscher Rundfunk (MDR 12.11.06), 45 min. – av. Frank Rebel (Ernst/Ludwig, comte de Gleichen), Narges Rashidi (son épouse musulmane), Bettina Ratschew (Ottilia, comtesse de Gleichen, son épouse occidentale).
Ernst ou Ludwig, comte de Gleichen (en Thuringe), accompagne le landgrave Louis IV à la croisade en 1227, laissant derrière lui une femme et deux enfants. Il est capturé par les Arabes et réduit en esclavage pendant plusieurs années. La fille du sultan s’en éprend et l’aide à s’évader à condition qu’il l’emmène avec lui et la prenne comme seconde épouse. La fuite réussit et le comte fait bénir son union polygame par le pape à Rome. De retour à Burg Gleichen en Thuringe, il vante les mérites de sa compagne orientale sans laquelle son épouse allemande serait à présent veuve et ses enfants orphelins. Les deux épouses s’entendent à merveille, partagent le lit nuptial et plus tard leur tombe.
Une légende qui aurait un fondement historique (une pierre tombale dans la cathédrale d’Erfurt mentionne le chevalier aux deux épouses) et fera l’objet de nombreux écrits (Goethe), de ballades et de contes (les frères Grimm) et, en 2006, même d’une comédie musicale de Peter Frank. Fiction tournée à Burg Gleichen, Bad Langensalza, Erfurt (Thuringe), Marburg et Rotenburg an der Fulda (Hesse).
2010(tv) Friedrich II. und der Kreuzzug [Frédéric II et la croisade] (DE) de Christian Twente
série « Die Deutschen », saison 2, no. 2, Gruppe 5 Filmproduktion Köln (Peter Arens, Guido Knopp)-ZDF (ZDF 16.11.10), 45 min. – av. Michael Pink (Frédéric II de Hohenstaufen), Jens Schäfer (Hamid). – Le docu-fiction, tourné en extérieurs à Al-Jadida, au Maroc, avec comédiens et figurants multipliés par infographie, raconte comment Frédéric II de Hohenstaufen se résout en 1225 après des années d’hésitations à partir en croisade avec 800 chevaliers et 3000 fantassins. Les Templiers et Hospitaliers rattachés au Saint Siège refusent de lui prêter main forte. Petit-fils de Frédéric Barberousse, passionné de sciences naturelles, de vènerie, et grand connaisseur du monde arabe (Palerme comptait alors 250 églises et 300 mosquées), Frédéric réussit à négocier avec le sultan Al-Kâmil la remise pacifique de la Ville sainte ainsi qu’un armistice de dix ans, à la barbe du pape Innocent IV qui l’a déclaré « ennemi de la chrétienté » et excommunié. Il s’autoproclame roi de Jérusalem dans l’enceinte du Saint-Sépulcre. De retour en Sicile, il défait l’armée papale et s’éteint au Castel Fiorentino en 1250. Rédigé par Werner Bierman, l’épisode fait partie d’une série en dix chapitres qui tentent de cerner le concept de l’Allemagne et des Allemands, de l’Empire romain à 1918.
2011(tv) Krzyzacy / Les Chevaliers teutoniques (PL/FR) de Krzysztof Talczewski
Gastonik Film-Point du Jour-Arte GE.IE-Telewizia Polska-Polski Instytut Sztuki Filmowej (Arte 5.11.11), 53 min. – av. Stanislaw Szmit (Hermann von Salza), Jaroslaw Dariusz Struczynski (Ulrich von Jungingen), Tomasz Knapik (narration). – Docu-fiction sur la fondation de l’Ordre teutonique (à Saint-Jean-d’Acre en 1191) qui relate notamment les liens étroits du Grand Maître Hermann von Salza (1179-1239) avec l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen, dont il est l’ami et le conseiller pendant une vingtaine d’années (cf. supra, 2004). En Terre sainte, Hermann prend part, durant la Cinquième croisade, à la prise de Damiette en 1219. Plus tard, il convainc Frédéric de diriger la Sixième croisade et arrange le mariage entre l’empereur et la fille de Jean de Brienne, roi de Jérusalem. À la fin de cette croisade pacifique, Hermann revient en Europe et œuvre pour lever l’excommunication dont l’empereur a fait l’objet, chose obtenue en 1230. Pour la bataille de Grunwald/Tannenberg, le 15 juillet 1410 au nord de la Pologne, où les chevaliers teutoniques sont écrasés par les armées du roi de Pologne et du prince de Lithuanie, cf. Pologne. - DE: Die Deutschen Ordensritter.