I - LE ROYAUME DE FRANCE

4. LES CROISADES (1095 à 1270)

4.3. La débâcle: les IVe-IXe croisades

4.3.d SAINT LOUIS ENTRE MAMELOUKS ET MONGOLS

LA VIIe CROISADE, 1245-1254
Lancée au concile de Lyon par le pape Innocent IV en 1245, suite à la prise du pouvoir des Mamelouks en Égypte qui s’emparent à nouveau de Jérusalem. Après avoir passé l’hiver à Chypre, Saint Louis (Louis IX) conquiert Damiette et, fatale erreur, refuse l’offre des Mamelouks de rendre Jérusalem, Ascalon et la Galilée orientale en échange du départ des croisés. Fait prisonnier après la défaite de Mansourah, Saint Louis obtient sa libération en échange de Damiette et d’une rançon.

LA VIIIe CROISADE, 1270
Lancée en 1263 par le pape Urbain IV puis en 1274 par Grégoire X dans le but de sauver les territoires latins restants, menacés par le sultan mamelouk Baybars. Saint Louis meurt de la peste en assiégeant Tunis, en Afrique du Nord (où il comptait convertir le sultan local et le dresser contre Baybars).

LA IXe CROISADE, 1271/72
A la mort de Saint Louis, les Mamelouks de Baybars reprennent leurs conquêtes au Proche-Orient, attaquent le comté de Tripoli, s’emparent du Krak des Chevaliers et rasent les dernières places fortes franques. Edward, prince héritier d’Angleterre, tente de contrer Baybars en Syrie, mais en raison d’un effectif réduit et du manque d’appui mongol, il n’obtient que peu de résultats et retourne en Europe. Le Royaume latin d’Orient se réduit alors aux environs de Saint-Jean-d’Acre, ville dont les Mamelouks s’empareront finalement en 1291. Les chevaliers se replieront d’abord sur Chypre, puis sur l’île de Rhodes d’où les Ottomans les délogeront au XVIe siècle.
1929[inachevé] Le Croisé / Les Croisés (FR) de Dimitri Kirsanoff et Raymond Bernard (directeur artistique). Production: Exclusivités Jean de Merly et Raymond Bernard-Splendicolor SA, Paris (Camille Nacher et Léon Didier). – av. Philippe Rolla (Saint Louis), Max Maxudian, Léon Barry, André Roanne, Nadia Sibirskaïa alias Germaine Lebas (l'épouse du bey de Tunis).
Récit de la Huitième croisade,
commencé en extérieurs à Toulon en avril 1929 et à Aigues-Mortes ; la suite du tournage était prévue en Algérie (Djemila, Cherchell), en Tunisie (Carthage, Tunis, Dougga) et aux studios Franco-Film à Nice, mais Kirsanoff dut stopper le travail au bout de deux semaines en raison de la défaillance technique du procédé de couleurs dont il devait démontrer les performances, le Splendicolor. Les travaux sont officiellement suspendus au début mai 1929. Le scénario était de Jaubert de Bénac, journaliste qui adaptait très librement pour l’écran muet sa pièce en vers Les Croisés d’Afrique, représentée trois ans auparavant par la Comédie-Française au Théâtre Antique de Carthage. Le film devait reconstituer à grands frais l’embarquement des croisés sur les côtes de Provence, leur arrivée en Afrique en 1263, le camp de Carthage que la peste venait ravager, enfin la mort de Saint Louis. Lazare Meerson avait dessiné des décors et Raphaël Freida et/ou Eugène Lourié les costumes (ce dernier était également collaborateur de Raymond Bernard pour « Le Joueur d’échecs » et « Tarakanova »). Joe Hamman, le cowboy français, figurait comme assistant-réalisateur. Philippe Hériat et Antonin Artaud sont un temps envisagés pour interpréter Saint-Louis, Greta Garbo pour jouer l'épouse du bey de Tunis. Superproduction de propagande coloniale (coûts: sept millions de francs, soit sept fois autant qu'un long métrage courant) censé fêter les bienfaits de la civilisation française en Afrique du Nord et la ferveur sacrificielle du catholicisme, « Le Croisé » aurait eu, s’il avait été terminé, les honneurs d’une première à l’Opéra. Prévu pour les fêtes du centenaire de la présence française en Algérie, il devait s’achever sur un panégyrique de Bugeaud, de Lyautey, et des miracles de l’industrialisation moderne.

Sultane mamelouke d’Égypte, la reine Chagarat (Assia Dâgher) est l’héroïne du premier film historique arabe (1935).
1934/35Shagârat ad-Dûr / Queen Shagaret el Durr (La Reine Chagarat al-Durr) (EG) d’Ahmed Galal
Assia Dâgher/Lotus Film (Le Caire), 2h05 min. - av. Assia Dâgher (Chagarat al-Durr, sultane mamelouke d'Égypte), Abdel Rahman Rouchdi (le roi Al-Sâlih Ayyûb, son époux), Marie Queeny, Ahmad Galal, Atallah Mikhail, Moukhtar Hussein, Hussein Fawzi, Moufida Ahmed.
Synopsis: Jadis une esclave d’origine turkmène, Chagarat séduit le sultan ayyoubide Al-Sâlih Ayyûb qui, pris d’une folle passion, l’épouse. Dans la citadelle du Caire comme dans la résidence fortifiée de Rawda, elle devient rapidement la femme la plus puissante de la cour, déjouant avec astuce les intrigues de sérail et s’occupant avec brio des affaires politiques. La guerre a repris: à la tête de la Septième croisade, Saint Louis envahit l’Égypte (la porte de Jérusalem et de la Mecque) et s’empare de Damiette, dont les habitants sont massacrés. Les croisés marchent sur Le Caire, qu’ils s’obstinent à appeler « Babylone ». Al-Sâlih, gravement malade, et Chagarat leur résistent à Mansourah, dans le delta du Nil. Lorsqu’Al-Sâlih meurt en novembre 1249, Chagarat cache son décès pour ne pas démoraliser la troupe et, soutenue par le chef de l’armée, l’émir Fakhr al-Dîn (ami de l’empereur Frédéric II), elle dirige les opérations militaires en son nom jusqu’à la victoire finale, trois mois plus tard. Décimée par le bataillon mamelouk de l’arbalétrier Baybars, l’armée franque se rend à Mansourah, Louis IX est fait prisonnier. La France ayant versé une lourde rançon, le roi est libéré et les croisés abandonnent Damiette pour Saint-Jean-d’Acre. Une fois le danger de l’ouest écarté, Chagarat révèle le décès de son époux, et c’est Turân Châh, 25 ans, le fils de ce dernier avec une autre femme, qui hérite officiellement du trône. Incompétent, noceur et ingrat, il exige de Chagarat, devenue régente, la restitution de la fortune de son père, dépensée dans la guerre contre les croisés. En mai 1250, les fidèles Mamelouks de Baybars assassinent ce dernier descendant des Ayyoubides et proclament Chagarat seule souveraine d’Égypte et de Damas. À la demande du califat de Bagdad, Chagarat accepte toutefois de partager nominalement le trône avec son amant mamelouk Ezz Eddine Aybak le Turkmène, qui répudie son épouse précédente ainsi que son fils Alî. Mais les infidélités continuelles d’Aybak et son souhait de prendre encore une autre femme, fille du prince de Mossoul, poussent Chagarat à bout: jalouse et possessive, elle le fait assassiner en avril 1257. La zizanie s’installe dans le palais, une partie des Mamelouks s’insurge à l’incitation de la première épouse d’Aybak, Oum Alî, et Chagarat périt sous les coups de la foule.

Le premier film historique du cinéma arabe
Produit sept ans après le premier long métrage de fiction égyptien, « Shagârat ad-Dûr » passe pour le premier film historique du cinéma arabe et le troisième réalisé par Ahmed Galal, qui veut marcher dans les traces de DeMille, très admiré en Égypte: « Pour la première fois, écrit la presse, nous voyons à l’écran les magnifiques palais arabes, des belles maisons, des vêtements brodés d’or et d’argent, des anciennes fêtes égyptiennes, de somptueux cortèges et des bals comme ceux dont nous parlent les mille et une nuits. Pour la première fois, une société égyptienne montre cent des plus célèbres chevaux de course caracolant avec leur parure. » L’objectif de la production est d’éblouir le spectateur, de compenser la supériorité technologique et militaire de l’occupant anglais en faisant participer le public à la gloire nationale d’antan (le film est tiré de l'oeuvre de Guorgui Zeidane). Chagarat est considérée comme la Jeanne d’Arc égyptienne, celle qui bouta le Franc hors du pays. Lorsqu’un messager annonce à la reine que « notre armée a vaincu l’ennemi » (c’est-à-dire les croisés), la salle croule sous les applaudissements. Surnommée « mère du cinéma égyptien », Assia Dâgher, la productrice et star du film, est une Libanaise qui s’est installée au Caire en 1923 avec sa nièce Mary Queeny. En 1929, elle y crée la Société du Film Arabe, connue par la suite sous le nom de Lotus Film, et dont Gamal, époux de Mary Queeny, va devenir le principal réalisateur. « Shagârat ad-Dûr » est tourné au célèbre Heliopolis Palace Hotel (Kasr al-Ittihadiya), luxurieux bâtiment de style mauresque, dans la Maison des monuments islamiques ainsi que dans les quartiers anciens de la capitale (al-Gamalia, Beit al-Kadi, al-Tarbiaa), enfin au Studio Lotus inauguré par Assia en 1932. À la caméra, l’Italien Achille Primavera. Journaliste de formation, Galal n’a toutefois à ce moment ni les moyens ni l’expérience pour diriger des foules et un récit d’envergure épique. Son film n’obtient qu’un succès modeste, essentiellement local.

Une rareté: une femme chef d’État en terre musulmane
Aux dires des historiens contemporains, la sultane mamelouke d’Égypte était une personne d’une grande prudence et « aucune femme ne l’égalait par la beauté, aucun homme par la force de caractère » (Ibn al-Ibrî). Ces qualités valurent à la souveraine, appelée Oum Khalil, le surnom de l’« Arbre des perles » (Chagarat al-Durr). Elle fut un des rares cas de femmes chefs d’État officiels en terre d’Islam, aux côtés de Radia bint Chams ed-Dîn Iltutmish, la sultane mamelouke de Delhi (qui prit le pouvoir une décennie avant Chagarat), sept khatuns mongoles, huit sultanes des Maldives et d’Indonésie et deux reines shiites du Yémen. En pays arabe, le « machisme » ambiant a souvent gommé leurs règnes de l’histoire officielle, mais leurs faits sont amplement documentés et vivent dans la tradition populaire.
Fascinée par Chagarat, Assia Dâgher suit les conseils de Habib Jamati lorsqu’elle décide d’adapter à l’écran le roman homonyme de Georges Zaydan (1861-1914), un écrivain et journaliste libano-égyptien chrétien, spécialisé dans la civilisation musulmane et dont les nouvelles historiques étaient très lues au début du XXe siècle. Le roman est centré sur une esclave d’Aybak, folle de jalousie envers cette Chagarat qui est parvenue à s’élever jusqu’à la fonction de première souveraine arabe. Aybak succombe aux ardeurs de l’esclave, et celle-ci finit par détrôner Chagarat. Soucieux de donner à Assia un maximum de présence à l’écran, aux dépens des autres personnages du drame, Galal adapte la personnalité de Chagarat à celle de sa vedette. La publicité parle d’« une séductrice qui monta sur deux trônes, celui de la beauté et celui du peuple, et posséda deux puissances, celles de l’âme et celle de l’esprit ». Le film chante les éloges de Chagarat en passant sous silence la majorité des événements politiques marquants ainsi que les nombreux complots dont elle fut l’instigatrice, une précaution scénaristique indispensable à une époque marquée par la glorification du régime royal (Fouad Ier) et de tous ses collaborateurs, égyptiens ou étrangers. En revanche, son combat contre l’envahisseur franc rappelle celui de Saad Zaghloul Pacha, porte-drapeau de l’indépendance égyptienne et leader du parti nationaliste Wafd (1). Enfin, en se dévoilant face à la caméra, une pionnière du cinéma égyptien comme Assia Dâgher (ou sa rivale Aziza Amir) ne signifie pas seulement qu’elle adhère à la libération de la femme, mais elle rattache en quelque sorte cette émancipation à la libération de la patrie. Trente ans plus tard, Assia produira, à une toute autre échelle, le fameux « An-Nâsir Salâh ad-Dîn (Saladin) » de Youssef Chahine (cf. supra, 4.2).

(1) - Son soulèvement de 1919 contre les Anglais fit plus de 800 morts. Plusieurs fois déporté, libéré sous la pression populaire, il devint Premier ministre en 1924 et deux ans plus tard président du parlement égyptien.
1951The Golden Horde / The Golden Horde of Genghis Khan (La Princesse de Samarcande) (US) de George Sherman
Howard Christie, Robert Arthur/Universal-International Pictures, 1h16 min. - av. Ann Blyth (Shalimar, princesse de Samarcande), David Farrar (Sir Guy de Devon), Edwin Hanneford (John, l’écuyer), Marvin Miller (Genghis Khan), George Macready (Tengri, le chamane), Henry Brandon (Jöchi, fils de Genghis Khan), Howard Petrie (Touglouk), Donald Randolph (Torga), Peggy Castle (Lailee), Leon Belasco (Nazza), Lucille Barkley (Azalah), Karen Varga (Nina), Robert Hunter (Herat), Mai Tai Sing (une danseuse).
Synopsis: En 1220, l’invincible Horde d’Or de Gengis Khan arrive devant les murs de Samarcande, aux portes de la Perse. Le Khan ordonne à son fils Jöchi et à son rival, le chef kalmouk Touglouk, de s’en emparer. Un campement de croisés anglais s’est établi non loin de là, commandé par Sir Guy de Devin ; ambassadeur des rois chrétiens, il a pour mission de dissuader Gengis Khan d’envahir l’Occident. Apprenant l’imminence de l’assaut mongol sur la ville, Sir Guy se porte au secours de la souveraine du pays, la princesse Shalimar. Celle-ci décline l’offre, préférant se donner à l’envahisseur et épargner ainsi un bain de sang. Jöchi et Touglouk pénètrent dans la cité et se disputent bientôt les faveurs de la belle Shalimar qui attise leur haine mutuelle. Le chef kalmouk tue Jöchi, mais ses guerriers sont anéantis par les croisés qui se sont introduits dans le palais par des souterrains. Lorsque Gengis Khan trouve le cadavre de son fils devant les murailles, il se retire, découragé (« Je vois qu’il y a un pouvoir plus puissant que le mien », murmure-t-il en faisant allusion au dieu chrétien … ou aux chevaliers d’Occident).
Une niaiserie divertissante sortie en pleine guerre de Corée. Sous l’impulsion d’un briscard de la série B d’aventures, l’action en est rapide et rythmée, avec réutilisation des décors exotiques du team Maria Montez-Jon Hall (« Arabian Nights », « Ali Baba »). Le tournage s’effectue à Universal City, à Chatsworth, à Furnace Creek et au Death Valley National Park (Calif.), agrémenté d’une très belle photo en Technicolor du grand Russell Metty. Ann Blyth, particulièrement jolie en princesse ouzbek (mais portant un décolleté fort peu oriental), jouera Marsinah dans le « Kismet » de Vincente Minnelli en 1955. L’intrigue a été concoctée par le romancier Harold Lamb, qui fut déjà le co-scénariste et conseiller historique de Cecil B. DeMille pour « The Crusades » (1935). Nous sommes donc, on s’en doute, très loin de l’Histoire: en réalité, Boukhara et Samarcande ont été pris et leur garnison massacrée en 1220 par Gengis Khan, qui avait déclaré la guerre à l’empire Kharezm que dirigeait le sultan Mohammad Shah. Indulgent, le Mongol s’est toutefois abstenu de mettre à sac ces deux villes, préférant poursuivre le fils de son ennemi perse jusqu’en Afghanistan. Le contact entre chevaliers croisés et Mongols n’est toutefois pas une invention californienne: pour contrer la paix et l’alliance entre les Mamelouks d’Égypte et les Ayyoubides à Jérusalem, Saint Louis envoya une ambassade auprès du khan mongol de Perse lors de la Septième croisade, en 1252. L’action n’aboutit pas, mais elle allait servir de base à l’alliance entre les khans mongols, le royaume de Petite-Arménie et la principauté chrétienne d’Antioche dans la décennie qui suivit. (Les images initiales de la Horde d’Or seront reprises en 1954 dans « Sign of the Pagan (Attila, roi des Huns) » de Douglas Sirk: pour Hollywood, un bridé est un bridé.) – BE: Invasion mongole, DE, AT: Dschingis Khan – Die goldene Horde, IT: Calata dei mongoli, ES: La princesa de Samarkanda.
1960® Francis of Assisi (François d'Assise) (US) de Michael Curtiz. – av. Bradford Dillman (saint François), Finlay Currie (Innocent III), Pedro Armendariz (Mohammed Al-Malik al-Kâmil, sultan d’Égypte). – En 1219, saint François d’Assise reçoit du cardinal Ugolino l’autorisation de rejoindre la Cinquième croisade pour convertir les « infidèles ». Parvenu dans le camp musulman pendant l’occupation de Damiette (dans le delta du Nil) par les croisés, il obtient audience auprès du sultan d’Égypte Al-Kâmil, un neveu de Saladin. François se dit prêt à marcher sur les braises ou à se faire tuer si le sultan accepte ensuite le baptême. Ce dernier le fait relâcher et refuse poliment son martyre: « Quand tous les chrétiens seront comme toi, je me convertirai avec mes hommes, mais pas avant. » À Damiette même, François découvre horrifié que les chevaliers du Christ pillent, égorgent et violent. Il soigne les blessés civils et autres, aussi les musulmans, puis s’en retourne en Italie où son ordre a été réformé à son insu.
Saint François d’Assise (Bradford Dillman) tente de convertir le sultan d’Égypte Al-Malik (Pedro Armendariz) (1960).
 Cette étonnante rencontre est authentifiée notamment par les Fioretti. Considérant saint François comme un ambassadeur, Al-Kâmil renouvela l’offre d’échanger Jérusalem contre Damiette, mais se heurta au refus obstiné du légat pontifical, Pélage d’Albano, chef religieux de l’expédition. Celui-ci décida de marcher sur Le Caire en juillet 1221. Ses armées furent embourbées par les crues du Nil et durent se rendre. Les croisés négocièrent leur liberté contre la restitution de Damiette, désastre qui marqua la fin de la Cinquième croisade. – (cf. Moyen Âge: Italie). Nota bene: l’épisode figure également dans « Il poverello di Assisi » (1911) d’Enrico Guazzoni, avec Emilio Ghione en saint François.
1961Wa Islamah! / Oh Islam! / Love and Faith (Ô Islam) (EG/IT) d’Andrew Marton
Ramsès Naguib/Cairo Film Productions Co.-Finanziaria Cinematografica Italiana (FI.C.IT.)-Misr Co. Film, 2h. - av. Loubna Abdel-Aziz (la princesse Jihâd), Ahmed Mazhar (Mahmoud), Farid Chawki (le sultan Boltaï), Rouchdi Abaza (Az-Zâhir Rukn ad-Dîn Baybars dit l’Arbalétrier), Amad Hamdi (le sultan mamelouk Ezzedine Aybak), Mahmud El-Meligui (l’émir Fâris al-Dîn Aqtây), Taheya Carioca (la sultane Chagarat al-Durr), Hussein Riad (Salama), Mohammed Sobeih (Ketboga Noyan, chef des Tartares), Abass Faris.
Synopsis: À Ghazni, en Afghanistan en 1236, l’usurpateur Boltaï, un allié des Tartares d’Houlagou Khan, renverse et tue Jalal al-Dîn, le sultan du Khwarezm. Avant de mourir, ce dernier confie sa fille, la princesse Jihâd, et son fils adoptif, le jeune Mahmoud, à son fidèle conseiller Salama. Sur le point d’être capturé par Boltaï, celui-ci les remet à un marchand d’esclaves qui vend la fillette à la sultane Chagarat al-Durr, et le garçon à Ezzedine Aybak pour en faire un officier-esclave mamelouk. Quatorze ans plus tard, le vieux Salama, devenu aveugle suite aux tortures que lui ont infligées les assassins, retrouve Jihâd et Mahmoud au Caire. Entre-temps, les Mamelouks ont chassé les Ayyoubides et placé la veuve du sultan, Chagarat, sur le trône (1250). Souveraine absolue, auréolée de sa victoire récente sur les croisés de Saint Louis à Mansourah, Chagarat veut se marier et hésite entre les émirs mamelouks Aybak et Aqtây. Officier de la garde, Mahmoud appartient à Aybak, et son ami Baybars à Aqtây, un prince arrogant et impitoyable, détesté par le peuple. Chagarat épouse Aybak, mais l’émir éconduit prépare la guerre civile. Afin d’éviter un bain de sang, la reine attire Aqtây dans un guet-apens et le fait assassiner. Dépité, Baybars quitte le Caire pour scruter l’avancée du péril tartaro-mongol en Syrie. Devenu sultan, Aybak veut gouverner seul, renvoyer Chagarat au harem et reprendre sa première femme ainsi que son fils débile à la cour. Mahmoud tente en vain de l’en dissuader. Alors qu’Aybak s’en va rejoindre son autre épouse, Chagarat charge Mahmoud de l’espionner, en échange de quoi elle lui accordera la main de Jihâd. Aybak gifle la reine, mais Mahmoud refuse d’être un tueur. C’est Boltaï qui assassine le sultan, dont la veuve étrangle à son tour Chagarat dans ses appartements. Boltaï fait enlever Jihâd du palais. Mahmoud la récupère au moment où Baybars annonce l’arrivée imminente de l’invincible Horde d’Or d’Houlagou Khan, dirigée par Ketboga. Mahmoud et Baybars prennent le commandement des troupes mameloukes et piègent l’ennemi au fond d’une vallée encastrée à Aïn Djalout, près de Nazareth, en Palestine (3 septembre 1260). À l’instant de la prière, quand les Mamelouks se prosternent, l’ennemi asiatique, ricanant, lance sa charge – ignorant qu’il est attendu au sommet des collines. Les croisés francs rescapés de Mansourah, ralliés aux Mongols pour reconquérir l’Égypte, hésitent à intervenir, mais lorsque la bataille tourne à l’avantage des Mamelouks, ils se retirent prudemment. Boltaï et Ketboga périssent dans la mêlée, Jihâd brandit les couleurs de l’Islam victorieux.
La légendaire sultane mamelouke Chagarat (Taheya Carioca) fait assassiner son époux Aybak (« Wa Islamah ! », 1961).
 La sultane Chagarat entre Mongols et croisés
« Wa Islamah ! » célèbre pour la deuxième fois à l’écran la légendaire sultane mamelouke - après « Shagârat ad-Dûr » en 1935 (cf. supra) -, mais également la victoire inespérée qu’ont remportée les armées musulmanes sur les Mongols à Aïn Djalout, sauvant le Moyen-Orient de destructions massives. Cette coproduction italo-égyptienne patronnée par Ramsès Naguib, le « Selznick du Nil », grand découvreur de talents, est basée sur le roman Wa Islamah du poète et auteur dramatique yéménite Ali Ahmed Bakatheir. Le scénario qu’en a tiré l’Américain Robert Hardy Andrews mêle allégrement bande dessinée et faits historiques. Ainsi, le personnage de Mahmoud, compagnon du grand Baybars, est inventé (1). Quant aux chevaliers francs, ils furent effectivement présents: la route de Damas était tenue par les croisés d’Acre, qui, contre toute attente, acceptèrent de laisser passer les Mamelouks sur leurs terres et fournirent du ravitaillement en vertu d’un accord de trêve. Il est vrai que les Mongols venaient d’incendier la ville franque de Sidon, rompant ainsi l’éphémère alliance franco-mongole. Ketboga Noyan, le chef des Mongols, un chrétien nestorien, lieutenant de la province perse d’Houlagou Khan, fut capturé et exécuté. Enfin, l’ambitieux prince Aqtây ne fut pas tué sur ordre de la reine, mais par trois officiers de son rival Aybak.
Taheya Carioca, la plus célèbre danseuse orientale des pays arabes, mariée 14 fois, idole du roi Farouk recyclée au cinéma dans les rôles de séductrices plantureuses, volontaires et vouées aux destins cruels (« La Sangsue/Chabâb imra’ah » de Salah Abou Seif, 1956), incarne une Chagarat délicieusement rouée et autoritaire. Mahmoud est joué par l’Égyptien Ahmed Mazhar, le futur « Saladin » de Youssef Chahine deux ans plus tard. Le Hongrois américanisé Andrew Marton, spécialiste des extérieurs exotiques, du Tibet à l’Afrique (« King Solomon’s Mines », 1950) et des séquences à grand spectacle pour d’autres confrères (« Ben Hur », 1959) tourne cette superproduction en CinemaScope et Eastmancolor dans les environs du Caire et aux studios Nahhas et Misr à Gizeh, avec l’appui de l’Organisme général égyptien pour le cinéma et la collaboration de régiments de l’armée de Nasser. Ce travail de commande, honorable mais sans surprises, lui vaudra d’être engagé en Libye pour diriger les batailles du Prophète dans « The Message /Al-Risâlah » de Moustapha Akkad (1976). Présenté au San Francisco International Film Festival de 1961.

(1) - Quoiqu’il pourrait s’inspirer de Mahmoud de Ghazni, le souverain afghan le plus marquant de la dynastie ghaznawi, ravageur de l’Inde septentrionale mort deux siècles plus tôt. À Aïn Djalout, le vainqueur des Mongols aux côtés de Baybars n’était pas ce Mahmoud, vaillant moustachu de photo-roman, mais Sayf al-Dîn Qutuz, le sultan mamelouk d’Égypte qui succéda à Chagarat. Baybars le renversa peu après.
1961La spada dell’Islam (L’Épée de l’Islam / La Reine de l’Islam) (EG/IT) d’Enrico Bomba et Andrew Marton
Enrico Bomba-Finanziaria Cinematografica Italiana (FI.C.IT.)-Ramsès Naguib-Misr Film, 1h37 min. – av. Silvana Pampanini (la sultane Chagarat al-Durr), Folco Lulli (l’émir Fâris al-Dîn Aqtây), Ahmed Mazhar (Mahmoud), Loubna Abdel-Aziz (la princesse Jihâd), Rouchdi Abaza (Baybars), Luisa Mattioli, Ema Andi, Federico Chentrens, Franco Corellli, Mario Dionisi.
La version internationale de « Wa Islamah ! » (cf. supra), coproduite avec l’Italie. Enrico Bomba, un tâcheron du cinéma-bis latin, en a réarrangé le scénario, interprété en partie par des acteurs italiens. Ainsi, la pulpeuse Silvana Pampanini, qui eut son heure de gloire au début des années cinquante (elle fut une Marguerite de Bourgogne assez déshabillée dans « La Tour de Nesle » d’Abel Gance, en 1955, cf. 6.2), incarne la reine Chagarat, et Folco Lulli, le traître adipeux d’innombrables nanars en costumes, joue son ennemi Aktay. Andrew Marton est crédité comme superviseur artistique et réalisateur des batailles. Le film étant destiné d’abord au marché nord-africain, il n’a eu qu’une distribution régionale en Italie et n’a guère été vu en Occident. - Pour l’anecdote, le titre italien évoque dans le public de la Péninsule des souvenirs particuliers: « La spada dell’Islam » (« Sayf al-Islam ») est le titre honorifique dont un chef berbère délirant ou opportuniste gratifia Benito Mussolini en mars 1937 à Tripoli, le régime fasciste s’étant autoproclamé protecteur des musulmans. (Khaddafi reprendra ce même titre.) – DE: Die Hunnen, US: Sword of Islam.
1965(tv) Celui qui ne croyait pas (FR) de Jean-Paul Carrère
ORTF (1e Ch. 4.5.65), 1h30 min. - av. Robert Party (Henry de Montségur), Jean Vinci (Raoul de Malrait), Henri Nassiet (l’abbé), Jean-Louis Le Goff (Le Nesic), Monique Lejeune (Aurore), Jacques Verlier (Philippe), Nicole Maurey (Jeanne), Evelyne Selena (Luce).
En 1255 au château de Montségur. De retour de la Septième croisade, Henry de Montségur a recueilli son compagnon d’armes, le comte Raoul de Malrait. Mutilé, ce dernier a perdu la foi lors de combats contre les infidèles. Il est devenu cynique et haineux et il s’acharne sur ses hôtes afin de semer le doute dans leur esprit. Tout le monde insiste pour que Henry se sépare de Raoul… D’après une pièce de Michel Sinniger ; tournage aux studios des Buttes-Chaumont, avec des extérieurs en Ariège.
1970(tv) La Complainte de Jérusalem (FR) de Jean-Paul Carrère
série « Chronique des siècles », ORTF (A2 19.5.70), 1h40 min. - av. Marc Cassot (Louis IX dit Saint Louis), Yves Arcanel (Joinville), Henri Vilbert (Guillaume de Flavacourt), Luliane Carolles (Blanche de Castille), Katherine Watteau (la reine Marguerite de Provence), Yvan Varco (Charles d’Anjou), Nicolas Silbert (Robert Ier, comte d'Artois), Maurice Gautmer (Alphonse de France, comte de Poitiers), Marcel Rouze (Jean de Beaumont), Yvon Sarray (Grez), Marcel Champel (Palma), Jean-Pierre Ducos (Sannois), Robert Darmon (l’émir Fakhr al-Dîn), Adnan Kaouthar (Baybars al-Bunduqdari), Pierre Boutran (Pisan), Patrick Verde (Apremont), William Jacques (Bretagne), Pierre Meyrand (Mauvoisin), Jean Marconi (Beaujeu). –
Récit de la Septième croisade en 1248, exclusivement composée de nobles du royaume de France, depuis le départ d’Aigues-Mortes en août 1248 jusqu’au retour humiliant en 1254, après la mort de la reine Blanche de Castille. Une émission de Jean Cosmos, Jean Chatenet et Jean-Paul Carrère.
1971Baybars, Asya'nin Tek Atlisi [Baybars, le cavalier solitaire d'Asie] (TR) de Kemal Kan
Saltuk Film, 76 min. - av. Serdar Gökhan (Baybars Ier, sultan des Mamelouks), Feri Cansel (la princesse Irène), Kadir Savvun (l'aubergiste Bilgiç), Zeki Tüney (Zenon), Daniel Topater (le prêtre Lukas), Yilmaz Kurt (Klintas), Nur Azak (Endoxiya), Sirri Elitas (Manuel), Resit Cildam (Plintas), Aidin Görsev), Giray Alpan, Lütfü Engin, Mehmet Ali Güngör (des Byzantins). - Le légendaire sultan des Mamelouks entre Byzance et les Croisés (cf. infra, film de 1982).
1982Sultan Beybars / Baybars / Beibars (RU/EG/IN) de Bulat Mansurov et Bulat Chmanov
Kazakhfilm (Achgabat)-El Alamia (Le Caire)-Agarwal (Bangalore), 2h23 min. - av. Nurmukhan Zhanturin / Nour Al-Cherif (Baybars Ier, sultan des Mamelouks), Farkhad Amankulov (Baybars jeune), Dawlet Beisenov (Baybars le guerrier), Mukhamadali Makhmadov (Shamil), Kenebai Dzhalliev (le sultan Al-Sâlih Ayyûb), Dimash Akhimov (l’émir), Li Man (Ho-Piv), Bolot Beyshenealiyev (Kalaun), Givij Sarchmilidzé (un cheikh), Gamlet Hani-Zadé (le chroniqueur), Tatyana Plotnikova, Daulet Bejsenov, Bogdan Khlemnitsky, Artyk Dzhallyiev, Giuli Chokhonelidze, Gia Lejava, Vladimir Yepiskoposyan, Ulan Tokulov, A. Tolkunova, D. Khudaibergenov, B. Beishenaliev, Roman Krikhely et Tenguiz Krikhely (deux Hindous), Leonid Kuravlov (l’anonyme).
Synopsis: Biographie de l’artisan mamelouk du relèvement musulman au Moyen-Orient face à la menace mongole et aux restes de la présence des croisés, racontée en flash-back: le vieux Baybars/Beïbars (v. 1223-1277) se souvient de sa petite enfance à Kiptchak (l’ancien Kazakh), dans la Grande Steppe, où il fut enlevé par des Mongols pour être vendu comme esclave à Damas. Il passe sa jeunesse à survivre (aux galères). Envoyé en Égypte, il entre au service du sultan ayyoubide Al-Sâlih Ayyûb comme garde de corps et reçoit une formation militaire. Il participe activement au coup d’État qui renverse la dynastie ayyoubide en faveur des Mamelouks en 1250, puis, aux ordres de la sultane Chagarat al-Durr (cf. film de 1935), à la capture de Saint Louis et de ses chevaliers à Mansourah, dans le delta du Nil. Dix ans plus tard, il remporte sur les Mongols la victoire d’Aïn Djalout qui sauve l’Égypte des destructions massives que vient de subir Bagdad. À son retour au Caire, il se proclame sultan et dirige tous ses efforts vers la destruction des États croisés. Il s’empare de Césarée (1261), de la forteresse des Templiers de Safed (1266), de Jaffa (1268), enfin de l’imprenable Krak des Chevaliers (1271). A la fin de sa vie, il abandonne le trône et rentre seul dans sa patrie turkmène (une contre-vérité, puisqu’il est décédé à Damas).
Une fresque filmée sur place au Turkménistan, en Égypte, en Inde (dans divers palais moghols bien postérieurs) et dans les studios d’Alma-Ata au Kazakhstan, avec un commentaire en off pompeux, mais une bataille assez impressionnante contre une forteresse des croisés présentant tout un arsenal de machines de guerre (une vingtaine de trébuchets sur roues, des trépans, béliers et arbalètes à tour). Elle est tournée en 1982, mais distribuée internationalement seulement en 1989. Dans la version soviétique, Baybars est interprété par trois acteurs différents selon l’âge du personnage (le sultan, l’enfant et le guerrier) ; dans les versions destinées à l’Inde et à l’Égypte, le sultan est joué par la vedette populaire Nour Al-Cherif (qui campera Averroès dans « Al-massir/Le Destin » de Youssef Chahine, 1997).
Le cimetière des croisés qui n’atteignirent jamais la Terre sainte (« I cavalieri che fecero l’impresa » de Pupi Avati, 2001).
2001*I cavalieri che fecero l’impresa / Knights of the Quest (IT/FR) de Pupi Avati
Duea Film (Antonio Avati)-Quinta Communications Group, Paris (Tarak Ben Ammar)-RAI Cinema (Mark Lombardo), 2h27 min. – av. Raoul Bova (Giacomo di Altogiovanni), Edward Furlong (Simon de Clarendon), Marco Leonardi (Ranieri di Panico), Stanislas Merhar (Jean de Cent-Acres), Thomas Kretschmann (Vanni delle Rondini), F. Murray Abraham (Delfinello da Coverzano, le navigateur), Carlo Delle Piane (Giovanni da Cantalupo), Edmund Purdom (Hugues de Clarendon), Loris Loddi (Jeannot de Plume), Franco Trevisi (Rolando dal Gesso, le forgeron sataniste), Lorenzo Balducci (Philippe III le Hardi, fils de Saint Louis), Marcus J. Cotterell (Louis IX, dit Saint Louis), Romuald Andrzej Klos (l’abbé aveugle), Yorgo Voyagis (Isacco Sathas), Orazio Stracusszi (le médecin de Louis IX), Sarah Maestri (Odilia), Luca Forcina (le moine maigre), Romano Malaspina (Amaury de La Roche), Giovanni Capalbo (Benoit), Giacomo Gonnella (le chef armurier), Stefania Rivi (la jeune fille du Paradis).
Synopsis: Le film débute en 1272 dans la basilique de Saint-Denis à Paris où le moine Giovanni da Cantalupo raconte au gisant de Louis IX l’étrange histoire du Saint suaire et le résultat de la mission qu’il lui avait confiée … Flash-back: alors qu’en Angleterre, à Salisbury, Hugues de Clarendon charge son fils Simon, à peine sorti de l’adolescence, d’apporter à Saint Louis (qui est parti une seconde fois en croisade) une mystérieuse lettre concernant une relique de grande valeur, le monarque français meurt de la peste devant les remparts de Tunis (août 1270). Cette Huitième et ultime croisade se solde par un échec sans pareil. Le plus jeune des croisés, Jean de Cent-Acres, dirige la troupe qui ramène le cœur et les ossements de Saint Louis en France ; son itinéraire, dit-on, est accompagné de plusieurs phénomènes miraculeux. En traversant la péninsule italienne, où population et monastères sont à la merci de barons sans foi ni loi, Jean se lie au fil d’incidents et de rencontres dramatiques avec trois autres chevaliers: Ranieri di Panico, Vanni delle Rondini, Simon de Clarendon et l’écuyer-forgeron Giacomo di Altogiovanni, stigmatisé par un pacte diabolique et qu’il faut faire exorciser. Simon leur révèle le secret de la lettre qu’il transportait: comment récupérer le Saint suaire. Saint Louis chérissait cette relique, la plus sacrée du christianisme, preuve de la mort et de la résurrection de Jésus avec laquelle il comptait confondre toutes les hérésies. Mais des ennemis dans son propre royaume, une secte commandée par Amaury de La Roche, grand prieur de France et maître de la Maison du Temple, l’ont subtilisée, cachée en Grèce, dans un labyrinthe avec d’autres trésors volés par les croisés à Constantinople, et l’utilisent à des fins blasphématoires. Les cinq chevaliers idéalistes s’embarquent pour Thèbes et trouvent la relique dans une chapelle souterraine qu’Amaury de La Roche fréquente avec sa secte à Kiritis, en Thessalonie. De retour en France, aux abords du château de Joligny, ils remettent la sainte relique au comte de Charny, un proche du nouveau roi, Philippe III, en présence du vieux moine da Cantalupo qui dirige la procession. Mais Charny, un des hérétiques du royaume, et le sinistre Amaury leur ont tendu un piège. Les cinq héros arrangent la fuite de Cantalupo, se jurent fidélité éternelle et meurent héroïquement en combattant une armée de plusieurs centaines d’hommes. Ils sont enterrés sans sépulture en un lieu secret.

À la recherche du Saint suaire, disparu pendant 150 ans
I cavalieri che fecero l’impresa (littéralement « les chevaliers qui se sont chargés de l’affaire ») est d’abord un roman de Pupi Avati paru en 2000 chez Mondadori. Co-scénariste du sulfureux « Salo » de Pasolini et cinéaste excentrique attiré par le fantastique et l’érotisme, Avati y brosse un hommage à la chanson de geste et à l’univers romanesque d’un Chrétien de Troyes ; il s’est adjoint à cet effet un consultant historique, le médiéviste florentin Franco Cardini, autorité suprême en Italie sur les croisades. Le Saint suaire a disparu lors du sac de Constaninople par les croisés en 1204 et est réapparu en France en 1356, propriété de l’épouse de Geoffroy de Charny. Le roman comme le film tentent donc d’expliquer ce qui est advenu au suaire pendant ce laps de temps, en contant la ballade épique d’une poignée de chevaliers qui défient le Mal pour ramener à la chrétienté sa plus sainte relique. Simon de Clarendon est l’âme pure du groupe et son inspirateur ; tel Perceval, il rencontrera dans une forêt vers Thèbes une « jeune fille du Paradis », sa Dame. Le projet est onéreux (Antonio Avati, le frère, assure un budget de 18 millions de $), car il nécessite une figuration importante et des extérieurs très variés, filmés en Technovision et Eastmancolor dans le Latium (Fiumicino, Anzio, la réserve naturelle de Lago Vico), en Ombrie (Assise, Pérouse, Campello sul Clitunno, Stroncone, Todi, Avigliano Umbro, Orvieto, Città di Castello), dans les Pouilles (Bari, Barletta, Vico del Gargano, Manacore, Monte Sant’ Angelo, Santa Maria di Siponto et Peschici, le parc national de Gargano), en Etrurie, dans le val d’Aoste, en France, en Écosse, en Tunisie (Monastir) et aux studios de Cinecittà à Rome.
Ayant confié le Saint suaire à l’Église, les cinq croisés "qui en savent trop" sont éliminés (« I cavalieri che fecero l’impresa », 2001).
 Le résultat à l’écran est visuellement somptueux, le soin particulier apporté à la reconstitution manifeste, mais l’ensemble boîte à plusieurs niveaux. La narration parfois confuse, le récit cahotant, le montage maladroit déséquilibrent une œuvre en soi attachante par son ambition, son originalité et ses parti-pris esthétiques. Les nombreuses touches de « gore » ou de flashes de violence graphique (l’excision du cœur de Saint Louis, la destruction de son corps dans un acide, des têtes tranchées, mains clouées aux arbres, nez coupés, entrailles sorties et mangées par les chiens), très à la mode, répondent plus au voyeurisme des temps modernes qu’à un souci sincère de réalisme. D’autres détails sont plus parlants, quand par exemple les miséreux dans les églises se nourrissent de la cire des bougies. Le seul rappel visible des boucheries au Proche-Orient se borne à l’hôpital militaire et surtout à l’immense cimetière adjacent à la demeure de Delfinello (F. Murray Abraham), avec ses croix à perte de vue: c’est là que reposent les victimes d’une croisade populaire n’ayant jamais atteint la Terre sainte. Voulant capter le mystère des temps révolus, Avati refuse obstinément de psychologiser, d’expliquer quoi que ce soit, et propose en finale une apothéose guerrière peut-être libératrice (cinq contre une armée) mais invraisemblable et que rien ne laissait entrevoir. On soupçonne son film de ne pas savoir ce qu’il veut être (aventure fantasque ou historique, quête mystique) ni à quel public il souhaite s’adresser. Un curieux mélange de poésie, de merveilleux et de grand-guignol qui remporte quelque succès en Italie mais reste inédit dans plusieurs pays, dont la France. Nomination au prix David di Donatello pour les meilleurs costumes (Nanà Cecchi). - US: The Knights of the Quest / The Knights Who Made the Enterprise – DE: Die Kreuzritter 4: Das Gewand Jesu (DVD).
2016The Sultan and the Saint (US) d'Alexander Kronemer
Jeremy Morrison, Barker White/Unity Productions Foundation (UPF), 58 min. - av. Alexander McPherson (saint François d'Assise), Zack Beyer (le sultan Mohammed Al-Malik al-Kâmil), Mark Falvo (un prêtre catholique), Michael Sigler (un prêtre romain), Benjamin Paul Morris (un chevalier romain), Mike Gonzales et David Cohen (des Croisés), Scott Zeiss, Patrick W. Boyer Jr., Brian Foreman (le cardinal), David Millstone (le conseiller de Comnène), Jeremy Irons (narration).
Docu-fiction sur la rencontre de saint François et du sultan d'Égypte, neveu de Saladin, en 1219 (cf. supra, film de 1960). Slogan de lancement: "A Film about Muslim-Christian Peace".