I - LE ROYAUME DE FRANCE

Un chevalier normand (Charlton Heston) aux prises avec le paganisme et les Frisons (« The War Lord » de F. Schaffner).

5 . LE ROYAUME FRANC AUX TEMPS DES CROISADES

LOUIS VII le Jeune 1137/1179
Né en 1120, fils de Louis VI. Épouses: Aliénor [Eléonor] d’Aquitaine (1122-1204), Constance de Castille (?-1160), Alix de Champagne (?-1206). Il participe à la Deuxième croisade dont il revient défait (1147/49) et divorce d’avec Aliénor d’Aquitaine (1152) qui l’a accompagné en Terre sainte, persuadé de son infidélité ; le geste est lourd de conséquences : Aliénor épousera Henry II Plantagenêt, comte d’Anjou, lequel, devenu roi d’Angleterre en 1153, possède désormais un tiers du royaume de France, une dangereuse enclave dite « l’Empire angevin » comprenant la Normandie, l’Auvergne, l’Aquitaine et la Guyenne. Aliénor sera la mère de Richard Cœur de Lion. Atteint de gâtisme précoce, Louis VII est détrôné par son fils Philippe Auguste.

PHILIPPE II dit PHILIPPE AUGUSTE 1179 / 1223
Né en 1165, fils de Louis VII. Épouses: Isabelle de Hainaut (1170-1190); Ingeborge de Danemark (1176-1236), Agnès de Méranie (?-1201). Il tente de placer son fils, le prince Louis le Lion (Louis VIII) sur le trône d’Angleterre, mais sa flotte est anéantie. En 1181, il fait expulser tous les juifs du royaume de France. Il participe à la Troisième croisade (1189/92), mais interrompt son séjour en Terre sainte pour combattre les Plantagenêts en France (Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre), faisant la conquête de la Normandie, du Maine, de l’Anjou, de la Touraine, du Nord du Poitou et de la Saintonge. Le monarque organise la croisade contre les Albigeois (1208-1213), le début de la persécution des CATHARES. En 1214 à Bouvines, il remporte une victoire mémorable contre la coalition de l’empereur Othon IV de Brunswick, petit-fils d’Aliénor et neveu normand de Richard Cœur de Lion, marquant ainsi l’indépendance du royaume de France vis-à-vis du Saint-Siège et de l’Empire romain (plus ou moins germanique). Pavée, dotée d’un système d’égouts, Paris devient la capitale de la monarchie, et Philippe Auguste un des monarques les plus puissants d’Europe. Il est le premier souverain à faire porter sur ses actes le titre de « roi de France » au lieu de « roi des Francs ». Son règne dure 44 ans et il meurt en laissant à ses successeurs un royaume trois fois plus grand que celui dont il avait hérité.

LOUIS VIII dit « le Lion » 1223 / 1226
Né en 1187, fils de Philippe II Auguste. Épouse: Blanche de Castille (1188-1252), petite-fille d'Aliénor d'Aquitaine. Il conduit une croisade contre les Albigeois, prétexte lui permettant d’annexer le Languedoc. A sa mort après seulement trois ans de règne, Blanche assure seule la régence pendant une décennie, jusqu'en 1236 - un fait exceptionnel au Moyen Âge. Femme de tête et de pouvoir, la fervente Castillane marque son temps par sa redoutable efficacité politique et sa piété, faisant face avec succès à la révolte des grands vassaux qui ne voient pas d'un bon oeil l'ascension d'une femme sur le trône.

LOUIS IX dit SAINT LOUIS 1226 / 1270
Né en 1214, fils de Louis VIII et de Blanche de Castille. Épouse: Marguerite de Provence (1221-1295). Il place la justice au-dessus des intérêts particuliers, quel que soit le rang social du coupable : hérétiques cathares, blasphémateurs et prostituées sont punis sans pitié. En 1240, la littérature juive talmudique, confisquée sur son ordre, est l'objet d'un procès à Paris qui aboutit à sa condamnation (1242), puis à son brûlement (1244); l'événement marque dans l'Hexagone le passage d'une société ouverte, dans laquelle la relation au juif faisait partie du réel quotidien, à une société fermée, affirmant qu'elle n'est que chrétienne. Dévot pur et dur, ayant en abomination juifs et infidèles, le roi organise et participe à la Septième croisade (1248-1254), six ans de combats au terme desquels il est fait prisonnier par les Mamelouks à Mansourah, en Égypte. Ayant lancé une Huitième croisade en Afrique du Nord, il y meurt de la peste pendant le siège de Tunis. Les deux tours de la cathédrale de Notre-Dame à Paris sont construites durant son règne, l’édifice est opérationnel dès 1250. Ayant racheté à Byzance les reliques de la passion du Christ (opération ruineuse pour le Trésor royal), il sera opportunément canonisé en 1297 à la demande de son petit-fils, Philippe le Bel : un saint dans la famille peut toujours servir quand on a l’intention de s’attaquer à l'autorité générale de l'Église, à la papauté et aux Templiers !
1899® King John (GB) de William Kennedy, Laurie Dickson et Walter Pfeffer Dando.
av. William Mollison (Philippe II Auguste), Gerald Lawrence (le dauphin Louis, futur Louis VIII), Herbert Beerbohm Tree (le roi Jean). – Philippe II Auguste et son fils combattent les Plantagenêts en Normandie, cf. Moyen Âge : Angleterre.
1910La Légende de la Sainte-Chapelle (FR) d’André Calmettes
Paul Gavault/Le Film d’Art (Paris). – av. Charles Le Bargy, Roger Monteaux. – Synopsis : Par une nuit d’orage, un jeune tailleur de pierre affamé trouve gîte dans une masure. Il se rend à Paris, Louis IX ayant ouvert un concours pour la création de la Sainte-Chapelle. Il révèle son projet architectural à un inconnu et s’endort. Son interlocuteur lui défonce le crâne et vole les plans qu’il présente au roi sous le nom d’emprunt de Pierre de Montereau. Èmerveillé, le roi le charge de la construction, qui va durer cinq ans. De plus en plus taciturne, accablé, Montereau se recueille en pleurant à Notre-Dame, demande le pardon. Pour toute récompense, il demande au roi à être confessé par l’abbé de la chapelle et disparaît ensuite dans un monastère. Entre-temps, le véritable auteur de l’édifice sacré s’est remis de sa blessure, mais il a perdu la mémoire. Celle-ci lui revient par bribes, et arrivé à Paris, il reconnaît son œuvre. L’abbé le console : Dieu connaît la vérité, et le jeune homme devra s’en contenter.
Henri Lavedan et Georges Lenôtre adaptent pour le cinéma la légende qui entoure la construction de ce chef-d’œuvre de l’art gothique, créé par Pierre de Montereau (alias Pierre de Montreuil, v. 1200-1267) entre 1242 et 1248 dans le palais royal de l’île de la Cité à Paris. L’ouvrage a été commandité par Saint Louis afin d’abriter la Sainte Couronne, un morceau de la Sainte Croix ainsi que diverses autres reliques de la Passion qu’il a acquises à Byzance. – US : The Legend of the Holy Chapel.
1910La Tragique Aventure de Robert le Taciturne, duc d’Aquitaine / Robert le Taciturne (FR) de Ferdinand Zecca et André Andréani
« Série d’Art » Pathé Frères S.A. (Paris) no. 3750, 600 m. – av. Stacia Napierkowska (la gitane), Louis Ravet (Robert le Taciturne), Madeline Roch (la duchesse Yolande). – Chanson de geste dont l’action se déroule au XIIe siècle, sous Louis VII le Jeune : rien n’égaie Robert, le duc d’Aquitaine, jusqu’à sa rencontre avec une gitane dont il s’éprend follement et qu’il voit même en rêve. Son épouse met fin à l’idylle en faisant jeter au cachot et tuer sa rivale. Inconsolable, le duc s’empoisonne. – US : A Tragic Adventure.
1910Folchetto di Narbona / Folquet de Narbonne (IT/FR)
Il Film d'Arte Italiana (Roma)-« Série d’Art » Pathé Frères S.A. (Paris), 236 m. – av. Gabriellino D'Annunzio (le troubadour Folquet de Narbonne), Attila Ricci (le comte Raymond de Toulouse), Gastone Monaldi (le chevalier Britanno), Francesca Bertini (Nelda). – Synopsis : Le troubadour Folquet séjourne au château du comte Raymond de Toulouse, où l’inspiration lui vient à travers Nelda, la belle nièce du comte. Mais celle-ci aime le chevalier Britanno. Le vieux comte adoube le troubadour et lui donne sa nièce en mariage. Lorsque la guerre éclate en Autriche, Folquet prend les armes. Quand il revient, son épouse s’est donnée à Britanno. Folquet ayant provoqué et tué son rival en duel, Nelda se jette sous ses yeux dans la mer du haut des rochers. Inconsolable, Folquet entre dans les ordres.
Gabriellino D’Annunzio, le fils du célèbre poète, pilier du Teatro Argentina à Rome, interprète (et probablement réalise) ce « Film d’Art » en s’inspirant de la vie du poète provençal Folquet de Marseille (ou Foulques de Toulouse, v. 1160-1231). Son amour déçu pour Eudoxie de Montpellier conduisit ce grand troubadour issu d’une famille génoise à se retirer du monde. Il devint moine de l’ordre de Cîteaux, puis évêque de Toulouse sous Louis VII le Jeune. – GB : Folchetto of Narbonne.
1912La Vie et la Mort de Saint Louis (FR) UNMC (Union des Nouvelles Marques Cinématographiques), Paris, 185 m. - La reine Blanche de Castille distribue de l'argent aux pauvres, tandis que son jeune fils, le futur Saint Louis, tel l'enfant Jésus, les console avec sourire et gestes affectueux. Devenu roi, il ordonne de libérer une colonne de prisonniers maltraités par leurs bourreaux. La fille d'un bûcheron se refusant à lui, Enguerrand IV de Coucy traîne le père devant le Tribunal du roi et l'accuse de vol. Saint Louis rend justice sous un arbre dans la forêt. La bûcheronne demande protection au roi, et celui-ci, convaincu de l'innocence de la demoiselle, fait chasser Enguerrand et condamner ses deux chevaliers félons pour faux témoignages. Il bénit ses sujets avant de s'embarquer pour les Croisades. Son armée est décimée par la peste, il ensevelit lui-même plusieurs soldats avant de succomber à son tour.
1935® The Crusades (Les Croisades) (US) de Cecil B. DeMille. – av. C. Henry Gordon (Philippe II Auguste), Katherine DeMille (Alix de France, sa soeur), William Farnum (Hugo, duc de Bourgogne). – cf. Croisades (4.2).
1950[Saint Louis, Ange de la Paix (FR) de Robert Darène; Zodiaque A.T.A., 24 min. - Commentaire de Jacques Viot dit par Gérard Philippe, sur un scénario de Darène et René Barjavel. - Court métrage réalisé à partir de miniatures, gravures et prises de vues documentaires. Primé au Festival International de Punta del Este (Uruguay) et à la Semaine Internationale du Film de Bruxelles en 1950.]
1952® (tv) The Life and Death of King John (GB) de Stephen Harrison. – av. James Dale (Philippe II Auguste), Richard Bebb (le dauphin Louis, futur Louis VIII), Una Venning (Aliénor d’Aquitaine), Donald Wolfit (le roi Jean). – Voir supra, King John (1899), cf. Moyen Âge : Angleterre.
1954® King Richard and the Crusaders (Richard Cœur de Lion) (US) de David Butler. – av. Henry Corden (Philippe II Auguste). – cf. Croisades (4.2).
Roland de Besançon (Rick Battaglia) protège les enfants de Louis VII contre des pillards sarrasins (« I reali di Francia », 1959).
1959I reali di Francia (Les Prisonniers de la tour / Épopées et amours de Roland de Besançon, chevalier de France) (IT) de Mario Costa
Alberto Manca-Schermi Produzione, 1h25 min. – av. Rick Battaglia (Roland, comte de Besançon), Chelo Alonso (Suleima), Livio Lorenzon (Ibn Salah/Basiroc), Gérard Landry (Gondrand), Gino Marturano (le prince Philippe Auguste, fils d’Alix de Champagne), Paola Quattrini (la princesse Marie, sa sœur), Andrea Scotti (Scoiattolo), Franco Fantasia (Saetto), Cesare Fantoni (le chef maure Akhir), Liana Orfei, Carlo Tamberlani, Nerio Bernardi.
Synopsis : Vers l’an 1175, le comte Roland de Besançon est envoyé par Louis VII au manoir de Châteaurouge, dans le sud de la France, pour chercher et raccompagner à Paris les enfants royaux, le jeune prince Philippe Auguste et sa sœur Marie qui séjournent auprès de leur grand-père. La province est envahie par des pillards sarrasins qui ont franchi la frontière franco-espagnole. Roland prend Suleima, fille du chef maure Akhir, en otage pour assurer la sauvegarde des « princes de France » pendant le voyage de retour, mais Gondran, capitaine de la garnison du fort, d’intelligence avec l’ennemi, l’aide à s’enfuir. Entre temps, Akhir est assassiné par un de ses officiers, Ibn Salah, qui prend le pouvoir. Enlevée par Roland alors qu’elle vient d’apprendre ses véritables origines (sa mère était chrétienne, ben voyons), Suleima se range à ses côtés. Roland rassemble les paysans spoliés et attaque les Sarrasins ainsi que leurs alliés, les mercenaires de Gondrand, à l’instant où ils vont s’emparer des princes royaux. Louis VII surgit à la tête de son armée, l’ennemi est anéanti et Roland peut épouser Suleima, dûment convertie à la Vraie Foi.
Une insignifiante bande d’aventures dans laquelle (selon la presse cruellement sarcastique) « les épées et les chevaux parlent plus que les acteurs », rehaussée par les minauderies de la danseuse cubaine Chelo Alonso en déguisement exotique (on vient de la voir dans La scimitarra del Saraceno, 1959). Tournage en Dyaliscope et Ferraniacolor aux studios Titanus-Appia et dans le Val d’Aoste (château de Fénis). – US : Attack of the Moors, The Kings of France (tv), DE : Die Gefangene der Sarazenen.
1962® (tv) Becket oder die Ehre Gottes (DE) de Rainer Wolffhardt. – av. Klaus Schwarzkopf (Louis VII), Heinz Baumann (Thomas Becket). – La pièce de Jean Anouilh : le 1164 à 1170, Louis VII accueille à Soissons et soutient Thomas Becket, l’archevêque intransigeant de Canterbury, contre Henri II Plantagenêt, ce dernier cherchant à placer l’Église anglaise sous la tutelle du pouvoir royal. – cf. Moyen Âge : Angleterre.
1962/63® (tv) Richard the Lionheart (Richard Cœur de Lion) (GB) (feuilleton télévisé). – av. Trader Faulkner (Philippe II Auguste), Prudence Hyman (Aliénor d'Aquitaine). – cf. Croisades (4.2).
1963® An-Nasir Salah ad-Din (Saladin) (EG) de Youssef Chahine. – av. Omar Al-Hariri (Philippe II Auguste). – cf. Croisades (4.2).
1964® Becket (GB) de Peter Glenville. – av. John Gielgud (Louis VII), Richard Burton (Thomas Becket), Pamela Brown (Aliénor d’Aquitaine). – Voir supra, « Becket oder die Ehre Gottes » (1962), cf. Moyen Âge : Angleterre.
Chrysagon (Charlton Heston) assure la protection du Pas-de-Calais contre les pirates frisons dans « The War Lord ».
1965***The War Lord (Le Seigneur de la guerre) (US) de Franklin J. Schaffner
Court Productions-Fraser Productions (Walter Seltzer, Charlton Heston)-Universal Pictures (Edward Muhl), 2h03 min – av. Charlton Heston (Chrysagon de la Crux), Richard Boone (Bors), Rosemary Forsyth (Bronwyn), James Farentino (Marc, son fiancé), Maurice Evans (Hugues de Bouillon, le prêtre), Henry Wilcoxon (le prince frison), Niall MacGinnis (Odins), Guy Stockwell (Draco, frère de Chrysagon), Sammy Ross (Volc, le fauconnier nain), Woodrow Parfrey (Piet), John Alderson (Holbracht), Allen Jaffe (Tybald), Michael Conrad (Rainault), Dal Jenkins (Dirck), Johnny Jensen (le jeune prince).
Synopsis : Saint-Omer (Pas-de-Calais), entre la Flandre et Artois, vers l’an 1150. Chrysagon, un chevalier normand, est chargé par le duc de Gand, son suzerain, de repousser les pirates du prince de Frise qui tentent de s’établir le long des côtes. Il s’installe dans son fief, une tour fortifiée bordant les marécages. Accompagné de son fidèle écuyer Bors, de son jeune frère Draco et d’une vingtaine d’hommes d’armes, il rejette à la mer les Frisons qui s’adonnaient au pillage dans son nouveau fief, et capture le jeune fils du prince. Parmi les villageois dont il assure désormais la protection, Chrysagon remarque la belle Bronwyn, promise à Marc, le fils du chef du village, Odins. Au soir des noces, il use de son droit de cuissage pour la posséder, mais au matin, tombé amoureux, il refuse de la rendre à son futur époux. Bronwyn l’approuve. Criant vengeance, Marc demande de l’aide aux Frisons qui donnent l’assaut au donjon. La situation des assiégés est critique. Draco cherche du renfort, puis, jaloux, tente d’éliminer son frère en combat singulier. Chrysagon doit le tuer. Il rend le fils captif au prince frison, lui confie Bronwyn et s’en va implorer le pardon auprès du duc. En route, il est assailli par Marc, qui le blesse grièvement. Bors exécute le villageois tandis que le chevalier, perdant abondamment son sang, part vers son destin.

Le mythe fabriqué du « droit de cuissage »
La pièce The Lovers est sorti brièvement à Broadway en 1954 (deux représentations !) avec Darren McGavin, Joanne Woodward et Hurd Hatfield dans les rôles principaux. Son auteur, Leslie Stevens, est connu des cinéphiles pour avoir écrit « The Left-Handed Gun (Le Gaucher) » (porté à l’écran par Arthur Penn, 1958) et réalisé des films cultes comme « Hero’s Island » avec James Mason (1962) ou « Incubus » (parlé en esperanto, 1965). L’intrigue de The Lovers se développe à partir d’un mythe pseudo-médiéval fabriqué au XIXe siècle, le fameux « droit de cuissage » (ius primae noctis), privilège féodal qui aurait permis à tout seigneur de passer la première nuit de noces avec les jeunes épousées de son domaine. Son existence est pourtant réfutée scientifiquement en 1857, puis en 1881, mais la chose s’accorde trop bien avec l’idée reçue d’un Moyen Âge barbare et tyrannique pour ne pas servir l’idéologie progressiste, républicaine et anticléricale du moment (Le droit du seigneur, une comédie de Voltaire datée de 1762, allait déjà dans le même sens). L’imagination populaire ainsi qu’une vulgarisation médiatique à grande échelle font le reste, même si aucun texte d’époque n’atteste ou documente ce soi-disant droit (1).
La tour normande fortifiée du chevalier Chrysagon est menacée par la tour d’assaut des Frisons (à dr.).
 N’empêche, la pièce de Stevens est dramatique à souhait et Charlton Heston, qui avait d’abord refusé de la jouer sur scène, en acquiert les droits cinématographiques en 1962 dans le but de produire lui-même le film avec son ami Walter Seltzer. Moyennant toutefois quelques sérieuses modifications, car la pièce ne fait pas appel aux Frisons et se clôt par le suicide de Douane (Bronwyn dans le film) quand celle-ci réalise la bain de sang que sa nuit au castel a provoqué ; le seigneur et l’époux s’entretuent sur son cadavre, et Grigoris, le moine qui commente le drame, bénit les corps malgré l’interdit de l’Église. L’ensemble se présente comme une enquête à la « Rashomon » de Kurosawa, Grigoris ayant comparé successivement le témoignage des trois victimes avant de leur donner l’absolution. La mise en scène du film est initialement confiée à Daniel Mann (spécialisé dans le théâtre au cinéma), le tournage prévu en Angleterre avec un budget coquet de 4,5 millions de dollars. Devenu partenaire de l’entreprise après le refus de la Columbia, Universal Pictures exige la réécriture du scénario de John Collier (jugé trop long) par Millard Kaufman, qui introduit divers archaïsmes et d’intéressantes annotations culturelles dans les dialogues. Le retard ainsi causé contraint Daniel Mann à se retirer. Il est avantageusement remplacé par Franklin J. Schaffner, deux cents dramatiques à son actif, quatre fois lauréat de l’Emmy Award et qui a dirigé Heston à la télévision dans un « Macbeth » pour Studio One. Brillant directeur d’acteurs, c’est l’homme qui monte.

Un austère chevalier normand face aux vestiges du druidisme
Pour partenaire féminine, Heston souhaite Julie Christie (qui vient de remporter l’Oscar avec « Darling »), mais Universal impose Rosemary Forsyth, un modèle d’origine canadienne que la firme a sous contrat. Henry Wilcoxon, ancien compère de DeMille, Richard Boone, vétéran du western, et l’acteur de théâtre Maurice Evans complètent l’affiche. Les costumes, admirables de justesse, sont du médiéviste italien Vittorio Nino Novarese (« El Cid », « The Agony and the Ecstasy », Oscar pour « Cleopatra » de J. L. Mankiewicz), qui supervise également la reconstitution du donjon fortifié à trois étages, austère, inhospitalier, claustrophobique. Celui-ci est recréé grandeur nature à Universal City, Hollywood (sur le backlot d’Upper Lake), et combiné avec des paysages marécageux photographiés à Marysville, dans le parc naturel de Colusa County et à Malibu, Calif., ainsi qu'avec des matte paintings d'Albert J. Whitlock. Coûts du décor : 250'000 $, soit la moitié de ce qu’aurait coûté un déplacement en Europe (tournage: octobre 1964 à janvier 1965). Heston, Schaffner et leur scénariste John Collier voient en « The War Lord » une histoire d’amour délicate mais tourmentée aboutissant à une tragédie d’ordre psychologique sur fond de rituels de magie et de vestiges de paganisme. Le sujet mêle luttes sociales et guerrières, rapports de maîtres et de vassaux, préjugés et erreurs d’un chevalier chrétien (Chrysagon signifie « porteur du Christ ») face à un monde encore imprégné de druidisme, dans un lieu perdu de l’Hexagone. Assagi, le prêtre local y a renoncé aux conversions et tolère totems et rituels d’autrefois. Mais Universal, qui n’y perçoit qu’un film d’action spectaculaire dans la lignée de « El Cid » (autre succès de Heston), prétexte un dépassement du budget et des « retakes » pour écarter Schaffner de la salle de montage. Le premier montage fait 2h54, près d'une heure est éliminée. Le studio fait couper la majorité des plans de magie et diverses petites touches servant à établir caractères, motivations, réactions, afin de déplacer l’impact dramatique sur le siège de la tour (les batailles sont réglées par Joe Canutt, le fils de Yakima). Cette mutilation en faveur de l’action pure, même partiellement corrigée par la suite (Schaffner réintégrera une partie des scènes coupées), font que les sentiments du personnage central sont parfois noyés dans le tumulte.
Grièvement blessé par un villageois pour avoir aimé une fille de la région, Chrysagon part vers son destin.
 Pourtant, « The War Lord » est une réussite majeure dans le genre et un des films favoris de Heston, seigneurial (avec ses fourrures, son casque à protège-nez et sa coupe de cheveux au bol), buté jusqu’à l’obstination, puis dérouté par sa soudaine passion. Loyal, resté chaste pendant vingt ans (il nomme son épée « mon épouse de fer ») et ayant toujours refusé de s’adonner au pillage, contrairement à son frère cadet qui le jalouse en tout, son chevalier pauvre endure la souffrance physique avec stoïcisme, bouleversant la jolie villageoise qu’il séquestre. En marge des superproductions médiévales à vocation purement divertissantes, cette œuvre crépusculaire, à la fois personnelle, cohérente, intelligente et techniquement magistrale aborde des thèmes chers à Schaffner : l’exploration de cultures différentes, l’exercice du pouvoir et le comportement de l’homme confronté à la violence, qu’il en soit l’instigateur ou la victime. L’assaut épique du donjon contraste avec la troublante nuit de noces de Chrysagon et Bronwyn, suivie d’une aube quasi irréelle, enclenchant un engrenage tragique que rien n’empêchera d’arriver à son terme. Les séquences de combat sont vigoureuses et féroces, d’un vérisme souvent épidermique. Quant aux images en Panavision et Technicolor, elles sont superbes, comme on pouvait s’y attendre venant de Russell Metty, le chef opérateur de onze films de Douglas Sirk, auréolé d’un Oscar pour le « Spartacus » de Kubrick, et qui a déjà travaillé avec Heston sur « Touch of Evil (La Soif du mal) » d’Orson Welles. Aux États-Unis, le film est mal lancé par Universal qui refuse de prendre le sujet au sérieux (« Il combattit deux empires pour l’amour d’une femme » ânonne la publicité), sa carrière y est décevante, mais il récolte en revanche un réel succès critique et commercial en Europe. Schaffner confirmera par la suite son grand talent d’imagier nuancé et intelligent avec « Planet of the Apes (La Planète des singes) » (1968), toujours avec Heston, et surtout « Patton » (Oscar de la mise en scène, 1970). – DE : Die Normannen kommen IT : Il principe guerriero, ES : El señor de la guerra.

(1) – On trouve au contraire des condamnations de seigneurs punis pour avoir abusé de leur position d’autorité pour commettre des abus sexuels (cf. Alain Boureau, Le Droit de cuissage. La fabrication d’un mythe, XIIIe-XXe siècle, Albin Michel, Paris 1995). Un autre droit médiéval totalement imaginaire bricolé au XIXe siècle est le prétendu « droit de ravage » autorisant à un seigneur de dévaster les champs de ses serfs.

Saint Dominique (Jean Negroni), fondateur des Frères Prêcheurs, est chargé d’anéantir l’hérésie cathare.
1966*(tv) Le Drame cathare (FR) de Stellio Lorenzi
Parties : 1. La Croisade – 2. Montségur (L’Inquisition)
« La caméra explore le temps » no. 46-47, André Castelot, Alain Decaux, Stellio Lorenzi/ORTF (1e Ch. 22+29.3.66), 2h26 + 2h41 min. / 2 x 60 min. – av. Jean Topart (Raymond VI, comte de Toulouse), Denis Manuel (Raymond VII, son fils), Pierre Asso (l’évêque Foulques de Toulouse), Henri Nassiet (Bertrand Marty, évêque cathare de Toulouse), William Sabatier (Simon IV de Montfort), Fred Personne (Pierre de Castelnau), Guy Vassal (Raymond Roger de Trencavel, vicomte de Carcassonne et de Béziers), André Valmy (Raymond-Roger, comte de Foix), Roland Ménard (Raymond de Péreille, seigneur de Montségur), Jean Négroni (saint Dominique, fondateur des Frères Prêcheurs), Claude Debord (Guillaume Arnaud), Jean-Marie Fertey (le comte de Mirepoix), Etienne Bierry (Guillaume, l’écuyer), Louis Arbessier (le consul de Toulouse), Maurice Bourbon (Peytavi), Germaine Delbat (Lombarda Peytavi), André Thorent (Pelleport), François Chaumette (le cardinal Saint-Ange, légat pontifical), Josette Vardier (Blanche de Castille), Fabrice Guttini (Louis IX enfant), Alain MacMoy (Hugues des Arcis), Hervé Sand (Guy de Montfort), Jean Barrez (Amaury de Montfort), Fred Ulysse (Caracous), Roger Crouzet (Guiraud), Jean Obé (le cardinal Ugolini, devenu pape Grégoire IX), Jean Michaud (le pape Innocent III), Daniel Le Roy (Jean Tisseyre), Christiane Lénier (Corba de Péreille), Martine Vatel (Esclarmonde de Perella), Frédérique Jeantet (Constance, fille de Raymond VI), Alain Nobis (Guy de Levis), Claude Leblond (Jean Le Vaudois), Antoine Marin (le chanoine Gervais), Jean Laroquette (Aimery de Montréal), Yvon Saray (Arnaud Amaury, archevêque de Narbonne), Jacques Danoville (Bouchard de Marly), Jean Laroquette (Aimery de Montréal), Marcelle Ranson-Hervé (Alice de Montfort), Bernard Garnier (l’anonyme).
Synopsis : Première partie : en 1208, Raymond VI, comte de Toulouse, règne sur tout le Languedoc, la terre occitane. Ses vassaux, le comte de Foix et Roger de Trencavel protègent ouvertement l’hérésie cathare. Raymond VI lui-même lutte à regret contre les hérétiques, la moitié de ses sujets ayant embrassé la foi nouvelle, l’autre moitié la tolérant. L’Église, responsable par ses abus de l’expansion foudroyante du catharisme, envoie Pierre de Castelnau, légat pontifical, enquêter sur place, mais l’« envoyé de l’Antéchrist » est assassiné. Innocent III proclame la croisade dite des Albigeois contre les cathares et pendant près de 40 ans, sous la conduite du comte Simon IV de Montfort, les armées du Nord vont ravager l’Occitanie. Les villes de Béziers et Carcassonne sont prises. En 1213, Montfort s’empare de Toulouse et Raymond VI s’exile à la cour d’Angleterre. Il reprend la cité quatre ans plus tard, Montfort met immédiatement le siège mais périt au cours des combats. Toujours excommunié, Raymond VI meurt d’une brève maladie en 1222. – Deuxième partie : jusqu’au siège de 1244 par les troupes de Saint Louis, le château de Montségur est le lieu de résistance des cathares et des faydits, ces seigneurs ou bourgeois dépossédés et bannis par le pouvoir royal. Le castrum subit quatre sièges depuis 1212, il est conquis en mars 1244 par Hugues des Arcis, sénéchal de Carcassonne, et Pierre Amiel, archevêque de Narbonne. Les vies des soldats et des laïcs sont épargnées, les « parfaits » qui se repentent sauvés. Deux cents cathares qui refusent de renier leur foi périssent sur le bûcher.

La persécution des Albigeois cathares, un sujet embarrassant
« Le Drame cathare » est à la fois le premier (télé-)film évoquant la croisade contre les Albigeois cathares, un sujet délicat que le grand écran a toujours soigneusement évité, et l’ultime épisode de la légendaire série « La Caméra explore le temps ». Cette anthologie d’événements historiques de l’ORTF, initiée en 1957, est mise en scène par Stellio Lorenzi, téléaste et bouillant syndicaliste communiste, et épaulée par les écrivains André Castelot et Alain Decaux, politiquement plutôt un tandem à droite. Malgré son caractère pédagogique, cette collection de 47 dramatiques est arrêtée à son maximum de popularité sur ordre du gouvernement de Gaulle. On lui reproche de choisir de plus en plus souvent des sujets qui dérangent ou qui divisent (initiative de Lorenzi), diffusés à des heures de grande écoute, de s’engager unilatéralement en faveur des droits de l’homme et de la liberté de penser contre le pouvoir central, de montrer l’Histoire par le petit bout de la lorgnette (énigmes & mystères) et de favoriser surtout des périodes où « les Français ne s’aimaient pas » (G. Pompidou). Les émissions sont toutes réalisées en direct en noir et blanc au studio des Buttes-Chaumont, avec insertion, dans le cas présent, d’extérieurs préenregistrés. « Le Drame cathare » possède une distribution qui force l’admiration, une lenteur un peu solennelle, un ton forcé, typique d’un certain théâtre historique télévisuel. Très charpenté, le scénario de Castelot et Lorenzi maintient une tension dramatique persistante que vivifient des dialogues souvent percutants.
Le martyre des Albigeois : Stellio Lorenzi reconstitue scrupuleusement l’éradication du catharisme.
 Et pourtant, le manichéisme outrancier du récit discrédite trop souvent la démonstration. Ainsi, l’authentique Raymond VI de Toulouse, protecteur idéalisé des Albigeois, était beaucoup plus retors, calculateur et cynique qu’il n’apparaît ici (il retourna plusieurs fois sa veste), et Innocent III, probablement le plus grand pape du Moyen Âge (il soutint saint François d’Assise dans la création de l’ordre des « frères mineurs »), beaucoup plus patient et humain que le pontife impitoyable du film. Enfin, comme le souligne Jean Belot, « pour martyrs qu’ils furent, les cathares formaient une secte animée par le fanatisme et l’intolérance, dirigée par des « parfaits » qui n’étaient pas des modèles de compassion » (Télérama, 28.2.01). S’ils condamnaient les mœurs dissolues du clergé, rappelons que les cathares rejetaient aussi les piliers du dogme chrétien liés à la création, au Christ et au salut. Dualistes, ils pensaient que seul un dieu inférieur avait pu créer le monde tel qu’il est. Ils aspiraient à une vie austère, émancipée des contraintes de Satan, à savoir le corps et la matière, et prônaient la chasteté totale, refusant la procréation, œuvre du Malin. Implicitement, ils rejetaient aussi tout le système féodal qui reposait sur la justice seigneuriale et le serment de vassal à suzerain. L’hérésie méridionale était donc perçue à Rome comme un corps gangrenant la chrétienté occidentale et qui expliquait les échecs des croisades voulus par Dieu en Terre sainte. La répression inquisitoriale ne fut cependant pas massive (elle toucha de 5 à 10% des cathares identifiés comme tels), et s’il y eut « volonté d’extirper l’hérésie, il n’y a pas eu celle d’exterminer les cathares » (J. L. Biget, L’Histoire, décembre 1994). Tout rapprochement entre les tribunaux dominicains du Languedoc au XIIIe siècle qui combattaient le catharisme et les exactions cauchemardesques de l’Inquisition espagnole aux XVe-XVIe siècles, par exemple, repose sur des contre-vérités.
Les Cathares de Lorenzi escaladent le bûcher sur la musique d’Alexandre Newski de Serge Prokofiev : il subissent ainsi un sort identique à celui des habitants de Pskov massacrés par un autre ordre chrétien, les impitoyables Chevaliers teutoniques. En choisissant pour la deuxième partie de son téléfilm la chute de Montségur (en fait une citadelle sans importance et excentrée par rapport au territoire cathare), le téléaste se rallie en quelque sorte au mythe dont le pasteur-écrivain Napoléon Peyrat s’est fait le propagateur (Histoire des Albigeois, 1872) et selon lequel ses défenseurs auraient été des héros de la tolérance et de la démocratie, voire de l’émancipation féminine ! Des historiens du calibre d’Emmanuel Le Roy Ladurie ou Jean-Louis Biget ont remis de l’ordre dans cet angélisme idéologique qui fait recette encore aujourd’hui, continuant à nourrir un ésotérisme de bazar, les mouvements régionalistes et le tourisme. Contrairement à ce qu’a voulu faire croire une certaine littérature républicaine et anticléricale (Michelet, Peyrat), le catharisme n’était pas une religion populaire, mais une hérésie savante soutenue par les élites urbaines et rurales, la petite noblesse menacée de déclassement social et la bourgeoisie aisée, avec son dogme, ses rites, son clergé, ce qui le rendait d’autant plus dangereux pour l’Église orthodoxe. Le lien entre catharisme et identité occitane ainsi que la référence aux rebelles camisards de 1703 ont également été forgés au XIXe siècle. Méconnaître ces données signifie ne pas pouvoir – ou ne pas vouloir – aborder la mentalité médiévale avec objectivité.
L’impitoyable lutte d’influence entre Aliénor d’Aquitaine et son époux, Henry II (Katharine Hepburn et Peter O’Toole).
1967/68*The Lion in Winter (Le Lion en hiver) (GB) d’Anthony Harvey
Joseph E. Levine, Martin Poll/AVCO Embassy-Haworth Productions Ltd., 134 min.. – av. Peter O’Toole (Henry II Plantagenêt), Katharine Hepburn (Aliénor d’Aquitaine), Anthony Hopkins (prince Richard [dit Cœur de Lion]), John Castle (prince Geoffroy Plantagenêt), Nigel Terry (prince Jean sans Terre), Timothy Dalton (Philippe II Auguste), Jane Merrow (sa demi-sœur Alix Capet/Alice de France), Nigel Stock (Guillaume le Maréchal), O. Z. Whitehead (l’évêque de Durham), Kenneth Ives (le garde de la Reine), Fran Stafford et Ella More (dames d’honneur).
Au château de Chinon à la fin décembre 1183. Comte d’Anjou, du Maine et de Touraine, duc de Normandie et roi d’Angleterre (pays dont il fait la conquête en 1153), Henry II Plantagenêt, né au Mans, sent l’âge venir ; la pensée de sa succession l’obsède. Impatients d’hériter le considérable territoire de l’empire Plantagenêt (qui recouvre alors la moitié de l’Hexagone), ses quatre fils se sont révoltés contre lui avec le soutien de leur mère, la redoutable Aliénor d’Aquitaine, et aussi celui de Philippe II Auguste, roi de la France capétienne qui se sent menacé par la puissance de son ambitieux voisin. La reine Aliénor est emprisonnée depuis dix ans outre-Manche, à Salisbury, pour avoir pris les armes contre son époux. Henri le Jeune, le dauphin couronné par anticipation, vient de mourir six mois plus tôt. Restent en lice trois autres fils, l’aîné Richard (futur Cœur de Lion), dit Richard le Poitevin, le cadet Geoffroy et le dernier-né Jean, dit « sans Terre », le favori paternel. Tous haïssent, craignent ou se méfient de leur géniteur. Saisissant l’occasion des fêtes de Noël, le roi réunit sa famille sous son toit, dans sa résidence en Touraine. En vérité, c’est une convocation d’État, qui inquiète fort la jeune maîtresse d’Henry, la princesse Alix de France, demi-sœur de Philippe Auguste, car lorsque Henry nommera son successeur, elle devra l’épouser pour garder intactes les possessions anglaises en France. Et son amant quinquagénaire souhaite couronner le cadet, Jean, maladroit, couard, mal lavé et peu intelligent, alors que le fougueux, brutal et batailleur Richard, duc d’Aquitaine, est le favori d’Aliénor. Le prince Geoffroy, qui étudie la stratégie militaire, semble, lui, né pour comploter. Outre son épouse qui goûte ces quelques jours de liberté, Henry II a également invité son ennemi et royal cousin Philippe Auguste, dix-huit ans. Pendant vingt-quatre heures, ces fauves s’observent, s’invectivent et intriguent, concoctent des marchés de dupes et pactisent pour mieux se trahir les uns les autres.
Aigrie par les innombrables infidélités de Henry et frustrée dans ses ambitions politiques, Aliénor menace de compromettre la position de son époux dans l’Hexagone s’il ne consent à un mariage immédiat entre son fils Richard et Alix, une union qui blesserait Henry, amoureux de la damoiselle. Courroucé par la déloyauté de ses rejetons dégénérés, Henry décide de faire annuler son mariage avec Aliénor et d’épouser sa maîtresse qui lui donnera un successeur plus digne pour l’Angleterre. Mais Alix refuse, car elle sait qu’à la mort de son époux, son enfant sera assassiné par la triade princière. Henry ordonne l’incarcération de ses trois fils rebelles et se résout à les tuer. Aliénor se rend au cachot avec des armes, les princes sont déterminés à se défendre. Henry survient mais réalise qu’il ne peut frapper sa descendance. Richard, Geoffroy et Jean quittent Chinon sains et saufs tandis qu’Aliénor retourne dans sa prison dans le Wiltshire en attendant la prochaine réunion de famille. Mari et femme se quittent presque amicalement, adversaires jurés, mais irrévocablement liés. Henry reste seul, face à sa plus cuisante défaite politique et à sa plus grande victoire personnelle.

Du Tennessee Williams en bure médiévale
La pièce éponyme de James Goldman a été créée à Broadway (Ambassador Theater) le 3 mars 1966 par Noel Willman, alignant 92 représentations à guichets fermés et interprétée par Rosemary Harris (Aliénor), Robert Preston (Henry II) et Christopher Walken (Philippe Auguste) (1). Si le profil général des protagonistes, les relations conflictuelles des Plantagenêts et la situation politique décrites dans la pièce comme dans le film sont plus ou moins justes, l’intrigue elle-même est entièrement inventée : il n’y eut pas de réunion de Noël à Chinon en 1183 (mais à Caen l’année précédente), aucun dialogue, aucune des manœuvres pour déterminer la succession au trône sont authentiques. Quoique de caractère despote et sanguin, Henry n’était pas un monarque aux passions sacrilèges et n’envisagea au grand jamais d’éliminer sa progéniture, lui qui demeura jusqu’à la fin de ses jours rongé de culpabilité par le meurtre de l’archevêque de Canterbury Thomas Becket en 1170. Son amour pour Alix, Alaïs, Alys ou Adélaïde de France (Capet), vingt-trois ans, relève de la fiction populaire ; fille de Louis VII et de sa deuxième épouse Constance de Castille, Alix fut promise à Richard dès l’âge de neuf ans ; devenu adulte, ce dernier refusa de l’épouser sous prétexte qu’elle aurait été séduite par son père. Certes, le roi « très chrétien » eut plusieurs maîtresses et une demi-douzaine de bâtards qu’Aliénor éleva d’ailleurs dans la nurserie royale. Il garda effectivement Aliénor prisonnière pendant plus de seize ans (captivité relative, car elle pouvait se déplacer dans le pays, mais sous surveillance). Toutefois, en 1183, c’était déjà un monarque affaibli par la maladie et, au dire des contemporains, précocement vieilli par les excès de toutes sortes.
Pour « The Lion in Winter », Anthony Harvey recrée un banquet au XIIe siècle d’une rare authenticité.
 La trame de Goldman (également auteur du scénario) transforme ce matériau en une sorte de vaudeville tragique qui se prête parfois même à la comédie, car à ses yeux, il y aurait dans le personnage d’Henry II un mélange d’humour et de violence. Ne nous épargnant aucun effet dramaturgique, aucune « scène à faire », il livre un psychodrame vociférant sur une famille gravement dysfonctionnelle, un rendez-vous de toutes les névroses contemporaines plus représentatif du théâtre du XXe siècle, de l’univers d’un Tennessee Williams ou d’un Edward Albee (Qui a peur de Virginia Woolf ?) que de l’esprit médiéval dont l’auteur ignore presque tout. Loin d’ouvrir quelque échappée shakespearienne sur la condition humaine, son scénario se contente de paroxysmes puérils. Les dissensions du couple tournent au règlement de comptes, à la corrida conjugale – « une grande mise en scène de ménage », titre ironiquement Le Canard enchaîné (31.12.69) – ponctuée de répliques acérées et bien senties. On s’accuse gaiement d’inceste (Aliénor-Richard), de sodomie (Richard enfant abusé par son géniteur) et de crimes les plus divers. On dénonce les « amours coupables » de Philippe Auguste pour ce même Richard ; en réalité, on savait les deux princes unis dans leur jeunesse par la plus vive amitié, mangeant au même plat, dormant dans le même lit, paraissant ensemble aux assemblées et aux festins traditionnels, un comportement peu rare au Moyen Age et qui n’impliquait pas nécessairement des rapports homosexuels. Mais tout facteur, toute rumeur servent ici à torturer, à humilier l’autre. La peinture de ce nœud de vipères familial est somme toute d’un intérêt bien maigre, n’échappant ni à la grandiloquence ni aux faux lyrisme. On ne peut que regretter que cette trame soit la seule dans l’actuel paysage audiovisuel à parler de la stupéfiante Aliénor d’Aquitaine (v. 1122-1204), une personnalité féminine qui aurait mérité un long métrage à elle seule. Présentée ici comme une Médée médiévale, un curieux cas d’amour-haine, la reine des Troubadours fut longtemps, et bien à tort, « comparée tantôt à Messaline et tantôt à Mélusine » (Régine Pernoud dans son remarquable Aliénor d’Aquitaine, Albin Michel, Paris, 1965). En réalité, Aliénor, morte à l’âge de 82 ans, a joué au XIIe siècle un rôle central, tant politique que culturel (mécène, elle favorisa l’expression poétique des troubadours en langue d’oc). Deux fois reine – son premier mari était Louis VII -, mère de dix enfants dont trois rois, femme de tête comme de cœur ayant défié l’empereur et menacé le pape, elle a gouverné son double royaume angevin anglo-français avec la plus clairvoyante maîtrise, jusque dans les domaines économique et social où elle sut, après le décès d’Henry II, corriger les nombreux abus de pouvoir commis par son époux. Ce sont ces mêmes abus qui la poussèrent à soutenir la Grande Révolte de ses fils et des barons du royaume en 1173/74, et non la soif de vengeance d’une femme bafouée, comme le laisse entendre le film.
La reine Aliénor défend ses trois fils, Geoffroy, Richard et Jean, contre la fureur assassine de leur père.
 Cela dit, le texte de Goldman offre des rôles en or pour de grands comédiens, et la production peut d’emblée s’offrir Peter O’Toole, ravi d’interpréter pour la deuxième fois Henry II Plantagenêt après le « Becket » de Peter Glenville (1964). Pour Katharine Hepburn, qui se remet difficilement de la disparition en juin 1967 de son compagnon de vie, Spencer Tracy, le rôle d’Aliénor constitue une thérapie salutaire ; elle possède la forte personnalité, la grâce et le rayonnement indispensables au rôle. O’Toole a vingt-cinq ans de moins que Katharine, Aliénor en avait vingt de plus que son second époux. Au moment où se joue le film, la reine est âgée de 61 ans, comme Miss Hepburn. Les deux monstres sacrés s’en donnent à cœur joie, cabotinant avec verve et talent. Quant au reste de la distribution, il compte ce qu’il y a de plus prometteur parmi les jeunes comédiens anglais : Anthony Hopkins du National Theatre, qui débute au cinéma, tout comme Timothy Dalton (futur James Bond), John Castle et Nigel Terry. Ancien acteur lui-même et ex-monteur de Stanley Kubrick (« Lolita », « Dr. Strangelove »), le réalisateur Anthony Harvey n’en est qu’à son second film ; il s’affirme passionné par le scénario de Goldman, « une extraordinaire démonstration de la pérennité des phénomènes de la solitude et de l’incommunicabilité aux moments vitaux de l’existence ». Il recherche un réalisme sans ostentation et son film présente effectivement un magnifique travail en matière de décors, de costumes, de couleurs et d’ambiance romane (photo : Douglas Slocombe), résultat qui fait cependant d’autant plus ressortir l’anachronisme des portraits psychologiques et la théâtralité pesante des situations. Le tournage s’effectue en Eastmancolor et Panavision de novembre 1967 à février 1968 aux studios d’Ardmore à Bray (Irlande) et de la Victorine à Nice, puis en extérieurs dans un amalgame fort habile de sites médiévaux, en particulier pour représenter Chinon dont il ne reste que des ruines : à l’Abbaye de Montmajour à Arles, à Fontvieille, à la chapelle de Saint-Gabriel près de Tarascon, au château de Tarascon (Bouches-du-Rhône), à Carcassonne, à la Tour Philippe-le-Bel à Villeneuve-lès-Avignon (Gard), à Aigues-Mortes, à Saintes-Maries-de-la-Mer et en Pays de Galles (plage de Marloes Sands, Milford Haven, château de Pembroke). Budgété à 10 millions de $, le film en rapporte le double. Il décroche une ribambelle de prix : trois Oscars (Katherine Hepburn remporte pour la troisième fois la statuette d’or, avec la musique envoûtante de James Barry et le script de Goldman) en plus de sept nominations (meilleur film, réalisation, costumes, Peter O’Toole), deux BAFTA Awards (Hepburn, musique) et six nominations, deux Golden Globe Awards (meilleur film, Peter O’Toole) et cinq nominations, le prix David di Donatello (meilleure production étrangère) et la Director’s Guild of America Award (A. Harvey). – Remake télévisé en 2003 (cf. infra). – DE : Der Löwe im Winter, IT : Il leone d’inverno, ES : El león en invierno.

(1) – La pièce sera montée par Pierre Franck au Théâtre de l’Œuvre à Paris le 18 octobre 1973, avec Edwige Feuillère (Aliénor) et Paul Guers (Henry II), dans une adaptation de Jean Sigrid.

1970® (tv) La Complainte de Jérusalem (FR) de Jean-Paul Carrère. – av. Marc Cassot (Louis IX), Katherine Watteau (la reine Marguerite de Provence). - cf. Croisades (4.3d).
Brian Cox joue le tyrannique Henry II Plantagenêt, roi angevin qui porte la « Couronne du diable » (1977/78).
1977/78(tv) The Devil's Crown / La Couronne du diable (GB/FR/CH/US/IT) d’Alan Cooke (1-6), Jane Howell (7-9) et Ronald Wilson (10-13)
Richard Beynon-BBC-TF1-Telecip-TSR-Time Life-RAI2 (BBC2 30.4.-23.7.78 / TF1 28.6.-20.9.81), 13 x 52 min. – av. Brian Cox (Henry II Plantagenêt), Charles Kay (Louis VII), Marc Harrison (Guillaume de L'Etaing), Freddie Jones (Bertrand de Born), Chistopher Gable (Philippe II Auguste de France), Michael Byrne (Richard Cœur de Lion), Jane Lapotaire (Aliénor d'Aquitaine), Lucy Gutteridge (Alix de France, sœur de Philippe-Auguste), Bruce Purchase (le comte d'Anjou), Michael Hawkins (Richard de Luce), Zoé Wanamaker (la reine Bérengère de Navarre), Peter Baldwin (le duc de Bourgogne), John Duttine (le prince Jean sans Terre), Lynsey Baxter (Isabelle d'Angoulême), Roger McBain (Adhémar d'Angoulême), Simon Gipps-Kent (le comte Arthur de Bretagne), Christopher Benjamin (Guillaume des Roches), James Cossins (Hugues IX de Lusignan), Lucy Durham-Matthews / Tracey Childs (Marguerite de France fillette / adolescente), Tony Church (Heinrich IV, empereur germanique), Jonathan Elso (Léopold, duc d’Autriche), Patrick Troughton (Guillaume le Maréchal), Ralph Michael (Hubert de Bourg, châtelain de Falaise), Ian Hogg (Guillaume de Briouse), Paul Greenwood (Geoffroy Plantagenêt), Brenda Bruce (l’impératrice Mathilde), Frederick Treves (Étienne de Blois), Jack Shepher (Thomas Becket), Roy Boyd (Ranulf de Granville).
Synopsis : Cette vaste chronique télévisée des « rois guerriers » angevins – Henry II Plantagenêt et sa turbulente descendance (Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre) – mêle les destinées de la France et de l’Angleterre, d’où une coproduction multinationale. En 1151, Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou, se rend à Paris, accompagné de son fils Henry, duc de Normandie, pour y rencontrer Louis VII, roi de France, son suzerain (« Pauvre et chétif Louis qui ne règne pas sur son royaume, soupire Geoffroy, c’est seulement une arène où s’affrontent les factions, Normandie, Blois, Anjou et Aquitaine, et chaque baron et chaque comte est roi sur ses terres ! »). À cette occasion, Henry fait la connaissance d’Aliénor, duchesse d’Aquitaine et reine de France, et en tombe amoureux. Aliénor n’ayant pas donné de descendance mâle à Louis VII, celui-ci fait annuler son mariage par le pape. Libre, Aliénor se remarie avec Henry Plantagenêt, qui ajoute ainsi à ses possessions la couronne ducale d’Aquitaine (1154). Devenu roi, Henry II nomme Thomas Becket chancelier d’Angleterre. Dépossédé de tous ses biens et exilé lorsqu’il s’oppose à son souverain, Becket se place sous la protection de Louis VII en France. Après le meurtre de Becket, Henry II fait pénitence et se rend à Poitiers où Aliénor s’est retirée au milieu d’une « cour d’amour » composée de damoiseaux, baladins et troubadours. Préoccupé de l’avenir de ses enfants et de son royaume, il a marié son jeune fils Henry à Marguerite de France, fille que Louis VII eut de son second mariage avec Constance de Castille. Il veut marier Geoffroy avec Constance de Bretagne, Richard avec Alix de France (deuxième fille de Louis VII et d’Aliénor), et Jean avec la fille du comte de Maurienne. Les années passent, Louis VII, âgé, et Henry II se recueillent sur la tombe de Becket et projettent de partir ensemble aux croisades. Devenue la maîtresse de Henry II, la princesse Alix voudrait se faire épouser, mais Aliénor refuse d’accorder le divorce à son mari. Lorsque Henry II décède, le jeune roi Richard, persuadé qu’il est la cause de la mort du père, veut se racheter en croisade et demande au roi Philippe II Auguste de l’accompagner. Ce dernier accepte à condition que Richard épouse Alix. Richard s’y engage … après la « Croisade des Rois ». Saladin, les manœuvres d’Aliénor et la captivité de Richard en Autriche mettent fin à ces projets. De retour du Proche-Orient, Philippe II Auguste s’empare du Vexin et de Gisors ; Richard lui déclare la guerre et érige un château fort aux Andelys pour protéger Rouen. Richard est tué à Châlus. Son frère Jean sans Terre, héritier de la couronne, enlève et épouse Isabelle, fille du seigneur d’Angoulême, promise à Lusignan. Pour le punir, Philippe II Auguste confisque la Normandie et Angoulême, terres qu’il remet au comte de Bretagne et que Jean tente vainement de reconquérir. Ayant perdu tout espoir de reprendre ses provinces françaises, Jean rentre en Angleterre où ses barons le forcent à signer la Magna Carta.

Les Angevins, maîtres d’un empire anglo-français qui s’étend de l’Écosse aux Pyrénées
Encouragée par l’écho public de la télésérie à l’antique « I, Claudius », chronique des empereurs julio-claudiens, l’année précédente, la BBC met sur pied une sorte de pendant médiéval aux turpitudes de l’ancienne Rome, fabriqué en couleurs à partir d’un scénario de Jack Russell et de Ken Taylor (dont Keith Miles et Claude-Jean Launay tireront un livre : La Couronne du diable – Les Angevins conquérants, chronique des Plantagenêts, Paris, 1979). Cette « Couronne du diable » possède à son tour son lot de caractériels, de cruautés, de trahisons et de scènes sanguinaires (une castration qui traumatise les jeunes spectateurs), servie en 13 épisodes, soit sur plus de douze heures. Tous les interprètes sont britanniques (même si, détail cocasse, les personnages historiques ne parlaient pas ou à peine l’anglais) ; l’acteur irlandais Brian Cox, qui sera Wallace dans « Braveheart » (1995) et Agamemnon dans « Troy » (2004), incarne un Henry II agressif, insolent, colérique, une prestation savoureuse. Chaque épisode débute par une vue de son gisant à l’abbaye de Fontevrault (« huit pieds de terre suffisent maintenant à celui pour qui la terre n’était pas assez vaste… »). Ce roi, face auquel le gentil Louis VII fait piètre figure, fut le maître d’un empire « donné par le diable », car « c’est un de ses tours les plus subtils que de nous accorder l’objet de nos prières… » L’action se déroulant sur trop de lieux géographiques différents – entre la France (majoritairement), l’Angleterre et la Terre sainte -, la production franco-anglaise opte pour une solution inaugurée avec « Les Rois maudits » de Claude Barma cinq ans plus tôt (cf. 6) : tous les « extérieurs » sont filmés au studio 6 de la BBC à Shepherd’s Bush (Television Center) devant des décors peints et ornementés par Tom Taylor. Ils sont toutefois stylisés ici en enluminures et complétés au premier plan par des éléments amovibles (tourelles, créneaux, portails) imaginés par David Myerscough-Jones et les sculptures gothiques de Morag McLean. Cela donne des effets de perspective étranges, une bi-dimensionalité qui n’est pas sans rappeler certains tableaux du « Henry V » de Laurence Olivier (cf. 7.5). Mais l’ensemble manque de flamboyance, d’espace et de souffle, et finit par s’abîmer dans une théâtralité lassante. – cf. aussi Moyen Âge : Angleterre.
Épisodes : 1. « If All the World Were Mine / Si le monde m’appartenait » – 2. « The Earth Is Not Enough / La terre n’est pas assez vaste » – 3. « A Rose, a Thorn / Une rose, une épine » – 4. « The Hungry Falcons / Les Aiglons affamés » – 5. « Before the Dark / Avant les ténèbres » – 6. « Richard – Yea and Nay / Richard… oui et non » – 7. « Lion of Christendom / Le Lion de la chrétienté » – 8. « When Cage-Birds Sing / Le Chant de l’oiseau prisonnier » – 9. « Bolt from the Blue / Un événement imprévu » – 10. « In Sun’s Eclipse / Quand le soleil a disparu » – 11. « The Flowers Are Silent / Les Fleurs sont silencieuses » – 12. « Tainted King / Le Roi souillé » – 13. « To the Devil They Go / Et ils retournèrent au diable ».
1980/81® (tv) The Talisman (GB) de Richard Bramall. – av. John Moreno (Philippe II Auguste). – cf. Croisades (4.2).
1982(tv) Saint Louis ou la Royauté bienfaisante (FR) de Jean-Claude Lubtchansky
TF1 (TF1 20.5.82), 1h10 min. – av. Didier Sandre (Louis IX dit Saint Louis), Patrick Floersheim (Jean de Joinville, son conseiller et biographe), Dominique Lacarrière (la reine-mère Blanche de Castille), Roland Monod (le Maître de l’Hôpital), Pierre Lafont (le Maître du Temple), Serge Lhorca (le pape Innocent IV), Albert Patrix (Robert d'Artois), Geroges Teran (le comte de la Marche), Sylvie Fennec (la reine Marguerite de Provence), Aurélien Recoing (Alphonse, frère du roi), Samson Fainsilber (le vieux chevalier), Josef Van Den Berg, Blaise Catala, Christiane Corthay (les troubadours).
Peut-on concilier sainteté et politique ? Lubtchansky propose un docu-fiction avant l’heure, un peu scolaire et austère, alternant reconstitutions avec acteurs en décors naturels, documents d’époque commentés et marionnettes animées par des troubadours (une création de Josef Van Den Berg). C’est par la voix de ces bateleurs que s’est transmise la légende d’un roi généreux, bon et courageux, gommant ainsi toute son intolérance et ses fatales erreurs stratégiques. En réalité, il fut aussi dur, coléreux et exigeant. Il chercha plus à convertir qu’à conquérir et abhorrait tout ce qui n’était pas chrétien. Auprès de ses coreligionnaires, il chercha plus à convaincre qu’à vaincre, mais défendit ses droits de Roi de France, fût-ce en s’opposant au pape lui-même. Le premier – et à ce jour unique – produit audio-visuel qui examine (d’un regard critique) la personnalité de Louis IX (1214-1270). Sa canonisation en 1297 fut demandée par son petit-fils Philippe le Bel (pas exactement un modèle de vertus chrétiennes, celui-là) dans un but manifestement politique.
Marina Vlady, resplendissante, au cœur d’une chronique sentimentale et familiale (« La Chambre des dames », 1983).
1983(tv) La Chambre des dames (FR/IT/CH/BE) de Yannick Andréi
TF1-RAI1-TSR-RTL-Technisonor (TF1 23.12.83-23.2.84), 10 x 52 min. – av. Marina Vlady (Mathilde Brunel), Henri Virlojeux (Etienne Brunel), Sophie Barjac (Florie Brunel), Raymond Didier (Louis IX dit Saint Louis), Nicolas Silberg (Côme Perrin), Frérédic Andréi (Philippe Thomassin), François Duval (Guillaume Dubourg), Monique Lejeune (Charlotte Froment), Nadège Clair (Charlotte Brunel), Mario Andersen (Arnauld Brunel), Carmela Velent (Gertrude Louvet), Harry Cleven (Artus le Noir), Claude Obalski (Bertrand Brunel).
Synopsis : Fraîchement mariés, Florie (fille de l’orfèvre parisien Brunel et de sa femme Mathilde) et Philippe Thomassin sont tous deux poètes à la cour de la reine Marguerite, épouse de Saint Louis. Florie est enlevée par Artus le Noir qui veut la violer, puis sauvée par Guillaume Dubourg, le cousin de Philippe, pour lequel elle éprouve un sentiment trouble… Vaste chronique sentimentale et familiale se déroulant sur trois générations, de 1246 à 1271, dans laquelle les protagonistes féminins subissent enlèvements avec rançons et chantage, font un pèlerinage à Saint-Martin-de-Tours, sont abandonnées par des époux partis aux croisades et sombrent passagèrement dans les méandres de la passion.
Au départ, il y a le best-seller éponyme de Jeanne Bourin (1979) qui se veut la saga féministe d’une famille de marchands et d’artisans (atelier d’enluminure) en Île-de-France au XIIIe siècle, « le grand siècle de la femme », selon l’auteur, où « elles pouvaient exercer toutes sortes de métiers: médecin, apothicaire, drapière, trouvère, armateur… Elles en profitèrent jusqu’au XVe siècle où, là, elles perdirent toutes leurs prérogatives et leurs droits ». Enthousiasmée par le livre, Marina Vlady se propose pour le rôle de Marguerite, resplendissante bourgeoise dans la quarantaine. Adapté pour le petit écran par Françoise Verny, le projet est préparé par Marcel Camus (« Orpheu Negro ») qui meurt à la veille du tournage. Andréi, responsable d’une réussite majeure dans le feuilleton de cape et épée (« Le Chevalier Tempête », 1967), reprend les rênes et réalise une mise en images séduisante, en soignant particulièrement décors et costumes. Tournage aux studios Cinecittà à Rome, en décors naturels en Italie, à Saint-Leu d’Esserent (Oise) et dans la forêt de Rambouillet.
1984® (tv) The Life and Death of King John (Vie et mort du roi Jean) (GB) de David Giles («The Shakespeare Plays»). – av. Charles Kay (Philippe II Auguste), Jonathan Coy (le dauphin Louis, futur Louis VIII), Mary Morris (Aliénor d’Aquitaine), Leonard Rossiter (le roi Jean). – Voir supra, « King John » (1899), cf. Moyen Âge : Angleterre.
Frère Étienne (Tcheky Karyo, à dr.) s’en prend à la guérisseuse Elda (Christine Boisson, au centre) dans « Le Moine et la Sorcière » (1986/87).
1986/87*Le Moine et la Sorcière / Sorceress (FR/US/CH) de Suzanne Schiffman
Bleu Productions (Annie Leibovici), Paris-Lara Classics (Pamela Berger), Cambridge-Séléna Audiovisuel-Sofinergie-La Cécilia-Ministère français de la culture-Georges Reinhart Prod.-National Endnowment for the Humanities (NEH), Washington, 1h38 min. – av. Tcheky Karyo (l’inquisiteur Etienne de Bourbon), Christine Boisson (Elda), Jean Carmet (le curé), Raoul Billerey (Siméon l’écuyer), Catherine Frot (Cécile), Fédor Atkine (le comte de Villars), Maria de Medeiros (Agnès, la muette), Gilette Barbier (la sacristaine), Nicole Félix (Madeleine), Jean Dasté (Christophe), Mathieu Schiffman (le jeune Artaud), Michel Karyo (Etienne jeune), Joëlle Bernier (la femme de l’église).
Synopsis : Envoyé de l’Inquisition dans un village des Dombes près de Lyon en 1239, Etienne de Bourbon veut à tout prix « débusquer l’hérésie ». Pour les villageois, l’hérétique, c’est le seigneur local, le comte de Villars, qui a inondé des terres fertiles pour en faire, à son seul profit, un élevage de carpes ! Mais frère Etienne est d’un autre avis et il finit par flairer l’existence d’un culte étrange voué à un certain Guinefort, saint et martyr, sauveur d’enfants. Sauf que le saint est un lévrier qui aurait, il y a un siècle, sauvé la vie du fils du comte en se sacrifiant. Il faut donc brûler Elda, la guérisseuse, la femme de la forêt qui préside à ces rites païens. Etienne la fait arrêter. Profitant des troubles, un paysan, prisonnier du comte pour lui avoir tenu tête, s’évade et s’enfuit grâce à la solidarité villageoise. Etienne découvre une jeune fille muette, la pupille du curé du village née d’un viol. Vieux prêtre plein de simplicité et de sagesse, le curé révèle alors à l’inquisiteur, entendu par lui en confession, l’impureté de ses motifs profonds, et réveille en lui un traumatisme lié à un péché de jeunesse. Etienne découvre ainsi que la seule hérésie est le manque d’amour. Car du seigneur qui viole les filles et vole les terres ou de la prétendue sorcière qui consacre sa vie à soigner les malades, lequel est l’hérétique ? L’inquisiteur relâche Elda et quitte le village.
Premier et unique film de Suzanne Schiffman, l’assistante et scénariste fétiche de François Truffaut, scripte aussi de Jacques Rivette et de Jean-Luc Godard, « Le Moine et la Sorcière » s’inspire des Exempla (anecdotes historiques) du célèbre inquisiteur dominicain F. Stephanus de Borbone ou Etienne de Bourbon (1190 ?-1261), qui « détruisit à Villeneuve-en-Dombes (dans l’Ain) la superstition ridicule des paysans de l’endroit, qui avaient fait de la tombe d’un chien un lieu de pèlerinage. » Le sujet a été traité auparavant par Jean-Claude Schmitt dans son ouvrage Le Saint Lévrier. Guinefort, guérisseur d’enfants depuis le XIIIe siècle (Paris 1979). Le scénario est écrit en collaboration avec l’historienne d’art américaine Pamela Berger (Boston College), qui est à l’origine du projet et qui décroche d’importants capitaux (940'000 $) pour le film auprès du National Endowment for the Humanities à Washington. (La production est d’ailleurs tournée en version française et américaine.) On filme en Eastmancolor dans le Limousin, à Saint-Augustin et dans le village corrézien de Meyrignac qu’un peu de paille sur les toits et un faux fronton devant l’église transforment en bourgade du XIIIe siècle ; les figurants sont recrutés sur place. Schiffman évite les écueils de la reconstitution facile en appliquant les principes de l’école historique française des Annales (la « nouvelle histoire »), qui tient compte de l’éthnographie, des conflits sociaux, de l’étude des mentalités et des interrogations qu’elle suscite. Son style est sobre et classique, austère parfois, mais jamais ennuyeux. Pour accuser l’universalité du thème, elle refuse les gros plans et invite ses interprètes à se distancier de leurs personnages. La réalisatrice réussit ainsi à la fois « une chronique pleine de tendresse qui respire la vérité historique » (Télérama. 11.1.89) et une œuvre rigoureuse qui prêche la tolérance. Échappant à la convention, son inquisiteur candide se montre faillible, indécis, tourmenté, humain ; à travers son acharnement à faire condamner Elda transparaît une haine inavouée des femmes (exacerbée par la beauté de l’accusée), le dominicain comblant son impuissance physique et morale par une rancœur farouche. Quant à l’accusée, ce n’est pas une magicienne, mais une guérisseuse fruste mais intelligente : elle représente l’intuition féminine opposée au savoir livresque, à l’intelligence normative du clerc. Bref, une histoire de sorcière sans bûcher ni messe noire, voilà qui méritait bien une nomination aux Césars 1988 comme meilleure première œuvre. – DE : Der Mönch und die Hexe.
1988® (tv) La Croisade des enfants (FR/CH) de Serge Moati. – av. Robert Hossein (Philippe II Auguste). – cf. Croisades (4.3b).
1992/93® Richard-Lvinoye serdetse [Richard Cœur de Lion] et Rytsar Kennet [Le Chevalier Kenneth] (RU) de Yevgeni Gerasimov. – av. Levam Mchiladzé (Philippe II Auguste). – cf. Croisades (4.2)
1997® (tv) Richard Cœur de Lion (FR/GB) de Ludi Boeken. – av. David Denfield (Philippe II Auguste). – cf. Croisades (4.2).
1997(tv) Guillaume et Ulrich – Au service des dames (FR/GB) de Ludi Boeken
série « Les Chevaliers », Planète-Raphaël Film-R&B Pictures-BBC-CNC, 50 min. – av. Graham Arnold (Guillaume IX, duc d’Aquitaine et comte de Poitou, 1071-1127), Matthew Aldridge (Ulrich von Liechtenstein), Louise Brant, Scott Worsfold, Michelle Cassidy, Melissa Howorth. – Docu-fiction sur les premiers troubadours, dont le chevalier et politicien autrichien Ulrich von Liechtenstein (1200-1278), auteur de l’apologie de l’amour courtois intitulé Frauendienst.
2001(tv) Les Cathares (FR) de Chema Sarmiento
Dominique Le Pivert Watrin/Arte-France 3 Sud-Grenade Productions (Arte 28.2.01), 1h27 min. – Docu-fiction comprenant des scènes reconstituées à l’Abbaye de Fontfroide (Aude), à Carcassonne, à Montségur, à Montaillou, à Saint-Gilles et à Toulouse, avec acteurs anonymes (rôles de saint Bernard de Clairvaux, saint Dominique, Pierre Maury) ainsi que de nombreux extraits en noir et blanc du téléfilm de Stellio Lorenzi (cf. 1966). Le scénario de Michel Roquebert et Anne Brenon fait intervenir historiens, philologues et théologiens qui, répondant au cordeau, dessinent un portrait tout en nuances du christianisme médiéval et des réactions de l’Église. – DE : Die Katharer.
Les cavalcades de deux frères, l’un botaniste, l’autre mercenaire, dans les Cévennes (« Le Frère du guerrier »).
2002Le Frère du guerrier (FR) de Pierre Jolivet
Les Films Alain Sarde-Bac Films-M6 Films-Little Bear-Canal+, 1h55 min. – av. Vincent Lindon (Thomas), Guillaume Canet (Arnaud), Melanie Doutey (Guillemette, son épouse), Brunelle Lemonnier (Hilde, leur fille), François Berléand (le curé), Thierry-Perkins Lyautey (le chef des brigands), Frédéric Lacave (Benoît), Arlette Thomas (l’abbesse), Anne Le Ny (Mme de Moteron), Roch Leibovici.
Synopsis : Les Cévennes en 1243. Fils d’une botaniste-guérisseuse réputée dont il a hérité le savoir, Arnaud vit avec Guillemette et leur fillette, Hilde. Lorsque la famille est agressée par des brigands et qu’Arnaud, battu jusqu’au sang, en perd la mémoire, son frère aîné Thomas, un archer mercenaire, intervient. Guillemette et Thomas parcourent la contrée de monastère en couvent à la recherche d’un remède à l’attention d’Arnaud et deviennent amants. Arnaud guérit et les deux frères exterminent les brigands mais ils périssent au cours du combat, laissant Guillemette seule avec son enfant.
Tentative intéressante du comédien-scénariste-réalisateur Jolivet de restituer aussi exactement que possible le climat social du Moyen Âge, en se tenant scrupuleusement aux recherches de Jacques Le Goff, Georges Duby et Emmanuel Leroy-Ladurie, aux descriptions de Chrétien de Troyes (pour les costumes) et en filmant dans le département le moins peuplé de France, la Lozère. Tournage dans les Cévennes, à Sainte-Enimie, à l’Abbaye de Pebrac et à Saint-Ilpize (Haute-Loire) et en Ïle-de-France. Coproduit par Little Bear, la société de Bertrand Tavernier, le film vaut plus pour son aspect documentaire que pour ses doses ascétiques de fiction. Le héros, mi-samouraï, mi homme sauvage, a le verbe rare, mais ses cavalcades et combats à l’arbalète ont du souffle.
Le remake télévisé de Kontchalovski, avec Jonathan Rhys-Meyers (à dr.) en jeune roi de France, Philippe Auguste.
2003(tv) The Lion in Winter / Lionheart (Le Lion en hiver) (US/HU) d’Andreï Kontchalovski
Robert Halmi Sr./Martin Poll Productions-Flying Freehold Productions-HCC Happy Crew Company-Hallmark Entertainment-Showtime Networks-Mat Movies & Television Productions GmbH-Co.Project IV KG (GB : 26.12.03, USA : 23.5.04), 2h33 min. – av. Glenn Close (Aliénor d’Aquitaine), Patrick Stewart (Henry II Plantagenêt), John Light (prince Geoffrey), Rafe Spall (prince Jean sans Terre), Andrew Howard (prince Richard [Cœur de Lion]), Yuliya Vysotskaya (Alais/Alix/Alice Capet, princesse de France), Jonathan Rhys-Meyers (Philippe II Auguste, roi de France), Clive Wood (Guillaume le Maréchal), Soma Marko (le jeune Jean), Antal Konrád.
Pour ce remake télévisé américain du film britannique de 1968 (cf. supra), James Goldman reprend tel quel son propre scénario, qu’il a lui-même tiré de sa pièce. À la demande du cinéaste russe Andreï Kontchalovski (« Maria’s Lovers », 1984), il fait toutefois précéder l‘intrigue d’un prologue explicatif qui résume l’écrasement de la Grande Révolte de 1173/74, menée par trois des fils de Henry Plantagenêt, Henry le Jeune, Richard et Geoffroy, écartés du pouvoir, spoliés de leur héritage, ainsi que par leur mère Aliénor d’Aquitaine ; suit l’arrestation de cette dernière, condamnée par son royal époux à quinze ans d’emprisonnement en Angleterre. Cette introduction peu dialoguée comporte de nombreux mouvements d’appareils nerveux qui contrastent avec le long huis-clos subséquent. Le téléfilm – tourné en Hongrie (studios Mafilm à Budapest) et au château de Spissky en Slovaquie – insiste sur l’hiver du titre, en montrant des paysages enneigés, le froid qui envahit les couloirs du château, la lumière gris pâle du petit matin, la glace qui s’est formée dans la cuve où se lave le roi, mais ce souci de réalisme n’englobe pas les festivités de Noël, furieusement anachroniques. L'action physique et la haine omniprésente sont plus violentes, les cadrages plus serrés. Par ailleurs, l’interprétation du drame égale à bien des égards celle de 1968, même si Glenn Close, impressionnante, froide et féroce, ne possède pas le charisme de la grande Katharine Hepburn. Les portraits de Henry II, plus autoritaire, moins pompeux aussi, et de Richard gagnent en subtilité ; Jean sans Terre, en revanche, apparaît comme un retardé borderline et obèse : on a peine à admettre qu’Henry II l’ait choisi comme successeur sérieux. Dans le rôle de la princesse Alais/Alix, la propre épouse du cinéaste Kontchalovski. Le téléfilm remporte un « Emmy » pour les meilleurs costumes et dix nominations en 2004, Glenn Close reçoit le « Golden Globe » et Kontchalovski est primé au Monte Carlo TV Festival. – GB : Lionheart, DE : The Lion in Winter – Kampf um die Krone des Königs, IT : The Lion in Winter – Nel regno del crimine – ES : El león en invierno.
2006(tv) Root Out Heretics / The Land of Error (La Fin des Cathares) (CA) de David Rabinovitch
série « Secret Files of the Inquisition (Les Dossiers secrets de l’Inquisition) », épisode 1, David Rabinovitch, Kirk Shaw, Mercedes Yaeger/Inquisition Prods.-Inside Film Studios—New Atlantis-France 5-Vision TV-Beyond International (CTV 1.2.06 / PBS 9.5.07), 45 min. – av. Natacha La Ferrière (Béatrice de Planisoles, châtelaine de Montaillou), Alex de Matos (le prêtre dévoyé Pierre Clergue), Eugenio Alvarez (l’évêque Jacques Fournier, futur pape Benoît XII), Tracy Dethlefs (Pierre Maury, le berger), Jean-Claude (Pierre Authier, prédicateur cathare), Ramon Lopez Palomares (Guillaume Authier, prédicateur cathare), Michelle Duquet (Grazide Biézer), Ron Lea (le pape Grégoire IX), Colm Feore (narration).
Synopsis : En automne 1308, le village occitan de Montaillou (sur les flancs des Pyrénées), dernier bastion des Cathares, tombe aux mains de l’Inquisition, une ultime traque aux hérétiques albigeois que dirige l’évêque Jacques Fournier, le futur pape Benoît XII. Nul n’est épargné, pas même le prêtre Pierre Clergue, un coureur de jupons opportuniste et sa maîtresse, la châtelaine des lieux, Béatrice de Planisoles (qui écope d’une année de prison et du port infâmant de la croix jaune). Cinq « parfaits » sont envoyés au bûcher, dont les frères prédicateurs Authier. – Une série docu-fictionnelle établie à partir des archives de l’Inquisition accessibles au Vatican depuis 1998, et tournée à Maderuelo (Espagne) et en Colombie Britannique (Canada) avec un budget de trois millions de $. Leur auteur, Rabinovitch, livre de jolies images agrémentés complaisamment d’exécutions et de tortures, incriminant l’Église catholique sans nuances ni explications, dans une perspective moderne et bien entendu laïque (l’interprétation est muette, couverte par un commentaire qui débite des platitudes). Une démonstration révisionniste sapée par sa propre superficialité.
2010® Robin Hood (Robin des Bois) (US/GB) de Ridley Scott. – av. Jonathan Zaccaï (Philippe II Auguste), Oscar Isaac (Jean sans Terre), Léa Seydoux (Isabelle d’Angoulême, son épouse), Eileen Atkins (Aliénor d’Aquitaine), Danny Huston (Richard Cœur de Lion). – Le film de Ridley Scott évoque par la bande, en prenant libertés et raccourcis d’usage, divers épisodes du conflit qui opposa Philippe II Auguste et les Plantagenêts dans l’Hexagone, conflit qui aboutit à la reconquête par le Capétien de toute la Normandie et des territoires angevins. (Rappelons que Jean sans Terre tenait sa cour à Bordeaux, Richard vivait en Aquitaine et leur mère Aliénor à Fontevraud.) Le récit débute avec le décès de Richard Cœur de Lion, frappé par un carreau d’arbalète lors du siège du donjon du château de Châlus-Chabrol (Limousin), en mars 1199. À la fin du film, le grand débarquement français sur les côtes d’Angleterre (près de Douvres ?) qu’une coalition de barons menée par Robin des Bois fait échouer, est en réalité un succédané synthétique de plusieurs événements. En 1211, la flotte de Jean sans Terre débarque à La Rochelle, mais l’armée anglaise est battue par le fils de Philippe Auguste, Louis, à la Roche-aux-Moines. Le monarque français envisage à son tour d’envahir l’Angleterre quand sa propre flotte est annihilée par une coalition anglo-flamande à Damme, en mai 1213. Enfin, en avril 1216, la flotte du prince Louis, réunissant mille deux cents chevaliers français et de nombreux opposants anglais, parvient à traverser la Manche. Les Français entrent à Londres où ils obtiennent des barons rebelles la reconnaissance du prince français comme l’héritier légitime du trône (Louis a épousé une petite-fille d’Henry II). L’intervention française sur sol britannique s’est faite à la demande des barons anglais déçus par la lenteur de Jean à redresser nombre des abus qu’ils avaient dénoncés lors de la signature de la Magna Carta. Jean meurt en octobre 1216. Si Louis réussit à débarquer sur l’île, il ne parvient toutefois pas à conquérir le royaume qui lui était offert (son armée sera écrasée par Guillaume le Maréchal, régent durant la minorité d’Henry III, en mai 1217) et il renoncera au trône d’Angleterre en signant le traité de Lambeth. – cf. Moyen Âge : Angleterre.
2012® (tv) Paris, la ville à remonter le temps (FR) de Xavier Lefebvre et Alexis Barbier-Bouvet ; Didier Busson/Gédéon Programmes-Dassault Systèmes-Planète+ (C+ 1.10.12), 90 min. – av. Vladimir Perrin (Louis IX dit Saint Louis), Ornella Bes (sainte Geneviève), Hélène Bizot, Antoine Stip, Laura Verecchia, Mathias Laliberté, Renaud Danner. – Les cinq mille ans de l’histoire de Paris dans une fiction à vocation pédagogique : un père embarque sa tribu dans une montgolfière à la découverte du passé.
2012(tv) Die Kathedrale : Die Baumeister des Strassburger Münsters / Le Défi des bâtisseurs : La Cathédrale de Strasbourg (DE/FR) de Marc Jampolsky
Christian Schwalbe, Heike Lettau, Claudine Planty/Seppia Film-ZDF-Art-Geie-Indi Film-CFRT-Binocle-Orange-France Télévisions-Histoire (Arte 15.12.12), 1h29. – av. Xavier Boulanger (Maître Erwin von Steinbach), Alexandre Cantini (Klaus von Lohre), Olivier Piechaczyk (Maître Gerlach), Jean Lotrain (Ulrich von Ensingen), Philippe Ohrel (Johannes Hultz), Loic Guingand (parlier d’Erwin v. Steinbach), Marc Schweyer (parlier de Gerlach), Lucas Sieger (parlier de J. Hultz), Alain Moussay, Benoît Haas, Philippe Couette, Pascal Gangloff, Raymond Roumegous, Raymond Bitsch, Patrick Nogues, Robert Goddard, Pierre Dourneau, Martin Adamiec, Paul Demange, Sylvain Urban, Bruno Helissen, Claude Delamarre, Sébastien Alsters, Jean-François Michel.
Docu-fiction instructif et détaillé (avec de très nombreuses reconstitutions et reconstructions en 3D) sur l’histoire de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg et, pour autant que l’on puisse le déterminer, le rôle de ses divers maîtres d’œuvre. En fin d’année 1276, l’évêque Conrad de Lichtenberg ordonne la construction du massif occidental. Le premier nom d’architecte attesté, celui de Maître Erwin von Steinbach (responsable de la façade et probablement de la rosace), apparaît en 1284, quand il entre au service de l’Œuvre Notre-Dame que dirigent des chanoines. La construction débute en l’an 1225, sous Louis VIII, quand un groupe d’artisans et d’ouvriers français ayant participé à des grands chantiers gothiques en Île-de-France comme Chartres et Reims s’installent au cœur de la cité. Elle sera stoppée en 1478, avec un seul clocher surmonté d’une flèche, lorsque des prédicateurs tels que Jean Geiler de Kaysersberg s’attaqueront aux fastes du clergé.
2012(tv) Labyrinth (DE/GB/ZA/CZ) de Christopher Smith
Moritz Polter, Christopher Hall/Tandem Communications-Scott Free (Ridley Scott)-Film Afrika WorldwideUniversal Production Partners (Sat1 14.1.13), 2 x 120 min. – av. Jessica Brown Findlay (Alaïs Pelletier du Mas), John Lynch (Simon de Montfort), Vanessa Kirby (Alice Tanner), Sebastian Stan (Will), Emun Elliott (Guilhem du Mas), Tony Curran (Guy d’Évreux), John Hurt (Audric Baillard), Katie McGrath (Oriane Congost), Tom Felton (vicomte Raymond-Roger de Trencavel), Bernhard Schir (Paul Authie), Matthew Beard (Sajhe), Adrian Galley (l’abbé de Citeaux), Jake Curran (Parfait de Languedoc), Graeme Bunce (Parfait de Pelletier), Dylan Edy (Muviel), Lena Dörrie (Rixende), Paul Hampshire (le bourreau), Michael James (Cathare chantant), Karl Jansen (Croisé), Audrey Shelton (évêque cathare).
En juillet 1209 dans la cité de Carcassonne, haut-lieu des Cathares que l’Église catholique a déclarés hérétiques. Récemment mariée, Alaïs Pelletier du Mas, dix-sept ans, reçoit de son père un manuscrit qui recèlerait le secret du Graal transmis par les Templiers. Son destin est d’en assurer la protection... En 2005, lors de fouilles archéologiques aux environs de Carcassonne, Alice Tanner, qui croise Alaïs en rêve sans la connaître, découvre dans une grotte deux squelettes et une bague mystérieuse que convoitent des individus peu fréquentables. L’inscription millénaire qu’elle parvient à déchiffrer lui fait comprendre un peu tard que son destin est désormais lié à celui que connurent les Cathares huit siècles auparavant… Une salade convenue d’allers-retours temporels qu’Adrian Hodges a tiré du best-seller éponyme de Kate Mosse (2005), un roman d’aventures historico-fantastiques qui s’est placé à la tête des ventes de librairie en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Tourné en extérieurs à Carcassonne et aux Cape Town Film Studios en Afrique du Sud. – DE : Das verlorene Labyrinth.
2013(vd) Richard the Lionheart (US/IT/RU) de Stefano Milla
Claang Entertainment-DOMA Entertainment-WonderPhil Productions,100 min. - av. Greg Chandler (Richard Coeur de Lion), Malcolm McDowell (Henry II), Andrea Zirio (Henri le Jeune), Burton Perez (Basiques), Judith Carrion (Ghaliya), Thomas Tinker (Philippe), Alice Luisiana Parente (une esclave), Stewart Arnold, Christopher Jones, Daniele Lucca, Veronica Cclilli. -
Se sentant vieillir, Henry II Plantagenêt a choisi son fils Richard Coeur de Lion pour régner sur l'Angleterre lors de la guerre imminente avec la France. Afin de tester la loyauté de Richard, son sens de l'honneur et ses capacités militaires, il l'envoie dans un lieu souterrain infernal où Richard doit affronter une série d'épreuves, d'obstacles et d'ennemis... Une idiotie en vidéo sans rapport avec l'histoire, mal jouée et réalisée avec des bouts de ficelle.
2014(tv) Saint Louis, sur la Terre comme au Ciel (FR) de Xavier Lefevre (fiction), Guillaume de Lestrange, David Jankowski, David Perrier (doc.)
série "Secrets d'Histoire" présentée par Stéphane Bern, Société Européenne de Production Jean-Louis Remilleux-France Télévisions (FR2 9.9.14), 84 min. - av. Vladimir Perrin (Louis IX dit Saint Louis), Émilie Hanz (Marguerite de Provence), Claire Rochelle (Blanche de Castille), François Marquet (Henri III).
Docu-fiction de la série "Secrets d'Histoire" sur Saint Louis dont les extérieurs fiction ont été tournés au château de Blandy-Les-Tours près de Melun avec l'appui de l'Association pour l'Histoire Vivante (société de reconstitution médiévale) sous la direction de Christophe Dargère. Les scènes filmées montrent divers aspects de la vie du roi, de son enfance à sa mort: le roi combattant, le roi juste, le roi charitable, le roi pieux (pour célébrer le 800e anniversaire de sa naissance). On glisse sur les Croisades, ou oublie les Cathares.
2015Richard the Lionheart : Rebellion (US/IT/RU) de Stefano Milla
Blinov Oleg Adrianovich, Phil Gorn, Stefano Milla/Claang Entertainment-DOMA Entertainment-WonderPhil Productions, 96 min. - av. Greg Chandler (Richard Coeur de Lion), Derek Allen (Henry II), Debbie Rochon (Aliénor d'Aquitaine), Marco Naggar (le prince Geoffroi), Brian Ayres (le roi Louis VII), Andrea Zirio (Henri le Jeune), Michael Lopes Cardozo (Guillaume le Maréchal), Rebecca Viora (Alys/Alix de France), David Callahan (Chester), Sharon Fryer (Magdalene), Giada Ghittino (Marie).
En 1173, l'Angleterre et la France sont en guerre. Henri le Jeune, Richard et Geoffroi, les trois fils de Henry II Plantagenêt, se rebellent contre leur père, avec l'appui de leur mère Aliénor d'Aquitaine et du roi de France, Louis VII. Aliénor est capturée par son royal mari. Richard dirige l'armée rebelle et conquiert la majorité des territoires anglais sur sol français, assiégeant son père à Rouen. Il découvre les ruses et trahisons des monarques des deux camps et rencontre sa fiancée, Alix de France, soeur de Philippe Auguste. - Le cinéaste turinois Milla colle de plus près à l'histoire (comparé à son film précédent, cf. supra), fignole décors et costumes, mais son récit reste un peu confus et la réalisation est sans imagination. Tournage en mars 1914 en Italie, dans la Vallée d'Aoste (le château de Fénis pour le siège de Rouen, le château d'Introd et Saint-Denis), puis en studio à Los Angeles. - DE: Henry II: Aufstand gegen den König.
2015(tv) Aliénor d'Aquitaine - une rebelle au Moyen Âge (FR) de Vanessa Pontet et Xavier Lefebvre (fiction)
série "Secrets d'Histoire" présentée par Stéphane Bern, Société Européenne de Production (Jean-Louis Remilleux)-France Télévisions (FR2 11.8.15), 95 min. - av. Nathalie Mann (Aliénor d'Aquitaine), Yannis Bougeard, Charles Durot, Dominique Engelhardt, Mickael Fuhs, Thierry Gary, Victoria Mestre.
Docu-fiction sur la première femme de pouvoir de l'histoire de France. Reine de France à 15 ans en épousant Louis VII, elle devient reine d'Angleterre à 30 ans, au bras d'Henri II Plantagenêt. Belle et rebelle, Aliénor est aussi visionnaire et stratège politique. Pour son époux anglais, elle fait naître la légende du Roi Arthur, puis négocie, traite, arme les bras de ses fils (Richard Coeur de Lion, Jean sans Terre) pour conserver le trône d'Angleterre comme sa très chère Aquitaine. Sous son règne, le royaume de Plantagenêts est le plus grand d'Europe. Tournages à Westminster, au château de Douvres, à Poitiers, à Chinon, à l'abbaye de Fontevraud, etc. Extraits des films "A Lion in Winter" de A. Kontchalovski (2003), "Heroes and Villains: Richad the Lionheart" de Nick Green (2008), "Arthur, King of the Britons" de Jean-Claude Bragard (2002), "Robin Hood" de Ridley Scott (2010), "Pillars of the Earth" de John Pielmeier" (2010), etc.
2018(tv) Blanche de Castille: la reine mère a du caractère (FR) de David Jankowski et Benjamin Lehrer
Série "Secrets d'histoire" présentée par Stéphane Bern, France Télévisions-Société Européenne de Production (SEP) (FR2 28.6.18), 105 min. - av. Julia Mugnier (Blanche de Castille), Matt Valmont (Louis VIII), Mathéo Cappelli (Philippe Auguste), Julien Delanoë (Saint Louis), Aubry Houillez (Thibaut de Champagne), Nina Lopata (Marguerite), Svitlana Smirnova (Aliénor d'Aquitaine).
Docu-fiction: le portrait d'une femme étonnante, qui sut composer à la fois entre son rôle de stratège politique pendant les dix ans de sa régence (après le décès de son époux) et de mère pieuse et dévouée. Elle eut douze enfants, dont cinq seulement parvinrent à l'âge adulte; de son fils Louis IX elle voulut faire un roi chrétient et elle en fit un roi vénéré par ses sujets et opportunément canonisé en 1297 par le pape Boniface VIII (dans l'illusion d'établir de bonnes relations avec Philippe le Bel, petit-fils du monarque).