I - LE ROYAUME DE FRANCE

Philippe le Bel (Georges Marchal), le monarque orgueilleux de « Les Rois maudits » (tv 1972).

6 . LES « ROIS MAUDITS »: PHILIPPE LE BEL ET SA DESCENDANCE (1285 à 1328)

PHILIPPE IV le Bel, persécuteur des Templiers
1285 / 1314
Né en 1268, fils de Philippe III le Hardi et d’Isabelle d’Aragon. Épouse: Jeanne de Navarre (1273-1305). En plaçant le pouvoir temporel au-dessus de l’autorité spirituelle, Philippe le Bel sonne le glas du Moyen Âge.
Sous son règne s’opère la centralisation administrative du royaume, l’organisation définitive des parlements et la création de la Chambre des comptes chargée de la gestion des finances royales. Lorsqu'il impose au clergé la levée de la décime, le pape Boniface VIII s'insurge, mais il finit par céder et, en 1297, pour sceller la réconciliation (toute provisoire) entre Rome et le royaume de France, il canonise le grand-père du roi, Saint Louis, mort à Tunis vingt-sept ans plus tôt.




Dans le comté de Flandre (« poison de la couronne ») que Philippe envahit en 1301/02, la milice flamande inflige aux chevaliers français deux lourdes défaites à Bruges et à Courtrai. La guerre mène le royaume au bord de la faillite. Pour renflouer ses caisses et rembourser ses dettes, il s’empare des biens des banquiers lombards et des usuriers juifs et ordonne l’altération de la monnaie avec, pour seul désir, bâtir le royaume de France en rompant avec l’esprit féodal et en établissant le prototype d’une monarchie moderne absolutiste à connotation nationaliste. Cent mille juifs sont expulsés du royaume. Les conseillers royaux de cet État prédateur sont laïcs (Étienne de Mornay, Guillaume de Nogaret), le conflit est ouvert avec le Saint-Siège à Rome où, à Anagni, au sud de Rome, le 7 septembre 1303, le roi fait arrêter et incarcérer le pape Boniface VIII, qui en meurt. Ayant réduit au silence le pape français Clément V à Avignon et appuyé par la bourgeoisie, Philippe le Bel ordonne l’arrestation de ses principaux créditeurs, les Templiers (1307), la saisie de tous leurs biens et, en mars 1314, le supplice des chefs, accusés d’hérésie, de satanisme et d’homosexualité lors d’un procès aussi infâme que truqué. Sur le bûcher, le grand maître du Temple, Jacques de Molay, aurait maudit Philippe le Bel, ses acolytes et toute sa dynastie (cf. infra).
En mai éclate le scandale (relié plus tard à la Tour de Nesle) de la condamnation de ses belles-filles adultères, Marguerite et Blanche de Bourgogne, qui le privent soudain de postérité. Surnommé « le roi de fer » ou « le roi de marbre », Philippe de Bel trépasse six mois plus tard, à l’âge de 47 ans, d’une chute de cheval. Il laisse quatre enfants, Isabelle de France (épouse d’Edward II d’Angleterre) et trois fils qui tous décéderont en moins de 14 ans, mettant fin à la dynastie des Capétiens :

LOUIS X le Hutin 1314/1316
Né en 1289, premier fils de Philippe le Bel. Épouses: Marguerite de Bourgogne (1290-1315); Clémence de Hongrie (1293-1328). Surnommé « le Hutin » (le querelleur), il se montre incompétent et manipulable, embourbant l’armée française en Flandres. Condamnée pour adultère, Marguerite de Bourgogne meurt étranglée en prison suite au scandale de la Tour de Nesle (l’affaire des « brus du roi ») en mai 1314, dont le philosophe Jehan Buridan (v. 1300-1358) serait un des protagonistes. Le chambellan du roi Enguerrand de Marigny (1260-1315) est pendu pour sorcellerie et malversations. Le roi meurt à 27 ans, vraisemblablement empoisonné par Mahaut d’Artois, après trois ans de règne.
PHILIPPE V le Long 1316/1322
Né en 1292, Philippe de Poitiers, deuxième fils de Philippe le Bel. Épouse: Jeanne de Bourgogne (1292-1330). Il reprend la politique de Philippe le Bel, mais meurt de dysenterie à l’âge de 30 ans, après six ans de règne.
CHARLES IV le Bel 1322/1328
Né en 1294, Charles de la Marche, troisième fils de Philippe le Bel. Roi de Navarre, il monte sur le trône à la mort de son frère Philippe, en vertu de la décision de 1316 qui a entériné le principe de l’exclusion des femmes à la Couronne de France. Epouses: Blanche de Bourgogne (1296-1326); Marie de Luxembourg (1305-1324); Jeanne d’Evreux (?-1371). Il meurt de maladie à l’âge de 34 ans, après cinq ans de règne. Sans descendance mâle, il est le dernier roi de la dynastie des Capétiens directs.

À la mort de Charles IV en 1328, seuls deux princes peuvent prétendre au trône de France : Edward III d’Angleterre, dont la mère est Isabelle de France, fille de Philippe le Bel, et Philippe de Valois, neveu de ce dernier et cousin germain des trois derniers rois.

De cette situation naîtra une guerre qui va durer plus de cent ans et achèvera le régime féodal.
La bergère (Laura Lukas) révèle au roi Philippe le Bel l’assassinat de son poète et ménestrel Catelan (1910).
1910La Véridique et Douloureuse Histoire de Catelan le Ménestrel (FR) de Michel Carré
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)/« Série d’Art » Pathé Frères S.A. (Paris), 255 m. (dont 205 en couleurs). – av. Roger Puylagarde (Catelan), Laura Lukas (Joliette). – Synopsis : Philippe le Bel demande à sa cousine Élisabeth de Savoie de lui envoyer son chansonnier Catelan. Chargé de rares parfums d’Orient, cadeau de la cousine au monarque français, Catelan est intercepté sur la route par six archers qui dérobent le royal présent et le tuent. Joliette, une bergère qui a recueilli le dernier soupir du poète, révèle au roi le guet-apens et lui remet la lettre d’Élisabeth dont Catelan était le porteur. Philippe le Bel fait arrêter et pendre les coupables, et élever une croix à l’endroit où fut tué le ménestrel. – US : Catalan, the Minstrel.
1969® (tv) Floris (NL) de Paul Verhoeven. – av. Rutger Hauer (Floris van Rosemondt), Dries Smits (Philippe le Bel), Jaap Maarleveld (le duc Karel van Gelre), Ton Kuil (le peintre Jérôme Bosch). – Le comté de Flandre est depuis 1297 une province du nord du royaume de France occupée par Philippe le Bel. Dans les aventures archi-populaires de « Floris », sorte de Robin des Bois flamand, les Bourguignons ont curieusement le beau rôle. Philippe le Bel revêt ici un peu la fonction idéalisée du Richard Cœur de Lion de la légende, alors que l’usurpateur flamand, le duc Karel van Gelre, a celui du prince Jean. Le monarque français apparaît même en personne dans l’épisode no. 6 du feuilleton (« De harige Duivel ») où il commande un tableau à Jérôme Bosch. Un péché de jeunesse de Paul Verhoeven (« Robocop », « Basic Instinct »). – cf. Moyen Âge : Espagne, Flandre occupée.
Robert d’Artois (Jean Piat) est au cœur des intrigues sournoises qui précipitent la chute des « Rois maudits ». ©INA
1972/73**(tv) Les Rois maudits (FR) de Claude Barma
Pierre Sabbagh/ORTF (TF2 21.12.72-24.1.73), 6 épisodes de 1h38, 1h44, 1h42, 1h47, 1h37 et 1h48 min. – av. Georges Marchal (Philippe le Bel), Jean Piat (Robert d’Artois), Hélène Duc (Mahaut d’Artois), Xavier Depraz (Jacques de Molay), Muriel Baptiste (Marguerite de Bourgogne), Michel Beaune (Edward II), Geneviève Casile (Isabelle d'Angleterre), Georges Ser (Louis X le Hutin), Jean Deschamps (Charles de Valois), Henri Virlojeux (cardinal Duèze, futur Jean XXII), José Maria Flotats (Philippe de Poitiers/Philippe V le Long), Gilles Béhat (Charles de La Marche/Charles IV le Bel), Benoît Brionne (Philippe VI de Valois), Jean-Louis Broust (Edward III prince de Galles), Denise Grey (Clémence de Hongrie), Vincent Gauthier (Gaultier d’Aulnay), Patrick Lancelot (Philippe d’Aulnay), Catherine Hubeau (Blanche d’Artois-Bourgogne), André Falcon (Enguerrand de Marigny), Catherine Rich (Jeanne de Poitiers-Bourgogne), Jacques Goasguen (Guillaume de Nogaret), Benoît Brionne (Philippe VI de Valois), Jeanine Crispin (Éliabel de Cressay), Pierre Gallon (Alain de Pareilles), Anne Kreis (Marie de Cressay), Louis Seigner (Spinello Tolomeï, banquier lombard), Jean-Pierre Joris (Évrard), Bernard Charlan (Englebert), Jacques Lalande (Frère Renaud), André Luguet (Hugues de Bouville), Claude Giraud (Roger de Mortimer le Jeune), Eric Kruger (le duc de Kent, frère d’Edward II), Catherine Rouvel (Béatrice d’Hirson), Jean-Louis Broust (Edward III, prince de Galles), Florence Dunoyer (Lady La Despenser), Jean-Luc Moreau (Guccio Baglioni), Pierre Nègre (Geoffroy de Charnay), Robert Party (Louis d’Évreux), Régis Outin (le commandeur d’Aquitaine), Patrick Préjean (Pierre de Cressay), René Roussel (Jean de Marigny), Gérard Dournel (Denis d’Hirson), Yvon Sarray (Thierry d’Hirson), Guy Saint-Jean (Jean de Cressay), Gilles Vidal (Hugh Le Despenser), Jean Chevrier (Gaucher de Châtillon), Alexandre Rignault (Robert de Clermont « le Fou »), Jean Amos (Caumont), Michel Bertay (Étienne de Martay), Claude Brosset (Souastre), Marcel Charvey (Mathieu de Trye), Victor Garrivier (Jean de Longwy), Jean Haber (Jean de Fiennes), Christian Bertola (Raoul de Presles), Michel Clainchy (Adam Héron), Françoise Engel (Mme de Bouville), Michel Favory (Miles de Noyer), Roger Jaquet (Jean de Forez), Ghislaine Porret (Jeanne la Boiteuse), William Sabatier (Leicester Tors-Col), Gérard Sandoz (Giannino), Pierre Marteville (le cardinal Orsini), Maurice Nasil (le cardinal Caetani), Robert Nogaret (Louis de Bourbon), Georges Riquier (Eudes de Bourgogne), Igor Tyczka (Jean de Hainaut), Serge Spina (Frère Tourier), René Alone (le Sénéchal Basset), Antoine Baud (Winchester), Teddy Bilis (le Lord Maire d’Harwich), André Chazel (Alspaye), François d’Arbon (Ogle le Barbier), Étienne de Swarte (Frère Guillaume), Samson Fainsilber (Mortimer le Vieux), Daniel Gall (Cherchemont), Jean Lanier (l’évêque Orleton), André Mathis (Maltravers), Roger Muni (Montpézat), Georges Aubert (Hangest), Christian Barbier (Artevelde), Annie Bertin (Jeanne de Divion), André Daguenet (Sire de Brécy), Raymond d’Anjou (l’archevêque Melton), Pierre Danny (Daveriel), Claude Debord (Villebreme), Norbert d’Orsay (l’archidiacre d’Avranches), Jacques Faber (Sire de Bucy), Pierre Fromont (Bohun), Françoise Giret (Jeanne de Beaumont), Pierre Londiche (Burgersh), Georges Maillat (Montaigne), Dominique Santarelli (Éland), Jean Valière (le clerc Mulet), Jean-Paul Zehnacker (Tesson), Françoise Meyruels (Angelina), Robert Lombard (Portefruit), Georges Staquet (Lormet), Bruno Balp (capitaine Bersumée), Jean Rupert, Jacques Cornet, Gérald Denizot (évêques d’Avignon), Denise Grey (Madame de Hongrie), Guy Marly (Stocz), Claudine Raffali (Eudeline), Jean Turlier (Kierez), Jean Desailly (commentaire).

Synopsis : 1. Le Roi de fer – Sur le bûcher, le Grand Maître des Templiers, Jacques de Molay, lance son anathème (cf. « Les Templiers », 1961). Robert d’Artois va être l’instrument involontaire de cette malédiction. Pour reconquérir son comté qui est passé à sa tante, Mahaut d’Artois, il se rend à Londres et fournit à Isabelle, reine d’Angleterre et fille de Philippe le Bel, les preuves de l’adultère des princesses royales, Marguerite, Jeanne et Blanche : « Vos trois frères sont cocus comme des manants » (cf. infra, le scandale de la Tour de Nesle). Scandale et condamnation. Le pape Clément décède. Persuadée par Robert d’Artois que Nogaret est responsable du sort de ses filles Jeanne et Blanche, Mahaut le fait empoisonner. En chassant à la forêt de Fontainebleau, Philippe le Bel a la vision d’une croix étincelante entre les cornes d’un cerf. Il tombe de cheval et meurt peu après.
2. La Reine étranglée – Accédant au trône, Louis X le Hutin est pressé de se remarier avec Clémence de Hongrie. Robert d’Artois fait signer à Marguerite de Bourgogne, emprisonnée, une confession selon laquelle Louis ne serait pas le père de sa fille, puis il la fait étrangler par un homme de main. Enguerrand de Marigny, qui a tenté de sauver Marguerite, est exécuté par Charles de Valois.
3. Les Poisons de la couronne – En juillet 1315, Louis X le Hutin épouse Clémence, dont il est très amoureux. Le prince Philippe demande à son frère de libérer sa femme Jeanne, toujours emprisonnée. Cyclothymique confus et peu sûr de lui, le roi est sous l’emprise de Charles de Valois, qui domine aussi l’état-major de l’armée. Valois le convainc d’écouter les doléances de Robert d’Artois contre sa tante, et cette dernière, folle de rage, fait empoisonner le Hutin. Or la reine est enceinte.
4. La Loi des mâles – Prévenu du décès de son frère, Philippe de Bourgogne se fait élire régent, tandis qu’à Lyon, le cardinal Duèze ruse pour devenir le pape Jean XXII. La reine Clémence met au monde un fils, Jean Ier le Posthume. Afin que son gendre Philippe soit reconnu roi et la débarrasse de son neveu Robert, Mahaut fait empoisonner le petit héritier du trône. Fin politique, Philippe devient ainsi roi à vingt-cinq ans, sous le nom de Philippe V le Long.
5. La Louve de France – Le roi trépasse après avoir bu l’eau polluée d’une rivière. Le pays va mal, on a massacré les juifs et les lépreux sans parvenir à éloigner le malheur. La couronne est passée entre les mains de Charles IV, belle gueule mais petite cervelle. En Angleterre, Isabelle, fille unique de Philippe le Bel, est mariée à Edward II, un homosexuel qui lui préfère son favori, Hugh Le Despenser. Ennemi du roi, Mortimer s’évade de la Tour de Londres et gagne la France. Sur conseil de d’Artois, Charles de Valois attaque et bat les Anglais en Aquitaine. Isabelle se rend en France avec son fils, prend Mortimer pour amant, lève une armée et contraint son époux à abdiquer en faveur de son fils. Hugh est massacré. Mortimer exige aussi la mort du roi déchu. Pour le tuer sans qu’il y ait trace de crime, on lui enfonce un tisonnier incandescent dans l’anus.
6. Le Lys et le Lion – York en 1328. Edward III d’Angleterre épouse sa cousine Philippa de Hainaut. Peu après, à Paris, Charles IV meurt sans héritier mâle et Edward III réclame le trône de France en tant que petit-fils de Philippe le Bel. Par intérêt, Robert d’Artois impose son beau-frère, Philippe de Valois, qui devient Philippe VI, puis falsifie des documents pour obtenir enfin justice, tandis que Béatrice d’Hirson, sa maîtresse, empoisonne Mahaut, puis sa fille Jeanne. En Angleterre, Mortimer détient le pouvoir. Il fait exécuter Kent, le frère du roi défunt, mais avec l’appui de barons révoltés, Edward III le fait pendre et écarte sa mère du trône. En France, Robert d’Artois a fait étrangler Béatrice qu’il soupçonne de l’avoir trahi à la cour. Philippe VI s’engage à classer l’affaire si d’Artois renonce à son comté. Ne pouvant s’y résoudre, ce dernier quitte la France et pousse Edward III à revendiquer le trône de France par les armes. La guerre est déclarée, le conflit va durer cent ans. D’Artois sera tué par une flèche française.
Paroxysme des sentiments, hiératisme austère, splendeur des coloris et des costumes sont les atouts de Claude Barma.
 La saga historique de Maurice Druon devient une série culte
Les Rois maudits est un roman-fleuve en sept tomes de Maurice Druon, de l’Académie Française, écrit en collaboration avec une équipe de chercheurs sous la direction d’Edmonde Charles-Roux : Le Roi de fer (1955), La Reine étranglée (1955), Les Poisons de la Couronne (1956), La Loi des mâles (1957), La Louve de France (1959), Le Lis et le Lion (1960) et Quand un roi perd la France (1977). La saga relate la fin de la dynastie tricentenaire des Capétiens directs, marquée par les rancœurs, la jalousie, les traîtrises et les poisons. Gaulliste convaincu, éphémère et très contesté ministre (ultraconservateur) des Affaires culturelles sous Pompidou, Maurice Druon identifie Philippe le Bel au Général, une comparaison qui laisse pour le moins songeur. Sans craindre l’anachronisme, le romancier voit en ce monarque assoiffé de pouvoir et magouilleur le premier constructeur de la nation française, sous-estimant dans ce contexte tout le climat et les enjeux religieux de l’époque. À ses yeux, les Capétiens sont des héros tragiques, shakespeariens. Chaque volume est consacré au règne de l’un des Capétiens (le dernier concerne le premier des Valois, Philippe VI). Robert III d’Artois (1287-1342) est le personnage central qui relie les différentes parties du récit. À l’origine de cette trame parallèle, une sombre affaire d’héritage : Mahaut ou Mathilde d’Artois (1270-1329), veuve du comte Palatin de Bourgogne et un des douze pairs du royaume, a succédé à son père à la tête du comté sans faire aucun cas de son neveu, Robert, alors âgé de 11 ans, orphelin du frère aîné de Mahaut, mort quelques années auparavant. Désormais, Robert est prêt à toutes les infamies, au parjure, au chantage, voire au meurtre, pour reconquérir le comté dont « la gueuse » l’a spolié. Possédés par le démon, tante et neveu intriguent l’un contre l’autre pour trouver de nouveaux appuis au gré des rois qui passent. Druon fait de Mahaut une empoisonneuse et la meurtrière de Louis X le Hutin, de Jean Ier le Posthume et de Nogaret, ce qui est historiquement infondé. Tout en défendant ses droits, l’authentique Mahaut, donatrice généreuse et protectrice des arts, n’a a aucun moment cherché à envenimer les querelles. En revanche, il est vrai que l’obsession de la terre chez son neveu Robert en fera l’artisan de la guerre de Cent Ans.

La plus vaste et la plus longue dramatique de la télévision française
Le feuilleton que Claude Barma et son scénariste Marcel Jullian tirent de l’œuvre de Druon fait date dans l’histoire de la fiction télévisuelle en France : durant six semaines à partir de Noël 1972, il tient le pays en haleine, affichant un record inégalé de 38% à l’audimat. Jullian, résistant royaliste, membre de l’Unité capétienne, écrivain, fondateur d’Antenne 2 et plus tard l’artisan des plus grands succès du tandem Gérard Oury-Louis de Funès, donne à son adaptation un rythme trépidant. Le casting (44 rôles) est de premier ordre, dominé par Jean Piat en d’Artois, ce « grand loup cruel et faux », écarlate du pourpoint aux bottes, aristocratique, hypnotisant, véhément, débordant d’une énergie brute (Jullian avait déjà scénarisé le « Lagardère » de Piat pour le petit écran en 1967). Il est sociétaire de la Comédie-Française, tout comme Geneviève Casile (royale en Isabelle de France, reine triste) et Louis Seigner, le banquier lombard des Capétiens. Cantonnée dans des rôles de grandes bourgeoises caricaturales, Hélène Duc atteint le sommet de sa carrière en Mahaut d’Artois, l’âme aussi noire que tourmentée. Philippe le Bel est interprété par l’Adonis musclé du cinéma d’aventures historiques franco-italien, Georges Marchal, cruel, racé et rigide. Ne pouvant recréer de manière crédible ou simplement vraisemblable la France du XIVe siècle, Claude Barma choisit de théâtraliser radicalement sa mise en scène. Le feuilleton (en couleurs) est presque entièrement filmé au studio des Buttes-Chaumont. Barma y supprime tout décor construit « afin que les visages deviennent le seul élément dramatique. Les costumes et les objets suffisent à situer les personnages qui évoluent sur des fonds de tulle peints donnant à l’image une atmosphère floue et poétique. » Ces fonds colorés subtilement à la gouache en fonction des ambiances souhaitées sont une réussite majeure, créant une impression inattendue de profondeur et de réalisme. Maurice Valley, le décorateur, opte pour des panneaux amovibles de six mètres de haut, placés à l’arrière-plan, tandis que les acteurs jouent devant la caméra avec un minimum de meubles ou d’accessoires. Les quelques 40 décors par épisode ont nécessité 25'000 mètres carrés de tissu dont 16'000 peints.
Barma se dit « inspiré du théâtre de Shakespeare dont la dramaturgie est faite de scènes courtes, où les personnages s’affrontent au paroxysme de leurs sentiments. Ce qui m’intéresse, c’est de montrer en gros plan leur violence, leur haine, leur avidité » (Télé 7 jours, 16.12.72). Au début, tous les protagonistes, alignés et immobiles, sont présentés par une voix en off. Le ton est déclamatoire, la syntaxe ampoulée, l’action commentée et expliquée (sur un fond musical magnifique de Georges Delerue), dans un souci pédagogique évident. Certains fauves de cette galerie sulfureuse s’adressent directement à la caméra, provoquant un effet de distanciation alors inédit à la télévision. Il en résulte une rigueur, un statisme un peu surranné, une lenteur et une austérité parfois pesante mais qui offre au texte la possibilité de s’épanouir et aux enjeux dramatiques de se développer sans le parasitage que constitue parfois à la télévision une reconstitution trop pauvre. Cela n’exclut pas une dose de violence et de crudité, timide quoiqu’osée pour l’époque (scènes de torture, mains ensanglantées des bourreaux, un zeste de nudité). Barma tourne ainsi la plus vaste et la plus longue dramatique vidéo de la télévision française (9 heures), dont le style aride, très Théâtre National Populaire, demeure d’une redoutable efficacité. Son succès phénoménal va inspirer à l’étranger d’autres sagas familiales teintées de sanglantes turpitudes comme « I, Claudius » (1976) sur les Julio-Claudiens ou « The Devil’s Crown/La Couronne du diable » (1977) sur les Plantagenêts (cf. 5), en attendant les Borgias et les Tudors.
1977(tv) C’est arrivé à Paris (FR) de François Villiers
(TF1 23.12.77). – av. Jean-Pierre Bernard (Jehan Buridan), Jacqueline Danno (Marguerite de Bourgogne). – La directrice d’un théâtre parisien à la recherche d’un sujet de spectacle rencontre trois énigmatiques personnages qui l’invitent à une promenade historique et littéraire dans Paris à travers les siècles (scénario de Claude Brûlé).
Le jeune Dirk (Luc Springuel) rallie l’insurrection flamande contre Philippe le Bel dans un feuilleton pour la jeunesse belge (1978).
1978(tv) Dirk van Haveskerke (BE) de Paul Cammermans
Belgische Radio en Televisie-SDR-DFF (BRT 25.1.78), 6 x 45 min. – av. Luc Springuel (Dirk van Haveskerke), Senne Rouffaer (Jacques de Châtillon), Luc Philips (Pieter de Coninck), Rik van Uffelen (Zeger de Coninck), Paul Meyer (Romme), Herbert Flack (Willem van Gullik), Nolle Versyp (le conseiller municipal Vanschip), Dora van der Groen (la mère de Dirk), Frank Aendenboom, Marc Bober, Sjarel Branekaerts, Raymond Jaminé, Jenny Tanghe, Gaston Vandermeulen, Johann van Lierde, Raymond Willems.
Synopsis : En 1297, Guy de Dampierre, comte de Flandre, se révolte contre Philippe le Bel et prend le jeune chevalier Dirk von Haveskerke comme confident. Lors d’une escarmouche, le père de Dirk est blessé, sa mère déportée, lui-même fait prisonnier. Dampierre est invité à Paris avec ses fidèles pour négocier un accord, mais c’est un piège : Philippe le Bel les fait incarcérer. En 1301, les Français font la conquête de la Flandre qui est rattachée à la Couronne. Menée par l’artisan Pieter de Coninck, Bruges se soulève contre les Français (les « Matines de Bruges »), le gouvernement des Capétiens est chassé, l’ignoble conseiller municipal Vanschip (qui a confisqué le château des Haveskerke) emprisonné. Dirk, dont le père a été envoyé aux galères, est chargé par les insurgés de ramener de Bologne Willem van Gullik, prieur de Maastricht, pour lui confier la direction des milices flamandes. En cours de mission, Dirk retrouve son père mourant, puis rejoint l’armée de bourgeois, artisans et paysans formée par van Gullik pour marcher contre Philippe le Bel, dont les chevaliers seront écrasés à Courtrai en 1302.
Une série télévisée en couleurs écrite pour la jeunesse flamande par P. Cammermans et Teresa van Marcke, feuilleton inspiré par le roman Vlaenderen die Leu ! (Flandres le lion) de F. R. Boschvogel (alias Frans Ramon), paru en 1952. La devise « Flaenderen die Leu » figurait sur les armories de Pieter de Coninck à la bataille de Courtrai, et fut utilisée comme cri de guerre par les insurgés. Le même sujet sera traité plus sérieusement en 1985 dans « Le Lion des Flandres » de Hugo Claus (cf. 1984). La matière de la révolte des artisans et paysans contre le pouvoir féodal séduit la télévision de l’Allemagne de l’Est qui diffusera la série sur DFF en 12 épisodes à partir du 7.5.1983. – DE : Dirk van Haveskerke – Kampf um Flandern.
Le romancier-cinéaste Hugo Claus ressuscite les corporations d’artisans flamands opposés à Philippe le Bel dans « Le Lion des Flandres » (1984).
1984(tv+ciné) Le Lion des Flandres (La Bataille des éperons d’or) / De Leeuw van Vlaanderen (BE/NL) de Hugo Claus
Jan van Raemdonck-Kunst en Kino/Art et Cinéma, Bruxelles-Belgische Radio en Televisie-KRO, Hilversum-Ministerie van de Vlaamse Gemeenschap-Strenghold (NTS 14.3.85), 1h48 min./4 x 50 min. – av. Frank Aendenboom (le comte Robrecht de Béthune), Jan Decleir (Jan Breydel), Theu Boermans (Jacques de Châtillon, comte de Leuze), Peter te Nuyl (le roi Philippe le Bel), Josine van Dalsum (la reine Jeanne de Navarre), Ischa Meijer (Guillaume de Nogaret), Robert Marcel (Guy/Gwijde de Dampierre, comte de Flandre et de Namur), Jules Croiset (le comte Robert II d’Artois), Maxim Hamel (Charles de Valois), Roelof Pieters (Jean de Ponthieu, comte d’Aumale), Julien Schoenaerts (Pieter de Coninck), Jules Hamel (le connétable Raoul de Clermont, comte de Nesle), Frank Aendenboom (Robert de Béthune), Adriaan van Dis (Etienne de Mortenay), Patricia Linden (Machteld), Hans Boskamp (de St. Pol), Ronny Waterschoot (Gwijde van Namen), Werther Van der Sarren (Van Saeftinghe), Herbert Flack (Willem van Gullik), Hans Rooyaards (Filips van Lichtervelde), Ronnie Commissaris (Jan van Renesse), Filip Peeters (Roelandt), Hans de Munter (Adolf van Niewland), John Massis (Leroux), Jo de Meyere (Bauden de Vos), Vic de Wachter (Jan van Namen), Ralph Wingers (Pierre Flotte), Chris Boni (la mère Breydel), Tania Van der Sande (Katrien), Hugo Van den Berghe (le bourgmestre), Jan Van Reeth (Geert), Johan Verminnen (le troubadour), Marc Van Eeghem (Willem), Doris Van Caneghem (Mère Overste), Linda Lepomme (Nele), Philippe Volter (Deschamps).
Synopsis : L’industrie textile fait la prospérité de la Flandre, province du nord à laquelle le royaume de France a imposé sa tutelle. Mais elle utilise la laine, importée de Grande-Bretagne, et les artisans tisserands et commerçants estiment que les taxes levées par Philippe le Bel pour gêner l’Angleterre sont trop élevées. Guy de Dampierre, qui a pris le parti de ses tisserands, est attiré et emprisonné à Paris. Jacques de Châtillon impose à Bruges un régime de terreur. Au petit matin du 18 mai 1302, dirigées par Pieter de Coninck et Jan Breydel, les corporations d’artisans rebelles s’emparent de Bruges et assassinent un millier de Français dans leur lit (« les Matines »). A Courtrai, les survivants de la garnison française se réfugient dans le château, bientôt assiégé. Entretemps, Philippe le Bel a levé une formidable armée de 50'000 archers italiens, fantassins et chevaliers sous le commandement du comte Robert d’Artois. En face, les milices communales flamandes, les « Klauwaerts », sont composées de 20'000 hommes à pied munis de lourdes lances. Le 11 juillet, c’est le choc. La lourde cavalerie française s’embourbe dans les rives marécageuses du Groeningenkouter ou s’empale sur les piquiers et finit massacrée par la piétaille adverse. Pour les Flamands, qui ramènent comme trophées les 4000 éperons d’or des seigneurs tombés, la victoire de Courtrai (appelée aussi « bataille des Éperons d’or ») sonne le début de leur indépendance. Philippe le Bel, qui sort très affaibli par cette défaite, perd une grande partie de sa glorieuse chevalerie, dont deux maréchaux de France, une défaite qui réduit à néant le rêve des rois capétiens d’annexer les Flandres – région désormais surnommée « le poison de la couronne ».

Devenu réalisateur, le romancier Hugo Claus tente de fédérer Wallons et Flamands
Hendrik Conscience, écrivain belge, est un des fondateurs du mouvement flamand créé pour défendre la culture et la langue vernaculaires dans un pays dominé par les francophones. Ouvrage romantique dévoré par la jeunesse depuis plus d’un siècle, son roman historique Le Lion des Flandres / De leeuw van Vlaanderen of de slag der gulden sporen (1838) célèbre la révolte du peuple flamand (il a été adapté en bande dessinée par Bob de Moor en 1949). Le héros du récit, qui symbolise la lutte de la bourgeoisie médiévale contre la noblesse, a existé : Jan Breydel était un boucher brugeois qui participa à l’anéantissement de diverses garnisons françaises et fournit de la viande aux troupes lors de la bataille de Courtrai. Il a sa statue sur la place de Bruges. Depuis des années, le producteur Jan van Raemdonck mûrissait de porter le roman à l’écran, et d’en tirer par la même occasion une série télévisée pour le public néerlandophone.
Les milices communales flamandes remportent la bataille des Éperons d’or contre Philippe le Bel (« Le Lion des Flandres »).
 L’occasion se présente avec l’engagement de Hugo Claus, poète, dramaturge, peintre, cinéaste et l’un des plus brillants romanciers contemporains d’expression néerlandaise (Le Chagrin des Belges, 1985). Ex-disciple d’Antonin Artaud et compagnon de Sylvia Kristel, Claus est originaire de Gand, natif de Bruges. Un talent polyvalent, facilement provocateur, dont le premier film, « De Vijanden », date de 1967. Admirateur de Tarkovski et Kurosawa, Claus ne se contente pas de filmer une quelconque aventure médiévale. Il vise une reconstitution méticuleuse des événements, rassemblant 150 comédiens et 80 techniciens pour le seconder, un effort exceptionnel pour le cinéma belgo-néerlandais. La distribution mêle acteurs issus des tréteaux flamands – Breydel est joué par Jan Decleir (« Toute une nuit » de Chantal Akerman, 1982) – et célébrités locales de la télévision ou du sport. On tourne en Eastmancolor au château de Beersel, à Brugge et à Huldeberg, et la bataille des Éperons d’or – dont la date coïncide avec la fête annuelle de la communauté flamande en Belgique – est reconstituée à Duisburg, en Westphalie, avec 3000 figurants. Le sujet, espère-t-on, est susceptible de rassembler les communautés wallonnes et flamandes. C’est le contraire qui se produit. « Un spectacle d’un chauvinisme et d’un fanatisme exacerbés, tempête La Libre Belgique, où … Jacques de Châtillon, Philippe le Bel, Jeanne de Navarre nous sont présentés comme d’abjectes canailles et où l’on s’est arrangé pour faire parler à tous les Français la langue de [l’écrivain hollandais Joost van den] Vondel » (2.2.84). Malgré 75 millions de francs belges investis, l’accueil général est tiède et peu flatteur : on reproche au film ses dialogues ampoulés, sa partition musicale envahissante, parfois un travail d’amateur, le tout accompagné des habituels sarcasmes de l’historien face aux infractions de détail. Pourtant, la facture est techniquement honnête et ne manque pas de vigueur. Les spectateurs flamands détestent le film, certains à cause de son style dépassé, d’autres parce que Claus s’autorise quelque distance à l’égard d’un roman adulé, statufié. Il insère des passages d’un humour ironique ou bouffon, des traits d’un sadisme joyeux, des décolletés assassins (chez la reine de France, Jeanne de Navarre), un mélange de cynisme, de violence et de candeur qui ne cadre guère avec l’emphase patriotique souhaitée. – DE : Der Löwe von Flandern.
Philippe Torreton fait un Robert d’Artois haineux dans le remake des « Rois maudits » de Josée Dayan (2005). ©INA
2005*(tv) Les Rois maudits / La maledizione dei Templari / The Curse of the Templars (FR/IT) de Josée Dayan
Parties : 1. Le Roi de fer – 2. La Reine étranglée – 3. Les Poisons de la couronne – 4. La Louve de France – 5. Le Lys et le Lion 
Jean-Luc Azoulay/JLA Créations-France 2-France 2 Cinéma-RAI Fiction-Castle Film Romania (RTBF 29.9.05 / TSR1 30.9.-28.10.05 / FR2 7.-28.11.05), 5 x 1h35 min. – av. Jeanne Moreau (Mahaut d’Artois), Philippe Torreton (Robert d’Artois), Jérôme Anger (Guillaume de Nogaret), Serena Autieri (Clémence de Hongrie), Jeanne Balibar (Béatrice d’Hirson), Jean-Claude Brialy (Hugues de Bouville), Christopher Buchholz (Edward II), Aymeric Demarigny (Charles de France), Guillaume Depardieu (Louis X le Hutin), Jean-Claude Drouot (Enguerrand de Marigny), Hélène Fillières (Marguerite de Bourgogne), Julie Gayet (Isabelle de France), Tchéky Karyo (Philippe le Bel), Anne Malraux (Blanche de Bourgogne), Daniel Emilfork (le mage Martin), Ana Caterina Moriariu (Marie de Cressay), Eric Ruf (Philippe de Poitiers), Julie Depardieu (Jeanne de Poitiers), Giuseppe Soleri (Guccio Baglioni), Jacques Spiesser (Charles de Valois), Bruno Todeschini (Lord Roger Mortimer), Hélène Vincent (Eliabel de Cressay), Aurélien Wilk (Edward III), Malik Zidi (Philippe VI de Valois), Andy Gillet (Hugh Le Despenser), Line Renaud (Marie de Hongrie), Hélène Duc (Madame de Bouville), Luca Barbareschi (Spinello Tolomeï le Lombard), Claude Rich (le cardinal Duèze, futur pape Jean XXII), Gérard Depardieu (Jacques de Molay), Julien Lucas (Lormet), Sophie de La Rochefoucauld (Dame Eudeline), Patrick Bouchitey (Maître Evrard), Michel Hermon (Jean de Marigny), Philippe Uchan (Prévôt porte fruit), Julien Tortora (Pierre de Cressay), Jérôme Huguet (Jean de Cressay), Marie de Villepin (la reine Philippa de Hainaut), Sophie Broustal (Jeanne de Divion), Wadeck Stanczak (le connétable Gaucher V de Châtillon), Jean-Yves Gautier (l’inquisiteur), Dario Costa (Fra Vincenzo), Frédéric Laforêt (Sire de Souastre), Pierre Toretton (Gautier d’Aulnay), Silviu Olteanu (Philippe d’Aulnay), Grégoire Aubuy-Taulère (Mathieu de Trye), Georges Martin-Censier (Hugues de Payraud), Toinette Laquière (la comtesse de Beaumont), Valérie Lang (Lady Mortimer), Serge Maillat (Monseigneur Orleton), Romain Rondeau (Henri de Leicester Tors-Col), Eric Debrosse (le confesseur), Noémie Ibanez-Orssaud (Sœur Clarisse), Clélie Mathias (la servante Margot), Claudine Taulère (Ventrière d’Isabelle), Roland Copé (un cardinal), Roland Menou (le Prévôt de Paris), Alin Olteanu (Geoffroy de Conneville), Ovidiu Ghinita (Geoffroy de Charnay), Reus Alexandru (Maltravers), Virgil Platon (Le Gournay), Georges Ulmeni (Adam Héron), C. Florescu (Eudes de Bourgogne), Ioan Siminie (le comte de Clermont), Angèle Humeau (Lady le Dispensier), Dan Badarau (le capitaine Bersumee), Edouard Nikitine (Alain de Pareille), Vasilescu Valentin (le comte de Salisbury).
Le duel à mort que se livrent Robert d’Artois (Philippe Torreton) et sa tante Mahaut (Jeanne Moreau) figure au centre de la nouvelle version.
 Un remake flamboyant dominé par Jeanne Moreau
« Sous le règne de Philippe le Bel, le roi de fer, la France était grande et le peuple malheureux. Pour ce prince calme et cruel, tout devait s’incliner… » Ainsi débute cette deuxième grande adaptation télévisuelle de la saga historique de Maurice Druon, après la série culte de Claude Barma à l’ORTF en 1972 (synopsis et commentaires, cf. supra). Elle se veut une relecture résolument contemporaine, offrant des options esthétiques très différentes : extérieurs naturels, reconstitions spectaculaires, costumes chatoyants et inusités, diffusion médiatique européenne. Au niveau du scénario (signé par le romancier lui-même et Anne-Marie Catois, après une première version non satisfaisante d’Éric-Emmanuel Schmitt), les joutes verbales ont été allégées au profit d’une verve plus endiablée, la série passe de six à cinq épisodes et il est décidé de faire de Robert d’Artois et de sa tante Mahaut, tous deux cousins rivaux des rois capétiens, les vrais héros du film, tout en renforçant les personnages féminins (pratiquement toutes les scènes rajoutées le sont pour des femmes, souvent brisées par le pouvoir). Ceci pourrait être une exigence particulière de Josée Dayan, la téléaste la plus demandée du moment, spécialisée dans les produits haut de gamme et l’épopée en costumes pour le petit écran (« Le Comte de Monte-Cristo » en 1998, « Balzac » en 1999, « Les Misérables » en 2000, tous avec Depardieu, « Milady » en 2004, etc.). Dans la version de Barma, Mahaut d’Artois était un personnage secondaire ; sa relation avec Robert constitue ici l’axe d’une production internationale dont Jeanne Moreau, l’interprète fascinante de Mahaut, est la principale vedette. Au cœur de ce théâtre du pouvoir se trouve réunie une étincelante distribution de cinéma avec, en outre, Philippe Torreton (en Robert d’Artois mauvais garçon, rustaud et gouailleur), Gérard, Guillaume et Julie Depardieu, Jean-Claude Brialy, Claude Rich, Daniel Emilfork et Line Renaud, Hélène Duc, qui fut Mahaut d’Artois en 1972, joue ici Madame de Bouville, l’épouse du grand chambellan et protectrice de la reine Clémence de Hongrie. Jeanne Balibar, au charme délicieusement vénéneux, incarne l’empoisonneuse attitrée de Mahaut (Béatrice d’Hirson). Enno Guarnieri, le prestigieux opérateur de Fellini, Pasolini et Zeffirelli, est à la caméra. Le tournage en studio débute dès décembre 2003 aux MediaPro Studios à Buftea près de Bucarest, puis en extérieurs dans la campagne roumaine, et en France au château de Pierrefonds (Oise), restauré par Viollet-le-Duc, avec un budget de 24 millions d’Euros, plus de 2000 figurants, 300 chevaux et 60 décors. Car il y a scènes de foules, comme l’arrestation des Templiers, la soldatesque de d’Artois saccageant les domaines de Mahaut ou la campagne militaire finale d’Edward III contre Philippe VI en Bretagne. Les costumes un peu extravagants (Moreau en robe noire aux épaules dénudées), scintillants et flamboyants jusqu’à saturation sont conçus par Mimi Lempicka, l’ancienne collaboratrice de Luc Besson.
Des extérieurs authentiques et des décors délirants de Druillet pour illustrer la déchéance suicidaire des derniers Capétiens.
 Des châteaux monstrueux pour une dynastie de carnassiers
La création des intérieurs a été confiée à l’imagination fertile de Philippe Druillet, auteur de bandes dessinées de science-fiction très branchées, fondateur de l’Heroic Fantasy à la française (revues Pilote et Métal hurlant) et lauréat du Grand Prix national des Arts graphiques en 1996. Josée Dayan souhaitant un Moyen Âge décalé, surdimensionné et flamboyant, à la fois futuriste et proche de la Renaissance italienne primitive, Druillet élabore des décors immenses – certaines sculptures mesurent sept mètres de haut – dans lesquels les protagonistes doivent apparaître vulnérables et solitaires, comme annihilés par le poids de la malédiction. « Les rois maudits construisent des châteaux monstrueux pour établir leur pouvoir, explique-t-il, et ce pouvoir a un retour grave, c’est qu’il les écrase. » Cela donne une sorte de kitsch baroque, un environnement paradoxalement plus théâtralisé et irréaliste que le cocon austère de 1972. Les couleurs sont violentes, le rouge, le violet, le noir, le vert velours dominent. À l’extérieur, des paysages hivernaux, la neige et les eaux noires de la Seine. Malgré un parti-pris esthétique intéressant, l’ensemble est trop clinquant, trop éclairé, trop costumé: l’excès y est érigé en méthode et déteint à l’occasion sur le jeu des acteurs (Moreau surjoue, Torreton s’agite). Pas un ciel sans surcharge de nuages infographiés. Cette stylisation très appuyée, censée atteindre une forme d’intemporalité à la fois moderne et poétique, frise vite la saturation par sa grandiloquence un peu wagnérienne. Le feuilleton débute par une séquence qui ne figure pas dans le roman mais qui donne le ton (et quelques tirades à Depardieu) : le face-à-face tendu où Philippe le Bel sollicite Jacques de Molay pour qu’il lui avance une année de finances, les trésors royaux étant à nouveau vides. Le Templier refuse, parce qu’il doute du remboursement de la créance – et signe par là sa condamnation. Le film détaille avec complaisance l’agonie atroce des chevaliers dans les flammes ou les soubresauts d’Engerrand de Marigny, pendu au cauchemardesque gibet de Montfaucon. Dayan fait le choix de la noirceur : ses esprits carnassiers obsédés par la domination et le meurtre n’ont plus rien de noble. Mais dans le carcan d’un rythme trop trépidant, le final crépusculaire du feuilleton s’essouffle un peu et ne parvient pas, en fin de compte, à faire oublier la mythique série originale. Le premier épisode bat le record d’audience avec près 9 millions de téléspectateurs en France, la suite déçoit. – GB : A Cursed Monarchy.
Grand Maître de l’Ordre, Jacques de Molay (Gérard Depardieu) est condamné au bûcher (« Les Rois maudits », tv 2005).

6 .1 . La destruction de l’Ordre des Templiers (1307)

Appelés initialement « Pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon », puis « Chevaliers du Temple », les Templiers forment une milice permanente de moines-chevaliers fondée à Jérusalem en 1120, après la Première croisade. Son premier but est de protéger et guider les pèlerins, mais sa fonction principale devient au fil du temps de conserver, l’épée à la main, la Terre sainte à la chrétienté. Ce premier ordre militaire et religieux d’Europe acquiert une immense notoriété grâce à la gestion moderne de ses terres et à la création d’un système bancaire ingénieux qui permet de financer les croisades et racheter les rançons. Mais à la fin du XIIIe siècle, après la perte du Royaume de Jérusalem, l’Ordre devient inutile. La puissance des Templiers, banquiers de l’Europe, finit par éveiller la jalousie de Philippe le Bel, déterminé à se débarrasser coûte que coûte de la tutelle papale et mettre fin à l’instabilité monétaire qui mine le royaume par sa faute en s’emparant des trésors du Temple. Le 13 octobre 1307, il ordonne l’arrestation de tous les Templiers du royaume, inculpés d’hérésie et de crimes monstrueux ; les légistes du royaume s’emploient à créer un climat de terreur et de contre-information. Les principaux chefs – dont le grand maître Jacques de Molay – sont brûlés vifs, tous les biens de l’Ordre confisqués en faveur de la couronne. Le faible pape Clément V, que Philippe le Bel a mis sur le saint-siège, n’est pas de taille à résister au monarque et prononce la dissolution de l’Ordre en 1312. Certains historiens considèrent cette mainmise cynique du pouvoir temporel sur l’autorité spirituelle comme la véritable fin du Moyen Âge chrétien.
1910Le Roi Philippe le Bel et les Templiers (FR) de Victorin Jasset
Société Française des Films Éclair (Paris), 285 m. – av. Georges Saillard (Philippe IV le Bel), Raoul d'Auchy (Gérard), Germaine Dermoz (Laurence), Mlle Bailly (Pauline). – Philippe le Bel fait périt les Templiers sur le bûcher. Directeur artistique de l’Éclair et père du sérial policier français (« Nick Carter », « Zigomar », « Protéa »), Jasset concurrence le Film d’Art en réalisant ce drame en costumes au théâtre de prises de vues à Épinay-sur-Seine, avec des acteurs des Théâtre Antoine, St. Martin et Rejanne. – US : King Philip the Fair and the Templars.
1911Bonifazio VIII / Nogaret e Bonifacio VIII / Boniface VIII (IT/FR) de Gerolamo Lo Savio
Film d'Arte Italiana (Roma)-« Série d’Art » Pathé Frères S.A. (Paris), 290 m. (dont 235 en couleurs). – av. Attilio Fabbri (le pape Boniface VIII), Dillo Lombardi (Sciarra Colonna), Bianca Lorenzoni (Giovanella Gaetani, nièce du pape). – Synopsis : Irrité de la politique de Philippe le Bel face à l’Église, le pape Boniface VIII lance contre lui une bulle d’excommunication. Pour toute réponse, le roi de France envoie une expédition militaire de 1600 hommes que commande Guillaume de Nogaret, son nouveau Garde du Sceau chargé de l’arrêter, de le faire juger et destituer en France par un concile. Le pape essaie de se soustraire au danger qui le menace mais Sciarra Colonna, que le pape a chassé de sa présence après avoir surpris ses amours avec sa nièce Giovanella, offre à Nogaret de lui livrer le Saint Père. Emprisonné à Anagni, Boniface VIII se résout à mourir de faim. Mais Giovanella, écœurée par la trahison de Sciarra, ameute la population et tire son oncle des mains des Français.
Boniface VIII (1294-1303), qui prônait la supériorité de l’autorité spirituelle sur le pouvoir temporel, eut effectivement de vives démêlés politiques avec les Colonna ainsi qu’avec Philippe le Bel dont il délia les sujets de leur serment de fidélité. La querelle portait sur des questions de souveraineté des rois sur leurs États et de pouvoir suprême des papes sur les clergés nationaux et les princes. Délivré par ses partisans le 8 septembre 1303, Boniface VIII tomba malade à la suite des mauvais traitements qu’il avait subis et mourut à Rome le 11 octobre. Plus docile, son successeur, Clément V (Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux), reconnut le « bon droit » de Philippe le Bel et installa sa cour à Avignon, loin des troubles romains, mettant ainsi pendant trois quarts de siècle la papauté sous influence directe du roi de France. Le sort des Templiers était scellé. – DE : Bonifazius VIII, ES : Bonifacio VIII.
1956(tv) Beau Sang (FR) de Maurice Cazeneuve
Radio-Télévision Française (RTF) (1e Ch. 22.12.56), 1h30 min. – av. Nicole Courcel (Anne de Bréville), Alain Cuny (Pierre d’Aumont, le Templier), Henri-Jacques Huet (Hamelin), Claude Laydu (Robert de Bréville), Sylvie (la belle-mère d’Anne).
Synopsis (dramatique tirée d’une pièce en trois actes de Jules Roy, 1952) : Après la destruction de son ordre, Pierre d’Aumont, un Templier blessé, est accueilli dans une demeure en ruines par la châtelaine des lieux, Anne de Bréville, dont il s’éprend. Elle n’aime plus son mari, Robert, un pleutre. Quand arrive un second Templier, Hamelin, qui a avoué sous la torture avoir renié le Christ, les deux moines-chevaliers se confessent mutuellement leurs péchés et décident de quitter ensemble la France pour créer une nouvelle commanderie à l’étranger. Bravant sa belle-mère et son époux, la châtelaine les aide à échapper aux soldats de Philippe le Bel.
Né en Algérie où il avait étudié la théologie, Jules Roy avait entamé une carrière militaire avant de se tourner vers la littérature, dégoûté par les exactions de l’armée française en Indochine, puis à Alger. Il était fasciné par les Templiers et s’intéressa en particulier à la légende de ce Pierre d’Aumont, Grand Maître d’Auvergne qui, en 1314, serait parvenu à récupérer les cendres de Jacques de Molay et à gagner l’île de Mull, en Écosse, avec sept autres chevaliers déguisés en maçons. Ce noyau de Templiers serait à l’origine de la constitution de la loge maçonnique Heredom ou « Sainte Maison ». Par la suite, Pierre d’Aumont lutta contre les Anglais aux côtés du roi d’Écosse, Robert Bruce.
Riche et étendu à travers toute l’Europe, l’Ordre des Templiers attise la convoitise du roi de France (tv 1961). ©INA
1961**(tv) Les Templiers (FR) de Stellio Lorenzi
« La caméra explore le temps » no 27, Alain Decaux, André Castelot, Stellio Lorenzi/Radio-Télévision Française (RTF) (1e Ch. 22.4.61), 1h58. – av. Jean-Pierre Marielle (Philippe le Bel), Jean Galland (Enguerrand de Marigny), Jean-Marie Amato (Philippe de Nogaret), Louis Arbessier (Jacques de Molay), Teddy Bilis (Frère Hugues de Pairaud), Maurice Garrel (Frère Jean), Guy Kerner (Charles de Lorraine, frère du roi), Jean Rochefort (Guillaume de Plaisians), Philippe Ogouz (Louis, futur Louis X le Hutin), Hubert de Lapparent (Esquieu de Floryan, Templier renégat), Raymond Pélissier (Bertrand), Maurice Chevit (le pape Clément V), Georges Géret (Geoffroy de Charnay), Robert Porte (Guillaume Humbert dit de Paris, confesseur du roi et Inquisiteur général du Royaume), Gilles Léger (Aymeri), Gabriel Jabbour (Arnaud de Fage d’Auch, cardinal d’Albano), Jacques Monod (Gilles Aycelin de Montaigut, archevêque de Narbonne), Bernard Fresson (Pierre de Torteville), Roland Menard (Jean de Bologne), Robert Crouze (Baudouin du Tremblay), Roger Crouzet (Baudoin de Saint Just), André Rouyer (Renaut du Tremblay), Hervé Sand (Guy Dauphin), Michel Trévières (Jean Boucher), Jacques Sempey (Pierre de Bocli), Louis Saintève (Godefroy de Gonneville), Georges Staquet (le garde), Roland Ménard (le récitant).
Synopsis : En l’an 1306. Paris est en émeute, la population soulevée contre les ministres du roi assiège le Palais de la Cité. Traité de faux-monnayeur, Philippe le Bel est contraint de se réfugier dans la Tour du Temple, auprès des Templiers qu’il abhorre. Jacques de Molay, Grand Maître de l’Ordre, mâte la foule en faisant pendre une trentaine de rebelles. Humilié, Philippe se plaint en conseil au Louvre de cet État dans l’État que représente l’Ordre des Templiers auquel il a confié l’administration des finances royales, dont la chevalerie est plus puissante que la sienne et qui dépend directement du Saint-Siège (« leur force offense la mienne »). Il veut que dans son royaume règne seule la justice du roi, mais l’Ordre ne peut être dissout que par « Sire le pape » à Poitiers. Face aux hésitations de son frère Charles et à l’opposition de l’archevêque de Narbonne, Philippe délègue les pleins pouvoirs au légiste Guillaume de Nogaret, maître d’œuvre sans scrupules et excommunié, à présent nommé Garde du Sceau. Ayant promis de découvrir le défaut de la cuirasse des Templiers, Nogaret lui produit des faux témoins et des Templiers renégats, achetés ou terrorisés par la torture, affirmant que l’initiation de l’Ordre exigeait le reniement du Christ, le crachat sur la croix, des relations obscènes entre frères, des pratiques hérétiques, l’adoration de Satan, etc. Mis en garde par Guillaume de Plaisans, le Grand Maître traite ces accusations de sottes et insignifiantes et demande au pape Clément V de mener une contre-enquête. Trop prudent, tergiversant, ce dernier ne voit pas le danger venir. À défaut de ne pouvoir condamner l’Ordre, Philippe s’attaque à ses chevaliers. Il organise secrètement, à l’insu même du pape, la première grande rafle policière en France, ordonnant pour le 13 octobre 1307 à l’aube l’arrestation générale des Templiers dans tout le royaume. Le roi instruit le procès de ses victimes par l’intermédiaire de l’Inquisition (le pape ne peut donc s’y opposer) et nomme des juges à sa solde de façon à pouvoir travestir la justice à sa guise. Soumis à la question, de nombreux Templiers avouent tout et son contraire, Molay lui-même fait d’improbables aveux par crainte et dans l’espoir que l’Église et non l’État fixe sa pénitence, puis il se rétracte, devenant relaps et par conséquent livré au bras séculier. Le Saint-Siège ayant fait annuler la procédure d’Inquisition, le roi convoque les États Généraux en les sommant de choisir entre lui et Clément V, tandis que ses agents manipulent la foule contre ce « pape indigne, ennemi de la religion » qui défendrait des « impies obscènes ». Politiquement affaibli, le souverain pontife baisse les bras : il ne se sent pas le cœur d’entrer en guerre ouverte contre « la fille aînée de l’Église » et d’en excommunier le souverain. Alors que Pierre de Bologne tente désespérément d’endiguer la vague de faux aveux dus à l’intimidation ou à la corruption, l’archevêque de Sens conduit une Inquisition parallèle sur ordre du roi et fait brûler vifs cinquante-quatre Templiers. L’Ordre est détruit, Molay crie publiquement à la tromperie, il est condamné au bûcher. Dans les flammes, il apostrophe le roi et ses acolytes : « « Avant un an je vous cite à paraître au tribunal de Dieu. Soyez maudits, maudits, et jusque dans votre descendance. » Philippe le Bel assiste indifférent au spectacle, conscient d’avoir « abattu la plus grande force temporelle de l’Église. » Son frère l’invite à prier pour les suppliciés. Le roi répond : « Non. »
Philippe le Bel (J.-P. Marielle) s’empare de l’or des Templiers, le Grand Maître Jacques de Molay le maudit sur le bûcher.
 Un sujet brûlant que le cinéma a évité comme la peste
Si le scandale de la Tour de Nesle a fait l’objet de multiples transpositions au cinéma, celui du procès des Templiers a, lui, été évité comme la peste, tant le rôle de l’Église et du Saint-Siège y est embarrassant. La matière ne titille pas non plus les républicains ou anticléricaux, qui n’ont guère de raison de porter les moines-chevaliers dans leur cœur, ni d’entacher la réputation d’un monarque plus laïc que religieux et fossoyeur de la féodalité. Il faut ce téléfilm du remuant Stellio Lorenzi dans le cadre de « La caméra explore le temps », la légendaire collection télévisuelle supervisée par André Castelot (cf. 5, « Le Drame cathare » en 1966), pour enfin lui donner forme, porté par une interprétation sans faille, un goût du réalisme minutieux et des dialogues particulièrement percutants d’Alain Decaux. La production est tournée en noir et blanc aux studios de télévision des Buttes Chaumont (parties en prise directe avec parties filmées à l’extérieur, notamment à la Conciergerie), en utilisant au début le motif musical des chevaliers teutoniques de l’Alexandre Newski de Serge Prokofiev. Deux visages inséparables des films de Bertrand Tavernier dominent le casting : Jean-Pierre Marielle (formidable Bartolomé de Las Casas dans « La Controverse de Valladolid » en 1992) campe un Philippe le Bel non moins mémorable, brûlant d’ambition, tranchant, violent, sournois, calculateur, glacial et hypocrite. Jean Rochefort joue le légiste royal Guillaume de Plaisians, bras droit de Nogaret, partagé entre son amitié pour Molay et son pragmatisme politique.

Les Templiers ballotés dans une lutte de pouvoir qui les dépasse
Maintenant une tension dramatique constante, l’œuvre de Lorenzi englobe les années 1305 à 1314 (soit sept ans de procédures, de tortures et d’infamie pour 15'000 inculpés). À en croire les présentateurs de l’émission, elle souhaite poser le problème de la culpabilité ou de l’innocence des Templiers en reconstituant les étapes du procès et, après la diffusion, en donnant la parole aux téléspectateurs. À quel moment les accusés disent-ils vrai, quand mentent-ils ? Le téléfilm s’efforce de rester objectif et le comportement confus, contradictoire ou lâche d’une majorité de Templiers devant les tribunaux de l’Inquisition offre un spectacle lamentable. D’autre part, il expose sans ambages les ruses légalistes, les savantes manœuvres, les fausses promesses, les pièges et le machiavélisme cinglant de Philippe le Bel et de Nogaret qui se jettent tels des fauves sur ces moines en armes naïfs, déphasés, désemparés par la perte de leur raison d’être et l’indifférence croissante de l’Occident à leur égard. Leurs heaumes menaçants et leurs blanches chlamydes frappées de la croix vermeille n’abritent que des fantômes. Moralement, le pouvoir royal est condamné sans appel. Jacques de Molay, qui s’est distingué par sa valeur au combat en Terre sainte, est un piètre politique, sans discernement, pantin pathétique embourbé dans un système de valeurs qui n’a plus cours et balloté dans une lutte de pouvoir qui le dépasse. Une analyse de causalité historique remarquable. Précisons que la fameuse « malédiction du Temple » proférée par le Grand Maître en agonisant est une rumeur datant du XIVe siècle, peut-être apocryphe, et à partir de laquelle Maurice Druon extrapolera dans son roman Les Rois maudits (cf. téléfilms de 1972 et 2005). Toujours est-il que plusieurs acteurs de la fin de l’Ordre vont effectivement mourir peu après le supplice de Jacques de Molay : Clément V (avril 1314), Philippe le Bel (novembre 1314), le grand argentier Enguerrand de Marigny (exécuté en avril 1315). Nogaret et de Plaisans sont déjà morts une année plus tôt, en 1313. Toute la descendance mâle du roi décédera dans les 14 ans qui suivent. Plus tard, Dante placera Clément V au huitième cercle de son Enfer.
1974(tv) Le Procès des Templiers (FR) de Guy Vassal (th) et Claude-Jean Bonnardot (tv)
ORTF (3e Ch. 25.10.74), 1h45 min. – av. Benoist Brione (Philippe le Bel), Jean Davy (Jacques de Molay), Jacques Lelut (Philippe de Nogaret), Gilles Leger (Clément V), Bernard Sancy (Enguerrand de Marigny), Guy Vassal (Hugues de Payrand), Yves Bureau (l’inquisiteur), Jean-Claude Sachot (Béranger), Georges Beauvilliers (Geoffroy de Charnay), Michel Lebret (Arnaud de Varilhes), Pierre Dourlens (Gérard du Passage).
Une dramatique en couleurs présentée par la Compagnie Guy Vassal. Auteur dramatique et scénariste prolifique, Vassal a été propulsé à la télévision dans l’équipe de Stellio Lorenzi grâce à son évocation du catharisme, Le Temps des troubadours (1963), puis s’est installé dans les villes d’Albi, Carcassonne, Aigues-Mortes et Lattes dont il dirige les festivals. C’est dans ce cadre qu’il a écrit Le procès des Templiers, reconstitution scrupuleuse de la suppression de l’Ordre mise en scène par sa compagnie, le Théâtre Populaire des Cévennes, en 1971.
1999(tv) Schwertbrüder. Der Templer-Coup von Portugal (L’Ordre des Templiers) (DE) de Gottfried Kirchner
Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF)-Arte, 55 min. – Docu-fiction avec reconstitutions et comédiens anonymes sur le sort des Templiers après la dissolution de l’Ordre en 1312. Les Templiers se réfugient au Portugal, à Almourol, puis à Tomar, où, sous la direction du Grand-Maître João Lorenzo de Monsarraz, les persécutés se réunissent en Ordre des Chevaliers du Christ (1319).
2004(tv) Kreuzzug in die Hölle – Die Templer / Le Procès des Templiers (DE/FR) de Jens-Peter Behrend
Série « Sphinx », Atlantis-plus, Berlin-Arte-Zweites Deutsches Fernsehen (Arte 11.9.04), 52 min. – av. Jef Bayonne, Rainer Behrend, Axe Buchholz, Pierre Clément, Sven Dörper, Patrice Doumeyron, Moritz Enders, Romanus Fuhrmann, Gilles Gavois. – Docu-fiction avec comédiens et reconstitutions. Analyse des raisons du procès intenté par Philippe le Bel et des intérêts politico-économiques qui menèrent à la destruction de l’Ordre du Temple dès 1307. Avec la perte de Saint-Jean d’Acre, en 1291, le royaume chrétien de Jérusalem disparaît. L’Ordre du Temple, qui y a imposé sa domination pendant près de deux siècles, a fortement perdu de sa superbe. Mais en rapatriant leurs biens vers l’Occident, les moines soldats, devenus banquiers, ont amassé une fabuleuse richesse qui suscite de nombreuses convoitises. Lourdement endetté auprès de l’Ordre, Philippe le Bel considère les Templiers comme un obstacle dans la lutte pouvoir qu’il mène contre la papauté, et orchestre une machination qui lui permet de les accuser d’hérésie, de parjure, d’homosexualité, etc. Enquête sur le rôle du pape, avec l’aide des archives du Vatican. Extérieurs au château de Roquetaillade.
2004(tv) Das Blut der Templer / Code of the Templars (Le Sang des Templiers) (DE) de Florian Baxmeyer
RatPack Filmproduktion-Westside-Medienfonds GFP (Pro Sieben 9.12.04), 2 x 1h30 min. – av. Harald Krassnitzer (Robert de Metz), Catherine H. Flemming (Lucrèce de Saintclair), Stephan Barth (Philippe le Bel), Valentinas Klimas (Jacques de Molay), Gediminas Storpirstis (René d’Anjou), Antanas Surgailis (Raymond d’Antin), Dimo Liptkovsky (Armand de Bures), Olivier Masucci (Ares de Saintclair), Martin Hub (vicomte de Montville).
Niaiserie pseudo-historique avec sauts temporels à travers les siècles, sur le modèle de « Highlander » (1986) de Russell Mulcahy: les Templiers commandés par Robert de Metz veillent sur le Saint Graal (ramené de Terre sainte) que convoite la secte maléfique du Prieuré de Sion à travers une salade de conspirations calquée sur le modèle de « Da Vinci Code ». Indigeste à force de mélanger les époques (contemporaine et des croisades), les sources (le sang des Templiers et celui de Jésus) ou les références (la légende arthurienne et l’histoire des Jésuites). Filmé en Lituanie (Lietuvos Kinostudija, Vilnius).
2006(tv) Knights Templar (US) de Michael S. Ojeda
série « Secret History of Religion », Char Serwa, Tim Evans/Morningstar Entertainment-National Geographic Channel, 52 min. – av. James Casey (Hughes de Payns), Peter Tahoe (le roi Philippe le Bel), Matthew Udall (Jacques de Molay), Matt Lasky (Templier), Marc Appleby (chevalier), Michael M. Foster (le gardien du Saint Graal), Lee DiBernardo, Ron Glass, Jeff Graves, Arik Greenberg, Jason Hayes, Randal Heer, Kristofer Hellstrom, Matthew David, Efren Torres, Richard Lynch, Edward J. Greig, Claude Butts, Anthony Pavelich, Bayram Akbas, Marjan Faritous.
Docu-fiction réalisé en Roumanie, dans les studios de Bucarest : la fondation de l’Ordre par Hugues de Payns (mort en 1136) et sa destruction par Philippe le Bel relatées dans une vaste salade russe mélangeant le Saint Graal, Marie-Madeleine et les francs-maçons. Au secours.
2008(tv) Le Secret des Templiers (FR) de Phillippe Monnier
série « Joséphine, ange gardien », 11e saison, épis. 42 (TF1 21.4.08), 1h30 min. – av. Mimie Mathy (Joséphine Delamare), Annabelle Hettmann (Eléonore), Laurent Gamelon (le duc d’Arcamboise), Emmanuel Salinger (Guillaume), Jean Dell (Hugues de Bouailles), Laurent Le Doyen (Jacques de Torques), Anne Loiret (Anne). – Joséphine, à qui rien n’est impossible, se téléporte dans le passé pour rompre la malédiction qui s’est abattue sur la famille de Bouailles depuis le Moyen Âge, quand Hugues de Bouailles força sa fille Éléonore à épouser le duc d’Arcamboise… Série semi-comique aux accents fantastiques, d’après un scénario d’Eric Taraud.
2011Season of the Witch (Le Dernier des Templiers) (US) de Dominic Sena
Atlas Entertainment (Alex Gartner, Charles Roven)-Mosaic Media Group-Propaganda Films-Relativity Media, 113 min. – av. Nicolas Cage (Behmen de Bleiburk), Ron Perlman (Felson), Stephen Campbell Moore (Debelzaq), Stephen Graham (Hagamar), Ulrich Thomsen (Johann Eckhart), Claire Foy (Anna), Robert Sheehan (Kay), Christopher Lee (le cardinal d’Ambroise), Brian F. O’Byrne (le Grand Maître des Templiers), Ada Michelle Loridans (Mila), Rebekah Kennedy (une paysanne turque).
Synopsis : En Terre Sainte, lors de l’assaut d’une forteresse arabe, le chevalier templier Behmen tue une femme innocente. Sa foi ébranlée, il décide de se retirer des croisades et de rentrer chez lui avec son fidèle compagnon Felson. En Europe, ils découvrent leurs pays ravagé par la peste noire. Arrêtés dans une cité fortifiée et accusés de désertion, les deux Templiers se préparent à mourir. Debelzac, un jeune prêtre bénédictin, les conduit auprès du cardinal d’Ambroise, atteint par la peste. Mourant, le prélat leur propose un marché : ils seront graciés à condition d’escorter Debelzaq et une mystérieuse paysanne, Anna, rendue responsable de l’épidémie, jusqu’à la lointaine abbaye de Severac, en Styrie, où elle sera jugée et exorcisée selon les rites d’un manuscrit ancestral provenant du roi Salomon. Au cours du périple, d’étranges phénomènes se produisent, plusieurs membres de l’expédition périssent. L’abbaye, déserte, a été décimée par la peste. Debelzac tente en vain d’exorciser Anna, possédée par un démon qui cherche à s’emparer du précieux manuscrit. La lutte contre la créature diabolique coûte la vie aux Templiers, seuls en réchappent Anna, libérée de sa malédiction, et l’adolescent Kay.
Un ramassis boursouflé et tonitruant d’inepties, simple prétexte à effets grand-guignolesques, et qui s’avère un retentissant échec public (« le plus mauvais film de 2011 », selon la critique américaine). Rappelons que la grande épidémie de la peste noire (qui fit vingt-cinq millions de victimes en Europe) dura de 1347-1351, alors que la dernière croisade date de 1272 et que l’Ordre des Templiers fut dissout en 1312. Au passage, on notera quelques paysages impressionnants, le film – programmé pour un « come-back » du comédien Nicolas Cage – ayant été tourné en Autriche (Burg Kreuzenstein, Goldegg, Innsbruck, Seewaldsee, St. Koloman, Traunsee, Styrie), en Hongrie (Dobogóko, Sóskút et studios Mafilm à Budapest, Korda Studios à Etyek), à Pula en Croatie et à Shreveport en Louisiane (USA). – DE : Der letzte Tempelritter, IT : L’ultimo dei templari, ES : En tiempo de brujas.
2013[Night of the Templar / Nights Templar (La Nuit du Templier) (US) de Paul Sampson; Sampson Enterprises, 101 min. - av. Paul Sampson (Sire Grégoire), DAvid Carradine, Udo Kier, Norman Reedus, Billy Drago. - Trahi par les siens, un Templier sanguinaire ressuscite plusieurs siècles plus tard pour se venger sur les descendants de ses ennemis. Une niaiserie de plus, pauvres Templiers...]