I - LE ROYAUME DE FRANCE

11 . CONTES, LÉGENDES ET RÉCITS sans références historiques précises

Cette liste des récits miraculeux, contes et féeries tant prisés dans le cinéma primitif ne se veut pas exhaustive. Pour la légende de Tristan et Iseult et celle de Perceval le Galois, cf. Angleterre : Cycle arthurien.
1899La Pierre philosophale (FR) de Georges Méliès
Star Film no. 198, 20 m. – Un alchimiste s’agite dans son laboratoire, simple prétexte à trucages. Méliès aborde plusieurs thèmes et situations similaires, situés dans un Moyen Âge approximatif, cadre idéal de fantasmagories et de féeries : « Le Chevalier mystère » (1899), « Les Trésors de Satan » (1902), « Le Royaume des fées » (1903), « Le Sorcier » (1903), « L’Alchimiste Parafagaramus » (1906), « La Fée Carabosse » (1906), « La Fontaine merveilleuse » (1908), « Le Vitrail diabolique » (1911), etc.
1906La Dernière Sorcière (FR) de Segundo de Chomón
Pathé Frères S.A. (Paris) no. 1350 (« scène de féerie en 6 tableaux »), 145 m. – Synopsis : S’étant fait brutaliser et chasser par un châtelain, une vieille mendiante chiromancienne jure de se venger, car c’est une sorcière. Elle terrorise par ses transformations monstrueuses le chevalier et son épouse et enlève leur fils. Le châtelain découvre la retraite de la magicienne, la fait jeter dans un puits et, réalisant qu’elle n’est toujours pas morte, la livre au bûcher. – Une fantasmagorie à trucages fabriquée par le rival espagnol de Méliès.
1908/09Love Finds a Way (US) de David Wark Griffith
American Mutoscope & Biograph Co., 319 ft./103 m. – av. Anita Hendrie (la duchesse), Marion Leonard (sa fille), Harry Solter (le chevalier), Charles Inslee (son rival), Linda Arvidson, John R. Cumpson, Florence Lawrence. – Synopsis : Un chevalier français aime la fille d’un duc que celui-ci a déjà promise à un autre. Le chevalier se fait passer pour son rival devant l’autel et épouse la belle. Le duc pardonne et bénit le couple. Farce filmée dans les studios Biograph à New York.
1908Le Droit du seigneur (FR)
Pathé Frères S.A. (Paris), no. 2130, 195 m. – Synopsis : Un châtelain parcourt ses domaines en recueillant les taxes de ses pauvres fermiers, confisquant sans pitié vaches et chevaux de ceux qui ne peuvent s’acquitter. Il s’empare de la fille d’un de ses vassaux plus prospère et l’emmène de force dans son château. À la tête d’une petite armée de paysans, le père de la jeune fille prend le château d’assaut. Le tyran est sur le point d’être lapidé quand la châtelaine, qui a toujours été bonne pour les miséreux, demande la grâce de son mari. Celui-ci se repent et jure devant le crucifix d’être désormais juste et bon.
1908Serments de fiançailles / Serments de fiancés (FR) de Louis Feuillade
Etablissement Gaumont S.A. (Paris) no. 1904 (« drame historique en couleurs »), 322 m. – av. Christiane Mendelys, Renée Carl, Dorval, Georges Wague, Henri Duval, Edmond Bréon, Henri Gallet, Alice Tissot, Maurice Vinot. – Synopsis : Une demoiselle riche et un jouvenceau très pauvre s’aiment, mais le père ne veut pas les unir. Cependant que le jeune homme guerroie contre les Maures, la jeune fille refuse tous les partis. Un des prétendants, riche seigneur, paie une sorcière pour qu’elle fasse croire à la jeune fille que son fiancé s’est marié avec une autre. La belle épouse le seigneur. Cinq ans plus tard, le jeune homme revient, et les amoureux meurent ensemble. Film tourné à Carcassonne (annoncé sous le titre de Les fiancés de Teruel).
1908La Guitare enchantée / Le Troubadour (FR) de Louis Feuillade
Etablissement Gaumont S.A. (Paris) no. 1890, 185 m. – av. Renée Carl, Dorval, Georges Waghe, Christiane Mendelys. – Synopsis : Un baladin affamé et méprisé de tous reçoit d’une bonne fée une guitare enchantée qui lui permet d’endormir tous les humains à la ronde, y compris trois spadassins en train de molester une jeune fille – que le troubadour se réserve. Film tourné à Carcassonne qui reprend en partie l’argument d’un conte de Perrault (Les fées).
1908Le Remords (FR) de Louis Feuillade
Etablissement Gaumont S.A. (Paris) no. 1967 (« scène historique »), 125 m. – av. Georges Wague, Dorval, Henri Duval. – Synopsis : La peste et la famine sévissent dans les états d’un seigneur indifférent aux souffrances de ses serfs. Un moine implore vainement pitié pour les malheureux, il se fait tuer d’un coup d’épée après avoir lancé l’anathème sur le félon. Hanté par le spectre du moine et des légions de fantômes, le châtelain expire, tué par le remords. Film tourné à Carcassonne.
1908La Fille de l’alchimiste (FR) Charles Raleigh et Isidore Robert Schwobthaler
(Raleigh & Robert), Montreuil, 188 m.
1909Le Troubadour (FR) d’Henri Desfontaines (?)
Société générale des cinématographes Eclipse (Paris)-Radios Film, 128 m. – av. Jean Marié de l’Isle.
1909La Légende du bon chevalier (FR) de Victorin Jasset
Société Française des Films Éclair (Paris), 260 m. – av. Harry Baur, Andrée Pascale, Georges Saillard.
1909Aloÿse et le ménestrel (FR) de Charles Torquet
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)-Pathé Frères S.A. (Paris) no. 3068 (« scènes féeries et contes »), 180 m. (dont 150 en couleurs). – av. Louis Blanche, Brunais, Andrée Marley, Gabrielle Lange. – Synopsis : Un rameau magique permet au galant ménestrel de triompher dans un tournoi et de conquérir ainsi la main d’Aloÿse, la fille d’un meunier que son père destinait à un riche notaire et sa mère à un beau capitaine.
1909Le Lys d’or (FR) de Léonce Perret
Etablissement Gaumont S.A. (Paris), 214 m./8 min. – av. Léonce Perret, Alice Tissot. – Synopsis : Mendiant devant le portail d’une église, un vieux ménestrel affamé reçoit un lys d’or de la Vierge Marie, miracle qui lui vaut d’être porté en triomphe par le peuple.
1909La Princesse d'Ys (FR) de Louis Feuillade
Etablissement Gaumont S.A. (Paris), 295 m. – La belle Dahut livre la ville bretonne d’Ys aux flots, selon une légende d’Armorique (cf. infra, 1970 et 1983).
1910La Légende de Robert le Diable / Robert le Diable (FR) d’Étienne Arnaud
Etablissement Gaumont S.A. (Paris) « Série d’Art ». – Synopsis : En l’an 1040, un moine prédit la fin du monde et la venue de l’Ange exterminateur. Un manant ricane, et le chevalier Robert de Normandie, qui passe à cheval, l’engage comme écuyer. Proscrit, maudit par ses origines (il serait le fruit des amours de Berthe, fille du duc de Normandie, avec un envoyé des enfers afin de surmonter sa stérilité), Robert part sur les routes, aboutit à la cour de Sicile où il perd tout son argent au jeu et courtise la princesse Fidélia (ou Isabelle) dont il tue le fiancé en combat singulier grâce à une armure magique que lui a procuré son étrange écuyer (Bertram), qui n’est autre que le diable. Désormais, Fidélia refuse de lui adresser la parole. Robert sera finalement sauvé sur intervention divine, parce que, dans un acte de générosité, il a embrassé un lépreux.
Film attribué erronément à Louis Feuillade. La légende provient d’un récit médiéval attribué à Étienne de Bourbon (XIIIe siècle), et dont Giacomo Meyerbeer et Eugène Scribe feront un opéra romantique (1831). L’identité du personnage est sujette à caution : il pourrait s’agir de Robert le Magnifique (v. 1010-1035), duc de Normandie et père de Guillaume le Conquérant, ou de Robert de Montgommery dit Robert II de Bellême, surnommé le Diable (v. 1050-1117 ?), seigneur vicieux et cruel qui fit ses premières armes sous le Conquérant. Le Château Robert-le-Diable est situé dans la forêt de La Londe, en Haute-Normandie.
1910Le Ménestrel (FR) de Gérard Bourgeois
Henri Joseph Joly/Société des Phonographes & Cinématographes Lux (Paris), 268 m.
1910Prepotenza feudale (Féodalité) (IT) de Mario Caserini
Società Italiana Cines, Roma, 242 m. – Synopsis : Fasciné par Marie, la fille d’un de ses serfs, le duc de Rochebrune se déguise le soir en pèlerin. Il est accueilli dans la demeure paternelle de la jeune fille et l’enlève. Le lendemain, Antoine, le fiancé, recherche Marie avec l’aide des paysans de la région. Un médaillon au sol leur indique que Marie est enfermée au château ducal. La forteresse est prise d’assaut et incendiée. Marie supplie son fiancé de laisser la vie sauve au duc. – GB : Feudal Right.
1910Il duca di Arles (Le Duc d’Arles) (IT) Milano Films
265 m. – Drame au XVe siècle. Synopsis : Fou de désir pour Renate, qui, elle, aime Fuscadier, le duc d’Arles invite le couple à un repas. Fuscadier ayant refusé, il le tue et attire la belle dans son château. Lorsque celle-ci y découvre le cadavre de son amoureux, elle met le feu à la chambre et contraint le duc à périr dans les flammes à ses côtés. – Lauréat de la Médaille d’Or au concours cinématographique de Palerme. – GB : The Duke of Arles.
1911Hircan il crudele (L’Énigme / Hircan le Cruel) (IT) d’Arrigo Frusta
S. A. Ambrosio, Torino, 195 m. – av. Luigi Maggi, Mary Cléo Tarlarini, Tina Gray, Mario Voller Buzzi. – Synopsis : Au XVe siècle. Hircan, Sire de Turpenay, est un seigneur violent et cruel, qui tyrannise son épouse et sa fille. Un jour à la chasse, il apprend que le chevalier de Benoist, le séducteur le plus notoire de France, s’est introduit dans son château. Afin de découvrir qui de sa fille ou de son épouse était la maîtresse du chevalier, il fait décapiter ce dernier et scrute en vain les visages impassibles des deux femmes. Dès lors, il ne trouve plus le sommeil. Sur son lit de mort, alors qu’il agonise, sa femme lui avoue sa liaison coupable. – GB : Hircan the Cruel, DE : Hircan, der Grausame.
1911L’Effroyable Châtiment de Yann le troubadour (FR) d’Alfred Machin
Pathé Frères S.A. (Paris) no. 4310, 270 m. (35 tableaux en Pathécolor). – av. Léontine Massart (la châtelaine) et la panthère Mimir. – Synopsis : Le seigneur Hugues de Kergeriou étant absent, son épouse se laisse séduire par un troubadour. Prévenu par son fidèle Catelain, le seigneur condamne le coupable aux oubliettes, où il est dévoré par une panthère sous les yeux de l’infidèle. La châtelaine se noie dans un étang voisin. – Le cinéaste belge Alfred Machin, chasseur de fauves et pionnier du film de brousse, profite de cette chanson de geste bretonne pour introduire sa panthère-fétiche Mimir, fauve affectueux qui anime plusieurs de ses comédies (la série des « Babylas »). Tourné dans les studios Pathé à Nice.
1911La Légende du vieux sonneur (FR) de Camille de Morlhon
Pathé Frères S.A. (Paris) (« scène de féerie »), 165 m. (dont 141 en couleurs). – Synopsis : Gilles, le vieux sonneur, professe pour ses cloches un culte passionné et pieux. Mais un jour, il ne peut en tirer un seul tintement, et le bailli le prévient que si les cloches ne sonnent pas à l’Angélus, il sera brûlé comme hérétique. Le sonneur signe sans s’en rendre compte un pacte avec le diable impliquant que la première âme qui entrera dans l’église lui reviendra. Alors qu’il désespère de son geste, il entend un carillon joyeux sonnant l’Angélus : la petite mendiante qu’il avait secourue dans la matinée était en fait un ange envoyé par le Ciel pour l’éprouver.
1911La Clémence d'Isabeau, princesse d'Héristal (FR)
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)/« Série d’Art » Pathé Frères S.A. (Paris) no. 4410, 275 m. (dont 251 en couleurs). – av. Jeanne Méa (Isabeau), Paul Capellani (Antonio), Charles Dechamps (Gennaro). – Chanson de geste située en Wallonie, dans la province de Liège : Restée veuve, Isabeau adore son fils unique, Gennaro, un beau jeune homme qu’un rival en amour, Antonio, tue lâchement. Découvert par ses gens du château, Antonio, affolé, se réfugie chez la mère de la victime qui ignore tout du forfait et le cache dans une chambrette secrète dont l’entrée est masquée par un tableau du Christ. Lorsqu’elle apprend la mort de son fils, l’image du Sauveur et son enseignement du pardon l’empêche de livrer l’assassin aux bourreaux.
1911In the Days of Chivalry (Aucassin and Nicolette) (US) de J. Searle Dawley
Thomas A. Edison Manufactoring Co., 1 bob. – av. Mary Fuller (Nicolette), Marc McDermott (Aucassin), Mabel Trunnelle. – Synopsis : Fils du comte de Beaucaire, Aucassin sauve une jolie paysanne, Nicolette, des soldats de son père, en tombe amoureux et veut l’épouser. Furieux, le père la fait enfermer dans la tour. Aucassin accepte de partir en guerre pour son père si celui-ci autorise le mariage à son retour. Mais le comte ne tient pas parole et Aucassin s’évade avec sa bien-aimée en barque. Le couple est capturé par des pirates barbaresques et séparé. Aucassin parvient à regagner le château familial où ses parents viennent de mourir. Reconnue et rachetée par son père, le roi de Carthage, Nicolette se déguise en troubadour et se rend à Beaucaire. Aucassin, le nouveau comte, l’épouse. – Chantefable du début du XIIIe siècle écrit en dialecte picard, dont la Gaumont annonce également le tournage en 1911 (sans suite) ; Lotte Reiniger en fera un film en silhouettes animées en 1976. Dans le texte original, Nicolette est une serve que Garin, le comte, achète à des marchands sarrasins. André Grétry et Michel-Jean Sedaine ont tiré un opéra-comique de ce fabliau en 1780.
1911Amour de page (FR) de Georges Denola
Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.)-Pathé Frères S.A. (Paris) no. 4116, 225 m. (dont 212 en couleurs). – av. Victor Capoul (Geoffroy, le page), Thalès (le chevalier Enguerrand de Rochemorte), Henri Étiévant (le baron de Champreux), Gabrielle Robinne (Alix de Champreux), Andrée Marly (la sorcière Rosalba), Eugénie Nau. – Synopsis : Le page Geoffroy est amoureux de la noble damoiselle Alix, dont le père, le baron de Champreux, a promis la main au chevalier Enguerrand. Ce dernier, une brute, malmène la sorcière Rosalba, et lorsque le page lui demande un philtre d’oubli pour son rival en amour, la sorcière lui remet un poison. Enguerrand découvre la ruse et force le page, enfermé dans le donjon, à boire le concoction létale. Alix l’a toutefois remplacée par de l’eau, et son père, mis au courant, donne la main de sa fille à Geoffroy.
1911Gabriella di Beaulieu (IT) de Mario Caserini
Società Italiana Cines, Roma, 214 m. – av. Maria Gasparini (Gabrielle de Beaulieu). – Synopsis : Le comte de Beaulieu destine sa fille Gabrielle au vicomte d’Armagnac, mais celle-ci s’y oppose. Le comte découvre alors dans une cabane isolée tenue par de pauvres gens le petit garçon que Gabrielle a eu avec Gontran, l’écuyer. Il fait arrêter le jeune homme et ordonne de le jeter dans le vide depuis les remparts du château. Lorsque Gabrielle surgit avec l’enfant et menace de suivre son bien-aimé dans la mort, le père, ému, pardonne et bénit la petite famille. – GB : Gabrielle of Beaulieu.
1912L'Ombre de l'aimée. Roman courtois du XIIe siècle (FR)
Société Française des Films Éclair (Paris), 185 m. – av. Renée Sylvaire (Liénor). – Synopsis : Le chevalier Girbert, d’abord rétif à l’amour, tombe sous le charme de la belle dame Liénor, qui est mariée. Il lui glisse au doigt un anneau que celle veut ne peut garder sans se compromettre. L’amoureux le restitue au reflet de la bien-aimée dans une fontaine (son « ombre »), geste délicat qui conquiert le cœur de Liénor. Fable d’après le Lai de l’ombre de Jean Renart, trouvère du début du XIIIe siècle, tournée à Epinay-sur-Seine.
1912Le Tournoi de l'Echarpe d'Or (FR) d’Henri Andréani
« Série d'Art » Pathé Frères S.A. (Paris), 410 m. (dont 377 en couleurs / Pathécolor). – av. Léontine Massart (Yolande de Hautmont), Paul Franck (Sire Hugues). – Synopsis : Lors du grand tournoi de l’Écharpe d’Or, le chevalier Hugues se bat pour sa bien-aimée Yolande, la fille du duc de Hautmont. Trois fois vainqueur, il obtient du duc la main de Yolande, mais la duchesse, belle-mère de la jeune fille, est secrètement éprise du chevalier et s’y oppose. Jalouse, elle fait jeter Yolande dans les oubliettes du château, mais Sire Hugues suit la perfide marâtre au moment où elle vient insulter une dernière fois sa victime, libère sa bien-aimée et referme sur la criminelle le mécanisme du caveau qui la précipite dans le vide.
1914The Cage (GB) de George Loane Tucker
London Film Company (R. T. Jupp), 2010 ft. – av. Lillian Logan (Adrienne), Gerald Ames (le comte de Lavalle), Charles Rock (le baron de Tartas), George Bellamy (un moine). – Le chevalier de Lavalle combat le maléfique baron de Tartas pour la main de Dame Adrienne. – Aventure médiévale tournée aux studios de Twickenham par le cinéaste et producteur américain G. L. Tucker, qui a traversé l’Atlantique pour participer à l’essor de la jeune London Film, fondée l’année précédente.
1922Der Graf von Charolais [Le Comte de Charolais] (DE) de Karl Grune
Max Schach/Stern-Film Berlin, 6 actes/2812 m., 112 min. - av. Wilhelm Dieterle (le comte de Charolais), Joseph Klein (son vieux père), Eugen Klöpfer (Rochefort, président du Sénat), Eva May (Désirée Rochefort, sa fille), Ferdinand von Alten (le comte Philippe, son cousin), Rudolf Rittner (cdt. Romont), Margarete Kupfer (Barbara), Adolf E. Licho (l'usurier), Paul Biensfeldt (l'aubergiste), Fred Immler (le tambour), Maria Forescu, Georg Baselt, Wilhelm Diegelmann, Hugo Döblin, Carl Geppert, Leonhard Haskel, Hildegard Imhof, Arthur Kraussneck, Fritz Richard, Josef Schelepa.
Synopsis: À Dijon, dans la Bourgogne médiévale. Le vieux comte de Charolais, chef d'armée redoutable mais ruiné et lourdement endetté, tombe au combat. Afin de récupérer son corps que les huissiers gardent sous séquestre et l'ensevelir, le jeune comte, son fils, épouse Désirée, la fille du puissant président du Sénat, Rochefort. Mais le bonheur du couple est de courte durée: croyant erronément que son épouse le trompe avec un cousin, Philippe, Charolais tue ce dernier. Désirée doit être condamnée pour adultère par son propre père, le bûcher l'attend. Au moment de l'exécution sur la place publique, une pluie, signe du Ciel, lui sauve la vie. Charolais supplie Désirée de lui pardonner son aveuglement et la serre dans ses bras. - Adaptation du drame éponyme de Richard Beer-Hofmann (1905) qui, lui, se termine tragiquement. Tournage à Berlin en mars 1922, dans des décors médiévaux de Karl Görge. Un des premiers rôles à l'écran du futur cinéaste Wilhelm (William) Dieterle.
1923*La Légende de sœur Béatrix (FR) de Jacques de Baroncelli
Société belge des Films Baroncelli-Grand Film Français Aubert, 1760 m. – av. Sandra Milowanoff (Béatrix), Eric Barclay (comte Jehan de Gormond), Suzanne Bianchetti (Nilidor, fiancée de Jehan), Abel Sovet, Jean-Paul Le Tarare (le bouffon), Jeanne Brindeau (la nourrice), Jane Clément (la mère supérieure), Jean-Paul de Baere (Jehan enfant), Jim Gérald (un soudard).
Synopsis : Béatrix, une jeune novice du moutier de Notre-Dame-des-Monts, pas encore liée par son serment, quitte le voile pour suivre son ami d’enfance Jehan de Gormond, un comte qu’elle a soigné quand il était blessé. Après des noces fastueuses, un enfant naît, puis Béatrix surprend Jehan dans les bras de sa maîtresse et ancienne fiancée, Nilidor. L’enfant meurt, Béatrix s’enfuit et déchoit dans la prostitution. Vieillie après une vie de perdition, elle retourne à son ancien couvent où la Vierge l’a remplacée pendant ces années. L’enfant que la Vierge, redevenue statue, tient dans ses bras ressemble au sien.
Un conte de Charles Nodier (1837) sur « la nonne qui laissa son abbay », légende recueillie au XIIIe siècle, reprise en 1901 par Maurice Maeterlinck (Sœur Béatrice). Le même sujet a été traité sous forme de pantomime par le poète allemand Karl Vollmoeller en 1911, mis en scène à Berlin et à Vienne par Max Reinhardt et porté à l’écran deux ans plus tard par Reinhardt et Michel Carré (« Das Mirakel », cf. Allemagne) ; en 1959, dans « The Miracle », Irving Rapper le transposera à l’époque des guerres napoléoniennes en Espagne. Baroncelli, homme lettré, descendant d’une lignée aristocratique d’origine florentine établie à Avignon, marque son indépendance en produisant lui-même cet ouvrage religieux sorti pour Noël 1923, récompensé d’un large succès public et d’une Grande Médaille d’Argent à l’Exposition de Turin. Baroncelli se réfère du reste explicitement au travail de Reinhardt/Vollmoeller. Le film est tourné aux studios d’Epinay avec Sandra Milowanoff dans le rôle-titre, une artiste des Ballets russes de Serge Diaghilev, devenue comédienne chez Feuillade. – IT : La leggenda di Suor Beatrice, ES : La leyenda de Sor Beatriz.
1923/24La Vierge du portail / Die Madonna am Portal (FR/DE) d’Albert Durec
Film La Latina-Internationale Film-AG (IFA), 2241 m. – av. Maurice [=Fritz] Schulz (Jehan/Johann), Solange Vlaminck (Geneviève de Meung), Hermann Vallentin (Guillaume de Meung), Lefleur (le maître-verrier), Moreau (son fils), Marchetti (Fioverina), Linde (la Vierge de la Chapelle), Mme Dumont (la femme à l’enfant), Lia Eibenschütz, Gaston Valentin.
Guillaume de Meung, architecte de la cathédrale d’une ville des Flandres, cherche un sculpteur pour créer la statue de la Vierge qui doit orner le portail de son chef-d’œuvre. Jehan, son neveu apprenti sculpteur, aime sa fille Geneviève que Guillaume a promise au fils d’un maître-verrier. Tous deux font le serment à la Vierge de la chapelle, lui de réaliser l’œuvre, elle d’appartenir à l’artiste. Au cours d’une visite du duc de Ferrare à la cathédrale, la belle Fioverina invite Jehan à venir parfaire son art en Italie. Troublé, Jehan en oublie son serment. D’abord inspiratrice, Fioverina se révèle rapidement n’être qu’une voluptueuse intrigante et quand Jehan revient en France, les maîtres des corporations l’ont remplacé. Au comble du désarroi, il voit Geneviève recueillir un enfant abandonné sur le parvis. Elle est le modèle vivant de celle qu’il cherche en vain à représenter. L’œuvre qu’il entreprend le soir se dresse le lendemain miraculeusement sur son socle pour la consécration de la cathédrale. – Une coproduction officieuse réalisée dans les studios I.F.A. à Berlin d’après une nouvelle de M. Janot (en France comme en Allemagne, la publicité tait la double origine du film, car la fin de la guerre est encore trop proche). À la caméra, Otto Kanturek, le chef-opérateur de Fritz Lang pour « Die Frau im Mond » (1928/29).
1925*Le Diable dans la ville (FR) de Germaine Dulac
Société des Cinéromans (Louis Nalpas)-Les Films de France, 1642 m./80 min. – av. Léon Mathot (Marc Herner), René Donnio (l’illuminé), Albert Mayer (Maître Ludovic, l’archiviste), Jacqueline Blanc (Blanche, sa pupille), Michelle Clairfont (Rose, sa pupille), Vetty (le bailli Pattaus), Pierre de Ramey (capitaine de la garde), Emile Saint-Ober, Mario Nasthasio, Jacques Vandenne, Bernard, Lucien Bataille, Emilien Richaud (les fous), Jean-François Martial, Canelas.
Synopsis : Satire sociale : la cité de Pimprelune se veut sous la protection d’une statue de Saint Gabriel et craint la vieille Tour Grise qui abrite un illuminé révéré à cause de ses connaissance supposées en magie. A court d’argent, la municipalité met en vente la Tour Grise. Personne ne s’en porte acquéreur sauf un jeune étranger, le philosophe-alchimiste Marc Herner. Mais à peine s’est-il installé que la sainte statue se brise et que tous les malheurs fondent sur la ville. On prend l’étranger pour Satan lui-même. Ingénieux, il parvient à conjurer le mauvais sort et rendre la paix aux habitants en révélant que des notables de la cité organisaient le trafic de contrebande (sel, alcool, laine) avec des hommes de main qui simulaient la folie et accusaient l’alchimiste.
A l’origine, le film écrit par Jean-Louis Bouquet (auteur de « La Cité foudroyée », l’année précédente) devait s’appeler « La Ville des fous ». Le scénario, maintes fois refusé, est finalement adopté par Germaine Dulac, cinéaste d’avant-garde proche de Louis Delluc, théoricienne et militante pour la diffusion de l’art cinématographique, surtout très remarquée pour « La Souriante Madame Beudet » (1923), le premier film féministe. Malgré l’univers moyenâgeux du récit (tourné entièrement en studio à Joinville-le-Pont), Dulac ne veut pas d’un film historique, mais cherche à « habiller une idée ». Dans son fabliau, la cinéaste oppose les ténèbres de la superstition (images du Bien et du Mal), soit rumeurs, cancans, caricatures, hystérie collective, méchanceté, à l’esprit d’ouverture du nouveau venu. Dulac utilise des distorsions et surimpositions pour recréer les visions subjectives des crédules. A la fin, le spectateur découvre que les fous de l’intrigue n’étaient jamais fous et que les images qu’il a pourtant enregistrées étaient fausses, créant un sentiment d’insécurité qui déstabilise les conventions du langage filmique.
Le château médiéval immaculé de « Les Visiteurs du soir », érigé près de Nice à partir des dessins d’Alexandre Trauner.
1942**Les Visiteurs du soir (FR/[IT]) de Marcel Carné
Les Films André Paulvé (Paris)-Scalera Film (Roma), 2h03 min. – av. Arletty (Dominique), Jules Berry (le diable), Fernand Ledoux (le baron Hugues), Alain Cuny (Gilles), Marie Déa (Anne), Marcel Herrand (Sire Renaud), Roger Blin (le montreur de monstres), Jean d’Yd (l’homme à ours), Gabriel Gabrio (le bourreau), Pierre Labry (le gros seigneur), Piéral (un nain), Simone Signoret et Alain Resnais (des invités au banquet), François Chaumette, Jean-Pierre Mocky (figuration).
Synopsis : « Or donc, en ce joli mois de mai 1485, Messire le Diable dépêcha sur terre deux de ses créatures afin de désespérer les humains… » Gilles et Dominique, deux mystérieux ménestrels, se rendent au château du baron Hugues, en Provence, où l’on doit célébrer le mariage de sa fille Anne avec le chevalier Renaud. Froide, insensible, Dominique est la fille favorite du Prince du Mal. Gilles, son ancien amant, damné comme elle, erre à ses côtés. Par leurs sortilèges, les ménestrels parviennent à désunir les deux fiancés et à provoquer la mort de Renaud lors d’un tournoi contre le baron Hugues. Cependant, Anne et Gilles se sont profondément épris l’un de l’autre, et le diable en personne, ulcéré par cette désobéissance, tente de les séparer. Impuissant devant leur amour, il transforme le couple en statues de pierre … mais ne peut empêcher leurs deux cœurs de battre à l’unisson, indéfiniment.
Ce film français, un des plus célèbres tournés sous l’Occupation, est un récit fantastique qui se déroule dans un Moyen Âge fantasmé, quoique situé, par pure convenance, en Provence sous le règne de Charles VIII. L’intention initiale de Carné, après les foudres officielles essuyées pour « Quai des brumes » (1938) et « Le Jour se lève » (1939), et le capotage de plusieurs projets, est de traiter un sujet aussi éloigné que possible de l’actualité, pour ne pas encourir le risque d’une interdiction par Vichy. Et qui se situe aux antipodes de la noirceur, du pessimisme, de l’inéluctabilité tragique des chefs-d’œuvre précédents. À la découverte des miniatures du livre d’heures des Très Riches Heures du duc de Berry (XVe siècle), la trame médiévale des « Visiteurs du soir » prend forme, une trame de légende se déroulant dans un château d’une blancheur immaculée comme ceux dessinés par les Frères de Limbourg, avec une narration sciemment dépourvue de tous les habituels ingrédients gothico-romantiques : ni frayeurs, ni tortures. Selon Trauner, le concept visuel du film proviendrait à l’origine d’un projet de conte de fées, « *Le Chat botté », élaboré avec Jacques Prévert. Carné et ses scénaristes (Prévert, Pierre Laroche) veulent un univers onirique, lumineux, habité par ce sentimentalisme magique tant admiré jadis par André Breton dans « Peter Ibbetson » de Henry Hathaway (1935), et visuellement proche de la préciosité, du « gothique flamboyant » des Très Riches Heures dont ils transposent fidèlement certaines enluminures (les planches de janvier, juin, juillet).

Un tour de force en temps de disette et de pénurie
Alexandre Trauner s’est caché en Haute-Provence, Joseph Kosma vit incognito près de Cannes. En tournant aux studios de la Victorine à Nice et dans les environs de Vence et de Tourrettes-sur-Loup (au Prieuré de Valette), il est donc possible de s’assurer leur collaboration clandestine pour les décors et la musique, avec la complicité de Georges Wakhévitch et de Maurice Thiriet, seuls mentionnés au générique en raison des lois raciales en vigueur depuis octobre 1940. Après avoir obtenu une avance de 60% du Comité d’attribution à l’industrie cinématographique (budgété à 12,4 millions de francs, le film coûtera finalement près de 20 millions), Carné fait ériger cour, murailles extérieures, douves et pont-levis d’un château « neuf » (c’est-à-dire peint en jaune), grandeur nature sur la Côte-d’Azur, sur les terrains adjacents du studio. Il déniche, non sans peine, des étoffes adéquates, quelques chiens efflanqués et des chevaux de la Garde Républicaine stationnée à Vichy pour la scène de chasse. L’amitié d’Arletty avec Josée Laval, la fille du chef du gouvernement français de triste mémoire, ouvre des portes et facilite les laissez-passer. Les intérieurs sont photographiés aux studios de Saint-Maurice à Joinville, où sont élaborés les topoï incontournables du genre, la salle du banquet, le jardin-cloître qui s’ouvre sur un ciel peint, etc.; le tournage s'étire d'avril à septembre 1942. Le jeune Michelangelo Antonioni est bombardé représentant de la Scalera Film (la société coproductrice italienne) et assistant de Carné à Joinville.
Alain Cuny et Arletty forment un couple mystérieux, envoyé par le diable dans un monde sans cœur.
Le diable (Jules Berry) constate furieux que les cœurs des amants pétrifiés continuent à battre.
 Sorti à Paris en décembre 1942, un mois après l’occupation de la zone libre par la Wehrmacht, « Les Visiteurs du soir » a un retentissement considérable, tant parmi le public (ce sera la plus longue exclusivité des années de guerre) que chez les intellectuels ; Pierre Mac Orlan et Jacques Audiberti saluent une réussite nationale, le jeune André Bazin écrit que Carné a « rendu au cinéma français une grandeur et un style auquel il avait renoncé. » Même le critique fasciste François Vinneuil alias Lucien Rebatet se confond en éloges dithyrambiques, lui qui avait pourtant accusé Carné d’être « imprégné de toutes les influences juives » et « d’esthétisme marxiste » (Les tribus du cinéma et du théâtre, série « Les Juifs en France », éd. Nouvelles Éditions Françaises, Paris 1941). On ovationne tour à tour la résurrection d’une « qualité française » tranchant sur les drames prolétaires d’avant-guerre, le retour aux sources de la culture nationale, le triomphe de la poésie à l’écran, la splendeur plastique d’un conte qui séduit par son mélange de simplicité et de sophistication, etc. Le film obtient le Grand Prix du cinéma français pour la saison 1941/42 et sera, après-guerre, soumis pendant des années à l’admiration obligatoire des ciné-clubs, avec, toutefois, quelques bémols et même des voix critiques qui iront en augmentant.
Certains déplorent son côté « divertissement de goût littéraire » (Michel Perez), son absence de réelle émotion, une sorte de fantastique artificiel à la française nourri de sortilèges qui relèvent plutôt du merveilleux, un fabliau compassé qui ne veut ni troubler, ni vraiment inquiéter et se contente de célébrer l’Amour tout-puissant, celui qui a tous les dons, même ceux de déjouer les maléfices d’un démon cabotin en diable. Jules Berry, d’une vitalité exubérante, l’aplomb ironique, fait un tentateur d’excellente compagnie, courtois, grand conteur et charmeur en société ; certes, son rire peut être effrayant, il a le don d’ubiquité et se métamorphose à volonté, mais tous ses pouvoirs sont tenus en échec par de simples qualités humaines : le Malin de Carné/Prévert n’a rien de très méphistophélique, c’est « un charlatan théâtral et dérisoire » (Amy de la Bretèque, op. cit., p. 944). Le film réduit d’ailleurs les trucages au minimum : des tours de passe-passe et un bal d’apparat qui se fige pour permettre aux héros de vivre quelques heures hors du temps. Si le jeu très maniéré d’Alain Cuny peut, lui aussi, prêter aujourd’hui à sourire, la cruauté somnambulique de Dominique alias Arletty, « personnage androgyne en qui s’incarne toute la rouerie et la grâce féminine » (Carné), dégage une modernité toujours aussi perturbante. Il faut l’entendre dire à son ex-amant « Frappe-moi, tue-moi, égorge-moi », glaçante, le sourire dévastateur aux lèvres…
 Simple légende ou parabole politique ?
Dans sa reconstitution, « Les Visiteurs du soir » participe « à la démystification de la vision obscurantiste et sombre d’un Moyen Âge grossier, vulgaire et brutal véhiculée par l’école de la République », relève Pierre Guibbert. L’œuvre trouve à travers les échanges entre Gilles et Anne l’approche la plus convaincante de l’amour courtois, tout en dénonçant la bestialité guerrière des « codes d’une chevalerie plus prompte à se battre qu’à imaginer une virilité de l’amour » (CinémAction, op. cit., p. 30). On constate toutefois – signature de Prévert, l’agnostique proche des surréalistes – l’absence incongrue, dans ce Moyen Âge finissant, de toute référence religieuse ; le diable suffoque même de colère à l’idée que les amants qui lui résistent n’aient aucune notion de faute, de péché ou de honte ! Un constat qui ne devait pas réjouir l’entourage catholique de Pétain non plus (1). De plus, la coloration « légendaire » et l’ensoleillement provençal masquent la noirceur foncière d’une fable dans laquelle, en fin de compte, tous périssent, excepté le Malin. (Le scénario prévoyait la destruction du château à la fin, séquence qui ne sera pas tournée faute d’argent.)
En regard de son succès phénoménal, le film de Carné répondait de toute évidence à un besoin d’évasion des réalités du moment et sa séquence finale a beaucoup fait gloser : ce couple statufié dont le cœur continue à battre sous la pierre ne serait-il pas une allégorie de la France toujours résistante malgré l’occupation « diabolique » des Allemands ? Même si divers détracteurs s’acharnent à y voir une explication a posteriori, l’hymne à la liberté et à l’amour absolu véhicule en 1942 un message précieux (à défaut d’être codé), ou pour le moins une note d’espoir en des temps difficiles. Faut-il y voir une représentation de la « France éternelle » qui cherche à conserver son identité sous le diktat hitlérien ? Selon Carné, le recours au passé n’illusionnait pas, puisqu’avant même la première projection du film, on murmurait qu’il ferait allusion à la situation politique. Dans cette optique, « Les Visiteurs du soir » offre à travers le microcosme de la vie de château une image peu flatteuse de la société française, prédisposée à se laisser envoûter par les forces du mal, sans cœur, égoïste, figée dans la contemplation d’une gloire passée (ce qu’accentue la lenteur appuyée de la narration) : c’est la France de Vichy, immobile dans son conservatisme réactionnaire. Face à elle, l’esprit frondeur des amants montre que la résistance morale peut vaincre en s’appuyant sur les dissension internes de l’occupant (Gilles coupe le lien qui l’unit au diable). Éblouis par la picturalité du film, les contemporains ne l’ont peut-être pas immédiatement déchiffré dans ce sens – pas plus que Vichy ou la Gestapo -, mais cela reste un des aspects les plus interpellants de cette œuvre par ailleurs aujourd'hui bien surannée du tandem Carné/Prévert, destinée à être éclipsée, trois ans plus tard, par « Les Enfants du Paradis ». – US : The Devil’s Envoys, DE : Die Nacht mit dem Teufel, IT : L’amore e il diavolo.

(1) – Notons que si la conception de l’« amour fou » des surréalistes peut reposer lointainement sur celle de l’« amour courtois » ou « fol’amour » médiéval, l’agnosticisme des premiers n’a rien en commun avec la dimension gnostique et platonicienne des écrits d’un Chrétien de Troyes ou des poètes arabo-andalous d’inspiration soufie, transcendant implicitement la morale et l’ordre social, tout en codifiant de manière idéalisée les rapports hommes-femmes (ou pouvant servir d’exutoire pédagogique, selon Georges Duby).
1958(tv) Abisag (FR) de Jean Vernier
Radio-Télévision Française (RTF) (1e Ch. 18.5.58), 80 min. – av. Pierre Leproux (Melchior), Annie Fargue, René Alone, René Bériard, Paul Bisciglia, Jean Ozenne, Pierre Hatet, Jean-Pierre Moncorbier. – Synopsis : Au moment de l’invasion des Sarrasins, Melchior, le vieux sonneur, ne peut supporter que son église soit profanée par les hordes barbares. Encouragé par Rusticule, la cloche, il tente d’animer le peuple des statues et des vieilles murailles, pour les transporter en une région plus paisible. Seuls Salomon et Rusticule suivent le sonneur sur la longue route vers l’exil.
Interdite par les Allemands qui croient se reconnaitre dans les Sarrasins, la pièce en six actes de Pierre Barbier (chargé des émissions littéraires de Radio-Jeunesse à Marseille pendant la guerre) n’est jouée sur scène qu’en juillet 1947. Elle a été écrite en 1937 déjà, d’après le roman Abisag ou l’Église transportée par la foi d’Alexandre Arnoux (1918).
1963(tv) La Pitoyable Chronique du royaume d’Isbart (FR) de Jacques Albert
Radio-Télévision Française/RTF Strasbourg (1e Ch. RTF 12.12.63). – av. Henri Echourin (le roi Isbart), Alice Field (Emma), Pierre Lizel (le chancelier), Marc Brueder (Dzitischdo), Jean Turlier (Cruck, le fifre), Jean-François Schreiber (Bretsch), Paul Armand (le capitaine), Marie-Thérèse Lost (Rose), Dany Gauthier. – Dramatique d’André Veckmann d’après une légende médiévale alsacienne. Dans le royaume d’Isbart, le froid a été institué comme raison d’État : il engourdit les cerveaux et maintient le pays dans un calme parfait. Aussi le roi, tyran fanfaron et cruel, craint-il fort le dégel réclamé à grands cris par son peuple. Un beau jour, le vent d’Ouest, s’échappant de sa prison, livre le pays aux pernicieuses influences du dégel…
1970(tv) La Cité d'Is (FR) de Michel Subiéla
« Le tribunal de l'impossible », ORTF (1e Ch. 30.5.70), 1h47 min. – av. André Valmy (Grallon [ou Gradlon], roi d'Is), Isa Mercure (Malgwen/sa fille Dahuse [ou Dahut]), Jean-Pierre Herce (Gaël), Roland Monod (l'évêque saint Guénolé), Yvon Sarray (le diacre), Raoul Guillet (le druide Danaël), Mirès Vincent (Tuhata), Eva Simonet (Olwen), Pierre Rich (le baron d’Is), Gérard Musy (Koran), André Champeaux (Kaisa), Christine Chicoine (Ulrika), Nicole Jamet (Liliane), Yves Arcanel (premier baron), André Var (deuxième baron), Henri Nassiet (le conteur).
Synopsis : Un mousse du XXe siècle traqué par les flots se glisse dans une faille des rochers du cap de la Chèvre, découvre un couloir souterrain et les fantômes de la cité engloutie… A Quimper au Ve siècle, Gradlon le Grand, le roi de Cornouailles récemment converti au christianisme par saint Corentin, accepte à la demande d’un diacre et de deux chevaliers celtes, de défendre l’Armorique contre les Angles venus du Nord, à condition d’obtenir en récompense la citadelle d’Is (ou Ys). Une nuit, Gradlon reçoit la visite de la ravissante Magven, femme du vieux roi des Angles, qui lui propose un traité de paix. Ils tombent amoureux l’un de l’autre, mais Magven meurt avant d’entrer dans la cité, laissant une fille, Dahuse. En grandissant, celle-ci devient le portrait craché de sa mère et le roi ne peut rien lui refuser. Dahuse est fidèle au druidisme. Grâce à l’invocation magique des Korrigans, elle obtient la construction d’une digue et d’écluses afin de réguler la montée des flots – et d’organiser des naufrages permettant à la ville de s’enrichir en pillant les cargaisons coulées. Elle fait immoler ses nombreux amants, croyant retrouver en eux Gaël, un naufragé qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. Devenu l’enjeu de la lutte de l’évêque Guénolé, fondateur du monastère de Landevennec, et des anciens druides, Ys finit submergé par les flots – une sanction céleste pour les crimes de la trop belle Dahuse. Grâce à saint Guénolé, Gradlon peut se sauver à cheval, mais il doit sacrifier pour cela sa fille débauchée.
Subiéla tourne sa version de la légende (une sorte d’opéra-fable) au cap de la Chèvre (Finistère sud) et dans la forêt de Huelgoat. L’existence de la cité d’Ys n’a jamais pu être prouvée, mais la tradition situe son engloutissement en l’an 444 (cf. 1909 et 1983).
La douce et envoûtante Blanche (Ligia Branice) précipite son vieil époux, son beau-fils et même le roi dans le malheur.
1971*Blanche (FR) de Walerian Borowczyk
Jacques Perrin-Télépresse Films-Abel & Charton, 93 min. – av. Michel Simon (le seigneur), Georges Wilson (le roi), Jacques Perrin (Bartolomeo, le page royal), Ligia Branice (Blanche), Lawrence Trimble (Nicolas), Denise Péronne (la châtelaine, Mme d’Harcourt), Roberto (le nain), Jean Gras, Michel Delahaye.
Synopsis : Au XIIIe siècle, dans un château isolé. Revenu de la croisade en Egypte, Nicolas, le fils (d’un premier lit) du vieux châtelain est dévoré de passion pour Blanche, la jeune épouse de son père. De passage, le roi et son page volage Bartolomeo s’arrêtent au château et sont, eux aussi, envoûtés par l’inaccessible beauté de Blanche, qui reste d’une fidélité conjugale à toute épreuve malgré son amour secret pour son beau-fils. Surpris dans ses tentatives de séduction, le roi fait accuser et renvoyer son page, puis organise secrètement l’enlèvement de Blanche par des renforts armés. Le châtelain devient jaloux, accuse sa femme d’adultère et l’emprisonne. Pour défendre l’honneur de cette dernière, Nicolas se bat en duel contre Bartolomeo et périt. Blanche s’empoisonne. A demi-fou, le vieux seigneur fait attacher le page royal à un cheval sauvage. Devant cet acte de rébellion, le roi ordonne le siège du château et le châtelain se suicide.
« Blanche » est une adaptation libre du Mazeppa de Juliusz Slowacki (1839), transposant l’intrigue de la Pologne baroque du XVIIe siècle – où un jeune page, futur hetman des Cosaques, rivalise avec le beau-fils d’un riche voïvode pour l’épouse de ce dernier – en France médiévale. Aux yeux du cinéaste, le personnage intègre de Blanche comme le problème de l’amour pur ne semblent pas cadrer avec le Grand Siècle français et ses aristocrates « libérées ». Le tournage a lieu aux studios de Saint-Maurice, dans l’austère château d’Anjony (Cantal) et sur les bords de la Marne, en Eastmancolor, et la musique originale du XIIIe s. est exécutée par le Groupe des Instruments Anciens de Paris. Borowczyk, dont c’est ici le deuxième film de fiction, s’inspire visuellement d’enluminures d’un livre d’heures (auxquelles il intègre quelques touches surréalistes, des inserts mentaux parasites). A la fois réalisateur, scénariste, dialoguiste, décorateur et costumier, il fait contraster la cruauté de l’intrigue, les outrances mélo du drame romantique avec la beauté altière, avec la froideur calculée de sa mise en scène. Son histoire d’amour tendre, tragique et dérisoire (elle débute sur le mode comique) est épurée de toute émotion directe, ses comédiens fuient le naturel. Lieu cloisonné, le château fort est réduit à quelques pièces dont on ne connaît ni les limites ni les dimensions. Le souci d’authenticité transparaît dans la décoration raffinée des lieux, avec leurs murs tapissés de belles mais vieilles étoffes, parfois trouées, et des ensembles chromatiques d’une rare subtilité. Provocateur-né, Borowczyk insère quelques pointes anticléricales : les sept moines de la garde du tyran sont pieusement armés de crucifix-dagues et de missels-masses d’armes. La démarche lourde et déhanchée, le langage rude et injurieux, Michel Simon, 76 ans, joue un de ses derniers rôles. Grand Prix Interfilm à la Berlinale de 1972.
Brigitte Bardot dans son dernier rôle à l’écran, la princesse Arabelle d’Occitanie, héroïne d’un conte polisson signé Nina Companeez (1973).
1973L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise / Colinot l’alzasottane (FR/IT) de Nina Companeez
Mag Bodard-Parc Film-PECF-Produzione Intercontientale Cinematografica, 105 min. – av. Francis Huster (Colinot), Brigitte Bardot (Arabelle), Ottavia Piccolo (Bergamotte), Nathalie Delon (Bertrade), Bernadette Lafont (Rosemonde), Alice Sapritch (Dame Blanche), Francis Blanche (Thibaut), Murielle Catalá (Blandine), Henri Tisot (Tourneboeuf), Jean Le Poulain (frère Albaret), Guy Grosso (Lucas), Rufus (Gagnepain), Jean-Claude Drouot (Mesnil Plassac), Maurice Barrier (le marieur), Antoine Baud (Crève-l’œil), Michel Modo (frère Robichon), Julien Guiomar (le mari de Rosemonde), Paul Muller (frère Hugo), François Florent (Messire Corentin), Guy Bontempelli (le troubadour), Mike Marshall (le seigneur), Laurent Vergez (le chevalier).
Synopsis : Le Nord de la France au XVe siècle. Colinot, un jeune paysan surnommé « trousse-chemise » pour sa manière leste de relever le cotillon des filles, s’éprend de Bergamotte et se « fiance » avec elle dans un sous-bois. Mais la belle est enlevée par des brigands et Colinot part à sa recherche, traversant la France avec son ami Tourneboeuf après avoir fait serment de lui rester fidèle en attendant de la retrouver… mariée à un joyeux châtelain. Entre temps, il aura résisté à une ribambelle de dames lubriques, parmi lesquelles Arabelle, princesse d’Occitanie qui cultive sa cour d’amour entourée d’adorateurs, de poètes et de troubadours ; nue sur son lit, elle lui explique la différence entre la sexualité et l’amour…
Scénariste-réalisatrice, Nina Companeez reprend le schéma de « Benjamin ou les mémoires d’un puceau » de Michel Deville (cinéaste dont elle fut la collaboratrice et la compagne pendant une décennie) : un film à costume agrémenté par les émois d’un adolescent, qui véhicule accessoirement les mots d’ordre du féminisme et de la non-violence dans la mouvance de mai 1968. Mais son conte galant picaresque en forme de tableautins cultive la joliesse et la mièvrerie plutôt que la verve, l’insolence et la crudité truculente d’un Rabelais ou d’un Boccace. Son récit est décousu et languissant, enfin il y manque l’élégance devillienne. On ne peut que retenir de cette polissonnerie un peu vulgaire la beauté des images de Ghislain Cloquet (Eastmancolor), compositions raffinées enregistrées à Sarlat, Saint-Cybranet (Dordogne) et dans les paysages du Périgord. Brigitte Bardot séjourne dans le château de Fénelon à Sainte-Madane, Alice Sapritch règne sur le château de Beynac, Jean-Claude Drouot habite celui de Bourdeilles. Compositeur de Bardot, Dalida, Nana Mouskouri et Françoise Hardy, Guy Bontemperelli met ici en musique vingt chansons occitanes. Notons qu’avec ce film, la Bardot, 39 ans, fait ses adieux au cinéma après une série calamiteuse d’échecs au box office. – US : The Edifying and Joyous Story of Colinot.
1973(tv) Le Seigneur de Bonaguil (FR) de Jean-Jacques Vierne
ORTF (FR3 Bordeaux 27.3.73), 50 min. – av. Jean-Marc Bory (Bérenger de Roquefeuil), Vincent Longo (Engerrand), Jean-Pierre Nercam (Jean de Roquefeuil), Marcel Roche (messager de Toulouse), Pierre-André Delbeau (troubadour), Alain Farlan (Pierre de la Margelle), Françoise Laborde (Marie). – Un scénario de Marcello Paradisi dont l’action est située au XVe s. au Périgord. Puissant seigneur, Béranger de Roquefeuil a hérité de son père un petit castel solitaire qu’il transforme en forteresse imprenable, hérissée de défenses. Tourmenté et insoumis, il passe sa vie entière dans ce castel construit autour de lui, à attendre en vain des ennemis imaginaires, à l’instar de Drogo dans le « Désert des Tartares » de Dino Buzzati.
1973(tv) Le Dialogue dans le marécage (FR) de Michel Hermant
ORTF (3e Ch. 31.7.73). – av. Alain Mottet (Sire Laurent), Gérard Berner (Frère Candide), Marie-Hélène Breillat (La Pia), Françoise Bertin (servante), Paulette Frantz (servante), Georges Lewis (le père), Catherine Breillat (l’autre), Sergi Martina (Simon).
Escorté d’un moine et en route pour St. Jacques de Compostelle, un chevalier cherche le château marécageux où il enferma jadis son épouse et dont il ne se souvient plus même l’emplacement exact. Le récit décrit ce qu’est devenue l’épouse en question en cette retraite forcée, entourée de deux servantes. – Dramatique d’après une pièce en un acte de Marguerite Yourcenar (1930), inspirée par quatre vers de Dante qui fait allusion à une Dame Pia que son mari enferma dans un château insalubre et oublia ; la romancière fouille les implications de cet acte et la psychologie des époux.
1974La Pipe au bois (FR) de Maxime Debest
Orpham Productions, 86 min. – av. Alice Arno, Catherine Taillefer, Denis Le Guillou, Robert Leray. – Synopsis : Margot et Yolande, deux sœurs, vivent recluses dans la forêt où elles s’adonnent à la sorcellerie et dépouillent les voyageurs qu’elles épuisent sexuellement avant de les tuer. Jadis violée par un châtelain pervers, Margot attend l’heure de la vengeance, mais l’arrivée d’un joli damoiseau égaré bouleverse la vie des jouvencelles … Un porno français à costumes mélangeant fantastique, érotisme, sadisme et une touche de gore. Pour amateurs uniquement.
Michel Piccoli et Liv Ullmann : Sire Richard hésite à tuer sa femme vampire (« Léonor » de Juan Buñuel).
1975Léonor / Leonor – Cronache di altri tempi (FR/ES/IT) de Juan Luis Buñuel
Michel Piccoli, Serafín García Trueba/Arcadie Productions-Films 66-Uranus Productions (Paris)-Goya Films (Madrid)-Transeuropa (Roma), 101 min. – av. Liv Ullmann (Léonor), Michel Piccoli (Sire Richard), Ornella Muti (Catherine), Antonio Ferrandis (Maître Thomas Vanette), George Rigaud (le père de Catherine), Angel Del Pozo (le chapelain), José Maria Caffarel (le docteur), Carlos Coque (Grégoire), José Luis Romero (Mathieu), Antonio Ross (Julien), José Moreno (Arnaud, le majordome de Sire Richard), Inma de Santis (la jeune fille accusée de sorcellerie), José Sacristán (le curé).
Au XVe siècle. Sire Richard, seigneur puissant et riche, devient fou de douleur après la mort de son épouse Léonor, décédée d’une chute de cheval pendant la chasse. Après l’avoir mise au tombeau et scellé l’entrée du sanctuaire, le désespéré prend, par défi, le soir même pour seconde épouse la jeune et jolie Catherine, qui lui donnera deux fils, Mathieu et Grégoire. Mais le souvenir de la défunte tant aimée le hante sans répit, il la voit dans ses hallucinations et finit, dix ans plus tard, par briser l’entrée du tombeau pour s’y installer et y vivre. Malgré la mise en garde d’un mystérieux vagabond, Maître Thomas, contre le danger des morts-vivants, il passe outre. Doté de pouvoirs surnaturels, le vagabond redonne vie à Léonor, qui sort du caveau, ayant tout oublié hormis son époux. Richard poignarde Catherine et ramène Léonor au château, à la stupéfaction de ses serfs. Chaque fois que Léonor se donne à son mari, elle tue un enfant, et la population traumatisée par ces disparitions la soupçonne de commerce avec le diable ; simultanément, la peste se répand dans le pays. Quand Léonor s’en prend aux fils de Richard, ce dernier fait appel au vagabond pour briser l’emprise du vampire, mais ne trouve pas la force de la tuer : leur passion est plus forte. Halluciné, le malheureux s’enfuit avec Léonor sur un cheval qui s’emballe. Le couple infernal fait une chute mortelle dans un gouffre.
Juan Buñuel, fils du grand Luis, conjugue un thème chéri des surréalistes : l’amour transcende la mort, défie le Ciel. Le scénario, qu’il a rédigé avec Roberto Bodegas (Jean-Claude Carrière signe les dialogues de la version française), est la transposition d’une nouvelle erronément attribuée au poète romantique Ludwig Tieck ; il s’agit en fait de Lasst die Todten ruhen (Laissez reposer les morts) d’Ernst Benjamin Solomo Raupach (1823). Tieck a, il est vrai, introduit pour la première fois une femme vampire dans la littérature, avec un conte fantastique intitulé Liebeszauber (Ensorcèlement de l’amour) (1811/12), d’où la confusion des philologues (1) – et du générique du film. Visant haut, Buñuel s’assure la collaboration de Michel Piccoli (également producteur) et de Liv Ullmann, l’actrice fétiche d’Ingmar Bergman, et tourne son conte dans le château de Las Seguras à Cáceres, en Estrémadure. Il ancre toutefois sa fantasmagorie dans le réalisme, refusant toute explication et toute manifestation ostensible de vampirisme (celui-ci n’est qu’insinué). Ressuscitée, Léonor semble suivre les préceptes sadiens du comte Zaroff : « First kill, then love… » La mélopée envoûtante d’Ennio Morricone accompagne la cadence lancinante d’images plus morbides qu’oniriques, laissant le public sur sa faim. Privé de moments forts et de personnages attachants ou intéressants, le spectateur somnole. Esthétisant et raté. – DE : Eleonore, US : Mistress of the Devil (tv).

(1) – Notamment américains, qui ont publié la nouvelle sous le titre de Wake Not the Dead en l’attribuant à Tieck.
1975(tv) Deux écoliers au Moyen Âge (FR) de Renaud Saint-Pierre
émission "Histoire des enfants", Claude Couderc, Thierry Nolin/ORTF-France Régions 3 Lyon (FR3 16.10.75), 18 min. - av. Olivier Nolin, Alain Frey, Thierry Nolin (présentateur).
Episode filmé à Pérouges qui retrace la vie quotidienne de deux écoliers, Grégoire (10 ans) et Olivier (16 ans), explique le contenu et l'organisation de leurs études, les rapports entre le béjaune (Grégoire, l'apprenti) et son responsable, Olivier.
1977Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine (FR/BE) de Michel Coluche
Les Films du Triangle-AMLF-World Prod., 90 min. – av. Coluche (Gros Pif Ier), Dominique Lavanant (la reine), Gérard Lanvin (le Chevalier Blanc), Martin Lamotte (le bouffon), Jean Jacques (le roi de Flandre), Anémone (Lucienne), Gérard Jugnot (le chef des mousquetaires).
Farce rabelaisienne pseudo-historique autour d’un roi paillard et fainéant, Gros Pif, trahi par son bouffon et ses ministres. Destitué, emprisonné, il est délivré par le Chevalier Blanc, un chanteur de charme, et se réfugie chez son cousin le roi de Flandre qui, pour l’aider, envahit l’Alsace et la Lorraine. Gros Pif peut ainsi repousser (sans trop de peine) l’envahisseur et le peuple l’acclame comme le sauveur de la France.
Cet unique film réalisé par Coluche alias Michel Colucci est destiné à familiariser la fameuse équipe du Splendid avec la caméra avant son premier saut sérieux du café-théâtre au grand écran (la série des « Bronzés » de Patrice Leconte), l’année suivante. L’absence d’un réel metteur en scène et d’un scénario se fait sentir : les comédiens font n’importe quoi, l’humour (calembours franchouillards, gags absurdes) se noie dans une suite incohérente de sketchs pachydermiques, très, très loin des Monty Python. Seule la musique de Serge Gainsbourg est à sauver. Tournage au château de Biron (Dordogne) et à Senlis (Oise).
1982(tv) La Sorcière (FR) de Charles Brabant
(TF1 25.5.82), 105 min. – av. Michel Bouquet (Jules Michelet), Claude Degliame (Athénaïs Michelet/Athénaïs la sorcière), Richard Fontana (Pierre), Anne Kreis (Jacqueline/Anne), Daniel Mesguich (le génie), Michel Robin (l’archevêque), Philippe Clevenot (le dominicain), Jean-Pol Dubois (le prédicateur), Hervé Jolly (Jacques), Jean-Pierre Bisson (le seigneur), Roberto (le nain), Monique Mauclair (la duchesse), Bernard Bireaud (l’homme bleu), George Ser (le pape), Marie-Caroline Carliez (Anne enfant).
Synopsis : Au XVIe siècle, une famille de serfs subissant toutes les humiliations, depuis le droit de cuissage jusqu’au pillage des récoltes, participe à une guerre du seigneur. La femme ne trouvant dans l’Église aucun réconfort, vend son âme et son corps au diable dans l’espoir d’atténuer ses souffrances terrestres. Sa fille suivra son chemin et finira comme beaucoup d’autres, sur le bûcher de l’Inquisition.
Charles Brabant dépoussière et filme avec passion un roman longtemps oublié de l’historien républicain Jules Michelet (1798-1874), un violent pamphlet anticlérical qui fit scandale lors de sa publication en 1862 et auquel il rend toute sa charge de colère, de compassion et d’angoisse romantique. Accusé par ses adversaires de s’être livré à une apologie du satanisme, Michelet ne trouva guère d’appui chez ses propres amis politiques qui lui reprochèrent d’avoir cédé à la tentation de l’obscurantisme, alors qu’il défendait à travers la sorcière « l’unique médecin du peuple, pendant mille ans. » Sociologiquement, il voit chez elle le masque d’une femme révoltée contre l’ordre juridique et symbolique institué par les hommes. Noyé dans ses diatribes contre l’obscurantisme féodal, l’historien a cependant tendance à oublier que la chasse aux sorcières est un phénomène qui n’apparaît qu’à la toute fin du Moyen Âge et se répand surtout pendant la Renaissance et les guerres de Religion, jusqu’au XVIIe siècle (les descriptions détaillées du Sabbat datent du temps d’Henri IV). Son texte a été redécouvert dans les années 1950-1960 par les historiens des Annales. A travers Michelet, Brabant fustige le clergé médiéval qu’il accuse d’avoir trahi l’amour et l’espérance évangéliques et d’être devenu ce qu’il traque chez les autres : l’allié le plus sûr du Malin. L’indulgence du roman comme du film pour ces sorcières qui cherchent dans la nuit des remèdes à la misère du jour fait apparemment grincer des dents.
1983(tv) La Légende de la ville d'Ys (FR) de Renaud Saint-Pierre
FR3 Rennes (FR3 26.10.83), 1h05 min. – av. Pierre Rousseau (Gradlon, roi d’Ys/Harold), Jenny Arasse (Malgwen/Dahut, sa fille), Robert Dadles (Ronan/le diable), Jacques Anton (l’homme en noir), Jeanette Granval, Marité Devos, Geneviève Lemeur (les trois sorcières), Daniel Dupont (le rameur), Danielle Thébaud (la crépière), Arnaud et Claire (ses enfants), Roger Guillo, Yvon Lemen (les paysans), Patrick Ewen, Kristen Nogues, Pierre Le Bihan, Pierre Crépillon (les chanteurs).
Dans l’adaptation très couleur locale que livre l’écrivain et philosophe breton Michel Le Bris, la belle Dahut, fille du roi Gradlon et de Malgwen, la fée guerrière scandinave, n’est plus cette grande pécheresse d’une Sodome celte qu’inventèrent jadis les prédicateurs chrétiens, mais l’esprit de l’eau et du vent confronté à une nouvelle conception du monde venue de Palestine. A la demande de Dahut, Gradlon fait construire une magnifique cité dans la baie de Douarnenez. Pour la défendre des vagues, on érige une très haute digue encerclant la ville avec une unique porte de bronze qui y donne accès et dont seul le roi possède la clé. Fiancée à l’Océan, Dahut lui sacrifie chaque nuit un amant, jusqu’à ce qu’un mystérieux étranger (en fait, Satan en personne) lui fasse voler la clé de la digue. Ys est engloutie. Un texte foisonnant qui cherche à compenser la pauvreté des moyens matériels par des images lyriques et la musique traditionnelle bretonne de Youenn Gwernig et Kristen Nogues (cf. supra, 1909 et 1970).
Etienne de Navarre (Rutger Hauer) et sa bien-aimée transformée en faucon (« Ladyhawke » de R. Donner, 1984).
1983/84Ladyhawke (Ladyhawke, la femme de la nuit) (US) de Richard Donner
Lauren Shuler, Richard Donner/20th Century-Fox-Warner Bros., 121 min. – av. Rutger Hauer (Etienne de Navarre), Michelle Pfeiffer (Isabeau d'Anjou), Matthew Broderick (Philippe Gaston, dit « La Souris »), Leo McKern (père Impérius), John Wood (l’évêque d’Aquila), Ken Hutchison (Marquet), Alfred Molina (Cezar), Venantino Venantini (secrétaire de l’évêque), Nicolina Papetti (Mme Pitou), Loris Loddi (Jehan), Giancarlo Prete (Fornac).
Au sud de la France, au XIIIe siècle. Condamné à être pendu, Philippe Gaston, un jeune voleur à la tire, réussit pour la première fois dans les annales à s’échapper des terribles géoles de la cité fortifiée d’Aquila (ou Aguillon, dans la version italienne). Il est rattrapé par les sbires que l’odieux et tyrannique évêque des lieux lance à ses trousses, quand surgit Étienne de Navarre, l’ancien capitaine de la garde d’Aquila, qui le sauve in extremis. Les deux sont pris en chasse par l’âme damnée de l’évêque, Marquet. Mystérieux chevalier vêtu de noir, Navarre est accompagné d’un faucon qui semble apprivoisé. La nuit venue, Philippe constate avec stupeur que son sauveur et l’oiseau ont laissé place à une très belle jeune femme, Isabeau d’Anjou, et à un loup noir bienveillant. Au matin, nouvelle permutation. En lui apportant le faucon blessé lors d’une embuscade, Philippe apprend la vérité de la bouche du vieil ermite Impérius : Navarre et la superbe fille du comte d’Anjou sont deux amants victimes de la malédiction lancée par l’évêque, qui, convoitant la jeune femme, a pactisé avec le Malin pour se venger : depuis lors, Navarre devient loup la nuit et Isabeau dame-faucon (« Ladyhawke ») le jour – toujours ensemble, éternellement séparés. Sous leur forme animale, ce sont deux malheureuses créatures privées de raison, qui n’ont pas même le souvenir de la partie humaine de leur existence. Responsable de leur infortune (étant ivre, il confia leur secret à l’évêque jaloux), Impérius a découvert comment rompre le sortilège du magicien noir : ils doivent trouver moyen de se présenter tous deux devant lui sous leur forme humaine. Le moine persuade Navarre, très réticent, et Isabeau de retourner à Aquila, où l’agile Philippe introduit le chevalier noir dans l’abbaye pendant une cérémonie religieuse présidée par l’évêque. Navarre se fraye un chemin à l’épée et tue Marquet en combat singulier dans la nef. Isabeau recouvre sa forme originelle à la faveur d’une éclipse de soleil – il y en eut une en 1239 – et rejoint son amant qui supprime l’évêque félon alors que celui-ci tentait, dans un dernier sursaut, de l’assassiner.
Les amants (Rutger Hauer, Michelle Pfeiffer) enfin réunis physiquement après l’anéantissement du magicien.
 Certes, Richard Donner (« Superman », 1978) a du punch, il sait diriger des scènes d’action trépidantes, mais il s’avère aussi doué pour la poésie qu’Ingmar Bergman pour la gaudriole. Son joli conte, qui puise son inspiration à la source du merveilleux médiéval (errances et métamorphoses), avec quelques dérapages dans l’« heroic fantasy » contemporain, est plombé par une mise en scène ampoulée (ralentis vaporeux, effets de carte postale), une narration souvent relâchée et l’incongruité d’une musique pop-rock (Andrew Powell, Alan Parsons Project) d’une affligeante banalité. On retiendra la beauté des extérieurs, une certaine sophistication visuelle (photo : Vittorio Storaro, l’immense chef opérateur de Bertolucci et Coppola) et une tête d’affiche alléchante, avec le ténébreux Rutger Hauer (« Blade Runner ») et son inatteignable dame de cœur Michelle Pfeiffer, sensuelle et resplendissante, enfin Matthew Broderick en espiègle tire-laine. Un premier projet envisageait dans les rôles principaux Sean Connery, Kurt Russell ou Mel Gibson (Navarre) et Dustin Hoffman (Philippe). Le tournage se fait en Techniscope et Technicolor en Italie : à Cinecittà et, pour les extérieurs, en Vénétie (Belluno), en Lombardie (Soncino), dans le Latium (Tuscania) et surtout en Émilie-Romagne dans la région de Campo Imperatore (Parc national des Abruzzes, Rocca di Cambio) et les forêts de Casarola, où l’on utilise quatre loups importés de Sibérie. L’imposant château de Torrechiara dominant le Val Parma (province de Parme) avec son abbaye bénédictine du XVe siècle et le village de Castell’Arquato deviennent la cité (fictive) d’Aquila, tandis que la forteresse en ruines où vit Impérius est celle de Rocca Calascio. Beaucoup d’efforts louables qui aboutissent pourtant à un gros échec commercial : produit pour 20 millions de dollars, le film n’en rapporte que 18,4 aux Etats-Unis. Les producteurs se consolent avec deux Saturn Awards 1986 de l’Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films (meilleur film de fantasy, costumes), le Golden Reel Award (montage son), deux nominations à l’Oscar (mixage et montage son), une au Prix Hugo du meilleur film et au Young Artists Award (meilleur film familial d’aventures). – DE : Der Tag des Falken, ES : Lady Halcón (El hechizo de Aquila).
1991/92Le Voyage étranger / Alexis ou le voyage étranger (CH/PT/FR/MA/CA) de Serge Roullet
CAB Prod. (Gérard Ruey)-Invicta Filmes (Pedro Bernard)-Michel David Prod.-Les Films de l’Atalante, 120 min. – av. Mathias Mégard (Alexis), Daniel Dubois (Alexis vieux), Virginie Linhardt (Aure), Christine Combe (Leïla), Frédéric Gatto (Jacques), Karim Askaul (le vieil homme), Francisco Nascimiento (Paul), Ruy Furtado, Sofia Sá de Bandeira.
Synopsis : La légende de saint Alexis (qui serait mort vers 404 à Rome, mais dont l’existence est contestée). Ce film situe l’action vers la fin du Xe siècle, car La Vie de saint Alexis, est un recueil de poèmes médiévaux hagiographiques dont les versions les plus anciennes remontent au XIe siècle. Un jeune noble en rupture de ban, révolté, soucieux de pratiquer « le bien et le vrai », quitte sa famille pour une vie de renoncement. Dans un monastère, il découvre la pauvreté, la servitude, et apprend la soumission et la dialectique. Pèlerin en Orient, il est réduit en esclavage par les Sarrasins. Il rentre après bien des souffrances, s’ouvre à celles d’autrui, est enfin capable d’aimer et trouve la paix.
Assistant de Robert Bresson sur « Le Procès de Jeanne d’Arc », metteur-en-scène de Sartre et scénariste de Claude Goretta (« La Dentellière »), Roullet, franc-tireur intègre du cinéma français, ne tourne que pour dire l’essentiel. Son film se réduit à un voyage austère et âpre (on veille bien à ne rien montrer ni à démontrer), placé au service d’une parabole partiellement stylisée en forme de vignettes hiératiques. A part quelques images radieuses de paysages sauvages du Maroc (Fès, Meknès, Volubilis, Erfoud, Ressani) et du Portugal et de scènes de groupe à l’esthétique picturale réussie, cette « quête mystique » ne fait pas vibrer les spectateurs. « A voir si on aime les lents métrages », conclut Le Canard enchaîné (28.10.92). Les intérieurs sont réalisés aux studios d’Arpajon à Essonne (Île-de-France).
1991L'Annonce faite à Marie (FR/CA) d’Alain Cuny
Hugues Desmichelles-Frédéric Robbes-La Sept-Sofica Lumière-Téléfilm Canada, 91 min. – av. Ulrika Jonsson (Violaine Vercors), Jean de Ligneris (Jacques Hury), Roberto Benuvente (Pierre de Craon), Christelle Chalab (Mara Vercors), Alain Cuny (Anne Vercors, le père), Cécile Potot (Elisabeth Vercors), Ken McKenzie (le maire), Samuel Tereault (l’apprenti).
Synopsis : La Champagne au XVe siècle. Pierre de Craon, un architecte constructeur de cathédrales s'éprend de la blonde et pure paysanne Violaine, dont le père est sur le point de partir aux croisades. Violaine est promise à Jacques Hury, qu’elle aime, mais, vaincue par la pitié, elle donne le baiser de la charité à Pierre, dont elle sait pourtant qu’il a contracté la lèpre. Jacques Hury chasse Violaine qu’il accuse de parjure et épouse à sa place Mara, la sœur maléfique qui l’a mis au courant. Violaine accepte en silence le sacrifice de sa vie de femme, devient lépreuse, puis aveugle, vivant seule dans la forêt, à l’abri d’une grotte. Après huit ans, Mara lui apporte sa petite fille morte à laquelle Violaine redonne miraculeusement la vie. Jalouse de sa sainteté, Mara tente de la tuer. Pierre de Craon la retrouve et la transporte mourante dans son fief.
Premier et unique film du comédien Alain Cuny (« Les Visiteurs du soir », cf. supra 1942), 83 ans, qui s’inspire pour cela du « mystère en 4 actes » de Paul Claudel (1912), une des œuvres favorites du poète, qu’il suit à la lettre. Cuny rêvait depuis cinquante ans d’adapter au cinéma cette pièce d’inspiration catholique qu’il avait lui-même interprétée en 1941, une fable onirique sur le bien et le mal, le péché et le salut. Produit grâce à son acharnement, le film est à la fois archaïque et étrangement moderne, artisanal, sophistiqué et dérangeant. « L’Annonce » a été créé en totale liberté, sans souci de vraisemblance ; difficile d’accès par sa lenteur, son emphase, son austérité et ses parti-pris formels qui le rapprochent de Bresson ou de Jean-Marie Straub, il abonde en plans insolites (une Africaine marchant sur la grève, un insecte grignotant une poire pourrie, une rose dans un vase), en cadrages bizarres, en hommages picturaux aux peintres que Cuny aime par-dessus tout. Les costumes dessinés par Tal Coat, ne cherchant jamais la reconstitution, sont jugés tantôt admirables, tantôt d’une rare laideur, selon la presse qui est pour le moins divisée. Le public, lui, s’abstient. Lauréat du prix Georges Sadoul du meilleur film français, prix du Jury œcuménique à la Berlinale de 1992.
1996O trech rytírích, krásné pani a lnené kytli [De trois chevaliers, d’une belle dame et d’un chainse] (CZ) de Vladimir Drha
Tri bratri/Three Brothers Production-Ceská televize-Studio agentury K+K art, 1h16 min. – av. Jiri Pomeje (le 1er chevalier), Jakub Kohl (le 2e chevalier), Filip Blazek (le 3e chevalier), Jitka Jezková (la belle dame), Jiri Zahajsky (le châtelain), Karel Pospisil (l’écuyer), Michaela Kuklová (l’Amour), Filip Rajmont (le bouffon), Oldrich Bubrle (le musicien), Heda Hosková (la chanteuse), Jaroslav Kepka (le guérisseur), Petr Traxler (le poète), Jirí Hálek (la Peur).
Synopsis : Trois chevaliers requièrent d’amour une dame de haut lignage dont l’époux organise les joutes auxquelles ils sont venus participer. À leur triple sollicitation (présentée par le plus riche d’entre eux), la dame oppose une sage réserve. Après leur départ, elle charge en secret un écuyer de leur remettre tour à tour son chainse blanc (longue chemise de lin) et de leur faire savoir qu’elle cèdera à celui qui acceptera de combattre revêtu de ce seul vêtement pour toute armure. Le plus pauvre des trois chevaliers accepte après une nuit de tourments où l’Amour et la Prouesse luttent contre la Peur. Il remporte le tournoi, son chainse déchiqueté et sanglant des coups de l’adversaire. Ramené chez lui, entre la vie et la mort, il est sauvé par l’amour guérisseur de la dame. – Un récit courtois tiré d’une ballade du trouvère Jacques de Baisieux intitulée Dis des trois chevaliers et del chainse (fin du XIIIe siècle).
2009(tv) Chevaliers (FR) de Serge Tignères, Fabrice Bassaler et David Perriel
Histoire-Phare Ouest Productions (Arnaud Poivre d’Arvor, Sébastien Brunaud) (Histoire 28.11.-4.12.09), 3 x 1h30 min. – av. Claude Wasselin, Christine Haas, Eric Frachebois, Brice Lopez, Franck Pétillot, Nicolas Beguin, Jonathan Guillemin, Jeremy O’Neal. – Huit chevaliers modernes, venus de Belgique, de France et de Suisse, passionnés du Moyen Âge, ressuscitent l’art du combat chevaleresque en s’affrontent durant un tournoi qui va durer cinq jours. Des châteaux cathares au cœur des Corbières et jusqu’au col de Garavel, entre l’Aude, l’Ariège et les Pyrénées-Orientales, les péripéties de ces vaillants donnent l’occasion de découvrir l’histoire de la chevalerie à travers des scènes réalisées avec des associations de reconstitutions historiques dans des parcs archéologiques ou des sites patrimoniaux. Un documentaire hybride mais instructif.
2016Les Filles au Moyen Âge (FR) de Hubert Viel
Valéry de Peloux, Hubert Viel/Artisans du Film-Potemkine Films, 78 min. - av. Michael Lonsdale (Daniel, le vieil érudit / le conteur), Chann Aglat (Jeanne d'Arc / Mélisande / Clotilde / Hildegarde de Bingen), Léana Doucet (Eulalie / Irmingarde / Marie d'Anjou), Malonn Lévana (Euphrosine, Blanche / Agnès Sorel), Camille Loubens (Charles VII / Cyrille d'Alexandrie / Jésus), Johlan Martin (Jacques Coeur / Nikolos / Hugues de Noé), Noé Savoyat (Gondebaud / Clovis), Maud le Grevellec, Hubert Viel.
Comédie librement inspirée de l'ouvrage La Femme au temps des cathédrales de Régine Pernoud (1981), qui réhabilite la condition de la femme à cette époque et fait tomber nombre d'idées reçues. Entre comédie burlesque et film à sketches, la production est interprétée en majorité par six enfants qui endossent chacun une quinzaine de personnages historiques ou légendaires. Hélas, passé le charme des premières saynètes, le dispositif narratif rabâche et s'enlise dans une poésie facile.