I - LA FRANCE

1. LOUIS XIII et Richelieu (1610 à 1643)

Aramis, Porthos, d’Artagnan et Athos dans « Les Trois Mousquetaires » d’André Hunebelle (1953).

1.8a. "Les Trois Mousquetaires"

Roman d'Alexandre Dumas (et Auguste Maquet) paru en 1844. - Paris 1625-1628. Louis XIII règne, mais Richelieu gouverne. S’étant lié d’amitié avec les trois plus redoutables épées du royaume, les mousquetaires Athos, Porthos et Aramis, d’Artagnan, un jeune Gascon courageux et rusé, est chargé par la reine, Anne d’Autriche, de lui ramener de Londres les douze ferrets en diamant qu’elle a imprudemment confiés à son amant, Lord George Villiers, duc de Buckingham (ambassadeur à Paris en 1625), et grâce à l’absence desquels Richelieu veut la compromettre aux yeux du roi. Milady de Winter, une dangereuse aventurière et espionne du cardinal, intrigue vainement pour piéger les mousquetaires lors de cette mission. A son retour, d’Artagnan découvre le secret de Milady (elle est marquée au fer) et Athos, dont la vie a été brisée, lui révèle qu’elle fut son épouse. Sur ordre de Richelieu, Milady organise l’assassinat de Buckingham par le puritain fanatique John Felton (1595-1628) et s’efforce d’éliminer d’Artagnan. Elle parvient à tuer Constance Bonacieux, fidèle femme de chambre de la reine et maîtresse du Gascon. Les mousquetaires traquent la criminelle et la livrent à la hache du bourreau.
Les personnages et leurs modèles historiques :
D’Artagnan = Charles-Ogier de Baatz de Castelmore, comte d’Artagnan (v.1618-1673), capitaine-lieutenant de la 1ère Compagnie des Mousquetaires du Roy (sous le commandement de Jean de Peyré, comte de Troisvilles [=Tréville]) ; marié en 1659 à Charlotte-Anne de Chancely, chargé de l’arrestation de Fouquet en 1661 et tué au siège de Maastricht, sous Louis XIV.
Athos, vicomte de La Fère et de Bragelonne = Armand de Sillègue d’Athos d’Autevielle (1615-1643).
Porthos du Vallon de Bracieux de Pierrefonds = Isaac de Porteau/de Portan (1617-1670).
Aramis, chevalier-abbé d’Herblay = Henri d’Aramitz (v.1625-1674).
Milady (alias Charlotte Backson, Anne de Breuil, Lady Clarick de Winter, puis comtesse de La Fère [épouse d’Athos] et baronne de Sheffield) = Lucy Percy, comtesse de Carlisle (1599-1660), agent double des Stuart et des Parlementaires.
1898Fencing Contest from the Play « The Three Musketeers » (GB) de William Kennedy-Laurie Dickson ( ?)
British Mutoscope & Biograph Co. (Emile Lauste, W. R. Booth), London. – av. Lewis Waller [=William Waller Lewis] (d’Artagnan).
L’affrontement entre les quatre mousquetaires et les hommes de Jussac dans le jardin du Luxembourg, filmé aux studios Biograph de Westminster Embarkment à Londres, avec Lewis Waller, idole de la scène britannique, et les interprètes de la pièce de Dumas et Maquet mise en scène cette même année par Herbert Beerbohm Tree au « His Majesty’s Theatre » (où Wallace jouait Buckhingham).
1909I tre moschettieri (Les Trois Mousquetaires) (IT) de Mario Caserini ( ?) 
« Serie d’arte » Cines, Roma, 475 m. (30 tableaux). – av. Amleto Novelli (d’Artagnan), Maria Gasperini (Constance Bonacieux), Fanny Delisle (Milady de Winter), Constant.
Une première tentative de résumer l’intégralité du roman, en une demi-heure de film : après l’épisode des ferrets de la reine (orchestré par Richelieu, amoureux éconduit d’Anne d’Autriche), l’enlèvement et l’empoisonnement de Constance, suivi de l’exécution de Milady. Tourné dans les studios Cines de la Via Appia Nuova à Rome. Grand succès international (50 copies vendues en Grande-Bretagne) ; en France, l’exploitation est temporairement interrompue à la demande des héritiers de Dumas.
1911The three Musketeers (US) de James Searle Dawley
Thomas Edison Mfg. Co., 305 m./2 bob. – av. Sydney Booth (d’Artagnan), Herbert Delmar (Athos), Jack Chagnon (Porthos), Harold Shaw (Aramis), William Bechtel (Louis XIII), Miriam Nesbitt (Anne d’Autriche), Marc McDermott (Richelieu), Mary Fuller (Constance Bonacieux), Robert Brower (Tréville), Herbert Barrington (duc de Buckingham), Carey Lee (Milady de Winter). – Filmé aux studios Edison dans le Bronx, New York, et exploité en deux parties.
1913Les Trois Mousquetaires – 1. La Haine de Richelieu – 2. Le Triomphe de d’Artagnan (FR) d’André Calmettes 
Film d’Art (Delac & Cie.), 3800 m. – av. Emile Dehelly (d’Artagnan), Marcel Vibert (Athos), Adolphe Candé (Porthos), Stellio (Aramis), Nelly Cormon (Milady de Winter), Philippe Garnier (Richelieu), Jean Peyrière (duc de Buckingham), Aimée de Raynal (Anne d’Autriche), Guizelle (Constance Bonacieux), Marquet (Louis XIII), H. Legrand (Planchet), Vaslin (Tréville), Jacques Volnys (Rochefort), Hardoux (Bonacieux), Jean Duval (bourreau de Lille), Prika (Grimaud), Arnold (Mousqueton), Lefève (Bazin), Max Robert (de Wardes), Defresne (Jussac), Marsa Rhenardt (Mme de Guéménée), Calvat (d’Artagnan père), Verdet (mère de d’Artagnan), S. Grandet (Ketty).
Premier long métrage du Film d’Art (spécialisé dans les sujets historiques, à la fois coûteux et populaires), d’une durée de près de trois heures et adapté par Henri Pouctal. Tourné dans les studios à Neuilly (décors d’Emile Bertin), c’est le grand film de la « rentrée 1913 », avec une projection dans vingt-trois salles de la capitale (dont le Casino de Paris), mais seulement dans six salles de banlieue, car les spectateurs de films aussi longs se recrutent essentiellement parmi les classes moyennes. Indéniablement une œuvre de prestige (toute l’intrigue du roman y figure), mais qui ne semble pas avoir récolté le succès escompté.
1913The three Musketeers (US) d’Edward Laurillard 
Anglo-American. – av. Frank Keenan (Athos). – Le film, sorti à New York en mars 1914, reste entouré de mystère, et pourrait, à la limite, être une édition américaine du film français d’André Calmettes (il comporte notamment la décapitation de Milady).
1913/14The three Musketeers / The three Guardsmen (US) de Charles V. Henkel 
Film Attractions Company, 6 bob./env. 80 min. – av. Earl Talbot (d’Artagnan). – Charles Henkel, ancien mentor de Carl Laemmle, producteur, opérateur et décorateur, tourne cette version des « ferrets de la reine » saluée par la presse newyorkaise à Coytesville, New Jersey.
1915/16D’Artagnan (réédition : Three Musketeers) (US) de Charles Swickard, supervision : Thomas H. Ince 
New York Motion Picture-Kay Bee/Triangle Film Corp., 5 bob./63 min. – av. Orrin Johnson (d’Artagnan), Dorothy Dalton (Anne d’Autriche), Louise Glaum (Milady de Winter), Harvey Clark (duc de Buckingham), Walt Whitman (Richelieu), Arthur Maude (duc de Rochefort), George Fisher (Louis XIII), Rhea Mitchell (Constance Bonacieux), Alfred Hollingsworth (Athos), Edward Kenny (Porthos), C. N. Mortensen (Aramis), J. P. Lockney (Bonacieux).
L’épisode des « ferrets de la reine », tourné à Inceville et dans la région de Santa Yñez Canyon pour 17’700 $, une production élaborée et plutôt inhabituelle chez Ince. Les costumes sont approximatifs (on glisse parfois dans la Renaissance), mais le script de J. G. Hawks fait fi des moralistes locaux : Constance est mariée, le cardinal convoite la reine et jalouse Buckingham (ce qu’affirme aussi Dumas) tandis que le roi joue aux échecs avec son favori. Orrin Johnson est un peu trop âgé pour d’Artagnan. L’accueil public est décevant, les sujets historiques ne sont pas en vogue. Bloqué pour des raisons juridiques, le film ressort à New York en 1921 sous un nouveau titre, entrant en concurrence directe avec celui, très supérieur, de Niblo/Fairbanks (cf. infra).
Le d’Artagnan endiablé de Douglas Fairbanks ricidulise les gardes du cardinal (Fred Niblo, 1921).
1921**The three Musketeers (édition sonorisée : Les Mousquetaires du roi) (US) de Fred Niblo 
Douglas Fairbanks Picture Corporation-United Artists, 112 min. – av. Douglas Fairbanks (d’Artagnan), Leon Bary (Athos), George Siegman (Porthos), Eugene Pallette (Aramis), Boyd Irwin (Rochefort), Thomas Holding (duc de Buckingham), Charles Stevens (Planchet), Nigel de Brulier (Richelieu), Adolphe Menjou (Louis XIII), Willis Robards (Tréville), Lon Poff (père Joseph), Mary MacLaren (Anne d’Autriche), Marguerite de la Motte (Constance Bonacieux), Barbara La Marr (Milady de Winter), Walt Whitman (d’Artagnan père), Sydney Franklin (Bonacieux), Charles Belcher (Bernajoux), Paul Hubert (John Felton), Jean de Limur (garde du cardinal).
La première partie du roman (« une histoire aussi jeune que hier – ou demain »), avec l’épisode des « ferrets de la reine » et quelques variantes : Constance est la nièce de Bonacieux (pas d’adultère) ; Buckingham est attiré à Paris par une fausse lettre de la reine forgée par le cardinal ; à la veille de partir pour l’Angleterre, d’Artagnan est convoqué chez Richelieu où il échappe de justesse à un traquenard visant à l’assassiner ; le rôle de Milady est réduit au minimum, dans le dernier quart : il n’est pas question d’une liaison érotique avec d’Artagnan ; celui-ci lui arrache les ferrets volés en s’introduisant dans la cabine du navire qui doit la ramener en France. A la fin, battu, Richelieu enlève Constance, puis réunit le couple en cherchant une dernière fois à enrôler le Gascon dans sa propre garde, mais Tréville surgit à temps pour le récupérer.
Ayant constitué la United Artists et sorti un premier succès mondial, The Mark of Zorro (1920), la vedette Douglas Fairbanks et son metteur en scène Fred Niblo mettent en chantier la toute première version d’ambition internationale du roman de Dumas, investissant la somme alors phénoménale d’un million de dollars (dont 100’000 $ pour les costumes). Fairbanks a d’abord proposé la mise en scène à Allan Dwan (qui l’avait dirigé dans A Modern Musketeer en 1917 et signera le magnifique The Iron Mask en 1929), mais étant alors sous contrat aux Associated Producers, le cinéaste doit refuser : de toute évidence une perte pour le film. L’auteur dramatique anglais Edward Knoblock (« Kismet ») en rédige le scénario avec Fairbanks (sous le pseudonyme d’Elton Thomas). Des acteurs d’origine française – Marguerite de la Motte, Adolphe Menjou (un Louis XIII très ressemblant), Léon Bary – sont engagés, suivis de deux Belges, le champion du monde d’escrime Henri J. Uyttenhove, et son assistant Fred Cavens : il seront les premiers maîtres d’armes de l’histoire du cinéma. Pour les décors, Niblo (futur réalisateur du Ben-Hur muet) se contente d’un XVII e siècle stylisé, passe-partout, recréé aux Clune Studios sur Melrose Avenue, à Lasky Ranch et à Santa Monica (trois mois de tournage).
Fairbanks ne prend pas son Dumas trop au sérieux : alliant le romantisme sentimental et naïf qui lui est propre à une douce ironie, il parodie à la fois la France du Grand Siècle et les conventions du roman de cape et d’épée. Son d’Artagnan ne connaît pas d’adversaires ni de situations inextricables, et le film est destiné en priorité à mettre en valeur les acrobaties perpétuelles du héros. (Les décors ont été fabriqués sur mesure pour donner l’impression que les cascades de Fairbanks sont exécutées sans effort.) Le dynamisme, les prouesses et le magnétisme de la vedette – qui compensent avec bonheur les lourdeurs de la mise en scéne – stupéfient la presse. « Voici un d’Artagnan dont même Dumas n’aurait pas rêvé : Fairbanks n’affronte jamais un seul adversaire s’il a la possibilité d’en affronter six à la fois. Il ne quitte jamais une maison par la porte s’il peut emprunter une fenêtre ou un toit. Il ne contourne jamais un obstacle (fut-ce un « obstacle humain ») s’il peut sauter par-dessus » (
New York Times, 29.8.21). « Quand je relis Dumas père, écrira Louis Delluc, je vois Fairbanks crever chaque page et se camper dans la situation sans issue qui finit toujours si bien » (Cinéa 25.11.21). La vedette crée ainsi le prototype de tous les futurs d’Artagnan de l’écran, quitte à tirer la couverture un peu trop à lui et parfois déséquilibrer le récit. Le succès est mondial, mais tant de désinvolture et de bonne humeur ne paient pas en France, où les réactions sont offusquées et le film banni pendant dix ans (Fairbanks ignorait que les droits d’Auguste Maquet, collaborateur de Dumas, n’étaient pas encore tombés dans le domaine public et avaient été achetés par Henri Diamant-Berger pour son propre film, cf. infra) ; il ne sortira à Paris qu’en 1929 dans une version sonorisée. Fairbanks intégrera la deuxième partie, plus tragique, du roman (l’assassinat de Constance et l’exécution de Milady) à l’intrigue de The Iron Mask (1929) d’Allan Dwan. – CH : Les trois mousquetaires, DE : Douglas Fairbanks, der vierte Musketier, IT : I tre moschettieri.
1921*Les Trois Mousquetaires (FR) d’Henri Diamant-Berger
Films Diamant-Pathé Consortium Cinéma (ciné-roman en 12 épisodes et un prologue), 15’055 m. – av. Aimé Simon-Girard (d’Artagnan), Henri Rollan (Athos), Charles Martinelli (Porthos), Pierre de Guingand (Aramis), Edouard de Max (Richelieu), Claude Mérelle (Milady de Winter), Gaston Rieffler (Louis XIII), Charles Dullin (père Joseph), Maxime Desjardins (Tréville), Jeanne Desclos-Guitry (Anne d’Autriche), Henri Baudin (Rochefort), Pierrette Madd (Constance Bonacieux), Armand Bernard (Planchet), Brunelle (duc de Buckingham), Floresco (Gaston d’Orléans, frère du roi), Paul Hubert (John Felton), Gaston Jacquet (Lord de Winter), Antoine Stacquet (Bazin), Louis Pré fils (Grimaud), Marcel Vallée (Mousqueton), Jean Joffre (Bonacieux), Germaine Larbaudrière (duchesse de Chevreuse), Blanche Altem (Doña Estefana), Mme Joffre (Mère supérieure de Béthune), Max Charlier (d’Artagnan père), Harryso (bourreau de Béthune), Bureau (de Wardes), Albert Préjean.
Producteur-réalisateur de vingt-cinq ans, Henri Diamant-Berger présente sa propre version du roman, bien française, filmée majoritairement en décors naturels – aux châteaux d’Azay-le-Rideau et Chenonceau (Inde-et-Loire), de Chissay (Loir-et-Cher), de Saint-Cloud/Pavillon d’Estrées (Yvelines), à Saillé (Loire-Atlantique), Locronan (Finistère), Caussade (Dordogne), Chartres (derrière la cathédrale), Pérouges, Montbazon, Bourg de Batz, Fontainebleau, Marly, Saint-Germain, au Croisic et dans le donjon de Vincennes – avec l’appui massif des Monuments nationaux. Un atout spectaculaire dont les Américains sont évidemment privés. Les 12 épisodes de cet opulent ciné-roman (soit plus de douze heures de projection) permettent d’aborder scrupuleusement et dans les moindres détails tous les chapitres de l’œuvre dumasienne, y compris la jeunesse de Milady ou les tourments de Bonacieux à la Bastille.
En 1920, Diamant-Berger a proposé la réalisation du film à Douglas Fairbanks, mais celui-ci refuse de tourner loin de Hollywood, ne veut pas entendre parler d’une version trop fidèle qui pourrait choquer le public américain, et de surcroit d’un film en épisodes, genre qu’il estime indigne de son statut. Raymond Bernard s’étant également désisté, Diamant-Berger fait ses débuts dans la mise en scène (il n’a auparavant que des courts métrages à son actif), assisté pour la seconde équipe par André Andréani et le maître d’armes Lucien Gaudin, champion olympique. La société Pathé-Consortium-Cinéma (qui avance un budget colossal de 2,5 millions de francs) s’assure l’exclusivité des droits, et à la suite d’un référendum organisé par la revue « Comœdia », le public désigne un ancien acteur de revue et d’opérette, Aimé Simon-Girard, pour le rôle du Gascon, entouré de grandes vedettes du théâtre (notamment Charles Dullin, Maxime Desjardins et Edouard de Max). Diamant-Berger fait ériger par Robert Mallet-Stevens de vastes décors aux studios de Vincennes, et réunir 3800 costumes ainsi qu’une impressionnante collection de meubles d’époque, prêtés par des privés. Le résultat est très honorable et méritoire, à défaut d’avoir l’entrain irrésistible du film de Fairbanks. Les reconstitutions sont soignées, on note une authenticité de ton, un réel effort de caractérisation, une direction d’acteurs souvent nuancée, malgré quelques poses et barbes postiches trop évidentes, malgré le manque de présence de Simon-Girard et une mise en scène platement illustrative. Le film remporte un succès populaire considérable en France, en Grande-Bretagne, en Italie et en Allemagne, mais seule la deuxième moitié du feuilleton traverse l’Atlantique sous le titre de Milady, en guise de suite au film de Fairbanks (1923) ; défiguré par le remontage en un seul long métrage et des coupes (censure américaine), ce « fragment » passe bientôt aux oubliettes. L’année suivante, Diamant-Berger enchaînera avec Vingt ans après et signera en 1932 un remake sonore (cf. infra).
Episodes : 1. « L’Auberge de Meung » – 2. « Les Mousquetaires de M. de Tréville » – 3. « La Lingère de la reine » – 4. « Les Ferrets de diamants » – 5. « Pour l’honneur de leur reine » – 6. « Le Bal des Echevins » – 7. « Le Pavillon d’Estrées » – 8. « L’Auberge du Colombier rouge » – 9. « Le Bastion Saint-Gervais » – 10. « La Tour de Portsmouth » – 11. « Le Couvent de Béthune » – 12. « La Cabane de la Lys ». (En 2002, Guillaume et Jérôme Diamant-Berger patronnent une jolie réédition DVD sonorisée sous forme de 14 épisodes de 26 min.) – DE : Die drei Musketiere, GB : The Three Musketeers, IT : I tre moschettieri.
Louis XIII (Frank Morgan) félicite ses quatre mousquetaires, loyaux au trône (version George Sidney, 1948).
1932/33Les Trois Mousquetaires – 1. Les Ferrets de la reine – 2. Milady (FR) d’Henri Diamant-Berger [et D. B. Maurice alias Maurice Diamant-Berger] 
Films Diamant (2 parties), 136 min.+110 min. – av. Aimé Simon-Girard (d’Artagnan), Blanche Montel (Constance Bonacieux), Edith Méra (Milady de Winter), Andrée LaFayette (Anne d’Autriche), Henri Rolland (Athos), Thomy Bourdelle (Porthos), Louis Allibert (Aramis), Henri Baudin (Rochefort), Paul Colline (Planchet), Samson Fainsilber (Richelieu), Maurice Escande (duc de Buckingham), Harry Baur (Tréville), Hélène Larra (duchesse de Chevreuse), Fernand Francell (Louis XIII), Edmond Van Daele (père Joseph), Serjius (Mousqueton), Bill Bockett’s (Grimaud), Hiéronymus (Bazin), Esther Kiss (Kitty), Hélène Lara (duchesse de Chevreuse), Marcelle Monthil (Doña Estefana), Geneviève Félix (Mère supérieure), Lulu Watier (Mme Coquenard), Romain Bouquet (Bonacieux), Tourreil (John Felton), Tony Pary (Lord de Winter), Robert Ozanne (de Wardes), Michaud (Giovanni).
Dans le but de réaliser « le premier grand film français parlant de cape et épée », Diamant-Berger reprend deux acteurs de son ciné-roman de 1921, Aimé Simon-Girard (devenu entre temps le Fairbanks français avec Fanfan la Tulipe, en 1925) et Henri Rollan, et fabrique une nouvelle version en « deux chapitres » selon une formule voisine, mais hélas avec nettement moins de moyens : figuration restreinte, décors étriqués mais rehaussés par les "matte paintings" du légendaire Walter Percy Day. Le tournage de juin à novembre 1932 s’effectue principalement à Pérouges (Ain), au Croisic, à Saillé (Loire-Atlantique), aux châteaux de Chenonceau, Chazey-sur-Ain et Azay-le-Rideau, enfin aux studios Eclair à Epinay-sur-Seine. Parlant oblige, on a ajouté quelques chansons (« La Marche des Mousquetaires », Planchet et Constance fredonnent à tout bout de champ, Milady séduit Felton par des cantiques). Les extérieurs restent beaux, mais (Harry Baur excepté) les acteurs surjouent, déclament avec emphase, la mise en scène traîne et l’ensemble a aujourd’hui terriblement vieilli. Athos exécute Milady d’un coup de pistolet : dame, il faut bien justifier la présence des microphones ! Sur le moment, ce diptyque bat les records de fréquentation dans la salle parisienne du Rex (300’000 entrées en dix jours) et fait même cinq semaines dans une salle new-yorkaise (en version sous-titrée, 1933). Le film ressortira en 1937, remonté en un seul long métrage. Diamant-Berger préparera encore une biographie d’Alexandre Dumas avec Harry Baur en été 1939, avant de changer d’avis et de gagner prudemment l’Angleterre.
1935The three Musketeers (CH : Les Trois Mousquetaires) (US) de Rowland V. Lee 
Rowland V. Lee-Cliff Reid-Robert Sisk/RKO Radio Pictures, 96 min. – av. Walter Abel (d’Artagnan), Paul Lukas (Athos), Margot Grahame (Milady de Winter), Heather Angel (Constance Bonacieux), Ian Keith (Rochefort), Moroni Olsen (Porthos), Onslow Stevens (Aramis), Rosamond Pinchot (Anne d’Autriche), Ralph Forbes (duc de Buckingham), Lumsden Hare (Tréville), Miles Mander (Louis XIII), Nigel de Brulier (Richelieu), John Qualen (Planchet), Ralph Faulkner (Jussac), Murray Kinnell (Bernajou).
Cette première version sonore américaine du roman est initialement prévue par la RKO en Technicolor, réalisée par John Ford, puis John Cromwell, avec Francis Lederer en d’Artagnan, Joel McCrea, Richard Dix et Irene Dunne (avril 1933). C’est Lee, qui vient de signer un Count of Monte Cristo (1934) et Richelieu (1935) qui hérite finalement le projet, en noir et blanc, et avec Walter Abel. Nouvelle recrue de Broadway, Abel manque gravement de charisme en Gascon, malgré son exubérance et son enthousiasme. Tournage de juin à septembre 1935 dans les studios RKO sur Melrose Avenue, Hollywood, dans le village français à 40 Acres (Culver City) et à Encino, San Fernando Valley ; Otto Brower dirige les cavalcades, Fred Cavens les coups d’épée. Ecrit par Lee et Dudley Nichols et bénéficiant du plus gros budget RKO de l’année (un million de dollars), le film reprend l’épisode des « ferrets de la reine » dont on édulcore la trame sous l’impact catastrophique du Code Hays, devenu tout-puissant depuis deux ans. Plusieurs modifications en font un film pour familles vertueuses : Bonacieux est rebaptisé Bernajou, Constance n’est pas son épouse. D’Artagnan ne traverse pas la Manche, mais croise Milady à Calais ; elle le fait prisonnier et l’amène au château de la Fère où elle détient aussi Constance. En cours de route, les trois mousquetaires délivrent leur ami et, confondue, Milady se suicide dans les douves du château. Les amours de la reine et Buckingham restent platoniques (pas d’embrassades), les duels ne font pas de morts. Richelieu n’est qu’un subtil politicien, trompé par son bras droit ambitieux, Rochefort, qui projette de l’assassiner, lui et le roi, et de s’emparer du trône: selon Hollywood, un cardinal ne saurait être « méchant ». Le traître n’est pas tué, mais arrêté par les hommes du roi après un début de duel contre d’Artagnan, qui le désarme. Anne d’Autriche est une souveraine démocratique qui, tout en arborant sa parure de diamants, se rend seule dans les appartements de Constance ! Quant à l’idéal des mousquetaires, il se résume à deux activités : boire et se battre en toute occasion. Peu d’humour, mais quelques jolis tableaux (la compagnie des mousquetaires au complet donnant une démonstration d’escrime à la cour), une caméra fluide, de plaisants décors de Van Nest Polglase. Inédit en France.
D’Artagnan (Gene Kelly) se mesure à la redoutable Milady (Lana Turner), espionne du cardinal (George Sidney, 1948).
1945Los tres mosqueteros (UY/AR) de Julio Saraceni 
Prades Film (Jaime Prades)-Productora Latino Americana de Films, 103 min. – av. Armando Bó (d’Artagnan), Roberto Airaldi (Athos), Alberto Vila (Porthos), Francisco Pablo Donadio (Aramis), Iris Marga (Constance Bonacieux), Augusto Codecà (Planchet), Helena Cortesina (Anne d’Autriche), Inda Ledesma (Milady de Winter), Miguel Moya (Richelieu), César Fiaschi (Louis XIII), Enrique Roldán (Rochefort).
Coproduction uruguayo-argentine avec la vedette Armando Bó, acteur, producteur et réalisateur incontournable du cinéma populaire à Buenos Aires. Tourné d’octobre 1945 à février 1946 aux studios Orión à Montevidéo avec un casting majoritairement argentin et dans des conditions aussi précaires que difficiles, suite à la désertion de l’actrice Nélida Bilbao, qui tenait le rôle de Milady.
Les quatre mousquetaires combattent les hommes de Richelieu (« The Three Musketeers » de George Sidney, 1948).
1948***The three Musketeers (Les Trois Mousquetaires / rééd. : D’Artagnan au service de la reine) (US) de George Sidney 
Pandro S. Berman/Metro-Goldwyn-Mayer, 126 min. – av. Gene Kelly (d’Artagnan), Van Heflin (Athos), June Allyson (Constance Bonacieux), Vincent Price (Richelieu), Angela Lansbury (Anne d’Autriche), Frank Morgan (Louis XIII), Keenan Wynn (Planchet), John Sutton (duc de Buckingham), Gig Young (Porthos), Robert Coote (Aramis), Reginald Owen (Tréville), Ian Keith (Rochefort), Patricia Medina (Kitty), Byron Foulger (Bonacieux), Sol Goss (Jussac), Richard Simmons (comte de Wardes), Robert Warwick (d’Artagnan père), Ruth Robinson (d’Artagnan mère), William Phillips (Grimaud), Albert Morin (Bazin), Norman Leavitt (Mousqueton), Richard Stapley (Albert), Robert Barrat/Mickey Simpson (bourreau de Béthune).
Le plus enchanteur, le plus flamboyant cadeau que le septième art ait fait aux mousquetaires de Dumas. Une triple première : première adaptation américaine de l’intégralité du roman, première adaptation de cette intégralité en un seul long métrage, première apparition des mousquetaires en couleurs (en « glorious Technicolor »). L’adaptation, un tour de force dramaturgique à ce jour inégalé, est due à l’écrivain et paléoanthropologue Robert Ardrey, qui retrouve miraculeusement le ton, la verve, le pathos et surtout l’émotion de son confrère français, et ce malgré l’emballage de luxe hollywoodien et le style maison très reconnaissable de la « firme au lion » (alors au sommet de ses capacités) : la magie opère durablement, grâce au savoir-faire d’un team légendaire, à la magnificence des images – Robert H. Planck sera nominé à l’Oscar pour la photo couleur – , mais aussi grâce au respect d’Ardrey pour l’univers évoqué. L’exubérance juvénile du début bascule progressivement dans la tragédie, en passant par de fulgurantes scènes d’action ; à mesure qu’approche le dénouement, même les combats deviennent plus sérieux, moins ludiques, et les personnages acquièrent une épaisseur émotionnelle qui fait défaut à la majorité des autres versions (la relation Athos-d’Artagnan figure au premier plan). Comme l’a justement souligné Roger Nimier dans sa préface à l’édition de poche en 1961, le roman n’est pas en premier lieu le récit des aventures de d’Artagnan, mais l’histoire du comte de La Fère, Athos, et de sa femme : « c’est une histoire d’amour qui finit par un coup de hache. » Ardrey, qui a parfaitement saisi l’essence du texte, opère quelques raccourcis ingénieux : envoyée en Angleterre par la reine alors que la guerre a éclaté, Constance séjourne auprès de Buckingham. Ce n’est pas le puritain Felton qui tue Buckingham, mais Milady elle-même, avec le couteau que lui a procuré la trop naïve Constance ; prise de pitié, celle-ci voulait donner à l’espionne condamnée à la pendaison une arme pour se suicider, geste qu’elle paie, elle aussi, de sa vie. D’Artagnan et Athos (qui ont déserté) retrouvent Constance mourante dans la forteresse de Portsmouth et échappent aux poursuivants anglais en sautant à la mer. La mise en chantier du film ne va toutefois pas sans concessions à la censure du Code Hays, exacerbée au lendemain du conflit mondial, alors que se dessine la guerre froide. Une fois de plus, Constance n’est pas mariée à Bonacieux (il n’y a donc pas d’adultère). Mieux : elle épouse ici secrètement d’Artagnan et passe la nuit de noces avec lui avant d’être enlevée par les sbires du cardinal, scène que les distributeurs français couperont. Le film oppose la douceur un peu mièvre de Constance à l’impitoyable ambition de Milady. A la demande de la toute-puissante National Legion of Decency, soucieuse de ménager les catholiques américains, Richelieu est présenté comme Premier ministre et non pas comme cardinal : il ne porte pas la robe pourpre (mais Dumas, déjà, disait de Richelieu qu’à première vue, rien sur sa personne n’indiquait qu’il était un homme d’Eglise).
Richelieu (Vincent Price) propose à d’Artagnan (Gene Kelly) d’entrer dans sa garde (1948).
Milady de Winter (Lana Turner) est arrêtée après l’assassinat du duc de Buckingham (1948).
 La MGM s’intéresse aux mousquetaires dès novembre 1946, le producteur Pandro S. Berman ayant déjà traité le sujet à la RKO en 1935 ; Clark Gable, Van Johnson et Keenan Wynn sont alors pressentis pour l’interpréter. En 1947, George Sidney entre en jeu ; son projet initial est de transformer carrément le récit de Dumas en comédie musicale, mais Ardrey prenant le roman très au sérieux, cette perspective est abandonnée. Le premier d’Artagnan envisagé concrètement est le « latin lover » mexicain Ricardo Montalban, mais il est vite remplacé par Gene Kelly, en raison de l’extraordinaire agilité que ce dernier vient de révéler dans The Pirate de Vincente Minnelli. Selon ses propres dires, Kelly règle la chorégraphie de toutes ses scènes de duel, les plus belles jamais filmées (à l’exception, bien sûr, de celles de Scaramouche en 1952, autre film de George Sidney et chef-d’œuvre absolu du genre), aidé par le maître d’armes belge Gene Heremans. D’Artagnan, alliant l’élégance naturelle à une vitalité et un enthousiasme contagieux, affronte ses adversaires sur un léger pas de danse, enjambe socles, tables, grilles avec suprême désinvolture, désarme l’ennemi d’une pirouette et, la moquerie aux lèvres, le fait gentiment basculer dans un étang. Ces duels, réglés comme des ballets et suivis par une caméra extrêmement dynamique, abondent d’inventions visuelles, de gags parfois subtils, jamais grossiers. Sidney, dont la mise en scène abonde en cadrages et ellipses surprenants, signe une séquence d’anthologie avec la cavalcade acharnée de d’Artagnan vers l’Angleterre, suivant le héros jusqu’aux combats au bord de la mer par de longs mouvements d’appareil, d’une fluidité et d’une élégance rare. Le ton de cette « comédie musicale sans musique » (Gene Kelly) oscille avec aise entre l’hommage semi-ironique mais affectueux quand il s’agit de chevauchées endiablées « pour l’honneur et le roi » (les ferrets) d’une part, et le mélodrame flamboyant de l’autre, quand les mousquetaires sont laissés à leur propre sort, livrés à leurs démons personnels (Athos, Milady) contre lesquels seule leur indéfectible amitié les préserve. Ardrey regrette les touches d’ironie, mais Sidney parvient à équilibrer avec réel brio les acrobaties de ses héros (elles rappellent sciemment celles de Fairbanks) et les ruptures de ton narratives induites par les passages plus sombres du roman, connotés ici par le « film noir » (la femme fatale). La lutte farouche entre d’Artagnan et une Milady, furie déchaînée, la dague acérée à la main (séquence reprise dans le film fictif « The Duelling Cavalier » de Singin’ in the Rain), vaut son pesant de fantasmes érotiques ; quant à l’apparition terrifiante du bourreau de Béthune avec son énorme hache, et la décapitation de Milady, elles doivent hélas être retournées, car la MGM juge la séquence trop traumatisante, éclairée par des spots rouges sang. Même édulcorées, elles marqueront des générations de jeunes spectateurs.
La crème des stars MGM est au rendez-vous : en tête d’affiche, la glamoureuse Lana Turner, une Milady à la beauté troublante, glaciale et perverse (la star a longuement refusé le rôle, persuadée qu’il nuirait à sa carrière, et la production a approché Alida Valli pour la remplacer) ; l’imposant et machiavélique Richelieu de Vincent Price murmure suavement ses consignes en esquissant un sourire sardonique et en grattant un gros chat sur ses genoux (premier choix : Sydney Greenstreet). Van Heflin fait un Athos tourmenté, Ian Keith a déjà joué Rochefort dans le film de 1935. La MGM songe d’abord à filmer l’histoire en France même, une idée abandonnée en raison des coûts exorbitants (les studios français ont souffert de la guerre). Tout est tourné sur place, entre le 25 janvier et le 5 mai 1948. La salle du Trône du Louvre où Louis XIII récompense ses braves, la salle de banquet, l’Hôtel de M. de Tréville à la rue du Vieux-Colombier et le Palais Cardinal, rue Saint-Honoré, sont érigés avec force « matte paintings » à Culver City, Hollywood, dans le « quartier français » du backlot no. 2 (les anciens décors du Marie-Antoinette de Van Dyke). Les Jardins du Luxembourg, où d’Artagnan se mesure à Jussac pendant cinq longues minutes en un mémorable duel chorégraphié au rythme du « Capriccio Italien » de Tchaïkovski, sont en vérité les parcs fleuris de Busch Gardens à Pasadena ; Sidney ressuscite le port du vieux Calais à « Farmlake », Chatsworth, sur le ranch de son confrère Rowland V. Lee. D’autres extérieurs sont tournés au club de golf huppé de Cheviot Hill à Los Angeles, à Corriganville à Simi Valley et au bord du Pacifique à Monterey (les cavalcades pour récupérer les ferrets). Le succès public est considérable : le film, qui a coûté 2,5 millions de dollars, en rapporte près du double, avec une recette de 80’000 $ pour la première semaine d’exploitation. « Un des sommets du cinéma de pur divertissement », résument Bertrand Tavernier et J.-P. Coursodon, « qui continue, quarante ans après sa sortie à procurer une euphorie de tous les instants » ( 50 ans de cinéma américain, Paris 1995). – DE : Die drei Musketiere, IT : I tre moschettieri.
1950(tv+ciné) The three Musketeers / cinéma : The Sword of d’Artagnan / Blades of the Musketeers (US) de Budd Boetticher 
Hal Roach Jr. pour « The Magnavox Theater » saison 1, épis. 6 (CBS 24.11.50), 53 min. – av. Robert Clarke (d’Artagnan), John Hubbard (Athos), Mel Archer (Porthos), Keith Richards (Aramis), Paul Cavanagh (Richelieu), Marjorie Lord (Anne d’Autriche), Lynn Thomas (Constance Bonacieux), Kristine Miller (Milady de Winter), Don Beddoe (Louis XIII), Charles Lang (duc de Buckingham), Peter Mamakos (Rochefort), James Craven (Tréville), Byron Foulger (du Verges).
Ce premier long métrage de la télévision américaine est confié au jeune Budd Boetticher, le futur auteur de plusieurs chefs-d’œuvre du western avec Randolph Scott. Adapté par Roy Hamilton (qui reprend l’épisode des « ferrets de la reine »), il réunit Rochefort et Jussac en une seule personne et transforme Milady en dame de compagnie de la reine (Mme de Lannoy, une espionne du cardinal dans le roman). Tourné en trois jours ( !) aux studios Hal Roach, ce film-pilote d’une série qui ne trouve pas d’acheteurs aura une sortie discrète en salle en septembre 1953.
1951(inachevé :) Aventures des trois mousquetaires / Les Mousquetaires du roi (FR) de Marcel Aboulker 
Télé-Productions Internationales, Paris (Michel Ferry, Jacques Planté). – av. Ivan Desny (d’Artagnan), Jean Vilar (Richelieu), Jacqueline Delubac (Milady de Winter), Marcelle Derrien (Constance Bonacieux), Gisèle Préville (Anne d’Autriche), Raymond Bussières (Planchet), Gilbert Gil (Aramis), Roger Rafal (Athos), Claude Bertrand (Porthos), Marcel Journet (Vitray), Jean-Claude Pascal, Jaque Catelain, Roland Toutain, Gilles Quéant, Barbara Laage, Robert Favart.
En novembre 1950 débute la fabrication d’une série de 13 films de 25 minutes chacun, tournée en France pour la télévision américaine et basée sur la trilogie de Dumas (scénario de Jacques Lacour). Les films peuvent être programmés soit en première partie de programme, soit groupés en trois films de long métrage. Après quelques interruptions dues à la météo, le tournage reprend en janvier 1951 à Paris (Faubourg Saint-Honoré, hôtels particuliers), à Pierrefonds, dans le Midi et sur la Côte d’Azur. Mais en mars 1951, les partenaires américains se retirent, estimant les tarifs de réalisation en France trop élevés pour le petit écran. La production est stoppée définivement en avril, par manque de capitaux, en pleine crise du cinéma français. Dernier rôle de Jacqueline Delubac.
1951Tres Muskiteros (PH) de Nardo Vercudia 
Sampaguita Pictures, Quezon City. – av. Oscar Moreno (d’Artagnan), Fred Montilla, Cesar Remirez, Tessie Quintana, Norma Vales, Myrna Delgado, Carmencita Abad, Van de Leon.
Version philippine du roman, en noir et blanc, d’après un scénario de Chaning Carlos (parlé en tagalog). Premier des cinq films que le cinéma philippin a consacré aux héros de Dumas (cf. « parodies » et « suites et variantes »).
1952(tv) How Does It End ? – The Three Musketeers (GB) de Naomi Capon
(BBC1 27.3.52), 20 min. – av. Richard Johnson (d’Artagnan), John van Eyssen (Athos), Michael Godfrey (Porthos), Peter Rendell (Aramis), William Devlin (Richelieu). – Présenté et commenté par Robert MacDermott.
1953Les Trois Mousquetaires / Fate largo ai moschettieri ! (FR/IT) d’André Hunebelle 
P.A.C. (André Hunebelle)-Pathé Cinéma-S.G.C.-Titanus, Rome, 116 min. – av. Georges Marchal (d’Artagnan), Yvonne Samson (Milady de Winter), Gino Cervi (Porthos), Bourvil (Planchet), Jacques François (Aramis), Jean Martinelli (Athos), Danielle Godet (Constance Bonacieux), Renaud Mary (Richelieu), Louis Arbessier (Louis XIII), Marie Sabouret (Anne d’Autriche), Jean-Marc Tennberg (Rochefort), Steve Barclay (duc de Buckingham), Félix Oudart (Tréville), Jean Parédès (comte de Wardes), Danielle Dumont (Annette), Françoise Prévost (Kitty), Gaston Orbal (M. de Soisson), Jean Poiret (un messager), Claude Dauphin (la voix d’Alexandre Dumas).
Une fois de plus, le cinéma de l’Hexagone se vante de « lancer un défi à Hollywood » en fabriquant une mouture colorée et enregistrée dans des lieux fastueux du patrimoine national, une version où « Milady ne ressemble pas à une call-girl de Chicago ni d’Artagnan à un danseur à claquettes échappé des Ziegfeld Follies » (Hunebelle). On s’efforce, il est vrai, de donner plus de vraisemblance aux personnages historiques tels que Richelieu, Anne d’Autriche ou Louis XIII, et aux autres, au moins une apparence plus proche de l’imagerie du roman. Fanfan la Tulipe (1951) a fait école : adapté sur le ton d’une chronique divertissante par Michel Audiard et raconté par Dumas himself, le récit amuse par ses calembours bien sages, ses clins d’œil au spectateur et ses traits d’esprit pas trop dévastateurs, auxquels Hunebelle ne trouve, hélas, jamais d’équivalents dans sa mise en scène, pourtant alerte à défaut d’être inspirée. Une version gentillette, édulcorée, destinée à un public familial : Constance n’est pas l’épouse mais la nièce de Bonacieux, Milady a perdu son passé infâmant, n’a pas l’air bien méchante et aucune de ces dames ne périt à la fin, le scénario se penchant uniquement sur l’épisode des ferrets de la reine. A défaut de suspense et de duels endiablés, les moments de comédie abondent, dominés surtout par le Planchet malicieux de Bourvil – une trouvaille qui peut surprendre et relègue parfois les mousquetaires à de la figuration intelligente. Le casting réunit Yvonne Samson, la belle noiraude des mélos lacrymaux de Raffaello Matarazzo, Gino Cervi (alias Peppone de « Don Camillo ») et Georges Marchal, fringant mais trop discret en d’Artagnan, rôle pour lequel ont d’abord été pressentis Gérard Philipe, Serge Reggiani, Daniel Gélin, Robert Lamoureux et Georges Guétary. C’est dire l’enjeu. Louis Arbessier campera également Louis XIII dans Si Versailles m’était conté (1954) et Si Paris nous était conté (1956) de Sacha Guitry. Tous portent bien le costume, la garde-robe, de qualité, est empruntée à la Comédie-Française et le tournage (20.4.-3.7.1953) se déroule en Gevacolor aux studios Franstudio de Saint-Maurice (décors : Lucien Carré), aux châteaux de Fontainebleau, Maintenon, Luynes et la Houssaye, à l’abbaye de Coulommiers, à Honfleur (Bouches-du-Rhône) et dans les rues de Pérouges. A la sixième place des meilleures recettes de l’année en France, avec 5,3 millions de spectateurs. – DE : Die Abenteuer der drei Musketiere, US : The three Musketeers.
1954(tv) The three Musketeers (GB) de Rex Tucker 
R. Tucker-BBCtv (24.11.-29.12.54), 6 x 30 min. – av. Laurence Payne (d’Artagnan), Paul Whitsun-Jones (Porthos), Paul Hansard (Aramis), Roger Delgado (Athos), Clare Austin (Constance Bonacieux), James Raglan (d’Artagnan père), Ewen Solon (Rochefort), Adrienne Corri (Milady de Winter), Laidman Browne (Tréville), Garard Green (Louis XIII), Veronica Hurst (Anne d’Autriche), Peter Diamond (Jussac), William Devlin (Richelieu), Reginald Barratt (Planchet), Arthur Lowie (Bonacieux), John Van Eyssen (duc de Buckingham), Margaret Anderson (Kitty), Robert Hunter (comte de Wardes), Derek Aylward (Lord de Winter), Margaret Gordon (Mme de Lannoy), Thomas Heathcote (John Felton), Joyce Chancellor (abbesse de Béthune), Robert Marsden (bourreau de Lille), Will Leighton (Patrick), Roger Gage (Laporte), Philip Lennard (aubergiste).
Une adaptation en noir et blanc de Felix Felton et Susan Ashman, avec Laurence Payne en d’Artagnan, auteur populaire de roman policiers et acteur (il joue Joseph dans « Ben-Hur » en 1959). Les duels sont réglés par Peter Diamond. – Episodes : 1. « D’Artagnan comes to Paris » – 2. « The Queen and the Cardinal » – 3. « D’Artagnan’s Mission » – 4. « The Queen’s Diamonds » – 5. « The Bastion of St. Gervais » – 6. « Milady’s Vengeance ».
1957(tv) Os três Mosqueteiros (BR) de João Silvestre
Televisão Tupi, São Paulo (3.57), feuilleton de 50 min. par épisode. – av. José Parisi (d’Artagnan), Vida Alves (Milady), Astrogildo Filho (Aramis), Fernando Baleroni (Athos), Walter Stuart (Athos), Maria Valéria (Constance), Rogério Márcico (Louis XIII), Turíbio Ruiz (Richelieu), Flora Geny (Anne d’Autriche), Fábio Cardoso (duc de Buckingham), David Neto (Rochefort), Dionisio Azevedo (Tréville), Angelo Buonafina (Jussac), Geny Prado.
« Jota » Silvestre, journaliste, écrivain, producteur, acteur, présentateur, pionnier de la télévision brésilienne dès 1951, a réalisé pour le petit écran en 1955/56 plusieures séries d’après Dumas (Les frères corses, Le comte de Monte-Cristo) ou consacrées aux aventures de Robin Hood, le Mouron Rouge, Michel Strogoff et Scaramouche.
1959(tv) Les Trois Mousquetaires (FR) de Claude Barma 
ORTF (TF 25.12.59), 119 min. – av. Jean-Paul Belmondo (d’Artagnan), Daniel Sorano (Porthos), Jean Chevrier (Athos), Hubert Noël (Aramis), Gaby Sylvia (Milady de Winter), Marie-Blanche Vergne (Constance Bonacieux), Robert Hirsch (Planchet), Georges Descrières (Lord de Winter), Michel Galabru (Bonacieux), Bernard Dhéran (duc de Buckingham), Georges Lannes (Louis XIII), Pierro Asio (Richelieu), Robert Porte (Rochefort), Claude Nollier (Anne d’Autriche), Edmond Beauchamp (Tréville), Pierre Gallon (Jussac), Simone Vannier (Kitty), Jean-Paul Thomas (John Felton), Margo Lion (Mère supérieure de Béthune), René Alone (le bourreau de Lille).
Programmé pour Noël 1959, ce téléfilm adapté par Barma et Pierre Nivollet d’après la pièce « La jeunesse des mousquetaires » de Dumas et Maquet, mélange habilement l’épisode des « ferrets de la reine » et les crimes de Milady (manipulation de Felton, assassinats de Buckingham et de Constance) jusqu’à l’exécution finale de la meurtrière ; mourant, Buckingham confie à d’Artagnan les diamants manquants. Robert Hirsch fait un délicieux Planchet, tendre et couard, qui succombe, ivre, aux charmes de la dangereuse espionne, mais c’est bien sûr le tout jeune Jean-Paul Belmondo dans un de ses premiers rôles (avant même la sortie en salle d’ A bout de souffle) qui fait l’intérêt très relatif de la production, par ailleurs assez théâtrale. Tourné en direct avec huit caméras, en noir et blanc dans deux studios de l’ORTF des Buttes-Chaumont (tout en intérieurs, hormis l’insertion de quelques plans de cavalcade pour l’Angleterre, filmés préalablement). Belmondo faillit du reste à plusieurs reprises reprendre la redingote de d’Artagnan, notamment dans un projet avorté de Philippe de Broca.
1960(tv) The three Musketeers (US) de Tom Donovan 
Jacqueline Babbin, David Susskind, pour « Family Classics » (CBS 30.11.+1.12.60), 120 min. – av. Maximilian Schell (d’Artagnan), Barry Morse (Athos), Tim O’Connor (Aramis), John Colicos (Porthos), Vincent Price (Richelieu), Felicia Farr (Constance Bonacieux), George Macready (Louis XIII), Patricia Cutts (Milady de Winter), Thayer David (Tréville), Joan Tetzel (Anne d’Autriche), Mark Lenard (Jussac/Rochefort), Jack Gwillim (Planchet), Polly Rowles (Mme de Guisse).
Version complète du roman (en noir et blanc), écrite par George Baxt. Le téléaste Tom Donovan, spécialisé dans les remakes falots de classiques pour le petit écran (Ninotchka avec Maria Schell, Love Is a Many Splendored Thing), dirige une affiche de prestigieux « old timers », dont Vincent Price, qui reprend le rôle de Richelieu tenu en 1948 à la MGM, Felicia Farr et l’Austro-suisse Maximilian Schell, plutôt incongru en jeune Gascon.
1961Les Trois Mousquetaires – 1. Les Ferrets de la reine – 2. La Vengeance de Milady / La vendetta dei moschettieri (FR/IT) de Bernard Borderie 
C.I.C.C. Films Borderie (Raymond Borderie)-Les Films Modernes (Emile Natan)-Le Film d’Art (Henri Diamant-Berger)-Fono Roma (2 époques), 96 min. + 90 min. – av. Gérard Barray (d’Artagnan), Georges Descrières (Athos), Bernard Woringer (Porthos), Jacques Toja (Aramis), Daniel Sorano (Richelieu), Mylène Demongeot (Milady de Winter), Guy Delorme (Rochefort), Pierrette Pradier (Constance Bonacieux), Françoise Christophe (Anne d’Autriche), Guy Tréjean (Louis XIII), Jean Carmet (Planchet), Lena Skerla (Mme de Chevreuse), Henri Nassiet (Tréville), Anne Tonietti (Kitty), Jacques Seiler (Grimaud), André Weber (Bazin), Henri Cogan (Mousqueton), Léna Skerla (Mme de Chevreuse), Philippe March (comte de Wardes), Malka Ribowska (Mme de Lannoy), Hubert de Lapparent (Seguier), Espanita Cortez (Doña Estefania), Jacques Hilling (La Chesnaye), Jean Degrave (M. de la Porte).
Le projet d’un film français tenant compte de l’intégralité du roman (pas vu depuis 1932), et sur écran large, apparaît dès novembre 1959, provoqué sans doute par le succès public du « Bossu » d’André Hunebelle et lancé initialement par Robert et Raymond Hakim (Paris Film Production). Les Films Modernes prennent la relève en annonçant le film pour avril 1960, avec Jacques Becker à la réalisation. Hélas, le grand cinéaste est emporté par un cancer en février et Bernard Borderie reprend le projet, ce qui n’est guère rassurant, associé au vétéran Diamant-Berger (cf. versions 1921, 1922 et 1932). Cette nouvelle coule un projet rival de Philippe de Broca pour les Films Ariane de Mnouchkine, avec Sophia Loren (en Milady), Jean-Paul Belmondo, Charles Aznavour et Jean-Claude Brialy… Borderie envisage Fernandel pour le rôle de Planchet, Bourvil ayant si bien fait l’affaire en 1953, mais le comique se désiste prudemment, cédant sa place à Jean Carmet. L’initiative en soi est méritante, la production relativement importante pour le cinéma français du moment, en Eastmancolor et Franscope/Totalscope (photo d’Armand Thirard, musique de Paul Misraki), mais la mise en scène de Borderie est indigente, confondant rythme et agitation (« il faut que ça bouge tout le temps », reconnaît le réalisateur) et ignorant toute psychologie. Dans cette version qui malmène le roman, soi-disant pour le remettre au goût du jour, Borderie croit faire du « western français », alors qu’il ne livre que du Lemmy Caution écervelé, une « valse du gorille » aux interminables cascades et bagarres, avec une ravissante Mylène Demongeot en Milady qui doit se contenter ici de camper une banale « môme vert-de-gris » en robe de brocart, plus affriolante que vénéneuse (c’est Athos qui l’exécute, et non le bourreau).
Cet affadissement des personnages originaux de Dumas se constate aussi parmi les mousquetaires, tous insignifiants : Gérard Barray, excellent escrimeur mais médiocre comédien, et Georges Descrières qui n’a pas encore rencontré Arsène Lupin : à force d’estourbiller, enfoncer les armoires, casser les balustrades, sauter par les fenêtres, on ne trouve pas le temps de dialoguer ou d’exprimer des sentiments. Eddie Constantine remplace Dumas. Tournage d’avril à juin 1961 aux ateliers Franstudio de Joinville, aux châteaux d’Alincourt, chez Milady (Oise), Courcelle-les-Semur (Côte d’or) et Fleury-en-Bière (Seine et Marne, chez M. de Tréville), à l’abbaye de Fontenay, à Marigny-le-Cahouet, Montbard, Marmagne, Semur-en-Auxois (Côte d’or) et Pérouges (Ain), au Fort La Latte (Finistère, chez Felton), aux château de Guermantes (Seine et Marne, pour le Louvre) et à Fontainebleau. – DE : Die drei Musketiere – 1. Haudegen der Königin, 2. Ohne Furcht und Tadel, IT : I tre moschettieri, US : Vengeance of the three Musketeers, The Fighting Musketeers (tv).
1966/67(tv) The three Musketeers (GB) de Peter Hammond 
William Sterling-BBCtv (BBC1 13.11.66-15.1.67), 10 x 25 min. – av. Jeremy Brett (d’Artagnan), Brian Blessed (Porthos), Jeremy Young (Athos), Gary Watson (Aramis), Mary Peach (Milady de Winter), Roy Purcell (d’Artagnan père), Betty Woolfe (d’Artagnan mère), Edward Brayshaw (Rochefort), Michael Miller (Tréville), John Carlin (Louis XIII), Richard Pasco (Richelieu), Carole Potter (Anne d’Autriche), Simon Oates (Buckingham), Alf Joint (Jussac), Billy Hamon (Planchet), Kathleen Breck (Constance Bonacieux), Paul Whitsun-Jones (M. Bonacieux), Milton Johns (Grimaud), Sebastian Brakes (comte de Wardes), Vernon Dobtcheff (commissaire), Delia Corrie (Mme Coquenard), Patrick Holt (Lord de Winter), Tony Handy (Bazin), Godfrey James (Mousqueton), Pauline Collins (Kitty), John Kelland (John Felton), Myrtle Moss (abbesse de Béthune), Kevin Stoney (bourreau de Lille), Michael Bilton (Mr. Jackson), Clive Graham (mousquetaire).
Une fort honnête adaptation en noir et blanc de plus de quatre heures signée Anthony Steven (le roman complet, y compris les convulsions de Constance, empoisonnée, et l’exécution de Milady), le tout filmé en plans serrés, avec Jeremy Brett, qui sera Sherlock Holmes au petit écran de 1984 à 1994. Quelques extérieurs sur l'île de Purbeck et dans les dunes de Studland Beach (Dorset) pour le siège de La Rochelle. - Episodes : 1. « Enemies » – 2. « The Three Duels » – 3. « Peril » – 4. « Audacity » – 5. « Scandal » – 6. « Branded » – 7. « At Night All Cats Are Grey » – 8. « The Cardinal » – 9. « Assassin » – 10. « Walk to the Scaffold ».
1969/70(tv) D’Artagnan - 1. Les Ferrets / Die Diamantenspangen – 2. Milady – [3. Le Vengeur / Der Rächer / Il vendicatore – 4. Le Masque de fer / Die eiserne Maske / La maschera di ferro] (FR/IT/DE) de Claude Barma 
ORTF-RAI-ZDF-Bavaria-Son et Lumière (TF1 18.+26.12.69 [2.+9.1.70] / ZDF 14.2.70), 79, 86, [85, 91] min. – av. Dominique Paturel (d’Artagnan), François Chaumette (Athos), Adriano Amedei Migliano (Aramis), Rolf Arndt (Porthos), Antonella Lualdi (Milady de Winter), Paloma Matta (Constance Bonacieux), Jean Chevrier (Tréville), Raymond Jourdan (Richelieu), Eleonora Rossi Drago (Anne d’Autriche), Edoardo Toniolo (Louis XIII), Dietmar Schoenherr (duc de Buckingham), Silvani Tranquilli (Rochefort), Paul Crauchet (Planchet), Gino Pernice (Grimaud), Mario Maranzana (Bazin), Karl Friedrich (Mousqueton), Fred Personne (le bourreau de Béthune), Denis Manuel (Mordaunt, fils de Milady), Gilberto Mazzi (Mazarin), Siegfried Wischnewski (Oliver Cromwell), Ernst-Fritz Fürbringer (Charles I er Stuart), Daniel Leroy (Louis XIV/Philippe), Roberto Bisacco (Charles II Stuart).
Un projet très ambitieux sur le papier – réunir la trilogie dumasienne couvrant une période de trente-cinq ans dans une coproduction télévisuelle franco-italo-allemande de presque six heures – qui est une déception de taille. Faute en est d’abord à un casting désastreux : Paturel est beaucoup trop âgé pour ce d’Artagnan sans moustache, et n’a pas le physique du rôle, comme ses trois amis d’ailleurs, un Porthos obèse et barbu, les autres empâtés et sans panache. Barma, qui avait déjà dirigé un « Trois mousquetaires » étriqué avec Jean-Paul Belmondo en 1959, n’a ni le sens de l’épique, ni surtout de sensibilité pour l’époque traitée ; ses figurants déambulent soigneusement rasés et coiffés dans des costumes proprets, et les moyens ne sont jamais à la hauteur des ambitions (l’exécution de Charles I er d’Angleterre devant une poignée de villageois ébahis ou la ridicule maquette de navire que Mordaunt fait exploser). La partie 3, « Le Vengeur », tente de résumer « Vingt ans après », et la 4, « Le Masque de fer », reprend l’épisode le plus important du « Vicomte de Bragelonne », jusqu’à la mort de Porthos (cf. infra). Tourné pendant presque six mois, en été-automne 1968, en Eastmancolor aux studios allemands de la Bavaria à Geiselgasteig et en extérieurs en Dordogne (Sarlat, châteaux de Beynac et de Fénélon, Lieu-dit La Rivière à Domme), Oise (Senlis), Loir-et-Cher (château de Blois), Seine-et-Marne (château de Vaux-le-Vicomte), Yvelines (abbaye de Vaux-le-Cernay, châteaux de Maisons-Laffitte et Dampierre), dans la baie de Somme, en Charente-Maritime (La Rochelle, Saint-Porchaire, île de Ré) et au château de la Roche-Courbon à Saint-Porchaire. Le succès international à l’antenne est néanmoins au rendez-vous, la série sera vendue dans 68 pays – avant de sombrer dans un oubli mérité.
1968(tv) De drie Musketiers (Les Trois Mousquetaires) (BE) d’Eddy Verbruggen 
Belgische Radio en Televisie-K.V.S. Koninklijk Vlaamse Schouwburg, Brussels (BRT 20.8.68). – av. Senne Rouffaer (d’Artagnan), Erik Maes (Athos), Herman Bruggen (Porthos), Roger Sterckx (Aramis), François Bernard (Richelieu), Chris Lomme (Milady de Winter), Gerda Marchand (Constance Bonacieux), Bert Struys (Louis XIII), Vera Veroft (Anne d’Autriche), Alex Cassiers (duc de Buckingham), Rudi Delhem (Jussac), Leo Haelterman (Rochefort), Vic Moeremans (Tréville), Walter Moeremans (Lord de Winter), Ugo Prinsen (Planchet), Jan Reussens (M. Bonacieux), Fred Robion (de Wardes/John Felton). – Spectacle du Théâtre royal flamand de Bruxelles.
1969(tv) The three Musketeers (CA) de John Hirsch 
Canadian Broadcasting Co. (CBC 26.3.69), 120 min. – av. Kenneth Welsh (d’Artagnan), Martha Henry (Milady de Winter), Leo Ciceri (Richelieu), Pat Galloway (Anne d’Autriche), Powys Thomas, James Blendick, Colin Fox. – Captation du spectacle de la Stradford Festival Company à Ontario, dont John Hirsch est le directeur artistique.
1970(tv) Los tres Mosqueteros (ES) de Pedro Amalio López 
Radiotelevisión Española (TVE1 19.10.-13.11.70), 20 x 25 min. – av. Sancho Gracia (d’Artagnan), Victor Valverde (Athos), Joaquim Cardona (Porthos), Ernesto Aura (Aramis), Elisa Ramírez (Milady de Winter), Alejandro Ulloa (Richelieu), Ramón Corroto (Louis XIII), Félix Navarro (Planchet), Francisco Piquer (Tréville), Mónica Randall (Anne d’Autriche), Maite Blasco (Constance Bonacieux), Augustin Iglesias, Manuel Moragon, Julian Perez Avila, José Maria Quiñonero, Francisco Balcells.
Feuilleton filmé en noir et blanc dans les studios TVE de Miramar, à Barcelone, et en extérieurs en Catalogne. Devenu immensément populaire grâce à cette série, Sancho Gracia interprétera le justicier masqué qui combat Napoléon dans les 11 épisodes du feuilleton La máscara negra en 1982.
1972Üç silahsörler [Les trois Mousquetaires] (TR) de Çetin Inanç 
Mehmet Karahafiz-Osmanli Film. – av. Hakan Balamir (d’Artagnan), Arzu Okay (Constance Bonacieux), Erden Alkan (Athos), Hamit Yildirim (Porthos), Altan Bozkurt (Aramis), Danyal Topatan, Süreyya Konda, Kudret Karadaq, Cango Kemal, Nesrin Nur, Nuri Kirgec, Gülten Ceylan, Ferhan Tanseli, Menan Tokay, Ilhan Özbay. – Episode des « ferrets de la reine ».
1972Üç silahsörlerin intikami [La Vengeance des mousquetaires] (TR) de Çetin Inanç 
Mehmet Karahafiz Osmanli Film. – av. Hakan Balamir (d’Artagnan), Arzu Okay (Constance Bonacieux), Erden Alkan (Athos), Hamit Yildirim (Porthos), Altan Bozkurt (Aramis), Danyal Topatan, Süreyya Konda, Kudret Karadag, Süreyya Konda, Cango Kemal, Nesrin Hur, Nuri Kirgeç, Gülten Ceylan, Ferhan Tanseli, Menah Tokay, Ilhan Özbay. – La deuxième partie du roman : les crimes de Milady et sa condamnation à mort par les mousquetaires.
1973***The three Musketeers – The Queen’s Diamonds / Los tres mosqueteros – Los diamantes de la reina (Les Trois Mousquetaires – Les Ferrets de la reine) (PA/GB/ES) de Richard Lester 
Alexander & Ilya Salkind Prod.-Filmtrust SA, Panama-Este Films, Madrid, 107 min. – av. Michael York (d’Artagnan), Oliver Reed (Athos), Richard Chamberlain (Aramis), Frank Finlay (Porthos/le bijoutier O’Reilly), Raquel Welch (Constance Bonacieux), Faye Dunaway (Milady de Winter), Christopher Lee (Rochefort), Geraldine Chaplin (Anne d’Autriche), Jean-Pierre Cassel (Louis XIII), Charlton Heston (Richelieu), Georges Wilson (Tréville), Simon Ward (duc de Buckingham), Roy Kinnear (Planchet), Nicole Kalfan (Kitty), Sybill Danning (Eugénie), Gitty Djamal (Béatrice), Spike Milligan (Bonacieux), Michael Gothard (John Felton), Joss Ackland (d’Artagnan père), Gretchen Franklyn (d’Artagnan mère), Angel Del Pozo (Jussac).
Dès 1966, les productions Salkind (siège social : Panama) envisagent de porter Dumas à l’écran avec les Beatles (pas besoin de perruques), dirigés par leur réalisateur attitré, Richard Lester (A Hard Day’s Night, Help !) ; le quatuor de Liverpool n’étant plus libre, le producteur Salkind opte finalement pour une plus grande fidélité au texte, et une prestigieuse affiche de stars internationales (avant Lester, il envisage un temps d’offrir la réalisation à Tony Richardson, en souvenir de « Tom Jones »). Le romancier George MacDonald Fraser (« Flashman ») signe le scénario. Le tournage en Panavision et DeLuxe Technicolor est prévu initialement en Hongrie et en Autriche (Schönbrunn), mais on y renonce suite à des complications bureaucratiques. La France acquiert ici un profil ibérique, avec l’appui du Patrimonio nacional de España. Outre des intérieurs aux Estudios Cinematografica Roma S.A. (Madrid) et aux studios britanniques de Twickenham (St. Margaret’s), c’est – de juin à septembre 1973 – l’architecture de Tolède (Tembleque), des environs de Madrid (La Granja de San Ildefonso, Gran Cascada, palais de Riofrio) et de Ségovie (Alcazar, Villa de Pedraza), le port de Dénia près d'Alicante pour Calais et Douvres, la plaine d’Ubaza et le monastère d’Uccles à Cuenca qui sont largement mis à contribution ; 800 figurants et 300 purs-sang animent le siège de La Rochelle. Le Palais Royal d’Aranjuez, construit sous Philippe II, se transforme en Louvre. Dans les jardins du palais, ce farceur de Lester fait monter un jeu d’échecs géant avec gradins où le roi déplace des chiens et des chevaux montés par des singes sur un échiquier de gazon, tandis que la reine s’ennuie sur sa balançoire circulaire.
Le décalage cocasse de ces décors s’accorde sans peine avec la révision caustique que subit le classique de Dumas. A l’étonnement général, Lester, connu pour son sens du burlesque, signe en effet la meilleure adaptation du roman depuis 1948. Il innove le genre d’une part par la démystification des personnages, de l’autre par une reconstitution scrupuleuse et souvent surprenante du cadre historique. La parodie côtoie le réalisme le plus cru, les détails inédits mais toujours authentiques (les chaussées de paille, la bibliothèque tournante de Tréville, la chasse au gibier à l’épée, les pots de chambre qui se vident par la fenêtre, les mendiants estropiés, les domestiques pendus pour vol). Les mousquetaires ne sont plus de beaux cavaliers bottés, mais de rudes mercenaires portant mousquet, des analphabètes querelleurs et sans pécule. Des militaires bornés, mais qui ont du panache, du charme et de l’étoffe (Oliver Reed en Athos). Chacun se distingue par son jeu de jambes, son style instinctif de combat, car, dit le cinéaste, « au cinéma, la psychologie, c’est l’image ». Quand Porthos, fat et élégant, reçoit un coup d’épée dans l’épaule, il ne se fâche pas pour la blessure mais pour la tache de sang sur sa nouvelle chemise, et trouer son chapeau emplumé équivaut à une offense mortelle ; Aramis le jésuite applique en escrime des bottes hypocrites. Constance est une charmante bécasse, aussi distraite et que maladroite (Raquel Welch, en remplacement de Dominique Sanda) ; elle détruit meubles et vaisselle, ses seuls exploits positifs se limitant au lit de d’Artagnan. La haine de Milady alias Faye Dunaway confine à la démence. Le slapstick, le pittoresque et la caricature ne sont jamais gratuits : ils dénoncent à la fois l’héroïsme braillard des bretteurs, une vaine agitation de coqs, et l’hypocrisie, voire l’indifférence des puissants qui les manipulent, guère flattés dans leur égoïsme monstrueux. Louis XIII, pour lequel les quatre héros sont prêts à mourir, est un parfait benêt, efféminé et maniéré, et Anne d’Autriche une enfant capricieuse et insipide qui trompe sa morosité avec des amourettes. Richelieu (fabuleux Charlton Heston) se prend modestement pour Dieu ; ses gardes distribuent petits drapeaux, argent et coups de pied afin que le bon peuple, crasseux, édenté et puant, l’acclame à son passage. Il traverse un couloir surbondé de prisonniers encagés sans leur prêter la moindre attention. Les acrobaties à la Douglas Fairbanks ou Errol Flynn tournent court : les lustres craquent quand on s’y pend, les cordes lâchent, les branches cèdent. Les duels – dague et rapière – n’ont rien de « digne » et se transforment en simples luttes pour la survie : tous les coups sont permis, on ne respecte ni règles ni code d’honneur. Les blessés expirent à la suite d’une hémorragie, les chanceux sont pansés par les religieuses d’un couvent voisin. Ce ton désabusé, mélange de drôlerie, de méchanceté et de mélancolie, dans le film de « cape et épée » est foncièrement nouveau, provoqué par les désillusions idéologiques de la guerre du Vietnam. A ce feu d’artifice d’idées s’ajoute un continuel plaisir des yeux, des tableaux dignes des gobelins d’époque. Un succès mondial, avec quelques grognements critiques vite oubliés dans l’Hexagone (« c’est Dumas qu’on assassine ! », titrent Les Nouvelles littéraires). Cinq nominations au BAFTA Award, prix de l’Evening Standard British Film Award (Lester), Golden Globe (Raquel Welch, nomination meilleure comédie), prix de la Writer’s Guild of Great Britain (scénario), nomination à l’Oscar (costumes). – DE : Die drei Musketiere, IT : I tre moschettieri.
1974The four Musketeers – The Revenge of Milady / Los cuatro mosqueteros – La venganza de Milady (On l’appelait Milady) (PA/GB/ES) de Richard Lester 
Alexander Salkind Prod.-Filmtrust SA, Panama-Este Films, Madrid, 108 min. – av. Michael York (d’Artagnan), Oliver Reed (Athos), Richard Chamberlain (Aramis), Frank Finlay (Porthos), Raquel Welch (Constance Bonacieux), Faye Dunaway (Milady de Winter), etc. – Fiche technique identique au film précédent.
Sur ordre du cardinal, Rochefort fait enlever Constance, mais les mousquetaires parviennent à la retrouver et à la cacher au couvent Sainte-Cécile à Béthune. Ayant trucidé Buckingham, Milady (vénéneuse et énergique Faye Dunaway) empoisonne Constance et les mousquetaires la font décapiter. Ce deuxième épisode du diptyque à pavillon panaméen est tourné simultanément au premier, mais son exploitation est retardée d’une année suite à un procès opposant Salkind à ses employés et comédiens … le producteur ayant « omis » de leur signaler qu’ils tournaient deux longs métrages, et de les payer en conséquence. – DE : Die vier Musketiere – Die Rache der Milady (Die vier Halunken der Königin), IT : Milady.
1976/77(tv) I tre moschettieri (IT) de Sandro Sequi
(RAI Rete due 23.12.76-8.1.77), 13 x 25 min. – av. Paolo Poli (d’Artagnan), Lucia Poli, Milena Vukotic, Marco Messeri. – Série en couleur pour la jeunesse, écrite par Paolo Poli, Sandro Sequi et Giuseppe Bertolucci, et programmée pendant les fêtes de Noël 1976. Les quatre comédiens jouent tous les rôles du roman.
1978(tv+ciné) D’Artanyan i tri mushketyora [D’Artagnan et les trois mousquetaires] – 1. Athos, Porthos, Aramis i d’Artanyan – 2. Podveski korolevy [Les Ferrets de la reine] – 3. Priklyutcheniya prodolzhayutsiya [L’Aventure continue) (SU) de Georgi Yungwald-Khilkevich 
Odessa Film Studios-Televidenje Sowjetskowo Sojusa, 220 min. (tv : 86+94+71 min.) – av. Mikhail Boyarski (d’Artagnan), Venyamin Smekhov (Athos), Igor Starygin (Aramis), Valentin Smirnitsky (Porthos), Irina Alfyorova (Constance), Lev Durov (Tréville), Alisa Frejndlikh (Anne d’Autriche), Oleg Tabakov (Louis XIII), Margarita Terekhova (Milady), Aleksandr Trofimov (Richelieu), Boris Klyuyev (Rochefort), Vladimir Balon (Jussac), Aleksei Kuznetsov (duc de Buckingham), Yelena Tsyplakova (Kitty), Leonid Kanevsky (Bonacieux), Yuri Dubrovin (La Chesnaye), V. Myshastyn (d’Artagnan père), Yuriy Sherstnyov (le bourreau de Lille), Yevgeni Danchevsky (John Felton).
Premier volet en trois parties d’une série russe de quatre longs métrages immensément populaires, tournés en Sovcolor en Ukraine, aux studios d’Odessa, par le même réalisateur et les mêmes comédiens dans les rôles principaux. Le deuxième s’intitule Les Mousquetaires vingt ans après (1992, cf. « Vingt ans après »), le troisième Les Secrets de la reine Anne (1993, cf. « Le Vicomte de Bragelonne ») et le dernier Le Retour des mousquetaires, ou Les Secrets du cardinal Mazarin (2009, cf. suites et variantes). Ce premier volet, réalisé en extérieurs à Lviv (vieux quartiers, châteaux de Pidhirtsi et d’Olesko) et autour de la forteresse moldave de Khotyn (pour La Rochelle), est parsemé de chansons de Maksim Dunayevsky qui vont devenir des « tubes » en Union soviétique. Elles sont toutefois assez habilement intégrées dans l’intrigue pour ne pas dénaturer ni ralentir l’action. Les moyens et la reconstitution sont limités, les scènes trop violentes ou sanglantes ont été écartées (l’assassinat de Buckingham, l’exécution de Milady). Le film veut en priorité célébrer l’amitié virile, aux frais d’une aristocratie dégénérée : le roi est un grassouillet efféminé, Milady une virago froide, vulgaire et hystérique, etc. – RDA : D’Artagnan und die drei Musketiere.
1984(tv) Les Trois Mousquetaires (FR) de Marcel Maréchal et Raoul Billerey (th), André Frédérick (tv)
(A2 9.+16.1.84), 2 x 90 min. – av. François Dunoyer (d’Artagnan), Philippe Bouclet (Athos), Raoul Billerey (Porthos), Edmond Vuillioud (Aramis), Jacques Germain (Planchet), Brigitte Catillon (Milady de Winter), Michèle Grellier (Anne d’Autriche), Daniel Berlioux (Louis XIII), Jean-Pierre Moulin (Richelieu), Michel Ouimet (duc de Buckingham), Sophie Artur (Constance Bonacieux), Olivier Picq (Rochefort), Philippe Blanco (Tréville). – Captation d’un spectacle monté au Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées.
1991(tv) D’Artagnan (FR) de Pierre Cavassilas (tv) Jérôme Savary (th)
(TF1 31.12.91), 135 min. – av. Christophe Malavoy (d’Artagnan), Valérie Zarrouk (Milady de Winter), André Obadia (Athos), Denis Brandon (Porthos), Pierre Val (Aramis), Gérard Grobman (Planchet), Yann Babillée (Richelieu), Mona Heftre (Constance Bonacieux), Bernard Ballet (Louis XIII), Alexandra Pandev (Anne d’Autriche). – Captation d’un spectacle tiré d’un scénario de Jérôme Savary, de Jean-Loup Dabadie et des « Mémoires » de d’Artagnan, créé au Théâtre national de Chaillot (1988).
1993The three Musketeers / Die drei Musketiere (Les Trois Mousquetaires) (US/AT/GB) de Stephen Herek 
Jon Avnet-Roger Birnbaum-Walt Disney Pictures/Buena Vista-Caravan Pictures (Joe Roth)-Wolfgang Odelga Filmproduktion GmbH-Vienna Film Financing-One for All Prod.-, 105 min. – av. Charlie Sheen (Aramis), Kiefer Sutherland (Athos), Chris O’Donnell (d’Artagnan), Oliver Platt (Porthos), Tim Curry (Richelieu), Rebecca DeMornay (Sabine, Milady de Winter), Gabrielle Anwar (Anne d’Autriche), Michael Wincott (Rochefort), Julie Delpy (Constance Bonacieux), Hugh O’Connor (Louis XIII), Paul McGann (Jussac), George Lane Cooper (le bourreau [de Lille]).
Pratiquement plus aucune ressemblance avec l’intrigue de Dumas, qui est sérieusement « disneyifiée » dans cette version popcorn de 50 millions de dollars, destinée aux après-midi en famille. Seuls les noms propres sont retenus. Dans le labyrinthe souterrain de son château bondé de malheureux encagés, Richelieu, « guide spirituel de la France », torture à mort « au nom de Dieu ». La Compagnie des mousquetaires a été dissoute sur son ordre, pour mieux isoler le roi, un adolescent timoré et maladroit, gardé sous surveillance au Louvre. Le cardinal fait une cour empressée à Anne d’Autriche, reine négligée (Dumas y fait allusion). D’Artagnan est arrêté par Rochefort et livré à la hache du bourreau, mais ses trois nouveaux amis, irréductibles partisans de la monarchie, le sauvent de l’exécution et galopent à bride abattue pour empêcher Milady de signer une alliance funeste de Richelieu (devise : « Tous pour un et plus pour moi ») avec Buckingham. Heureusement, la belle espionne n’est pas si méchante que ça ; capturée à Calais par son ancien époux, Athos, et prise de remords, elle se jette en bas d’une falaise après lui avoir dévoilé l’affreux complot du cardinal contre Louis XIII. Tandis qu’Athos, Porthos et Aramis massacrent la garde du cardinal dans une échauffourée homérique, d’Artagnan neutralise le sniper et son mousquet à cristal grossissant chargé d’abattre le roi depuis les toits (le meurtre du président John F. Kennedy à Dallas revu en costumes), puis tue Rochefort en duel, responsable de l’assassinat de son père tombé jadis dans un odieux traquenard. Richelieu prend le couple royal en otage dans ses souterrains, mais Aramis intervient et l’uppercut que lui administre Louis XIII précipite le cardinal dans les égouts où il se noie… Tant pour l’Histoire !
Parmi ces mousquetaires rustauds qui s’engagent « pour la vérité, l’honneur et la liberté » (sic), seul Kiefer Sutherland, futur Jack Bauer de la série « 24 heures chrono », surnage, car le d’Artagnan de Chris O’Donnel, l’air ébahi et le faciès poupin, ne fait pas le poids ; Brad Pitt a refusé le rôle du Gascon, Gary Oldman et Johnny Depp se sont également désistés (Depp étant impliqué dans un projet rival de TriStar qu’aurait dû réaliser Jeremiah S. Chechik). Les scènes de Julie Delpy sont partiellement sacrifiées au montage. La sirupeuse chanson « All for Love » remporte l’ASCAP Award, le BMI Film & TV Award et une nomination au MTV Movie Awards. Tourné au printemps 1993 en Technicolor et Panavision en Autriche (Perchtoldsdorf, Burg Liechtenstein, Retz, Korneuburg, Hinterbrühl, Schloss Landsee, Burg Petronell, Vienne) et en Cornouailles (Boconnoc, Charlestown, Lanhydrock House à Bodmin, Pelyn, Pentire, Rumps Point, Golitha Falls). – IT : I tre moschettieri.
1999(vd) Three Musketeers (US) de John Monteverde 
Global Stage Productions, 145 min. – av. Dana Young (d’Artagnan), Gordon Carpenter (Athos/d’Artagnan père), Padraic Culham (Porthos), Thomas Beckett (Aramis), Deirdre Atkinson (Milady de Winter), Emily Carlsen (Constance Bonacieux), Kate Donovan (Anne d’Autriche), Tobias Anderson (Richelieu), Stephen Alexander (Louis XIII), Brian Russell (duc de Buckingham), Mike Mahaffey (Tréville), David Levy-Horton (Planchet), Rob Jones (Jussac), Jason Codey (de Wardes), Kari Wirding (Kitty), Keri Christiansen (d’Artagnan mère), Lichen June (Mme Lannoy). – Les ferrets de la reine. Adaptation en vidéo (signée David Richmond) d’un spectacle pour la jeunesse du Northwest Children’s Theatre à Portland, Oregon.
2000(tv) Les Trois Mousquetaires (FR) d’Yves-André Hubert (tv), Jean-Paul Lucet (th) 
FR3 Lyon (FR3 21.7.2000). – av. Karim Qayouh (d’Artagnan), Laurent Bastide (Aramis), Laurent Algand (Athos), Pasquale d’Inca (Porthos), Déborah Lamy (Milady de Winter), Marie-Hélène Ruiz (Constance Bonacieux), Philippe Bianco (Tréville), Pierre Bianco (Richelieu), Pascal Blivert (Felton), Lionel Buisson (Planchet), Pascal Coulan (Jussac, Claude Lesko (Rochefort), Karin Martin-Prevel (Anne d’Autriche), Bernard Rozet (Louis XIII), Charles Tordjman (Bonacieux), Valentin Traversi (duc de Buckingham). – Captation d’un spectacle donné au Théâtre antique de Fourvière (« Nuits de Fourvière ») à Lyon.
2000(vd) I moschettieri del re (Les Mousquetaires de sexe et d’épée) (IT/HU) de Steve Morelli 
Marco De Bernardi-M.G.R. Communications, 100 min. – av. David Perry (d’Artagnan), Anthony Curtis (Athos), Massimo Paoletti (Porthos), Claudio Verna (Aramis), Giovanni De Bellis (Richelieu), Judith Kostner (Milady de Winter), Desiré Vinci (Constance Bonacieux), Nikki Andersson (Anne d’Autriche), Alberto Rey (Jussac), Giorgio De Giorgi (Tréville), Ivano Minotti (Louis XIII), Eva Unger (Marie), Marina Neri (Kitty), Zensa Raggi (Buckingham), Sonia Ricci (Sophie). – Variante pornographique de l’épisode des « ferrets de la reine » tournée à Budapest. – US : The King’s Musketeers, DE : Des Königs geile Garde.
2004(tv) D’Artagnan et les trois mousquetaires / D’Artagnan and the three Musketeers (FR/CA/GB/CS) de Pierre Aknine 
Jean-Pierre Guérin/D’Artagnan Productions-GMT-Okko-Spice Factory-TF1-Three Musketeers Prod.-Transfilm (TSR 22.1.05 / RTB 6.2.05 / TF1 14.+21.2.05), 92+91 min. – av. Vincent Elbaz (d’Artagnan), Emmanuelle Béart (Milady de Winter), Tchéky Karyo (Richelieu), Heino Ferch (Athos), Grégori Derangère (Aramis), Grégory Gadebois (Porthos), Stefania Rocca (Anne d’Autriche), Diana Amft (Constance Bonacieux), Jacques Spiesser (Bonacieux), Tristán Ulloa (Louis XIII), Stéphane Boucher (Morgan), Gilles Renaud (Tréville), Matthew Chambers (duc de Buckingham), Julia Thurnau (Mme de Guémenée), Emeric George (d’Artagnan adolescent), Patrick Seltzer (d’Artagnan père), Jean-Marc Bellu (Jussac), Václav Mares (duc d’Aulnay), Gunther Gillian (John Felton), Françoise Pinkwasser (l’abbesse), Pierre Aknine (un juré).
En 1615, d’Artagnan adolescent en Gascogne, assiste à la pendaison d’une inconnue qui, à sa stupeur, reprend vie au contact d’un éclair, tandis que tous les éléments se déchaînent ! Le bourreau est le comte de La Fère, futur Athos, qui punit son épouse pour avoir fait disparaître leur nouveau-né (livré en sacrifice à Belzébuth). Vingt-quatre ans plus tard, étant monté à Paris, d’Artagnan reconnaît sous les traits de Milady de Winter, espionne au service du cardinal, l’inconnue qu’il avait vue la corde au cou. A grands renforts d’effets spéciaux, Aknine exacerbe l’image que Dumas donne de Milady, ce « démon échappé de l’enfer » (Athos dixit), en en faisant littéralement une envoyée du diable, une créature totalement dénuée de sensibilité, sans la moindre excuse, et usant de pouvoirs surnaturels pour subjuguer ses victimes. Les éléments incontournables du roman sont au rendez-vous : la première rencontre des mousquetaires, la visite de Buckingham, les ferrets de la reine, le meurtre de Constance, l’exécution de Milady, etc. En revanche, D’Artagnan est tout de suite intronisé mousquetaire. Richelieu tente de discréditer la reine, enfin enceinte, auprès du roi en lui communiquant une fausse lettre d’amour de Buckingham, afin de déclencher la guerre entre les deux pays. En Angleterre, c’est Milady qui, portant le masque de Felton, se jette sur Buckingham pour le poignarder ; bernée, elle transperce une poupée, car le Premier ministre a été averti à temps par le Gascon qui affronte alors une furie quasi invulnérable dans un combat acrobatique à la chinoise. Entre temps, Aramis aura consulté un jésuite de ses amis, spécialiste ès satanisme, qui détruit le pacte infernal liant Milady aux puissances du mal et lui enlève ses pouvoirs. A Béthune, la sorcière est jugée par les mousquetaires sous les yeux de la reine et du cardinal (qui lâche cette alliée trop sulfureuse). L’exécution a lieu, mais à l’insu de tous, c’est la tête du bourreau qui roule au sol…
Tout cela est banal, fort éloigné de Dumas, mais divertissant. Tchéky Karyo fait un Richelieu savoureux, amoureux secret de la reine qui le méprise. Le film est commencé en 2003 par Charlotte Brandstrom, puis interrompu. Initialement, le projet comprenait non deux, mais quatre volets (soit toute la trilogie), Aknine souhaitant suivre le destin de d’Artagnan de son arrivée à Paris jusqu’à sa mort à Maastricht, quand, au moment où Louis XIV lui donne enfin son titre de maréchal, il est emporté par un boulet de canon. La sorcellerie de Milady l’en a empêché. Tournage dispendieux en France (Abbaye de Noirlac à Bruère-Allichamps, Palais Jacques Cœur à Bourges, château de Compiègne, Bellerive-sur-Mer, Dieppe), en Angleterre (Burghley House à Stamford), aux studios Barrandov à Prague et aux Mel’s Studios à Montréal. – IT : D’Artagnan e i tre moschettieri, DE : Die drei Musketiere, US : The Four Musketeers (dvd).
2011The Three Musketeers 3D / Die drei Musketiere 3D / Les Trois Mousquetaires 3D (US/DE/GB/FR) de Paul William Scott Anderson 
Constantin Film-Impact Pictures-New Legacy-Nouvelles Editions de Films (NEF), 110 min. – av. Logan Lerman (d’Artagnan), Milla Jovovich (Milady de Winter), Orlando Bloom (duc de Buckingham), Christoph Waltz (Richelieu), Matthew Macfadyen (Athos), Ray Stevenson (Porthos), Juno Temple (Anne d’Autriche), Luke Evans (Aramis), Mads Mikkelsen (Rochefort), Til Schweiger (Cagliostro), Gabriella Wilde (Constance Bonacieux), Freddie Fox (Louis XIII), James Corden (Planchet), Carsten Norgaard (Jussac), Gennadi Vengerov (Nikolaï).
Dans cette version « young & fun » en relief concoctée pour un public amnésique par Alex Litvak et Andrew Davies, d’Artagnan et ses copains (présentés comme des « rock stars du XVIIe s. »), empêchent Milady et le cardinal de s’emparer du trône et de plonger l’Europe dans l’apocalypse d’une guerre généralisée…. Si Richelieu dirige le pays, l’ennemi Buckingham règne dans les cieux : ses vaisseaux de guerre aéroportés par des ballons géants – un siècle et demi avant les frères Montgolfier – sèment la mort dans les nuages. Rochefort répond avec son propre zeppelin à canons, à la proue duquel est ligotée Constance Bonacieux… Son aérostat (dont les plans ont été volés à Venise dans la crypte de Léonard de Vinci, ben voyons) s’encastre finalement dans Notre-Dame de Paris – allusion à un certain 11 septembre à New York ! Les ferrets de la reine sont enfermés dans la tour de Londres. Après avoir campé une Jeanne d’Arc hystérique chez Luc Besson, Milla Jovovich alias Milady se prend pour Michelle Yeoh, exécutant de spectaculaires acrobaties chinoises, la rapière à la main : Kill Bill de Tarantino est passé par là. Les mousquetaires se battent à quatre contre quarante, sinon contre cent (« c’est un jour tranquille », affirment-ils), on aligne guerriers ninjas, mitrailleuses, lance-flammes dans un fourre-tout pétaradant qui ne laissse plus aucune place ni aux personnages ni aux émotions, sans parler de Dumas. James Bond, Indiana Jones et Münchhausen remplacent la vraisemblance historique. Le tournage se fait en Allemagne, aux studios de Babelsberg à Berlin-Potsdam et en extérieurs en Bavière (Munich, Bamberg, Herrenchiemsee, Burghausen, le palais des princes-évêques et la forteresse de Marienberg à Würzburg). Le fait d’avoir mobilisé un château de Louis II de Bavière construit à partir de 1878 "en lieu et place de Versailles" (la production semble ignorer que le palais du Roi-Soleil n’existait pas encore du temps de Richelieu...) est révélateur de l’esprit général du film, uchronique et grotesque. Il va sans dire que l’on chercherait ici en vain une note d’humour. A quand d’Artagnan contre Darth Vader ? Bref: un pour tous, tous pour rien. Un désastre commercial.
2013Tris mushketera (RU) de Sergey Zhigunov
Svetlana Slityuk, Sergey Zhigunov/Fond kino-Sergey Zhigunov Produce Center, 112 min. - av. Rinal Mukhametov (d'Artagnan), Yuriy Chursin (Athos), Aleksey Makarov (Porthos) Pavel Barshak (Aramis), Vasiliy Lanovoy (Richelieu), Ekaterina Vilkova (Milady), Filipp Yankovskiy (Louis XIII), Mariya Mironova (Anne d'Autriche), Anna Starshenbaum (Constance Bonacieux), Konstantin Lavornenko (le duc de Buckingham), Aleksandr Lykov (cpt. de Tréville), Viktor Rakov (Bonacieux), Vladimir Zaytsev (Rochefort), Kseniya Kutepova (Mme Coquenard), Vladimir Etush (le joailler Jerbe), Alex Sparrow (Lord Winter), Agata Mutsenietse (Kitty), Michel Carliez (d'Artagnan père), Boris Smolkin (Coquenard), Vadim Skvirskiy (Felton), Ville Haapasalo (Hieronymus von Vogel Eisenschwartzer II), Ekaterina Olkina (la duchesse de Chevreuse). - Production très soignée, mais une interprétation lamentable.
2014/15The First Musketeer (GB) de Harriet Sams
Harriet Sams/First Musketeer Prod. (internet 1.6.15), 6 x 11 min. - av. Edward Mitchell (Athos), Jessica Preddy (Milady de Winter), Charles Barrett (Porthos), Ryan Spong (Aramis), Sean Knopp (le pélerin), Paul McMaster (Ghislain), Tony Sams (Lazare), Nicole O'Neill (Marion), Toby Lord (Charles d'Albert, duc de Luynes), Alan J. Mirren (Richelieu), Shinead Byrne (Célimène), Mariya Mizuno (Charlotte), Richard Highgate (un huguenot), Daniel Tyler-Smith, Eifion Meinyk-Jones et Dita Tantang (des assassins), Robert Myles.
Un "prequel" illustrant la jeunesse de ses trois héros environ six ans avant le début du roman de Dumas et l'arrivée de d'Artagnan. Richelieu n'est pas encore cardinal, mais seulement évêque de Lucon; Louis XIII est adolescent, sa mère, Marie de Médicis, est régente. Irrité par le pouvoir de cette dernière, le jeune roi et son favori, le duc de Luynes, exilent Marie à Blois, tandis que Richelieu est éloigné à Avignon. Tourmenté et aviné, Olivier, comte de la Fère, tire un trait sur son passé après le drame d'amour vécu auprès de son épouse perverse Anne de Breuil, et se fait nommer Athos. Anne devient Milady de Winter. Porthos vit en pleine contradiction: il cherche la gloire, la fortune et l'éclat, mais mène une vie secrète, cachée sous des dehors ostentatoires; Aramis veut entrer dans les Ordres, mais sa vocation religieuse est malmenée par l'attrait des jolies femmes qui croisent son chemin... Les trois deviennent le soutien le plus apprécié du jeune Louis XIII. Une télésérie réalisée, écrite et produite par la Londonienne Harriet Sams avec un budget minimaliste (20'000 £). Tournage en Dordogne (château de Losse), dans le Lot (Rocamadour) et en Lot-et-Garonne (châteaux de Bonaguil et de Fumel). Prix de la "Best UK Web Series 2015". La série s'inscrit dans l'engouement cathodique général de la Grande-Bretagne pour les héros dumasien après le succès de la série BBC The Musketeers en 2014-16 (cf. chap. "Suites, variantes et aventures apocryphes").