I - LA FRANCE

1. LOUIS XIII et Richelieu (1610 à 1643)

1.8d. "Vingt ans après"

Roman d'Alexandre Dumas paru en 1844/45. - Période traitée : 1648-1649. Divisés par la politique, les quatre mousquetaires s’opposent pendant la guerre de la Fronde : recrutés par le cardinal Mazarin sur le conseil de Rochefort, d’Artagnan et Porthos tentent vainement d’empêcher l’évasion du duc de Beaufort (chef des Frondeurs) à laquelle participent Athos et Aramis qui ont, eux, rejoint le camp rebelle. Seule leur amitié transcende leur rivalité. Ils se retrouvent à nouveau opposés pendant la guerre civile anglaise : à Londres, d’Artagnan et Porthos portent un message de Mazarin à Cromwell, alors qu’Aramis et Athos sont appelés par Lord de Winter au secours du roi Charles I er, prisonnier des Parlementaires. Mais tous doivent s’unir pour affronter le bras droit de Cromwell, Mordaunt alias John Francis de Winter, le propre fils de Milady. Celui-ci a juré de venger les assassins de sa mère et a déjà tué le bourreau de Lille et Lord de Winter, son oncle. Les quatre amis tentent vainement de sauver le roi d’Angleterre, que Mordaunt exécute de sa main. Ils affrontent Mordaunt en mer où celui-ci tente de les faire exploser avec la felouque qui les transporte, Athos le poignarde. Rentrés en France, d’Artagnan et Porthos sont emprisonnés par Mazarin en punition de leur escapade. Ils s’évadent, enlèvent le cardinal et lui extorquent la signature de la paix de Rueil. Lors d’un dernier combat contre les Frondeurs, d’Artagnan tue Rochefort, et Porthos se débarrasse de Bonacieux.
1922*Vingt ans après (FR) d’Henri Diamant-Berger 
Films Diamant-Pathé Consortium Cinéma (ciné-roman en 10 épisodes et un prologue), 10’085 m. – av. Jean Yonnel (d’Artagnan), Henri Rollan (Athos), Charles Martinelli (Porthos), Pierre de Guingand (Aramis), Pierrette Madd (Raoul de Bragelonne), Jean Périer (Mazarin), Marguerite Moreno (Anne d’Autriche), Maxime Desjardins (Charles Ier Stuart), Armand Bernard (Planchet), Jane Pierly (Henriette de France), Henri Janvier (prince de Condé), Vernaud (Oliver Cromwell), Jacques Anna (Rochefort), Georgette Sorelle (duchesse de Chevreuse), Harry Krimer (Mordaunt), Paul Hubert (Lord de Winter), Simone Vaudry (Henriette d’Angleterre), Denise Legeay (Mme de Longueville), Edouard de Max (M. de Gondi), Louis Pré fils (Grimaud), Antoine Staquet (Bazin), Marcel Vallée (Mousqueton), Jean Daragon (duc de Beaufort), Betove (Scarron), Dantes (Cominges), Georgette Sorelle (duchesse de Chevreuse), Béatrice Betty (la belle hôtelière), Max Charlier (Broussel), Paul Hubert (Felton), Albert Préjean (Louvières).
Après le succès international de ses « Trois mousquetaires » (1921), Diamant-Berger a le vent en poupe et peut mettre sur pied cette suite, en reprenant presque page par page le texte dumasien, des méfaits du fanatique Mordaunt aux vains efforts des mousquetaires de sauver le roi d’Angleterre de l’échafaud. La distribution est identique, à l’exception de d’Artagnan : Jean Yonnel, de la Comédie-Française, remplace Aimé Simon-Girard, déjà engagé à la Gaumont par Feuillade pour tenir le premier rôle du « Fils du Flibustier » (et qui retrouvera d’Artagnan dans la version sonore de 1932). La presse de l’Hexagone gonfle cette entreprise de prestige aux dimensions d’un événement national. Le décorateur Robert Mallet-Stevens reconstruit dans les studios de Vincennes et sur un terrain de Billancourt (cour des usines Niepce & Fetterer) non moins de 11 rues et 43 façades d’époque ; le grand décor du parvis de Notre-Dame (érigé jusqu’à hauteur de la galerie des Rois) est ensuite transformé en place de Whitehall, lieu d’exécution de Charles I er. Le tournage prend trois mois et demi (mai-août 1922), avec des extérieurs à Pérouges, au fort de Vincennes, dans la forêt de Fontainebleau, à Saint-Germain, dans le Périgord et en Bretagne (Locmaria à Belle-Île-en-Mer, Lecronan, Douarnenez, Quimper, Benodet, Vitré). 3000 figurants et 200 chevaux sont mobilisés pour la guerre de la Fronde, où le confiseur Planchet, commandant de la milice parisienne, joue un rôle capital. La bataille de Lens (1648), qui mit fin à la guerre de Trente Ans, est filmée en Bretagne.
Sorti à Paris en décembre 1922, ce ciné-roman devient un des plus grand succès commerciaux français des années vingt (ayant coûté trois millions de francs, il en rapporte dix-sept). Les cavalcades du quatuor se sont métamorphosées en une fresque historique démesurée, étouffant l’intrigue par excès de détails, de paraphrases et d’épisodes secondaires. La presse admire le jeu des acteurs, la (relative) densité psychologique des personnages, l’exactitude et la beauté des décors, mais regrette en revanche l’absence de rythme, de continuité, de vigueur dans la narration, et l’amateurisme de la photo. Un cas d’école : les bonnes reconstitutions ne font pas nécessairement du bon cinéma. Diamant-Berger prépare *« Le Vicomte de Bragelonne » avec la même équipe, mais les difficultés de Pathé-Consortium, au bord du gouffre financier, sapent le projet.
Episodes : 1. « Le Fantôme de Richelieu » – 2. « Le Donjon de Vincennes » – 3. « La Bataille de Lens » – 4. « Le Fils de Milady » – 5. « La Guerre des rues » – 6. « Dans les camps opposés » – 7. « Au pied de l’échafaud » – 8. « La Felouque ‘L’Eclair’ » – 9. « La Bataille de Charenton » – 10. « L’Aventure du cardinal de Mazarin ». – IT : Vent’anni dopo.
1967*(tv) Further Adventures of the Musketeers [Autres aventures des mousquetaires] (GB) de Hugh David 
William Sterling (BBC1 21.5.-3.9.67), 16 x 25 min. – av. Joss Ackland (d’Artagnan), Jeremy Young (Athos), Brian Blessed (Porthos), John Woodvine (Aramis), Nigel Lambert (Planchet), William Dexter (Mazarin), Carole Potter (Anne d’Autriche), Louis Selwyn (Louis XIV), Anna Barry (princesse Marie Henriette de France), Edward Brayshaw (Rochefort), John Quentin (prince de Beaufort), Michael Gothard (Mordaunt), David Garth (Charles Ier Stuart), Geoffrey Palmer (Cromwell), Malcolm Hayes (Grimaud), Vernon Dobtcheff (M. de Gondy), Wendy Williams (Mme de Longueville), Antonia Pemberton (Mme de Beauvais), Charles Carson (Broussel), Jon C. P. Mattocks (Mousqueton), Malcolm Hayes (Grimaud), David Garfield (Bazin), Patrick Holt (Lord de Winter), Robin Hopwood (Friquet), Peter Bennett (Bernouin), Jennifer Jayne (Madeleine), Elsie Arnold (Nanette), Fergus McClelland (Raoul), Charles Hodgson (La Ramée), Peter Torquill (Comminges), Julian Somers (roi des mendiants), Perry Morris (capt. Groslow), Richard Burrel (évêque Juxon), Patrick Carter (capt. Rogers), John Owens (Tom Law).
Grand feuilleton en noir et blanc de la BBC, écrit par Alexander Baron et mis sur pied par William Sterling, le producteur de la télésérie « The Three Musketeers » (1966/67), dont on reprend partiellement la distribution (Athos, Porthos, Anne d’Autriche). Du travail de qualité, une adaptation très habile - et Brian Blessed fait un des meilleurs Porthos de l'écran.
Episodes : 1. « Defiance » – 2. « Treason » – 3. « Conspiracy » – 4. « Conflict » – 5. « Peril » – 6. « Abduction » – 7. « The Boy King » – 8. « Rebellion » – 9. « Escape » – 10. « The Oath » – 11. « The Trial » – 12. « The Scaffold » – 13. « Treachery » – 14. « Hunted » – 15. « Captured » – 16. « The Last Enemy ».
1968/69(tv) D’Artagnan – 3. Le Vengeur / Der Rächer / Il vendicatore (FR/IT/DE) de Claude Barma 
ORTF-RAI-ZDF-Bavaria (TF1 2.1.70), 90 min. – av. Dominique Paturel (d’Artagnan), François Chaumette (Athos), Adriano Amedei Migliano (Aramis), Rolf Arndt (Porthos), Denis Manuel (Mordaunt, fils de Milady), Gilberto Mazzi (Mazarin), Siegfried Wischnewski (Oliver Cromwell), Ernst-Fritz Fürbringer (Charles Ier Stuart). – Cf. supra, s. « Les trois mousquetaires ».
1989**The Return of the Musketeers / Le Retour des mousquetaires / El regreso de los mosqueteros (GB/FR/ES) de Richard Lester 
Pierre Spengler-Fildebroc (Michelle de Broca)-Ciné 5-Timothy Burrill Productions-Iberoamericana Films Producción, 102 min. – av. Michael York (d’Artagnan), Oliver Reed (Athos), Frank Finlay (Porthos), Richard Chamberlain (Aramis), C. Thomas Howell (Raoul de Bragelonne, fils d’Athos), Kim Cattrall (Justine de Winter, fille de Milady), Geraldine Chaplin (Anne d’Autriche), Roy Kinnear (Planchet), Christopher Lee (Rochefort), Philippe Noiret (Mazarin), Alan Howard (Oliver Cromwell), David Birkin (Louis XIV), Bill Paterson (Charles I er Stuart), Jean-Pierre Cassel (Cyrano de Bergerac), Laure Sabardin (duchesse de Chevreuse), Marcelline Collard (Mme de Lamballe), Eusebio Lázaro (duc de Beaufort), Pat Roach (bourreau de Béthune), Servane Ducorps (Olympe), Bill Connolly (Caddie), William J. Fletcher (de Guiche), Fernando De Juan (Ireton), Agata Lys (duchesse de Longueville), Leon Greene (capt. Groslow).
Quinze ans après ses « Three/Four Musketeers » (cf.), Lester remet ça en réalisant « Vingt ans après », à nouveau en Espagne, avec le même scénariste (George MacDonald Fraser) mais avec des producteurs plus sérieux. Un tour de force : la plupart des acteurs reprennent leurs personnages. Louis XIII et Richelieu étant morts, Jean-Pierre Cassel fait Cyrano de Bergerac (lui qui fut d’Artagnan dans « Cyrano et d’Artagnan » de Gance) et, à son grand regret, Charlton Heston doit se contenter d’un portrait peint au début du film, peinture dont on lui fera cadeau. Philippe Noiret fait Mazarin, lui qui incarnera le père dans « La Fille de d’Artagnan » de Tavernier. Terrassé par une hépatite virale, Lester doit retarder la réalisation d’un an ; le tournage d’août à octobre 1988 s’effectue en Rankcolor aux studios de Pinewood et Twickenham (où Lester avait travaillé avec les Beatles), puis en Espagne, aux Estudios Cinematografica Roma S.A. (Madrid), à Tolède, Aranjuez, Manzanares el Real, Riofrio, Rascafria, Talamanca, au monastère de l’Escurial, au palais royal de La Granja de San Ildefonso près de Ségovie (=Palais-Royal, Paris), et au palais de Boadilla del Monte; le budget est modeste: 17 millions de $. Sur le pont d’Alcantara (rives du Tage), Roy Kinnear alias Planchet fait une chute de cheval mortelle, le film lui est dédié ; Lester songe passagèrement à tout abandonner, car c’est un ami de très longue date qui disparaît et dont la mort endeuillait la deuxième moitié du tournage.
Les quatre mousquetaires, vingt ans après (« The Return of the Musketeers » de Richard Lester, 1989).
 L’adaptation est relativement fidèle à Dumas quant aux (très) grandes lignes de l’intrigue, sauf que, signe des temps, le personnage de Mordaunt s’est féminisé : c’est ici l’espionne Justine de Winter, fille naturelle de Milady et de Rochefort, qui est obsédée par l’idée de venger sa mère décapitée vingt ans auparavant. Très fine lame, elle exécute le bourreau de Béthune et séduit Raoul, fils d’Athos. Elle est chargée par Cromwell d’obtenir la neutralité de Mazarin lorsque Charles I er sera exécuté. Anne d’Autriche demande en vain aux quatre mousquetaires de secourir son « cousin » anglais : Justine décapite personnellement le souverain en se substituant au bourreau, tente de piéger le quatuor sur un bateau chargé de poudre puis, de retour en France, aide Mazarin à quitter Paris avec le trésor de la couronne et le jeune roi en otage. Les mousquetaires délivrent Louis XIV, obtiennent de Mazarin (dont ils ont envahi le château grâce à la montgolfière que Cyrano de Bergerac veut utiliser pour visiter la lune !) de substantielles faveurs et la clémence envers les Frondeurs. Justine parvient à s’éclipser – pour une suite qui ne se fera pas. Aramis est longuement absent de l’écran (il est y remplacé par le jeune Raoul), mais c’est lui qui, à la fin, fera plier Mazarin par sa subtilité de stratège politique, là où ses trois amis, trop rouillés et empâtés, ne font plus l’affaire. On retrouve dans ce « sequel » la truculence, l’espièglerie, l’imagination débordante et persifleuse des deux premiers épisodes, un doigt de gravité et une once de nostalgie en plus. Lester – qui a déjà fait vieillir Robin des Bois (« Robin and Marian », 1967) – montre un même irrespect envers les puissants : Mazarin est avare, cynique, menteur, trousseur, Anne d’Autriche une pimbêche précieuse ridicule, et le jeune roi un garnement prétentieux, véritable tête à gifles. Charles Stuart est arrêté par les hommes de Cromwell alors qu’il joue au golf… Les cascades et gags farfelus (chorégraphiés par Bill Hobbs) se succèdent à un rythme endiablé, avec des moments d’anthologie dignes de Buster Keaton (la maison truquée de Justine à Londres où chaque porte, chaque banc, chaque coin de plancher cache un piège). Nerveux, sans temps morts, le film ne fait toutefois pas l’unanimité ; on perçoit un certain essoufflement, la fin est un peu précipitée, et les inconditionnels du roman – insensibles au fabuleux travail de recréation – crient évidemment à la trahison. Le film restera inédit en salles aux USA. – DE : Die Rückkehr der Musketiere, IT : Il ritorno dei tre moschettieri.
1992Muchketyory 20 let spustya [Les Mousquetaires vingt ans après] (SU) de Georgi Yungwald-Khilkevich 
Gosteleradio-Odessa Film Studios. – av. Mikhail Boyarski (d’Artagnan), Venyamin Smekhov (Athos), Valentin Smirnitsky (Porthos), Igor Starygin (Aramis), Alisa Frejndlikh (Anne d’Autriche), Anatoli Ravikovich (Mazarin), Alksei Petrenko (Charles Ier Stuart), Viktor Avilov (Mordaunt, fils de Milady), Olga Kabo, Yak Prints. – Deuxième volet (sur quatre) de la série russe initiée par « D’Artanyan i tri mushketyora » (1978), tourné en couleurs par le même réalisateur et les mêmes comédiens dans les rôles principaux.