I - LA FRANCE

5. LOUIS XV (1715 à 1774)

5.2. Denis Diderot

(1713-1784) et son oeuvre. Écrivain, auteur dramatique (il pose les bases du drame bourgeois au théâtre), philosophe et encyclopédiste.
1921Die Intrigen der Madame de La Pommeraye (DE) de Fritz Wendhausen 
Russo/Decla-Bioscop-Ufa (Erich Pommer), 1910 m./5 actes. – av. Olga Gsowskaja (la marquise de La Pommeraye), Alfred Abel (le marquis des Arcis), Grete Berger, Margarete Schlegel.
Adaptation du roman « Jacques le Fataliste et son maître » (1778), que Friedrich Schiller a jadis traduit en allemand.
1927® Napoléon (FR) d’Abel Gance. – av. Pierre Régnier (Denis Diderot).
1944[Les Dames du Bois de Boulogne (FR) de Robert Bresson ; Films Raoul Ploquin, 90 min. – av. Maria Casarès (la marquise de La Pommeraye), Paul Bernard, Éléna Labourdette. – Récit transposé au XXe siècle, d’après l’histoire de Madame de La Pommeraye ("Jacques le Fataliste et son maïtre"), dialogues écrits par Jean Cocteau. Le premier chef-d’œuvre de Bresson.]
1953® Si Versailles m’était conté (FR) de Sacha Guitry. – av. Jean Lanier (Denis Diderot).
1955® Si Paris nous était conté (FR) de Sacha Guitry. – av. André Roanne (Denis Diderot).
1961(tv) Die Marquise von Arcis (DE) de Falk Harnack
(ZDF 19.12.61), 80 min. – av. Hilde Krahl (la marquise de La Pommeraye), Alexander Kerst (le marquis des Arcis), Brigitte Mira (Clémentine Duquenoy), Uta Sax (Henriette Duquenoy), Erik Randolf. – La pièce homonyme de Carl Sternheim (1919), inspirée par « Jacques le Fataliste ».
1963(tv) Jacques le Fataliste et son maître (FR) de Pierre Cardinal
(TF1 9.4.63). – av. Jean Parédès (Jacques), Jacques Castelot (le marquis des Arcis), Pierre Debauche (le maître), Claude Gensac (la marquise de La Pommeraye), Michèle Treussard.
1964(tv) Rameaus Neffe [Le Neveu de Rameau] (DE) de Kurt Raeck
(ARD 25.6.64), 90 min. – av. O. E. Hasse (Jean-François Rameau), Alfred Schieske (Denis Diderot).
1965**La Religieuse / Suzanne Simonin, la Religieuse de Denis Diderot (FR/IT) de Jacques Rivette 
Georges de Beauregard/Rome Paris Films-SNC-Gladiateur, 135 min. – av. Anna Karina (Suzanne Simonin), Liselotte Pulver (Mme de Chelles), Micheline Presle (Mme de Moni), Francisco Rabal (Dom Morel), Francine Bergé (sœur Sainte Christine), Christiane Lenier (Mme Simonin), Wolfgang Reichman (Père Lemoine), Catherine Diamant (sœur Cécile), Yori Bertin (sœur Thérèse).
Vers 1758. Sans dot, mal-aimée, Suzanne Simonin est cloîtrée contre son gré par sa famille dans le couvent rigoriste de Longchamp. N’ayant pas la vocation, rebelle à toute autorité, elle subit la cruauté d’une abbesse sadique, Mme de Moni, qui lui inflige humiliations et tortures, la croyant possédée par le diable. Suzanne obtient sa mutation par voie juridique dans un autre couvent, celui, libertin, d’Arpajon, où elle est confrontée aux avances sexuelles de sa nouvelle abbesse, Mme de Chelles. Elle s’échappe avec la complicité du Père Morel et, après un séjour chez des paysans et dans une blanchisserie, échoue dans un bordel, d’où elle s’enfuit une dernière fois – en se jetant par la fenêtre.
Un premier scénario de Rivette et Jean Gruault est refusé par la Commission de pré-censure en 1962. Il est adapté l’année suivante pour le théâtre au Studio des Champs-Elysées, sous la direction de Jean-Luc Godard, avec son épouse Anna Karina dans le rôle de Suzanne ; la pièce passe pratiquement inaperçue. L’appel à censurer le film en gestation ne vient pas de l’Église catholique (alors en plein concile de Vatican II), mais des associations de parents d’élèves de l’enseignement privé et des sœurs (Union des supérieures majeures), outrées par « un film blasphématoire qui déshonore les religieuses ». Rivette tourne son film sans embûches administratives à La Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon (Gard) et à Avignon (en Eastmancolor).
Une fois terminée, l’œuvre subit une interdiction totale de distribution et d’exportation pour « diffamation et travestissement de la vie religieuse », un veto décrété successivement par Alain Peyrefitte, ministre de l’Information, Maurice Papon et Yvon Bourges (1966) pour cause de troubles potentiels à l’ordre public. Godard interpelle André Malraux (apostrophé avec grandiloquence « ministre de la Kultur ! »), qui ne s’oppose pas à une projection au Festival de Cannes. Le public découvre une œuvre sobre, émouvante, très fidèle au roman et sans rapport avec sa réputation sulfureuse, si ce n’est que l’entrée en religion est présentée comme un véritable calvaire. Après une longue bataille légale, le visa d’exploitation est finalement accordé en juillet 1967. En raison du tollé provoqué par son interdiction, le film de Rivette sort dans cinq salles parisiennes et devient un gros succès commercial (165’000 entrées en cinq semaines), le plus grand de la carrière du cinéaste.
1967(tv) Die Marquise von Arcis (DE) de Falk Harnack 
Tribüne Berlin-ZDF (ZDF 19.3.67), 80 min. – av. Peter Pasetti (le marquis des Arcis), Ruth Hausmeister (la marquise de La Pommeraye), Uta Sax (Henriette Duquenoy), Nora Minor (Clementine Duquenoy), Wolfgang Klosse.
La pièce homonyme de Carl Sternheim, inspirée par « Jacques le Fataliste », tournée à Bad Homburg vor der Höhe (Hesse).
1976® (tv) Le Siècle des Lumières (FR) de François Villiers (TF1 28.4.76). – av. Bernard Alane (Denis Diderot).
1980(tv) Le Neveu de Rameau (FR) de Claude Santelli
(TF1 16.4.80). – av. Michel Bouquet (neveu de Rameau), Teddy Bilis (Denis Diderot), Denis Hirson, Christophe Nollier, Larry Bender, Samil Mekki.
1984(tv) Jacques le Fataliste et son maître (FR) de Claude Santelli
(A2 19.12.84). – av. Patrick Chesnais (Jacques), Guy Tréjan (le marquis des Arcis, le maître), François Périer (Denis Diderot), Magali Renoir, Yves Pignot.
1986La monaca del peccato (IT) de Dario Donati [=Aristide Massaccesi] 
Filmirage, 85 min. – av. Eva Grimaldi (Marie Suzanne Simonin), Karin Well, Gabriele Gori, Gilda Germano, Martin Philip. – Adaptation érotique de « La Religieuse ».
1993[Jacques le Fataliste (CA) d’Antoine Douchet ; Prod. Jacques Fusilier, 90 min. – av. Serge Riaboukine (Jacques), Antoine Douchet, Joël Demarty, Bruno Devoldère, Stéphane Duprat. – Adaptation transposée au XXe siècle.]
1999Le Libertin (FR) de Gabriel Aghion 
Bel Ombre-Sans Contrefaçon-Mosca, 105 min. – av. Vincent Perez (Denis Diderot), Fanny Ardant (Mme Therbouche), Josiane Balasko (baronne d’Holbach), Michel Serrault (le cardinal), Arielle Dombasle (Mme de Jerfeuil), Françoise Lépine (Mme Diderot), Vahina Giocante (Angélique Diderot, leur fille), Bruno Todeschini (marquis de Cambrol), Christian Charmetant (chevalier de Jerfeuil), Vahina Giocante (Angélique Diderot), Arnaud Lemaire (marquis de Lutz).
La police du roi et les représentants de l’Église recherchent Diderot ainsi que l’imprimerie qui édite « L’Encyclopédie » interdite. Le philosophe libertin est protégé par ses amis et la nymphomane madame de Jerfeuil au château d’Holbach (d’après la pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt, aussi auteur du scénario). Tournage à l’abbaye de Chanlis (Oise) et aux châteaux de Champs (Seine et Marne), Jeurre (Essonne) et Villette (Val d’Oise).
2006(tv) The Romantics – 1. Liberty (GB) de Sam Hobkinson 
BBCtv-The Open University (BBC2 21.1.06), 55 min. – av. Jason Watkins (Denis Diderot).
2013*La Religieuse / Die Nonne (FR/DE/BE) de Guillaume Nicloux 
Sylvie Pialat/Les Films du Worso-Belle Epoque Films-Versus Prod., 114 min. – av. Pauline Etienne (Suzanne Simonin), Pascal Bongard (l’Archidiacre), Agathe Bonitzer (sœur Thérèse), Martina Gedeck (Mme Simonin), Isabelle Huppert (Mère Supérieure de Saint-Eutrope), Louise Bourgoin (sœur Christine), Françoise Lebrun (Mme de Moni), Lou Castel (baron de Lasson), Alexia Depicker (sœur Camille), François Négret (Maître Manouri).
Réalisateur et auteur de polars, Guillaume Nicloux construit son film (la deuxième adaptation du roman après celle, controversée, de Rivette en 1965) comme une intrigue policière pour aboutir à une ode à la liberté qui, à travers l’anticléricalisme de Diderot, traduit la sensibilité globalement antireligieuse de l’Occident contemporain. Une charge un peu anachronique contre le conservatisme chrétien (on ne tire pas sur les ambulances !), dénonçant à travers une situation très particulière l’endoctrinement par le chantage émotionnel, la stigmatisation et les humiliations subies par la dite religieuse. Mené à la première personne (le Marquis de Croismare découvre le manuscrit de Suzanne Simonin), le récit laisse sous-entendre que l’héroïne rebelle est à présent saine et sauve : chez Diderot, elle se résignait, chez Rivette elle se suicidait, ici elle semble avoir un avenir sans pour autant renier sa foi, mais en refusant toute forme de pression extérieure, de captivité forcée et de fanatisme. Un ecclésiastique lui remet une clé qui lui permet d'ouvrir une porte au fond du cloître et de s'évader. Dehors, à la nuit tombée, Maître Manouri la conduit au château de son mystérieux bienfaiteur: son père naturel, le baron de Lasson. Une réalisation appliquée, un peu sèche, relevée par la prestation d’Isabelle Huppert en Mère Supérieure agitée et fantasque, amoureuse délirante de ses protégées. Film en compétition au festival de Berlin 2013. Tournage au monastère de Bronnbach (Bad-Wurttemberg) et en Rhône-Alpes.
2018Mademoiselle de Joncquières (FR) d'Emmanuel Mouret
Moby Dick Films, 109 min. - av. Cécile de France (la marquise de La Pommeraye),