I - LA FRANCE

5. LOUIS XV (1715 à 1774)

5.6. Le contrebandier Louis Mandrin

Contrebandier savoyard (1725-1755), Mandrin lutte contre les collecteurs d’impôts et les fermiers généraux (profiteurs de l’Ancien Régime instaurés depuis 1681) avec une armée de 300 hommes, en instaurant une économie parallèle. Déguisées en paysans, les troupes royales le capturent début mai 1755 au château de Rochefort-en-Novalaise (Savoie) où il mène grand train avec quelques aristocrates rebelles en pénétrant illégalement et par surprise dans le royaume de Sardaigne. Mandrin est enlevé, jugé et roué vif à Valence par la Ferme générale, passant outre à la demande de restitution du prisonnier par le roi Charles-Emmanuel III de Sardaigne à Louis XV, qui l’accorde trop tard.
1908Les Exploits de Mandrin (FR)
Pathé Frères no. 2121, 205 m. – Les frères Mandrin, deux contrebandiers, sont dénoncés à la douane et arrêtés. L’un des deux parvient à s’enfuir, tue l’indic et, sa tête mis à prix, se joint à une bande de coupeurs de jarrets. Il nargue le chef de la police qu’il surprend dans sa demeure lors d’une fête et s’empare des bijoux des invités. Le fils de l’indic assassiné le suit jusqu’à son repaire et alerte les gendarme. Tous les contrebandiers sont tués, sauf Mandrin qui est condamné au supplice de la roue. Lorsque la sentence lui est lue, le contrebandier éclate de rire et va à la torture avec un regard de défi.
1923**Mandrin (FR) d’Henri Fescourt 
Louis Nalpas/Société des Cinéromans (8 épisodes), 8000 m./404 min. – av. Romuald Jobé (Mandrin), Jacqueline Blanc (Nicole Malicet), Johanna Sutter (Tiennot), Hugues de Bagratide (l’exempt Troplong, dit Pistolet), Louis Monfils (De Malicet), Charles Leclerc (marquis René-Louis d’Argenson), Paul Guidé (Bouret d’Etigny, Fermier Général), Jean Peyrière (Louis XV), Jeanne Helbling (marquise de Pompadour), Bardès (Voltaire), Marcelle Rahna (la danseuse Marie-Anne de Camargo), Saint-Ober (Mi-Carème).
Un film à épisodes d’excellente tenue et superbement photographié, tourné à Pérouges (Ain), Peille, Cagnes-sur-Mer, Saint-Paul de Vence (Alpes-Maritimes), dans le Dauphiné et au studio des Cinéromans à Joinville-le-Pont. Dans le scénario d’Arthur Bernède, Voltaire héberge involontairement Mandrin dans son château en Sardaigne (sic), et vers la fin du récit, affirme dans une lettre à d’Alembert que le contrebandier ne serait pas mort, un autre ayant été supplicié à sa place (Mandrin a marché la tête voilée vers l’échafaud). Le lendemain, Bouret d’Etigny est retrouvé poignardé.
Episodes : 1. « Le révolté » – 2. « L’exempt Pistolet » – 3. « L’étrange escamoteur » – 4. « L’éloge de Mandrin » – 5. « Le château de M. de Voltaire » – 6. « La grâce du Roi » – 7. « La trahison » – 8. « Justice ».
1935Gaspard de Besse (FR) d’André Hugon 
Les Films A. Hugon, 110 min. – av. Antonin Berval (Gaspard de Besse), Raimu (Samplan, son frère), Nicole Vattier (Thérèse), Milly Mathis (Toinon), Antoine Balpêtré (Cabasse).
La destinée d’un justicier détrousseur en Provence, dont le frère et lieutenant, Samplan, a connu Mandrin et Voltaire. La carrière de Gaspard, né en 1757 à Besse-sur-Issole (Var), trahi par un membre de sa bande, s’achève sur la roue, à 24 ans, en 1781 (scénario de Carlo Rim). Tournage à Tourette-sur-Loup, dans le massif de l’Estérel et aux studios GFFA (Victorine) à Nice.
1947Mandrin – 1. Le Libérateur – 2. La Tragédie d’un siècle (FR) de René Jayet 
Codo Cinéma-Prod. Claude Dolbert (2 parties), 90 + 85 min. – av. José Noguéro (Mandrin), Armand Bernard (Sansonnet), Mona Goya (Mme de Pompadour), Georges Vitray (Brochant d’Erigny, Fermier Général), Joëll Robin (Yolande d’Apremont), Philippe Mareuil (Patrice d’Apremont), Antonin Berval (général de la Morlière), Aimé Simon-Girard (Ricord), Paul Azaïs (sergent Trognard), Robert Pizani (Voltaire).
Mandrin combat le tyrannique Brochant d’Erigny, assassin de son prédécesseur d’Apremont et devenu Fermier Général grâce à des documents compromettant la marquise de Pompadour. Tournage à Pérouges, dans l’Ain, en Isère et aux studios Photosonor à Courbevoie.
1952*Le avventure di Mandrin / Mandrin, le chevalier sans loi (IT/FR) de Mario Soldati 
ICS (Niccolò Theodoli)-Cormoran Films Paris, 102 min. – av. Raf Vallone (Mandrin), Jacques Castelot (Marco), Silvana Pampanini (Rosetta), Michèle Philippe (marquise de Maubricourt [=marquise de Pompadour]), Gualtiero Tumiati (prince Guido), Vinicio Sofia (Stéphane Vernet), Alberto Rabagliati (Béhisar).
Pour valoriser Raf Vallone, les scénaristes italiens, jamais à court d’imagination, attribuent au contrebandier justicier une liaison avec la Pompadour ; celle-ci obtient sa grâce du roi peu avant le supplice final ! Ne voyant plus d’avenir dans la contrebande, Mandrin envisage alors de s’embarquer pour le Nouveau-Monde... Le romancier-cinéaste Soldati se divertit en conférant à ce travail alimentaire du rythme, de l’élégance et du style. Tournage aux studios Titanus à Rome et dans le Latium.
1962Mandrin, bandit gentilhomme / Mandrin met le feu aux poudres (FR/IT) de Jean-Paul Le Chanois 
Franco-London-Les Films Gibé-Titanus, 105 min. – av. Georges Rivière (Mandrin), Silvia Monfort (Myrtille), Dany Robin (baronne d’Escourt), Armand Mestral (Sigismond de Moret), Georges Wilson (Bélissard), Jeanne Valérie (Antoinette), André Versini (marquis d’Ulrich), Maurice Baquet (Court-Toujours), Albert Rémy (Grain de Sel), Gil Baladou (Ménestrel), Jess Hahn (Antoine).
Le communiste Le Chanois s’essaye au Robin des Bois français et charge l’Ancien Régime, pour un résultat très convenu. Tournage en Dyaliscope et Eastmancolor à Vigny, en Pologne et dans les Carpates (batailles entre villageois et troupes royales).
1970(tv) Mandrin (FR/IT/CH/DE/YU) de Philippe Fourastié 
ORTF-RAI-SSR-Bavaria-Technisonor-Jadran (A2 3.6.-8.7.72), 6 x 55 min. – av. Pierre Fabre (Louis Mandrin), Monique Morelli (La Carline), Armand Mestral (Bonneville), Max Vialle (Carnaval), François Dyrek (Manot la Jeunesse), Malka Ribowska (Mme de Saint-Félix), Jean Martin (Robert de Cazes), Rainer Rudolph (Pierre Mandrin), Julio Perlaki (Claude Mandrin), Jean-Roger Caussimon (marquis René-Louis d’Argenson), Gérard Chevalier (Rouille).
Feuilleton filmé en Yougoslavie avec le concours de l’armée de Tito, le Dauphiné connaissant alors des violentes manifestations paysannes et l’ORTF craignant que le tournage de cette révolte contre les excès de la fiscalité n’exacerbe plus encore les passions ! Il ne sera diffusé que deux ans plus tard.
2005*(tv) Gaspard le bandit (FR) de Benoît Jacquot 
France 2-Sodaperaga Productions-TV5 (FR2 13.2.06), 105 min. – av. Jean-Hugues Anglade (Gaspard de Besse), Natacha Régnier (Anne de Morières), Jean-Pierre Joris (M. de Morières), Vladimir Consigny (Antoine), Armelle Deutsch (Marinette), Jean-Marc Stehlé (Maraval), Michel Fau (Riboux), Martine Chevailler (Amandine de Varade), Michaël Abiteboul (Claude Portanier).
Histoire du bandit provençal, émule de Mandrin, librement inspiré du roman de Jacques Bens, prix Goncourt du récit historique en 1986. Tourné dans le Lubéron (village de Ménerbes, carrières de Roussillon). Une évocation à la fois réaliste et subtile. Cf. supra, film de 1935.
2011**Les Chants de Mandrin (FR/BE/ES) de Rabah Ameur-Zaïmeche 
Sarrazink Productions-Moving Scope-CCE-Paco Poch-Maharajah Films, 97 min. – av. Rabah Ameur-Zaïmeche (Bélissard), Sylvain Roume (Ma Noblesse), Abel Jafri (La Buse), Sylvain Rifflet (La Flûte), Salim Ameur-Zaïmeche (Malice), Christian Milia-Darmezin (le colporteur Jean Sératin), Kenji Levan (Court-Toujours), Jean-Luc Nancy (l’imprimeur Jean-Luc Sinan), Jacques Nolot (le marquis, ami de Mandrin), Yann-Yvon Pennec (le brigadier chef), Sylvia Albaret (Mandrinette), Nicolas Bancilhon (Blondin).
En 1755, après l’exécution de Mandrin, mis à mort par les fermiers généraux, ses compagnons se lancent dans une nouvelle campagne de contrebande, organisent aux abords des villages des marchés sauvages et écrivent des chants en l’honneur du défunt hors-la-loi qu’ils impriment et distribuent aux paysans du royaume. Chroniqueur de la banlieue, Rabah Ameur-Zaïmeche fait résonner le contemporain (les « Indignés » contre les exploiteurs du XXI e siècle) à travers l’évocation de ce militantisme au quotidien sous l’Ancien Régime, entre brèves embuscades, bivouacs et fêtes à la lueur des torches. Un « western contemplatif et apaisant » (Samuel Douhaire) faisant l’éloge d’une fraternité capable d’abolir les différences entre classes sociales et générations. Tournage dans l’Aveyron, autour du lac du Salagou, dans la vallée de Brenas, sur le causse du Larzac et dans la vallée de la Buège (Hérault).