I - LA FRANCE

6. LOUIS XVI (1774 à 1792)

6.3. Le marquis de Sade

Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814) et sa « Philosophie dans le boudoir ». Homme de lettres, romancier et philosophe longtemps voué à l'anathème en raison de ses oeuvres érotiques, de son athéisme virulent et de sa participation à des actes impunis de violence et de cruautés (d'où le néologisme "sadisme"), ce marquis fort peu "divin" passe vingt-sept ans en prison, détenu sous tous les régimes politiques. Il meurt à l'asile d'aliénés de Charenton Saint Maurice, sous Napoléon.
1927® Napoléon (FR) d’Abel Gance. – av. Conrad Veidt (marquis de Sade).
1966*The Marat-Sade / The Persecution and assassination of Jean-Paul Marat as performed by the inmates of the asylum of Charenton under the direction of the Marquis de Sade (Marat-Sade) (GB) de Peter Brook 
Marat Sade Prod.-Royal Shakespeare Company, 116 min. – av. Patrick Magee (marquis de Sade), Ian Richardson (Jean-Paul Marat), Glenda Jackson (Charlotte Corday), Clifford Rose (M. Coulmier), Michael Williams (Herald), Freddie Jones (Cucurucu), Hugh Sullivan (Kokol), Jeanette Landis (Rossignol).
À l’asile de Charenton, où il est enfermé (sous l’Empire), Sade organise des représentations théâtrales ; ses pièces y sont jouées par des malades mentaux, mais le spectacle a tôt fait de dégénérer. Peter Brook filme la pièce du dramaturge marxiste allemand Peter Weiss dans les studios de Pinewood : un spectacle saignant, hystérique et tapageur pour représenter la société moderne en crise. Les débuts de Glenda Jackson, ou du moins son premier rôle important.
1966(tv) Marquis de Sade oder Die Peitsche der Vernunft (DE) de Roshan Dhunjibhoy
Bayerischer Rundfunk (BR 21.4.66), 60 min. – av. Hans Schweikart (marquis de Sade), Diego Crovetti, Karl-Maria Schley, Marianne Lowitz, Ingeborg Schroeder.
1967(tv) Die Verfolgung und Ermordung Jean Paul Marats dargestellt durch die Schauspielgruppe des Hospizes zu Charenton unter Anleitung des Herrn de Sade (DE) de Peter Schulze-Rohr 
Norddeutscher Rundfunk (NDR 23.11.67), 150 min. – av. Charles Regnier (maquis de Sade), Hans Christian Blech (Jean-Paul Marat), Lieselotte Rau (Charlotte Corday), Erica Schramm (Simonne Evrard), Balduin Baas (Duperret), Conny Palme (Coulmier), Heiner Schmidt (Jacques Roux), Mara Hetzel (Rossignol). – La pièce de Peter Weiss, déjà filmée pour le grand écran l’année précédente.
1967® (tv) Valmy (FR) d’Abel Gance etc. – av. Serge Gainsbourg (marquis de Sade), cf. (7.1).
1967Δ Jeg – en marki / Jag en markis – Med updrag att alska (Moi, marquis de Sade) (DK/SE) de Mac Ahlberg, Peer Gulbrandsen. – av. Gabriel Axel (marquis de Sade).
1968The Devil in Velvet (US) de Larry Crane 
Lou Campa-Lark Film, 75 min. – av. Karl Steen (marquis de Sade enfant), Edmund Nightwood (le juge Marbœuf), Bernard Gilmore (Me Charles Haricot), Peter Bradford (Me Jean-Philippe Epinard), Mary Macken (Mme Brissaut), Christine Cybelle (Louise Montreuil), Ian Orlando Macbeth (duc de Guise), John Mathews (le Dauphin Louis XVII).
Accusé d’insulter la noblesse française, Sade est condamné à la Bastille. Après treize ans d’emprisonnement, suite à des remarques imprudentes sur le gouverneur de la forteresse, il est transféré à Charenton – soit onze jours avant la Révolution qui aurait pu le libérer. Plein de regrets, Sade (dont l’interprète n’apparaît pas au générique) se penche sur son passé.
1968Marquis de Sade : Justine / Justine ovvero le disavventure della virtù / Justine ou les infortunes de la vertu / Deadly Sanctuary / Justine and Juliet (DE/IT/FR/GB/ES) de Jesús Franco Manera [=Jess Franco] 
Towers-Korona-Aica, 90 min. – av. Romina Power (Justine), Klaus Kinski (marquis de Sade), Maria Röhm (Juliette), Harald Leipnitz, Sylva Koscina, Jack Palance, Akim Tamiroff, Horst Frank.
1968/69De Sade / Das ausschweifende Leben des Marquis de Sade (Le Divin Marquis de Sade) (US/DE/IT) de Cyril Endfield, [Roger Corman, Richard Rush et Gordon Hessler] 
CCC Filmkunst Berlin (Arthur Brauner)-American International Pictures (Samuel Z. Arkoff)-Edo Cinematografica Roma-Transkontinental, 113 min. – av. Keir Dullea (marquis de Sade), Senta Berger (Anne de Montreuil), Lilli Palmer (Renée Pélagie de Montreuil), Sonja Ziemann (La Beauvoisin), John Huston (abbé de Sade), Anna Massey (Renée de Montreuil).
Une tentative avortée de filmer la vie dissolue du « divin marquis », sabordée par un tournage calamiteux aux studios de la CCC Filmkunst à Berlin-Spandau ; initié par Roger Corman sur un script de Richard Matheson (dont ne subsiste pas grand chose) pour un film alors intitulé « Theatre of the Macabre », il aurait du être repris par Michael Reeves, qui se suicide. Après le passage de Cy Endfield et d’autres confrères, Corman reprend les rênes pour tourner sans être crédité plusieurs séquences d’orgie dans les studios Bavaria à Geiselgasteig. Extérieurs au palais de Charlottenburg et dans la cathédrale Sankt-Niklaus à Berlin. Un récit délirant, saccadé et chaotique. Le film est annoncé (à tort) comme une production érotique et fait un bide monumental.
1969Δ La Voie Lactée (FR) de Luis Buñuel. – av. Michel Piccoli (marquis de Sade).
1970Justine de Sade / Sade ou les Malheurs de Justine (FR/IT/CA) de Claude Pierson 
Pierson-ICAR-Citel, 101 min. – av. Alice Arno (Justine), Lida Ferro (Mme de Bressac), Yves Arcanel, Georges Beauvillier, Diana Lepurier.
1971S/J Fossiléa (BE) de Jean Mulders 
IAD, 92 min. – av. Luc Vreux (marquis de Sade), Christine Jans (Juliette), Christian Coppin (Saint-Just).
1975De Sade’s Juliette / La Suceuse / Justine, lady lujuria (FR) de Jesús Franco 
Eurociné-Dany. – av. Lina Romay (Juliette), Alice Arnó, Charles Christian, Gilda Arancio.
1975Justine och Juliette (SE) de Bert Torn [=Mac Ahlberg] 
Filminvest, 96 min. – av. Maria Lynn (Justine), Bie Warburg (Juliette), Harry Reems, Felix Franchy, Bent Warburg.
1976Monsieur Sade (FR) de Jacques Robin. – av. Isabela Claire, Roger Ribes, Bernard Surny. – Film X.
1978Cruel Passion (Justine) (GB) de Chris Boger 
97 min. – av. Koo Stark (Justine Jérôme), Martin Potter (Lord Carlisle), Lydia Lisle (Juliette Jérôme), Katherine Kath, Barry McGinn. - Film X.
1979Justine (IT) de Dave Tough [=Francesco Stradella], supervis. : Joe D’Amato [=Aristide Massaccesi] 
Danny Film. – av. Alice Arno, Lina Romay, Gilda Arancio, Bigottini, Alain Peter, Jesus Franco. – Film X.
1985(tv) Donatien-François, marquis de Sade (FR) de Patrick Antoine
(A2 28.8.85). – av. Bruno Cremer (marquis de Sade), Joséphine Chaplin (Renée-Pélagie Cordier de Launay de Montreuil, sa femme), Cécile Magnet (Gothon), Sylvie Granotier (la chanoinesse), Christiane Barry (la présidente de Montreuil), Martine Noiret (Saint-Rousset), Bertha Tropmaier (Rose Keller), Marcel Jullian (abbé de Sade), Roger Muni (Gaufridy), Pierre Loemy (M. de Songy), Jean Gosselin (duc d’Aiguillon), François Gamard (le père de Justine), Yannick Badin (Justine), Isis Peyrade (Laure de Lauris).
Emprisonné à Charenton, Sade fait jouer l’histoire de sa vie par des internés, de son premier séjour à la Bastille en 1763 à l’affaire Rose Keller, aux débauches de Marseille en 1772 et aux innombrables cavales pour échapper aux juges ou aux créanciers (scénario de Marcel Jullian). Les étapes biographiques sont retracées avec scrupule et érudition, et les rapports du marquis avec sa famille et ses proches sont correctement restitués, mais le personnage central lui-même manque de relief et le contexte historico-littéraire est tout juste effleuré. Téléfilm peu convaincant ("strictement réservé aux adultes" selon A2), mince et superficiel malgré Bruno Cremer dans le rôle-titre, tourné dans le château de La Coste (Lubéron), propriété du marquis.
1985(tv) Il boudoir del marchese de Sade (IT) d’Antonio Salines, Paolo Bolano, Santo Strati 
Videofilm Prod. – av. Antonio Salines, Gianni Garofalo, Libero Sansavini, Svetlana Starkova, Elena Ursitti, Irma Veithen.
1986(tv) Augustine de Villebranche (FR/BE) d’Alain Schwartzstein 
« Série rose », Pierre Grimblat/FR3-RTB-Hamster (22.11.86), 28 min. – av. Catherine Leprince (Augustine), Catherine Lachens (la comtesse), Serge Avedikian (Charles), Thierry Bearzatto (Fabrice), Marie-Christine Robert (Rosette).
Augustine de Villebranche est une jeune femme d’une grande beauté, réputée pour n’aimer que les personnes de son sexe. Fabrice, follement amoureux d’elle, se déguise en femme pour la séduire.
1986El espectro de Justine (ES) de Jorge Gigo. – av. Tony Isbert (marquis de Sade), Maria Elias (Justine), Mercedes Fillola, Wendy Ashler, Antonio Sarra.
1988Δ Waxworld (US) d’Anthony Hickox. – av. J. Kenneth Campbell (marquis de Sade).
1989Marquis (FR/BE) d’Henri Xhonneux et Roland Topor 
Alligator-Constellation, 90 MIN. – av. les voix de François Marthouret (marquis de Sade), Valérie Kling, Michel Robin, Isabelle Canet-Wolfe.
En 1789, le marquis est enfermé à la Bastille pour blasphème et entretient avec sa propre verge des relations de personne à personne souvent conflictuelles. Le film, politiquement très incorrect, est interprété par des acteurs sous masques d’animaux – le marquis en chien, Justine en vache, Juliette en jument, le geôlier en rat, etc. – animés par des moteurs télécommandés.
1989(vd) Les porte-jarretelles de la Révolution (FR) de Pierre B. Reinhard. – av. Sabrina Darmon, Alain Lyle, Hans Wolf, Laura Valéry, Jenny Karsloff, Melina Paduvani. – Film X.
1990® (tv) Almanach des adresses des demoiselles de Paris (FR) de Walérian Borowczyk. – av. Jean Mylonas (marquis de Sade), cf. 7.1.
1992(tv) Markisinnan de Sade [La Marquise de Sade] (SE) d’Ingmar Bergman
Sveriges Television Drama (SVT 17.4.92), 104 min. – av. Stina Ekblad (Renée), Anita Björk (Mme de Monteuil), Marie Richardson (Anne), Margareta Byström (Mme de Simiane), Agneta Ekmanner (comtesse de Saint-Fond), Helena Brodin (Charlotte). – Bergman met en scène la pièce provocatrice de Yukio Mishima.
1993Sade Márki Élete [La Vie du marquis de Sade] (HU) d’András Szirtes 
Balázs Béla Stúdio-Mozgókép Innovációs Társulás-Budapest Film, 142 min. – av. Péter Halász (marquis de Sade), Michael Mehlmann, András Szirtes.
1993® Nightmare / Tobe Hooper’s Night Terrors (US) de Tobe Hooper. – av. Robert Englund (marquis de Sade).
1994(vd) De Sade (US) de Buck Adams. – av. Melissa Hill, Holly Body, Rebecca Lord, Misty Rain, Alex Sanders, John Dough, Brittany O’Connell, Tony Martino. – Film X.
1995Il marchese de Sade (Oltre ogni perversione) / The Marquis de Sade (IT) de Joe D’Amato [=Aristide Massaccesi], Luca Damiano [=Franco Lo Cascio] 
Rocco Siffredi Prod. – av. Rocco Siffredi, Rosa Caracciolo, Tanja Lariviers, Valentina, Aliona, Vicky, Mike Foster. – Film X.
1996Marquis de Sade / Dark Prince : Intimate Tales of Marquis de Sade (Marquis de Sade) (US) de Gwyneth Gibby ;
Concorde-New Horizons (Roger Corman), 95 min. – av. Nick Mancuso (marquis de Sade), Janet Gunn (Justine), John Rhys-Davies, Charlotte Nielsen (Juliette).
1996Δ The Exotic House of Wax (US) de Cybil Richards. – av. Bobby Young (marquis de Sade).
1996Le 120 giornate di Sodoma (IT) de Joe D’Amato [=Aristide Massaccesi] 
Capital Film. – av. Deborah Wells, Mark Davis, Anita Blond, Frank Mallone, Kelly Trump. – Film X.
1997(vd) Marquis de Sade : The Depraved Aristocrat (US) de Tom Jennings. – av. Jack Perkins (marquis de Sade).
1999Δ Go to Hell (US) de Michael J. Heagle. – av. David W. Potter (marquis de Sade).
2000® (tv) Jack of all Trades (US/NZ) de Josh Becker, etc. – av. Stuart Devenie (marquis de Sade), cf. (8.10).
2000*Sade (FR) de Benoît Jacquot
Patrick Godeau/Alicéléo-TF1 Films Production, 100 min. – av. Daniel Auteuil (marquis de Sade), Marianne Denicourt (Marie-Constance Quesnet, dite Sensible), Grégoire Colin (le conventionnel Étienne Fournier), Isild Le Besco (Emilie de Lancris), Jean-Pierre Cassel (vicomte de Lancris), Dominique Reymond (Mme de Lancris), Scali Delpeyrat (Maximilien Robespierre), Philippe Duquesne (Coignard, directeur de Picpus), Jeanne Balibar (Mme Santero), Daniel Martin (M. Santero).
Portrait plaisant mais superficiel et affadi d’un homme complexe et controversé, dont l’action est confinée à la période la plus mal connue : en 1794, au paroxysme de la Terreur, Sade (condamné à mort en juillet par Fouquier-Tinville, échappé à la guillotine grâce à une erreur administrative, puis libéré en octobre) est tiré de sa cellule de Saint-Lazare et envoyé à la clinique de Picpus, où il rencontre Emilie de Lancris. C'est à elle que cet agitateur libertin et athée, "homme très immoral", "indigne de la société" selon le Tribunal révolutionnaire, doit son transfert salutaire à Picpus, une fausse maison de santé où les aristocrates et les affairistes qui le peuvent encore, sauvent momentanément leur tête en vidant leurs poches. Emilie préserve in extremis la vie de son amant en offrant ses charmes au conventionnel Étienne Fournier, un proche de Robespierre qui, comme ce dernier, finit sur la guillotine.
Le scénario de Jacques Fieschi, tiré du livre de Serge Bramly, La Terreur dans le Boudoir (1994), est construit autour d'une période obscure de la vie de Sade, ce qui permet d'évoquer ses débuts comme sa fin à partir de quelques mois particulièrement dramatiques et d'insérer des personnages fictifs (Émilie, Fournier). Un Sade bien sage, dont la "perversité" se limite à l'initiation sexuelle (chastement filmée) de son élève par un beau jeune homme. Tournage au château et aux écuries de Chantilly (Oise), ainsi qu’à l’abbaye de Saint-Martin (Orne). Prix Lumière 2001 pour Daniel Auteuil et Isild Le Besco.
2000*Quills (Quills, la plume et le sang) (US) de Philip Kaufman 
Fox Searchlight Pictures-Industrial Entertainment-Walrus & Ass., 124 min. – av. Geoffrey Rush (marquis de Sade), Kate Winslet (Madeleine LeClerc), Joaquin Phoenix (abbé de Coulmier), Michael Caine (Dr. Royer-Collard), Billie Whitelaw (Mme LeClerc), Amelia Warner (Simone Royer-Collard), Jane Menelaus (Renée-Pélagie de Sade), Stephen Moyer (Prouix), Stephen Marcus (Bouchon). Ron Cook (Napoléon), Pauline McLynn.
Les dernières années du marquis de Sade (au stade terminal de ses frasques sado-maso) à l’asile d’aliénés de Charenton, que dirige le bienveillant abbé Coulmier. Lorsqu’on tente de faire taire le pervers en le privant de ses moyens d’écriture, il utilise ses excréments pour « immortaliser » ses idées sur les parois de sa cellule. Sade bave, vocifère, pelote tout ce qui bouge, corrompt les plus vertueux, l’abbé lui-même finira interné après la mort du marquis, tandis que l’opportuniste Royer-Collard s’enrichira en publiant ses livres sulfureux. Kaufman filme la pièce à succès de Doug Wright (aussi scénario) aux studios de Pinewood et dans l’Oxfordshire anglais (Royal Naval College de Greenwich, Mentmore Towers, Oxford), et, pour les extérieurs de l’asile de Charenton, au manoir de Luton Hoo (Bedforshire). À déconseiller aux adorateurs du prétendu « divin marquis ».