I - LA FRANCE

7. LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1789 à 1795)

7.2. Danton et Robespierre

Maximilien de Robespierre (1758-1794), avocat et homme politique controversé, figure de proue des Jacobins surnommé "l'Incorruptible". Il entre en été 1793 au Comité de salut public (le pouvoir exécutif de la Convention) où il participe à l'instauration d'un gouvernement révolutionnaire et de la Grande Terreur qui autorise les arrestations arbitraires et les condamnations à mort automatiques. Georges Jacques Danton (1759-1794), avocat et conventionnel au tempérament impétueux et au talent oratoire prodigieux, s'attire l'hostilité des Jacobins pour son indulgence et sa politique de modération. Le Comité sous la coupe de Robespierre le condamne à mort. Il est exécuté le 5 avril 1794, à 34 ans. Quatre mois plus tard, attaqué au sein de la Convention, Robespierre finit à son tour guillotiné avec 21 de ses partisans (dont l'intransigeant Louis Antoine de Saint-Just, "l'archange de la Terreur").
Le tribunal de la Terreur : Marat (Antonin Artaud), Danton (Koubitzky) et Robespierre (Daniel Burret)
vus par Abel Gance (« Napoléon », 1927).
1897Mort de Robespierre (FR) de Georges Hatot 
Etablissements Frères Lumière, catalogue no. 748, 15 m. – Le gendarme Merda, venu arrêter Robespierre, fracasse sa mâchoire d’un coup de pistolet.
1908La Fin de Robespierre (FR) de Georges Denola. ( ?)
1909La fine del Terrore (La morte di Robespierre) (IT)
Itala Film, Torino, 200 m. – Devenu capitaine de la République, le fils adoptif du vieux marquis Turin assiste à l’arrestation de son plus jeune frère ; il prend sa place sur l’échafaud, mais la mort de Robespierre lui sauve la vie.
1912La Fin de Robespierre (Episode de la Révolution – 9 Thermidor An II) / La Dernière Charrette (FR) d’Albert Capellani 
SCAGL-Série d’Art-Pathé Frères, 425 m. – av. Georges Saillard (Maximilien de Robespierre), Marie Ventura (Thérésa Cabarrus/Madame Tallien), Jacques Grétillat (Jean-Lambert Tallien), Georges Dorival (Collot d’Herbois), Charles de Rochefort (Louis de Saint-Just), Thalès (Couthon). – Le complot de Thermidor et l’arrestation de Robespierre sauvent la tête de Madame Tallien.
1913Danton (FR) d’Henri Pouctal 
Film d’Art. – av. Louise Lara.
1913Robespierre (US) de Herbert Brenon 
Julius Stern/Independent Motion Pictures-Carl Laemmle, 3 bob. – av. William E. Shay (Robespierre), Robert V. Ferguson, William Welsh.
1921*Danton (Sous la Terreur) (DE) de Dimitri Buchowetzki 
Wörner-Film Berlin, 7 actes/1979 m. – av. Emil Jannings (Georges Danton), Werner Krauss (Maximilien de Robespierre), Charlotte Ander (Lucile Desmoulins), Josef Runitsch (Camille Desmoulins), Friedrich Kühne (Fouquier-Tinville), Robert Scholz (Louis de Saint-Just), Eduard von Winterstein (gén. Westermann), Ferdinand von Alten (Hérault-Séchelles), Hugo Döblin (Henriot), Maly Delschaft (Julie Danton).
Malgré diverses tentatives de réconciliation organisées par des amis communs, Danton et Robespierre s’entre-déchirent. Redoutant le grand talent de tribun de son adversaire, adulé des foules, Robespierre s’achète les voix du peuple en faisant croire à la distribution gratuite de pain aux démunis ; la salle et les rues se vident, et Danton se retrouve seul face à ses ennemis qui le condamnent à mort. – Un film porté par Jannings et Krauss, qui dépeint avec un égal mépris les chefs de la Révolution comme les masses crédules s’agitant à leurs pieds (scénario original de Buchowetzki et Carl Mayer). Russe blanc émigré en 1919, Buchowetzki n’a que faire des Jacobins, de l’exactitude historique ou du naturalisme de l’école allemande ; il cherche en priorité à traduire visuellement les antagonismes psychologiques, quitte à placer ses comédiens désarçonnés devant des pans de décors nus, enrobés de jeux de lumière. Tournage aux ateliers Jofa à Berlin-Johannisthal.
1930/31*Danton (DE) de Hans Behrendt 
Arnold Pressburger/Allianz-Tonfilm, 92 min. – av. Fritz Kortner (Georges Danton), Lucie Mannheim (Louise Gély), Gustaf Gründgens (Maximilien de Robespierre), Alexander Granach (Marat), Gustav von Wangenheim (Camille Desmoulins), Werner Schott (Louis de Saint-Just), Ernst Stahl-Nachbaur (Louis XVI), Walter Werner (Malesherbes, son avocat), Georg John (Fouquier-Tinville), Georg Heinrich Schnell (duc de Cobourg).
En 1792, Marat et Danton votent la mort du roi. L’exécution pousse les monarchies européennes à déclarer la guerre à la France, ce qui à son tour provoque une radicalisation de la politique intérieure dans l’Hexagone. Les prisons sont pleines, le « rasoir national » fonctionne sans trêve. Réalisant que les Montagnards cherchent plus la dictature que la révolution, Danton se distancie de ces excès, s’éprend de la royaliste Louise Gély et l’épouse. Robespierre prend ce mariage « impie » pour prétexte à écarter Danton, qui, malgré un discours enflammé à la Convention, ne parvient pas à sauver sa tête.
Un film prémonitoire. Les performances stupéfiantes de Kortner et Gründgens font oublier l’inévitable théâtralité du duel oratoire ; la mise en chantier d’un pareil sujet, dénonçant les méfaits de la démagogie et des discours de haine en Allemagne pré-hitlérienne, à deux ans de la prise de pouvoir par les nazis, n’est pas innocente (Hitler, comme Robespierre, est avare de plaisirs), même si, dans l’optique bourgeoise-libérale, le film reconnaît la nécessité des révolutionnaires à se défendre contre l’ennemi intérieur. C’est plutôt la nature « démocratique » ou non de la Révolution qui est au centre des débats entre radicaux et libertaires. Des acteurs juifs et non-juifs s'affrontent sur la tribune. Arnold Pressburger s’exilera en Grande-Bretagne où il produira l'antirévolutionnaire « Return of the Scarlet Pimpernel  (Le Retour du Mouron Rouge)» en 1937 (cf. 7.12). Tourné aux ateliers Ufa à Neubabelsberg .
1932*Danton (FR) d’André Roubaud 
Prod. Pierre Guerlais, 100 min. – av. Jacques Grétillat (Georges Danton), Andrée Ducret (Gabrielle Danton), Marguerite Weitenberger (Louise Danton), André Fouché (Camille Desmoulins), Simone Rouvère (Lucile Desmoulins), Jacques Dumesnil (Fabre d’Eglantine), Thomy Bourdelle (gén. Westermann), Octave Berthier (Père Charpentier), Jean Guéras (Fouquier-Tinville).
À travers le procès de Danton, le scénariste, dialoguiste et producteur Pierre Guerlais démontre comment la diffamation, la gestuelle théâtrale et l’emphase permettent aux politiciens sans scrupules de se disputer la connivence du peuple. Une approche courageuse qui divise la critique partisane. L’unique réalisation (plutôt habile) de Roubaud, compositeur, chef d’orchestre et auteur de plusieurs musiques de films. Tourné aux studios Tobis à Epinay-sur-Seine.
1959(tv) Danton’s Death (GB) de Michael Elliott 
« BBC Television World Theatre » (BBC1 19.5.59), 95 min. – av. Patrick Wymark (Georges Danton), James Maxwell (Camille Desmoulins), Avril Elgar (Lucile Desmoulins), Donald Bradley (Philippeau), Fulton MacKay (Lacroix), John Turner (Hérault-Séchelles), Colin Jeavons (Louis de Saint-Just), Harold Lang (Maximilien Robespierre), Marc Sheldon (Fouquier-Tinville), Pater Sallis (Barère). – Le drame de Georg Büchner (« Dantons Tod », 1835), traduit et adapté par James Maxwell.
1963(tv) Dantons Tod (DE) de Fritz Umgelter
(ARD 17.3.63), 180 min. – av. Wolfgang Reichmann (Georges Danton), Wolfgang Büttner (Maximilien de Robespierre), Wolfgang Kieling, Karl Walter Diess, Krista Kaller, Alexander Golling. – Le drame de Georg Büchner (1835).
1964*(tv) La Terreur et la Vertu – 1. Danton – 2. Robespierre (FR) de Stellio Lorenzi 
série « La caméra explore le temps » no. 43-44, Alain Decaux, André Castelot, Stellio Lorenzi/ORTF (1e Ch. 10.+17.10.64), 118 + 106 min. – av. Jacques Ferrière (Georges Danton), Jean Negroni (Maximilien de Robespierre), Denis Manuel (Saint-Just), François Maistre (Hébert), Roger Crouzet (Camille Desmoulins), Alain Nobis (Fabre d’Eglantine), André Thorent (Barère de Vieuzac), William Sabatier (Collot d’Herbois), Etienne Bierry (Billaud-Varenne), Roland Menard (Couthon), Jean Lanier (Fouquier-Tinville), Hervé Gatineau (Antoine Danton), Jacques Mignot (Carnot), Claude Leblond (Auguste Robespierre), Cécile Vassort (Louise Danton), Rolande Cabanis (Lucile Desmoulins), Jacques Bretonnière (Philippeaux), Francis Lax (Chaumette).
De mars 1793 à juillet 1794, l’affrontement tragique entre Danton et Robespierre, l’un partisan de l’apaisement révolutionnaire, l’autre favorable à la fermeté du gouvernement. Un tour de force technique et artistique, mais aussi un modèle de divertissement et de pédagogie historiques, enregistré en noir et blanc au studios des Buttes-Chaumont. Trop politique pour le gaullisme, cet épisode de la légendaire émission « La Caméra explore le temps » scelle la fin de la série. Alain Decaux, le scénariste, et Stellio Lorenzi sont de fervents robespierristes qui tracent le portrait d'un Robespierre idéaliste, un saint laïque et athée, réhabilitant en quelque sorte l'Incorruptible, alors que Danton est corrompu et recherche la paix avec l'ennemi à tout prix. Les dernières images montrent Robespierre condamné à la guillotine à son tour, allongé, muet car blessé à la mâchoire (il a tenté de se suicider), tandis que Saint-Just à ses côtés lui montre la *Déclaration des droits de l'homme" au mur, en disant "Voilà pourtant notre ouvrage..."
Dans le postface, André Castelot défend Danton contre son ennemi, bourreau fanatique et rêveur mortifère, que Decaux cherche à innocenter. Stellio Lorenzi est membre du parti communiste et initiateur du syndicat CGT des réalisateurs de télévision. C'est l'homme à abattre, et le général de Gaulle exige sa tête. La diffusion de cette émission consacrée à la Terreur sert de prétexte, mais Decaux et Castelot refusent publiquement de poursuivre leur travail sans leur compère. Quoique immensément populaire, la série est définitivement arrêtée en 1966.
1970(tv) Danton (GB) de John Howard Davies 
série « Biography » (BBC 21.10.70), 86 min. – av. Anthony Hopkins (Georges Danton), Alan Dobie (Maximilien de Robespierre), Tenniel Evans (gén. Westermann), Terry Scully (Fabre d’Eglantine), John Quentin (Hérault de Séchelles), Mark Jones (Camille Desmoulins), David Andrews (Louis de Saint-Just).
1970(tv) La mort de Danton (FR) de Claude Barma
(TF1 1.6.70). – av. Georges Wilson (Georges Danton), Michel Le Royer (Camille Desmoulins), Edith Scob (Lucile Desmoulins), Denis Manuel (Louis de Saint-Just), Alain Mottet (Maximilien Robespierre), André Haber (Callot d’Herbois), Anne Doat (Julie Danton), Jean-François Remi (Hérault de Sechelles), Bernard Salvage (Fouquier-Tinville), Guy St. Jean (Barrère). – Le drame de Georg Büchner (1835).
1972(tv) La morte di Danton (IT) de Mario Missiroli
(RAI-2 15.9.72), 130 min. – av. Gastone Moschin (Georges Danton), Mariano Rigillo (Maximilien de Robespierre), Andrea Giordana (Louis de Saint-Just), Massimo Foschi (Camille Desmoulins), Micaela Esdra (Julie Danton). – Le drame de Georg Büchner (1835).
1977(tv) Dantons Tod (DE-RDA) de Fritz Bornemann
(DDR1 27.3.77), 140 min. – av. Friedo Solter (Georges Danton), Jürgen Hentsch (Maximilien de Robespierre), Barbara Schnitzler (Lucile Desmoulins), Carl-Hermann Risse (Legrende), Uwe Kokisch (Camille Desmoulins), Winfried Wagner (Lacroix), Volkmar Kleinert (Hérault Séchelles), Joachim Siebenschuh (Philippeau), Henry Hübchen (Saint Just), Walfriede Schmidt (Julie), Ursula Werner (Marion). – Le drame de Georg Büchner (1835).
1978(tv) Danton’s Death (GB) d’Alan Clarke 
« Play of the Month », David Jones-BBCtv (BBC1 23.4.78), 95 min. – av. Norman Rodway (Georges Danton), Ian Richardson (Maximilien de Robespierre), Katherine Fahy (Julie Danton), Anthony Higgins (Camille Desmoulins), Michael Pennington (Louis de Saint-Just), John Woodnutt (Fouquier-Tinville), Shane Briant (Hérault-Séchelles). – Le drame de Georg Büchner (1835).
1979® (tv) Joséphine ou la comédie des ambitions (FR) de Robert Mazoyer. – av. Jean-Paul Farré (Maximilien Robespierre), cf. XIXe s. : Napoléon.
1981(tv) Dantons Tod (DE) de Rudolf Noelte
– av. Götz George (Georges Danton), Heribert Sasso (Maximilien de Robespierre), Christian Quadflieg (Camille Desmoulins), Birgit Doll (Lucile Desmoulins), Mathieu Carrière (Louis de Saint-Just), Senta Berger, Will Quadflieg, Regina Lemnitz. – Le drame de Georg Büchner (1835).
Danton (Gérard Depardieu) est arrêté sur ordre de Robespierre (« Danton » d’Andrzej Wajda, 1984).
1982/83***Danton (FR/PL) d’Andrzej Wajda 
Margaret Ménégoz, Emmanuel Schlumberger/Gaumont (Toscan du Plantier)-Films du Losange-SFPC-TF1 Films-Groupe X (Varsovie)-Films Polski, 136 min. – av. Gérard Depardieu (Georges Danton), Angela Winkler (Lucile Desmoulins), Wojciech Pszoniak (Maximilien de Robespierre), Patrice Chéreau (Camille Desmoulins), Boguslaw Linda (Louis de Saint-Just), Andrzej Seweryn (Bourdon), Roger Planchon (Fouquier-Tinville), Jacques Villeret (gén. François-Joseph Westermann), Anna Alvaro (Eléonore Duplay), Lucien Melki (Fabre), Serge Merlin (Philippeau), Emmanuelle Debever (Louison Danton), Franciszek Starowieyski (David), Erwin Nowiaszek (Collot d'Herbois), Gérard Hardy (Tallien), Leonard Pietraszak (Carnot).
Printemps 1794. La Révolution s’éternise, les frontières sont menacées, la République n’en est plus une ; Lyon tombe aux mains des royalistes, Toulon est occupé par les Anglais. Généreux, jovial, charismatique et rugissant, Danton sort de sa retraite pour défendre les libertés, alors que la machine étatique s’emballe, que la population a faim et que Robespierre, sur le point de s'autoproclamer dictateur, fait museler la presse et rouler les têtes. Lors d'un tête à tête dramatique, Danton, confiant en sa propre éloquence et le soutien des banquiers, refuse de se rallier à Robespierre et à son Comité de salut public: il préfère, dit-il, "être guillotiné que guillotineur." Il compte sur l'appui de la rue pour mettre fin à la Terreur. Mais la Révolution déchaînée, hors de contrôle, dévore ses propres enfants; le huis-clos consomme la rupture des deux leaders. S'ensuit une parodie de procès. Avant de périr, Danton avertit l'Incorruptible: le premier d'entre eux qui tombera entraînera l'autre, et la Révolution avec lui...
A l'origine, le film doit être réalisé entièrement en Pologne, le vieux Paris reconstitué à Cracovie. La pièce de Stanislawa Przybyszewska (L’Affaire Danton, 1929) qui sert de point de départ, est subvertie de fond en comble, car l’auteure polonaise admirait inconditionnellement et justifiait Robespierre, suivant en cela l'historiographie marxiste du début du XXe siècle; le "bon" Danton y était enrichi et corrompu (ce qu'il était effectivement), et son adversaire (qui n'était pas aussi avide de sang) carrément sanctifié dans son idéalisme dictatorial. Jean-Claude Carrière, le scénariste, essaye, lui, de ne pas prendre parti et de donner vie aux personnages. Mais lorsque survient le coup d’État de Jaruzelski à Varsovie (qui évite l'invasion des blindés soviétiques), en décembre 1981, l’optique change. Dorénavant, le film ne peut être tourné qu'en France et le scénario subit de nouvelles modifications. Aux yeux de Wajda, Danton représente désormais le monde occidental (ou Lech Walesa et Solidarnosc), et Robespierre incarne le totalitarisme communiste en Europe de l’Est : le cabotin puissant de Depardieu contre le névrosé glacial et raide de Pszoniak, un « charlatan poudré ». L’homme de bonne volonté contre la bureaucratie, l’homme de la rue contre l’intellectuel bourgeois fanatique qui guillotine en son nom. Wajda dénonce avec force les procès politiques (celui-ci est un des premiers de l'histoire moderne), la falsification de l’Histoire, le terrorisme d'État et la prétention des deux adversaires qui s'imaginent incarner à eux seuls la cause du peuple ou de la Nation. Cet antagonisme tragique, admirablement servi par d'immenses comédiens, ne va pas sans simplifications: le général Westermann, une des victimes "innocentes" du complot, est par exemple resté célèbre pour les atrocités sans nom qu'il commit lors des guerres de Vendée. Danton lui-même est apostrophé peu avant son exécution par un spectateur qui se réjouit de voir enfin périr celui qui a créé le Tribunal révolutionnaire. Danton est sûr de lui, mais face à ses juges désemparés, il finit par perdre son arme la plus redoutable: sa voix, qui s'enroue; la tribune ne l'entend plus. Juges et greffiers refusent de prendre des notes lors de sa défense: il est condamné d'avance. A la fin, Wajda montre Robespierre malade de ses actes, lucide, prostré, le visage caché sous les draps de son lit, se demandant si la Révolution n'a pas fait fausse route, si la démocratie, le "pouvoir légitime" du peuple ne sont pas des illusions qui les poussent à s'entretuer. Par crainte des tyrans, les révolutionnaires sont devenus tyrans eux-mêmes...
Le peintre David, qui apparaît dans quelques scènes, est responsable de l'imagerie révolutionnaire et le grand décorateur de la pompeuse Fête de l'Être Suprême. Il traduit l'idéologie du pouvoir en artiste engagé, caviardant si nécessaire ses tableaux en effaçant les personnalités "non grata" (ici, Fabre d'Églantine): en quelque sorte, il marque le début du réalisme soviétique. Dans la scène finale, un enfant récite d'une voix monocorde les textes législatifs qu'on lui a fait apprendre par coeur: c'est l'embrigadement de la jeunesse, une vision pessimiste de la création du nouvel homme révolutionnaire qui clôt le récit. Le film, dont les préparatifs ont pris quatre ans, ne se faisait pas sans Depardieu (qui avait tenu le rôle-titre dans la pièce de Przybyszewska à Paris), mais Wajda souhaitait un casting à 50% polonais, et ses conseillers historiques sont également des compatriotes : Stefan Meller, ancien ambassadeur de Pologne à Paris, et le professeur Jan Baszkiewicz, les deux auteurs de La Révolution française (1983). Son œuvre est presque unanimement acclamée dans l’Hexagone où elle attire 1,39 millions de spectateurs. Commandée à l'origine par la République Française sous la présidence socialiste de François Mitterrand, le film embarrasse toutefois une partie du gouvernement (notamment Jack Lang, ministre de la culture), furieuse de voir les événements historiques de la nation présentés sous une lumière aussi "caricaturale". Tournage aux châteaux de Guermantes et Jossigny (Seine-et-Marne), de Maisons (Yvelines), de Versailles (porte St. Antoine), à Senlis (Oise) et à Paris, devant le Palais de Justice, à la Cour du Commerce St. André et à la Conciergerie (tribunal). Prix Louis Delluc 1982 et César du meilleur réalisateur (Wajda) en 1983 (nominations pour Depardieu, meilleur film, meilleur son, meilleur scénario). BAFTA Award (meilleur film étranger), London Critics Circle Film Awards 1984 (Wajda).
1987® (tv) Napoleon and Josephine (US) de Richard T. Heffron. – av. Marc de Jonge (Maximilien de Robespierre).
1989(tv) Robespierre (FR/BE) d’Hervé Pernot
100 min. – av. Christophe Allwright (Maximilien de Robespierre). – Docu-fiction : un portrait attachant (sic) et émouvant de « l’Incorruptible ».
1990(tv) La mort de Danton (FR) de Klaus Grüber (th), Guy Seligmann (tv)
(La7 9.6.90). – av. André Marcon (Georges Danton), Myriam Boyer, André Wilms, Dominique Reymond, Cécilia Hornus, Pascal Bangard. – La pièce de Georg Büchner (1835).
1990(tv) A morte de Danton (PO) Radiotelevisão Portuguesa
(RTP). – av. Carlos Freixo, Marcantonio Del Carlo, Manuel João Borges, António Marques. – Filmé au Teatro Experimental de Cascais, Lisbonne.
1994(tv) Hope in the Year Two (GB) de Bill Bryden 
« Screen Two » (BBC2 11.5.94). – av. Jack Shepherd (Georges Danton), Tom Bowles, Sophie Linfield.
1999Δ Sofies verden (NO) d’Erik Gustavson. – av. Christian Skolmen (Maximilien de Robespierre).