I - LA FRANCE

7. LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1789 à 1795)

Les exactions des armées de la République poussent les Vendéens à la révolte (« Vent de Galerne 1793 », 1988).

7.14. Les Chouans et les guerres de Vendée

La « Chouannerie », mouvement insurrectionnel anti-révolutionnaire, éclate dans l’ouest de la France en mars 1793 (Maine, Anjou, Touraine, Normandie et Bretagne), déclenché par le refus de la conscription et dégénère en guerre civile entre « bleus » (républicains) et « blancs » après avoir débuté comme une jacquerie paysanne classique. Le sac des églises, la réforme autoritaire du clergé et la levée en masse sont l’étincelle qui provoquent l’explosion d’un mécontentement plus ancien (paupérisme, clivage social entre urbains et ruraux, dirigisme rigide et nouvelles inégalités instaurées par la Révolution, etc.). Les chefs, Jean Cottereau (dit Jean Chouan) et Georges Cadoudal, mènent sur la rive droite de la Loire une impitoyable guerre de guérilla.
Les Chouans se rallient un temps aux Vendéens, armée catholique et royaliste active sur la rive gauche de la Loire, au sud ; une armée encadrée, organisée, qui sera défaite par les troupes républicaines à la bataille de Cholet en 1793. Sur ordre de Robespierre, Saint-Just, Lazare Carnot, Bertrand Barère de Vieuzac (« le poète de la guillotine ») et Jean-Baptiste Carrier, la « Vendée militaire » subit alors un véritable génocide, conçu, organisé et planifié par le Comité de salut public, et comprenant aussi le massacre systématique de femmes et d’enfants en bas âge (le terme de "génocide" est contesté par la gauche universitaire). Des « colonnes infernales » appliquent la politique de la terre brûlée, exterminant de 20 à 50’000 civils vendéens. En décembre 1793, le général Westermann peut annoncer : « Il n’y a plus de Vendée, elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes et ses enfants. » De nouvelles insurrections, de moindre envergure, sont réprimées en 1795 et 1796 (deuxième guerre de Vendée).
Vaincus militairement, les Royalistes tentent vainement de prendre le pouvoir par les élections en avril 1797, mais le coup d’État de Barras en septembre, soutenu par l’armée que commandent Hoche et Augereau en ont annulé les effets positifs (suppression des lois contre les émigrés et les prêtres réfractaires). En 1799, les défaites militaires de la République conduisent à de nouvelles levées d’hommes et au vote de la lois des otages, mesures incitant les chefs chouans à relancer l’insurrection (octobre). Ils subissent plusieurs échecs. Cette troisième guerre de Vendée s’interrompt lors du coup d’État du 18 brumaire. Premier consul, Napoléon proclame la liberté religieuse et détache 30’000 hommes des frontières pour être envoyées sur place. Face à de telles forces, les chefs vendéens signent la paix le 18 janvier 1800.
Pour les films sur Georges Cadoudal, cf. XIXe : Napoléon, Consulat.
1900® Les Compagnons de Jéhu (FR). – cf. Directoire (8.9).
1909® Una congiura sotto Napoleone (FR) Latium Film, 415 m. – Allliés aux Chouans, des royalistes complotent contre Bonaparte en 1799 (d’apr. « Les Compagnons de Jéhu » d’Alexandre Dumas), cf. Directoire (8.9).
1909L’insorto della Vandea (L’Insurgé de la Vendée) (IT) de Mario Caserini
Cinès (Roma), 204 m. – av. Mario Caserini (comte de Cadran), Ubaldo Del Colle.
Chef vendéen en fuite, le comte de Vadrau trouve refuge chez un marin. Un indicateur le trahit aux « Bleus », il est capturé et tué. La fille du marin exécute le délateur.
1909L’Épi (FR) d’Henri Lavedan 
Film d’Art-Pathé Frères no. 3120, 125 m. – av. Henry Krauss, Jean Dax, Suzanne Demay, Claudia.
Un Vendéen traqué cherche refuge dans les caves d’un des siens, mais un épi resté coincé révèle sa cachette aux « Bleus ». La maisonnée est passée par les armes.
1909Il piccolo vandeano (Episodio della guerra fra i bianchi e gli azzurri nella rivoluzione francese del 1789) (Le Petit Vendéen) (IT) de Luigi Maggi (?) 
Ambrosio, Torino, 215 m. – av. Eugenia Torrielli, Luigi Maggi, Oreste Grandi, Serafino Vité, Mario Voller Buzzi. –
Un jeune garçon dont les parents ont été tués sous ses yeux par les « Bleus » espionne pour les Chouans et finit fusillé.
1909Vandea (Rivoluzione Francese) (IT)
Unitas, Torino, 165 m. – Un prêtre refusant de révéler où se cachent des Vendéens armés est roué de coups par les soldats républicains.
1909La Vendéenne (FR) de Gérard Bourgeois 
Lux, 229 m.. – av. Jeanne-Marie Laurent, Volbert, Mme Jourdan, Court. – Le courage d’une Vendéenne face aux « Bleus ».
1909Face à face (épisode de la guerre de Vendée) (FR) de Victorin Jasset 
Société Française des Films Eclair, 188 m. – av. Henri Volbert, Gilbert Dalleu.
Le fils d’un insurgé vendéen engagé dans l’armée républicaine se retrouve face à son père qui le condamne à mort.
1909Bara, le petit tambour de la République (FR) de Gérard Bourgeois 
Lux Film, 173 m. – Le courage du petit Joseph Bara, tué par les Vendéens pour avoir refusé de crier « Vive le roi ! ».
1910Soldat et Marquise (FR) de Camille de Morlhon
Pathé, 260 m. - Le marquis de Brenières utilise sa fille habillée en paysanne pour porter des messages. Elle est suivie par un soldat de la République qui est blessé par deux chouans. Elle soigne le militaire. Les Vendéens sont défaits sur le champ de bataille. Le marquis peut s'échapper et se terre. Le soldat le déniche, mais lorsqu'il apprend qu'il s'agit du père de celle qui l'a soigné, il consent à le laisser s'enfuir, tout en refusant de serrer la main de la jeune marquise.
1910Martyre d’amour (Episode de la guerre de Vendée) (FR)
Société Française des Films Eclair, 190 m. – Déchirée entre l’amour de son fiancé républicain et celui de son père vendéen, une jeune fille se suicide.
1910Au temps de la Chouannerie (FR) de Louis Feuillade 
Gaumont, 287 m. – av. Renée Carl, Georges Wague, Léonce Perret, Edmond Bréon, Alice Tissot, Maurice Vinot.
1910Il danaro di Giuda (Vandea 1793) (Le denier de Judas) (IT) de Luigi Maggi 
Ambrosio, 252 m. – av. Giuseppe Gray (Alain), Luigi Maggi (Kergoël, son père), Alberto Capozzi (marquis de Contras), Norma Rasero.
Appâté par l’argent, le fils du chef chouan Kergoël révèle aux « Bleus » la cachette d’un marquis et son père l’exécute sur la place du village.
1911Cadoudal (FR) de Gérard Bourgeois 
Pathé Frères-Zecca. – av. Rolla Norman, Alexandre, Cécile Guyon, Jean Worms, Andrée Pascal, Jean Dax, Jean Kemm. [?]
1911Il marchese di Lantenac (IT)
S. A. Ambrosio, Torino, 151 m. – D’après le roman « Quatre-vingt treize » de Victor Hugo (cf. film de 1914).
1912Pour son seigneur (FR)
SCAGL-Pathé Frères, 270 m. – av. Henri Bonvallet (marquis de Saint-Gilles), Marguerite Pierry (Anne-Marie), Jean d’Yd (son père).
Saint-Gilles est sauvé des « Bleus » par Anne-Marie, la fille de son garde ; plus tard, le marquis revient au pays, récupère son domaine et épouse sa bienfaitrice.
1914L’emigrato della Vandea (IT)
Cines, Roma. [?]
1914Un Chouan (FR) de Pierre Bressol 
Le Film d’Art, 600 m. – av. Yvonne Harnold (Yvonne Duboys), Marcel Talmont (Kérouan), Richard (col. Duboys), Berry (Jean Kérouan).
En 1796, un royaliste désargenté vend son château à un colonel républicain, leurs enfants respectifs s’aiment, mais l’insurrection de Cadoudal en 1799 leur est fatale.
1914 [sortie : 1921]*Quatre-vingt-treize / 93 (FR) d’Albert Capellani [achevé par André Antoine] 
SCAGL-Pathé Frères (2 parties), 3408 m./170 min. – av. Henry Krauss (Cimourdain), Paul Capellani (vicomte Gauvain), Philippe Garnier (marquis de Lantenac), Georges Dorival (sgt. Radoub), Maurice Schutz (Grandcoeur), Charlotte Barbier-Krauss (la Flécharde), Maximilien Charlier (l’Imânus), Jean Liezer, Lucien Walter.
En Bretagne, le prêtre Cimourdain élève Gauvain, neveu du marquis de Lantenac, selon les idées de Rousseau. En 1793 à Paris, Cimourdain devient un impitoyable commissaire de la République et avec Gauvain, officier des « Bleus », il retourne en Bretagne traquer le vieux marquis qui a organisé la révolte des « Blancs ». Après de lourdes pertes, l’armée républicaine reprend la ville de Dol tenue par les royalistes. Ayant espéré en vain l’arrivée des renforts anglais promis par le duc d’Artois, les Chouans se replient en bande dans les forêts et se barricadent dans le château de Tourgues, demeure ancestrale des Lantenac, mais l’adversaire est supérieur en nombre. Tandis que les flammes anéantissent les lieux, la Flécharde, veuve d’un braconnier, retrouve ses trois enfants enlevés jadis par les insurgés. Lantenac est capturé et condamné à mort. Pris dans un conflit de loyauté, Gauvain le laisse s’échapper et se sacrifie à la guillotine. Auparavant, il explique à Cimourdain, défenseur incorruptible de la justice, qu’il faut aussi tenir compte des hommes. Désespéré, ce dernier applique la loi, fait exécuter son « fils spirituel », puis se suicide devant ses soldats.
Tiré de l’ultime roman de Victor Hugo (1874) qu’adapte le jeune romancier Alexandre Arnoux, le film est commencé en juillet 1914 dans les studios Pathé de Vincennes et en extérieurs dans les villages des Côtes du Nord, les landes bretonnes de l’Ille-et-Vilaine, la région de Fougères et une carrière de Maisons-Alfort où l’on reconstitue l’assaut et l’incendie du château de la Tourgue avec plusieurs centaines de figurants. Le tournage est interrompu par la mobilisation en août 1914, et la censure militaire interdit l’exploitation du film jusqu’à la fin de la guerre, sous prétexte de préserver la paix sociale. Capellani étant entre-temps parti pour les États-Unis, c’est Antoine qui l’achève en 1921 (le retour du marquis dans la baie de Mont-Saint-Michel, des scènes à Camaret-sur-Mer et le montage final). Le style naturaliste d’Antoine cultivant les plans longs et la profondeur de champs se marie sans heurts avec les images d’avant-guerre de Capellani (quelques décors peints sur toile mis à part) pour restituer ces épisodes sanglants de la guerre civile dans toute leur ampleur, leur brutalité et leur sauvagerie. La construction dramatique très habile, les portraits psychologiques marquants (intransigeance bornée et grandeur du réactionnaire d’un côté, inflexibilité fanatique et en fin de compte pathétique du prêtre défroqué de l’autre), le jeu nuancé, l’authenticité frappante des accessoires et costumes, enfin l’utilisation magistrale des lieux naturels font de cette fresque récemment restaurée une œuvre majeure des débuts de la cinématographique française. À ce jour, il n’y a pas d’autre film tiré du roman de Hugo, jugé politiquement trop brûlant.
Nota bene : à signaler en juin 1933 un projet inabouti de Victor Trivas, *« Quatre-vingt-treize (93) » pour Films Romain Pinès-S.I.C.). En mars 1961, Denys de la Patellière annonce *« 93 », autre projet demeuré sans suite, adapté par Maurice Druon avec des dialogues de Michel Audiard (Intermondia Films-Filmsonor).
1921Una notte senza domani (Un Chouan) (IT) de Gianni Bistolfi 
Cines, 1728 m. – av. Nini Direlli (Flora de Verneuil), Nerio Bernardi (marquis André de Montauran), Nella Serravezza.
Episode de la troisième révolte vendéenne de 1799 : chef des insurgés, Montauran s’éprend de l’espionne chargée par Fouché de le livrer aux Jacobins. D’après « Les Chouans » de Balzac (cf. film de 1947).
1925*Jean Chouan (FR) de Luitz-Morat [=Maurice Radiguet] 
Société des Cinéromans (Louis Nalpas), 8 chapitres de 1000 m./410 min. – av. René Navarre (Maxime Ardouin), Maurice Schutz (Jean Cottereau dit Jean Chouan), Maurice Lagrenée (Jacques Cottereau), Claude Merelle (Maryse Fleurus), Anne Lefeuvrier (Victoire Lefranc), Albert Decoeur (Lefranc), Daniel Mendaille (Marceau), Elmire Vautier (marquise de Thorigné), Thomy Bourdelle (gén. Jean-Baptiste Kléber), René Vignières (Saint-Just), Jean Debucourt (Robespierre), Jean-Paul de Baëre (Nicolas Lefranc), Marthe Chaumont (Marie-Claire Ardouin).
La fresque de Luitz-Morat relate avec un souffle très romanesque (jeux de lumière quasi expressionnistes, chouans qui se fondent dans le paysages et surgissent comme des diables de leur boîte, batailles enfumées magnifiquement réglées) les amours impossibles entre le fils de l'insurgé royaliste et la fille d'un délégué aux armées, mandaté en Vendée par le Comité de Salut Public. Cottereau, fils de Jean Chouan, vieux Vendéen royaliste, aime Marie-Claire, fille de Maxime Ardouin, délégué aux armées de la République. Aux bout d’innombrables péripéties, les adversaires Chouan et Ardouin périssent au combat, la courtisane malfaisante Maryse Fleurus disparaît dans les sables mouvants et les tourtereaux se marient. Ensemble, ils luttent contre l’envahisseur autrichien (scénario d’Arthur Bernède).
L’insurrection royaliste contre-révolutionnaire fut menée par les frères Cottereau, dont le plus connu fut effectivement surnommé Jean Chouan (1757-1794). Dans le film, conservateurs et progressistes s’unissent face à l’ennemi venu de l’Est, un appel à la solidarité nationale qui s’impose tout naturellement après la Grande Guerre. Tournage aux studios d’Epinay-sur-Seine, à Vincennes et en Vendée, en particulier sur l’île de Noirmoutier et à Nantes (château de la Duchesse Anne).
Episodes : 1. « La Patrie en danger » – 2. « La Bataille des cœurs » – 3. « Sur le pont de Pyrmil » – 4. « L’Otage » – 5. « La Citoyenne Maryse Fleurus » – 6. « Le Comité de Salut Public » – 7. « La Grotte aux fées » – 8. « Les Soldats de France ».
1947*Les Chouans / Le Courrier du roi (FR) d’Henri Calef 
Productions Georges Legrand, 99 min. – av. Jean Marais (marquis André de Montauran), Madeleine Lebeau (Marie de Verneuil), Madeleine Robinson (Mme du Gua), Marcel Herrand (Corentin, espion de Fouché), Pierre Dux (cdt. Hulot), Louis Seigner (abbé Gudin), Jacques Charon (lieut. Merle), Guy Favières (Galope Chopine), Georges Paulais (marquis de Guenic), Jean Brochard (Marche-à-Terre).
En 1799, le marquis de Montauran débarque en terre chouanne pour tenter un troisième soulèvement, mais à l’exception de l’amazone fanatique Madame du Gua et de l’abbé Gudin, il ne rencontre que scepticisme. Il s’éprend de Marie de Verneuil, une espionne républicaine, et cherche un compromis ; le couple est exécuté par les Chouans en déroute, persuadés de leur trahison.
D’après le dernier roman de jeunesse d’Honoré de Balzac (« Scènes de la vie militaire », 1829) – et le premier de la « Comédie humaine ». Nostalgique de l’Ancien Régime et hostile à Louis-Philippe, l’écrivain apporta à son texte, en 1834 et en 1844, plusieurs modifications dans un sens royaliste et légitimiste. En 1799, la République est tombée aux mains d’arrivistes. Le Premier consul Bonaparte guerroie, il a besoin de soldats et la conscription obligatoire est une des causes du soulèvement ; la politique n’est plus faite par le peuple de 89, mais par des politiciens retors exécutant les plans secrets d’hommes d’État (pour lesquels Balzac ne cache d’ailleurs pas son admiration). Les Chouans du roman n’ont pas pour autant le beau rôle : ils y sont d’un aspect bestial, d’une mentalité primitive, dirigés par des aristocrates ambitieux et des curés démagogues. C’est dire la difficulté à porter pareil texte à l’écran, et, embourbé dans la complexité tant émotionnelle qu’idéologique du récit, le film de Calef est souvent théâtral, maladroit et ampoulé, malgré de fort belles images (signées Claude Renoir), des costumes créés avec soin et une interprétation de qualité, car Jean Marais fait un Montauran très aristocratique et Madeleine Robinson est fort crédible dans toute son ambigüité. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, après la chute du régime de Vichy, le film joue la carte de la réconciliation nationale. Selon le scénariste Charles Spaak, il a toutefois été gravement mutilé par les exploitants qui, craignant blesser les convictions religieuses des spectateurs, ont coupé 50% des répliques de l’abbé Gudin, le chef politique de l’insurrection qui en appelle à une « guerre sainte » sans pitié au nom de « l’ordre de Dieu » et approuve, en dépit de la parole donnée par le marquis et des lois de l’hospitalité, l’assassinat sournois d’un détachement « bleu » hébergé à Vivetière. Les chefs du maquis défendent tous leurs intérêts égoïstes, comme le souligne aussi Balzac, autre passage censuré dans le film. C’est l’ignominie de ce comportement qui pousse le marquis à se désolidariser de la cause royaliste, et non sa passion pour Marie, ce qui ne ressort plus du tout dans la version fade exploitée en salle. Tournage en Basse-Bretagne (Ille-et-Vilaine, Pontorson, Fougères, Dol-de-Bretagne, Roche Thorin, Mont-Saint-Michel) et aux studios Eclair à Epinay-sur-Seine (la vieille place d’Alençon reconstruite en plein air, Vivetière).
1953/54Les Révoltés de Lomanach / L’eroe della Vandea (FR/IT) de Richard Pottier 
Cinéphonic (F. Chavane)-SNEG-Orso Film-Gaumont, 88 min. – av. Dany Robin (Monique de Lomanach), Amedeo Nazzari (général Barnaud), Jacques Castelot (M. de Rocheville), Jean Debucourt (marquis de Lomanach), Michel François (Jean de La Tour), Jean Paqui (M. de Kervalet), Carla Del Poggio (Henriette de Lomanach), Michel Vitold (Rabuc).
Tragédie d’amour lors de l’insurrection avortée de 1799, calquée sur le motif biblique de Judith et Holopherne (scénario de Léo Joannon). Le général Barnaud est chargé par le Directoire de mater la révolte localisée autour du château de Lomanach, domaine dont il fut l’ancien régisseur, humilié par ses maîtres. Animé par un sentiment de vengeance toute personnelle (« la Révolution est née d’une soif de règlements de comptes », avoue-t-il), Barnaud sévit impitoyablement. Tous les attentats contre lui ayant échoué, Monique, la fille adolescente du marquis de Lomanach, se sacrifie pour le séduire et le tuer, à l’instar de Charlotte Corday. Barnaud n’est pas dupe, mais les deux tombent amoureux et réalisent la vanité de cette guerre civile, suscitant l’incompréhension de leurs proches. Alors que les armées se font face, ils sont abattus par leurs chefs respectifs. Les soldats des deux camps refusent de passer à l’attaque, scellant la fin du conflit : la nation déchirée retrouve son unité dans la figure emblématique du couple issue des deux camps antagonistes.
Une évocation romanesque au thème clairement unanimiste et au budget confortable, malheureusement sabotée par la platitude de la mise en scène, des tirades faussement lyriques et un casting déplorable (Dany Robin). Le film se réveille occasionnellement lors des combats dans les villages et les bosquets, servis avec un certain réalisme, une dynamisation de l’espace et quelques beaux paysages. Extérieurs en Eastmancolor en Loire-Atlantique, au château de la Bretesche, au parc de Brière, à Guérande et La Baule-Escoublac (parmi les figurants, Jacques Demy), et dans la région parisienne ; intérieurs à Franstudio et studio de St.-Maurice. Exploité en trois versions (écran normal, écran panoramique, son stéréophonique).
Les Vendéens exécutent des prisonniers républicains (« Les révoltés de Lomanach » de Richard Pottier, 1953).
1955® (tv) Marceau ou Les Enfants de la République (FR) de René Lucot. – av. Marc Cassot (François-Séverin Marceau), Françoise Spira (Geneviève de Beaulieu), Claude Bertrand (Napoléon Bonaparte). – Le général François-Séverin Marceau (1769-1796), vainqueur des Chouans et « pacificateur » de la Vendée en 1793, aime une aristocrate (fille d’un Vendéen) qu’il ne peut sauver de la mort, cf. (7.1).
1956(tv) Fortunes of War (GB) de John Lemont 
Norman Williams/Inter-TV Prod., série « The Errol Flynn Theatre » (saison 1, épis. 3), 30 min. – av. Errol Flynn (le comte Henri de Dairval), Christopher Lee (général Hamelin), Lisa Daniely (Hélène de Mailly, sa fiancée).
Assiègé dans un manoir, Dairval résiste seul au régiment de « bleus » du général Hamelin en faisant croire qu’il est assisté d’une armée de Chouans, finit son dîner et se rend. Captif dans la villa du général, il lui dispute sa fiancée et le bat en duel, mais refuse de le tuer et s’enfuit avec la belle. Episode tourné aux studios de Bray (Berkshire).
1961® (tv) Marceau ou Les Enfants de la République (FR) de René Lucot. – av. Jacques Destoop (gén. François-Séverin Marceau), Danielle Volle (Geneviève), André Charpak (Lostange), Raymond Danjou (Pascal), Philippe Ogouz (Galoubet), Jean-Marc Tennberg (Fauvel), Robert Bousquet (Talma), Bernard Woringer (gén. Kléber), FrançoisMarié (Robespierre), Roger Trécan (André Chénier), Denis Manuel (Napoléon Bonaparte). – Remake de 1955 (cf. 7.1).
1962(tv) Quatre-vingt treize (FR) d’Alain Boudet 
« Théâtre de la Jeunesse » de Claude Santelli/ORTF (TF1 29.12.62), 115 min. – av. Michel Etcheverry (marquis de Lantenac), Jean Mercure (Cimourdain), Pierre Michael (Gauvin), Loleh Bellon (la Flécharde), Yves Arcanel (sgt. Radoub), Julien Guiomar (l’Imânus), Jean Saudrey (Halmano), Jean Topart (Boisberthelot), Jean Lasnier (Grandfrancœur).
D’après le roman de Victor Hugo (cf. film de 1914), extérieurs filmés en noir et blanc dans la baie du Mont-Saint-Michel, intérieurs au studio des Buttes-Chaumont.
1966(tv) Le Chevalier Des Touches (FR) de Jean-Claude Bonnardot
(TF1 27.12.66), 90 min. – av. Jean Sobieski (Des Touches de Langotière), François Perrot (Jacques), Alice Sapritch (Mlle de Percy), Jacquline Mills (Aimée de Spens), Claude Morin.
Adaptation du roman éponyme de Jules Barbey d’Aurevilly, paru en 1864. – En 1799, un groupe de jeunes femmes nobles vivant retirées dans le domaine du château de Touffedelys, entre les bois et la mer, donnent asile aux bandes de chouans qui battent la campagne. Le plus intrépide de ces rebelles désespérés est le chevalier Des Touches, « d’une beauté presque féminine et d’une légendaire cruauté » qui, par les nuits les plus noires traverse la Manche sur une petite barque pour assurer le contact entre les insurgés de France et les émigrés d’Angleterre. Ayant été fait prisonnier par les « bleus », le chevalier est soustrait à la guillotine par ses compagnons à Coutances, mais son ami Jacques, amoureux fou d’Aimée de Spens, le paie de sa vie ; il est enseveli dans un bois. A la Restauration, des anciens émigrés se remémorent avec émotion ces instants dramatiques de la révolte vendéenne.
1966® (tv) Les Compagnons de Jéhu (FR) de Michel Drach. – av. Yves Lefebvre (Roland de Montrevel, aide de camp de Bonaparte), José Varela (Napoléon Bonaparte), William Sabatier (Georges Cadoudal), Claude Giraud (baron Morgan de Sainte-Hermine, chef des Compagnons). – Paris 1799-1800 : des Chouans pillent pour la cause royaliste et se heurtent à la police de Bonaparte. Cf. infra, Directoire (8.9).
1971***Les Mariés de l’An Deux / Gli sposi dell’anno secondo / Mirii anului II (FR/IT/RO) de Jean-Paul Rappeneau 
Alain Poiré/Gaumont-Rizzoli-Bucuresti, 98 min. – av. Jean-Paul Belmondo (Nicolat Philibert), Marlène Jobert (Charlotte Philibert), Pierre Brasseur (Gosselin, son père), Laura Antonelli (Pauline de Guérandes), Michel Auclair (prince), Sami Frey (marquis Henri de Guérandes), Julien Guiomar (Jean-Baptiste Carrier, 1756-1794), Patrick Préjean (Saint-Aubin), Charles Denner (passager républicain), Mario David (Requiem), Vernon Dobtcheff (pasteur), Sim (Lucas), Jean-Pierre Marielle (narration).
Tribulations rocambolesques d’un candidat au divorce entraîné malgré lui dans le tourbillon sanglant de la Révolution française en 1793, sa gloriole chauvine, ses contradictions et ses absurdités : émigré en Amérique du Nord, Philibert veut se remarier, mais doit auparavant obtenir le divorce de Charlotte à Nantes en pleine Terreur, où le couple chamailleur est ballotté entre Républicains guillotineurs et Vendéens butés, malmené, pourchassé et finalement réuni en rejoignant les soldats de l’An Deux. Après avoir combattu dans l’Armée du Rhin, Nicolas Philibert alias Belmondo fera carrière sous Napoléon (dont on ne voit que la statue équestre). Tandis qu’il continue à se disputer amoureusement avec son épouse, dans un luxueux château, le commentaire précise : « En 1809, le maréchal Philibert devient prince d’Empire ».
Une des meilleures comédies en costume de l’Hexagone (« une épopée intimiste à cheval entre Mozart et Raoul Walsh » dixit Rappeneau qui reprend ici le schéma de base et l'insolence tous azimuts de son premier succès, "La Vie de château"), cette trépidante farandole co-écrite par Rappeneau, Claude Sautet et Maurice Clavel revisite l'Histoire au pas de course, de bout en bout pétillante, mordante, irrespectueuse et très enlevée. Une distribution allègre de gifles à droite comme à gauche où, "fringants meneurs, Jobert et Belmondo font merveille: elle, boucles folles et tête de bois, ressuscite avec énergie les grandes héroïnes de comédie. Lui joue avec brio les petits cousins gouailleurs de Figaro" ("Télérama", 5.9.18). Tournage aux châteaux de Compiègne (Oise) et Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne), à Moret-sur-Loing et en Roumanie, aux studios Bucuresti (pour Nantes et environs). Rappeneau nominé à la Palme d’Or au festival de Cannes, un triomphe au box office.
1974(tv) Cholet 1793 / La Bataille de Cholet (FR) de Daniel Costelle 
série « Les grandes batailles du passé » d’Henri de Turenne et D. Costelle (FR3 6.11.74). – Docu-fiction : la bataille du 17 octobre 1793, défaite de l’armée catholico-royaliste reconstituée sur place avec mille figurants.
1978(tv) Quand flambait le bocage (FR) de Claude-Jean Bonnardot
(TF1 21.11.78). – av. Véronique Delbourg (Armelle de Courmont), Bruno Pradal (l’adjudant-général Travot), Gérard Sergues (gén. François-Athanase de Charette, chevalier de La Contrie), Jenny Arasse (Lise de Pont Bellanger), Jacques Le Carpentier (gén. Lazare Hoche), André Rouille (Tallien), Catherine Rouvel (Thérésa Tallien), Didier Valmont (Henri de Linières), Serge Merlin (l’abbé Renaud), Roger Mollien (Charles Gendreau), Michel Valmer (Rouget de Lisle), Claude Nadal (Adélaïde).
La Vendée en 1795. Armelle de Courmont, une jeune aristocrate, aime en secret son cousin Henri de Linières. Mais celui-ci épouse Isabelle, la sœur d’Armelle, et, à l’instar du père d’Armelle, rejoint peu après le général de Charette et son armée de Chouans qui relancent l’insurrection vendéenne. Armelle reste seule dans le domaine familial. Pour la protéger, son oncle, Charles Gendreau, membre de la Convention, fait occuper le château par le jeune adjudant-général Travot, un républicain. Armelle et Travot apprennent à se connaître, une idylle se noue… Tournage en Vendée, à Vouvant et à Fontenay-le-Comte d’après le roman de Philippe Mestre (1970), adapté par l’auteur.
1981(tv) Blanc, Bleu, Rouge / Unter der Trikolore (FR/DE) de Yannick Andréi 
Roland Gritti/Télécip-Galaxy Film München (TF1 1.1.-5.2.81), 6 x 52 min. – Bernard Giraudeau (Mathieu de Brècheville), Anne Canovas (Judith Malahougue), Véronique Delbourg (Sophie de Brècheville), Paul Le Person (baron de Brècheville), Frédéric Andréi (François de Brècheville), Henri Virlojeux (dr. Malahougue), Christine Wodetzky (Catherine Malahougue), Claus Obalski (Guillaume Malahougue), Constance Engelbrecht (Anne de Rouello), Alexandre Radsun (Nicolas de Rouello), Jean Martinelli (marquis de Nancay), Maxence Mailfort (Fouché), Jacques Dannoville (Fouquier-Tinville).
La Vendée en 1789-1794. Les amours « interdites » et tragiques du jeune Mathieu, fils du baron de Brècheville, et de Judith, fille du médecin Malahougue (d’après le roman « Sophie, mon cœur » de Françoise Linarès, 1963). Un feuilleton émouvant filmé en Bretagne (Locronan, presqu’île de Croxon).
Episodes : 1. « Les Fièvres de l’été » – 2. « Les Noces de Brécheville » – 3. « La Violence parisienne » – 4. « L’Écharpe de Coblence » – 5. « Je vous ai tous aimés » – 6. « L’Embuscade ».
1981(tv) L’Ensorcelée (FR) de Jean Prat
(A2 11.4.81), 95 min. – av. Julie Philippe (Jeanne de Feuardent), Jean-Luc Boutté (La Croix-Jugan), Elisabeth Kaza, Fernand Berset, Jacques Ebner, Roger Ibanez, Jean-Louis Le Goff.
En 1797/98 dans la chouannerie du Cotentin. Après la défaite de sa troupe à Saint-Lô, l’abbé de La Croix-Jugan, chef mystérieux, séduisant quoique défiguré par les cicatrices, tente de se donner la mort. Il est sauvé par des fermiers. La paix revenue, la belle et jeune Jeanne de Feuardent cherche vainement à se faire aimer par lui, au point de faire appel à un envoûteur. Son époux, le roturier Le Hardouey, la tue et assassine le prêtre pendant la messe. D’après le roman de Jules Barbey d’Aurevilly (1854).
Philippe Noiret, humaniste sans illusions face aux insurgés royalistes de « Chouans ! » de Philippe de Broca (1988).
1988**(ciné+tv) Chouans ! (FR) de Philippe de Broca 
Ariel Zeitoun/Partner’s Prod.-Films A2-Canal Plus, 145 min. (télévision : 4 x 52 min./208 min.). – av. Philippe Noiret (comte Savinien de Kervadec), Sophie Marceau (Céline), Lambert Wilson (Tarquin, Commissaire du Peuple), Stéphane Freiss (Aurèle de Kerfadec), Jean-Pierre Cassel (baron de Tiffauges), Charlotte de Turckheim (marquise Olympe de Saint-Gildas), Roger Dumas (Bouchard), Jean Parédès (chapelain), Jacques Jouanneau (Blaise), Raoul Billerey (Grospierre), Claudine Delvaux (Jeanne), Jean Zaluski (Louis XVI).
Bretagne dans les années 1769 à 1793. Après le décès en couches de son épouse, le comte de Kervadec, esprit éclairé, tolérant et inventeur farfelu d’une machine volante, élève seul son fils Aurèle et recueille Céline et Tarquin, qui ont le même âge. Le trio est inséparable. Quand éclate la guerre civile, les trois enfants, devenus adultes, s’affrontent pour des raisons à la fois idéologiques et sentimentales. Revenu d’un long séjour en Amérique, Aurèle atterrit, un peu malgré lui, chez les Chouans et devient un de leurs chefs ; le candide (double du cinéaste ?) en perd son rire sempiternel et la morgue sanguinaire de ses frères d’armes aristocrates lui répugne. Ballotée entre ses deux amoureux, Céline inculque les idéaux jacobins aux petits villageois, mais, face aux extractions des « Bleus », finit par tuer Tarquin qui, métamorphosé en Conventionnel austère, tourmenté et intransigeant, a introduit le « rasoir national » dans le village et préconise des exécutions en masse. Tarquin reçoit la mort comme une délivrance. Forcé de sortir de sa tour d’ivoire, le vieux comte sauve Céline de la guillotine avec l’aide d’Aurèle et, en se sacrifiant, permet au jeune couple de s’échapper en Amérique grâce à sa machine volante. (Celle-ci est fabriquée à partir d’éléments connus à l’époque, l’hélice et la machine à vapeur.)
Pour Broca (et son scénariste Daniel Boulanger), la Révolution est d’abord une guerre entre frères « de gauche » et « de droite », une situation allégorique immédiatement lisible dans la trame même de son film ; Tarquin meurt d’avoir trop rêvé d’absolu, d’avoir trop aimé les systèmes, tandis que le conservateur Kervadec paie de sa vie la liberté de l’autre fils. Le cinéaste se montre anticlérical (les prêtres insurgés sont des psychopathes peu recommandables), mais d’une manière générale, il dénonce le fanatisme aveugle, l’intransigeance et la sauvagerie des uns comme des autres, le tout aboutissant à un grand bain de sang final (la bataille dans les falaises). La transformation psychologique du pays et les enjeux des antagonistes – des espoirs un peu délirants, quasi religieux, nés de la prise de la Bastille à l’avènement rampant de la Terreur – sont présentés avec passablement de nuances. Au début, il était convenu entre de Broca et Zeitoun de faire un film en deux parties diffusées dans la foulée, mais au moment du montage, Ariel et les distributeurs ont pris peur et réduit le matériel à un seul film, causant d'énormes trous dans l'intrigue. Néanmoins, c'est une réussite majeure du cinéma romanesque français (affaiblie par des coupes de plus d’une heure), plastiquement très belle, et un rôle magnifique pour Noiret. Une œuvre sous-estimée (la critique la jugea trop « grand public », critère imbécile s’il en est) et à redécouvrir. La version cinéma, plus courte, est en Panavision et Eastmancolor. Tournage : château d’Elven, Belle-Ile, Baden, Meucon, Sarzeaz, Poul-Fétan, île de Hoëdic, domaine de Trevarez à St. Goazec (Morbihan), Fort La Latte (Côtes d’Armor), Locronan (Finistère), forêt de Fontainebleau et Versailles.
1988**Vent de Galerne 1793 (FR/CA) de Bernard Favre 
Claude Nedjar/Productions 27-B.L.M.-Cléo 24 Inc., 105 min. – av. Jean-François de Casabonne (le forgeron André Bluteau), Charlotte Laurier (Marie), Roger Jendly (Athanase), Jean-François Blanchard (Albert), Bruno Wolkowitch (chevalier de Charette), Pierre Charras (le curé réfractaire), Francis Reddy (Jean), Monique Mélinand (Delphine), Daniel Martin (Delouche), Laurent Relandeau (Paul), Elizabeth Tamaris (Thérèse).
Les abominations des « colonnes infernales » de la République en Vendée en 1793, chargées d’exterminer la population rétive aux nouvelles idées, occasionnant entre 117’000 et 300’000 victimes. Évocation à travers l’histoire d’un village dont le héros, André Bluteau, forgeron de son état, organise la résistance. La Révolution n'a pas tenu ses promesses, une nouvelle levée en masse est annoncée. Mobilisé de force une deuxième fois, le forgeron André s'insurge et chasse les soldats. Les paysans se rendent à la ville et détruisent les registres d'état-civil afin de rendre la conscription impossible. Mais un soldat est tué dans l'affrontement, les Bleus reviennent en masse, et les paysans réfugiés dans le maquis sollicitent le nobliau local, M. de la Charette, versé dans l'art de la guerre, pour prendre le commandement de leur troupe. En route pour Saint-Sauveur, ils sont attaqués par les Bleus et massacrés. Tout le village est anéanti, André est cloué sur la paroi d'une grange tandis que les femmes, les enfants et quelques hommes rescapés sont enfermés dans l'église que les Bleus incendient. Le parallèle avec Ouradour en juin 1944 est intentionnel.
Malgré ses imperfections (récit surchargé, une narration qui s’égare parfois), le film de Favre est un véritable pavé dans l’eau trop calme de la commémoration du bicentenaire de la Révolution. Une œuvre foncièrement originale, partisane, et qui a le courage de nommer les choses par leurs noms (l’indéfendable génocide vendéen), n’en déplaisent au régime républicain et à deux siècles de silence consensuel dans les discours de l’Elysée, dans les manuels scolaires, les médias et l’immense majorité des ouvrages prétendus historiques. Favre touche à un tabou en rappelant que les guerres de Vendée ont fait, en France, plus de morts que la guerre de Sécession aux Etats-Unis. Tournage en Vendée et dans les Deux-Sèvres, à Parthenay. Aucun village existant n'ayant pu convenir, le décor du village (signé Patrice Mercier) est construit en dur (à l'exception de l'église, condamnée à la destruction), afin qu'il soit ensuite intégré dans les équipements du Puy du Fou; ce procédé rend le financement du film possible.
1993(tv) Les Vendéens (FR) de Jacques Dupont
(FR3 30.12.93), 92 min. – av. Isabelle Lebrince (Renée Bordereau, alias Brave-l’Angevin), Georges Fricker (Charette), Robert Plagnol, Alain Serluppus, Henri Virlogeux. – Docu-fiction sur la guerre de Vendée en 1793.
1999® (tv) The Scarlet Pimpernel – 2. Valentin Gautier (GB) de Patrick Lau. – av. Richard E. Grant (Sir Percy Blakeney), Ronan Vibert (Robespierre), James Callis (vicomte Henri Duverger de la Roche-Châtelane). – Le Mouron Rouge alias Sir Percy se rend en Vendée où le vicomte Henri de la Roche-Châtelane (téléscopage avec le marquis Charles de Bonchamp, 1760-1793), chef des Vendéens, déclenche la bataille de Cholet (17 octobre 1793) qui se termine par la victoire des Républicains. Reconstitution minimaliste de la bataille qui fut la plus sanglante de la guerre de Vendée, remportée par Marceau et Kléber. – cf. supra, « The Scarlet Pimpernel » (7.12).
1999® (tv) Horatio Hornblower – 4. The Frogs and the Lobsters / US : The Wrong War (GB/US) d’Andrew Grieve. – av. John Shrapnel (lieut.-gén. François-Athanase de Charrette, chevalier de La Contrie), Peter Vaughan (amiral Lord Samuel Hood). – L’expedition militaire avortée des royalistes sur la presqu’île de Quiberon (Bretagne) avec l’aide de la flotte anglaise, en juillet 1795. – cf. Napoléon : Angleterre.
2013/14*(tv) Le Général du roi (FR) de Nina Companeez
Alain Bessaudou/Ciné Mag Bodard-France 3-France Télévisions (FR3 4.1.14), 110 min. - av. Samuel Le Bihan (François Denis Brilhac de la Verrerie), Louise Monot (Constance Allard de Grand-Lieu), Vincent Jonquez (Pierre de Courcy), Jean-Pierre Lorit (Henri Charler), Christian Brendel (col. Demarcy), Natacha Lindinger (Marie Morgane), Sarah Biasini (Marie Anne), Nicolas Giraud (Tristan), Caroline Tillette (Jeanne Marie), Julien Alluguette (Saint Pol), Nicolas Berger-Vachon (Louis Jean), Mathurin Voltz (Maurice), Agnés Sourdillon (Rose).
Le drame de la Vendée vu à travers les yeux de Constance, une aristocrate indépendante, au caractère bien trempé et éprise depuis sa tendre jeunesse d'un officier de marine de retour d'Amérique, François Denis Brilhac de la Verrerie, à la bravoure arrogante, couvert de dettes et à la réputation sulfureuse. Ayant fait une mauvaise chute de cheval, Constance est désormais infirme et se déplace en fauteuil roulant. Leurs chemins se séparent et c'est dix ans plus tard, après l'exécution de Louis XVI, qu'ils se retrouvent au coeur du soulèvement, en 1793. Constance mène le soulèvement.
Un scénario de Nina Companeez qui adapte librement le tumultueux roman The King's General (1946) de Daphné Du Maurier en en transposant l'action des Cornouailles en 1629, pendant la guerre civile anglaise entre Cromwell et Charles Ier, à la Vendée de 1793. Le téléfilm, turbulent et romantique à souhait, est tourné avec plus de 150 figurants au Logis de la Chabotterie, entre Nantes et La Roche-sur-Yon, à Saint-Sulpice-le-Verdon et dans la forêt de Grasla où vécurent durant l'hiver 1793/94, au coeur d'un véritable village clandestin, 2000 Vendéens fuyant les troupes républicaines. Cet épisode peu connu est programmé pour commémorer le 220e anniversaire de l'insurrection vendéenne, une guerre civile qui décima 30% de la population locale. La réalisatrice refuse toutefois de filmer les combats (Nantes, Cholet, le débarquement de Quiberon), ne montrant que les corps des paysans et des soldats républicains gisant dans les champs tels que les découvre l'héroïne infirme.
2018*(tv) Les Manants du roi : Vendée 1793-1796 (FR) de Guillaume Laidet
Patrick Buisson/Erealprod-Histoire (Histoire 4.7.18), 91 min. - av. Stanislas de La Tousche (Jean "la Hulotte", un paysan), Alain Pochet (l'abbé Vincent Huguet), Delphine Depardieu (Céleste de Boismé), Jean-Louis Cassarino (le conventionnel Carré de Longwy), Jean-Pierre Leroux (Percier de Fontaine, maire de Fontenay), Guillaume Tagnati (le capitaine Sauvage).
Sans prendre parti, le film de Patrick Buisson - directeur général de la chaîne Histoire et auteur de La grande histoire des guerres de Vendée - et Guillaume Laidet fait raconter les événements de la guerre de Vendée par six personnages issus des deux camps (un paysan, un prêtre réfractaire, une amazone aristocrate de Charette, un officier républicain, un conventionnel en mission, un bourgeois acquéreur de biens nationaux) qui, interprétés par des acteurs en costume, s'expriment face à la caméra (en surjouant quelque peu). Des extraits de films et téléfilms plus anciens brisent la monotonie de ce défilé de témoignages des deux camps qui s'enchaînent toutefois sans que soient expliqués tenants et aboutissements de l'affrontement. Malgré ces défauts, le docu-fiction, fort bien écrit, a le mérite d'exister, de témoigner avec une certaine fougue d'un drame idéologique et humain dont la France officielle de hier comme d'aujourd'hui ne veut rien savoir. (Rappelons par ex. que le film britannique "Le Mouron Rouge" en 1949, réalisé en Bretagne par Powell & Pressburger, ne fut pas distribué en France sous le prétexte qu'il s'agissait d'un aventurier qui venait en aide aux nobles pourchassés par les artisans de la Révolution de 1789...) "Le combat des Vendéens apparaît d'abord et avant tout comme celui du peuple. Une population qui se soulève pour s'opposer à un nouveau pouvoir qui entend le couper de sa culture et de sa foi catholique. (...) Les tueries inouïes apparaissent clairement comme un génocide, dans ce film riche et précis qui sait aussi laisser la place aux nuances" (Le Figaro, 4.7.18). Le titre du film renvoie au recueil de nouvelles de Jean de La Varende publié en 1938. Extraits de "Les Mariés de l'An II" (J. P. Rappenau, 1971), "Les Révoltés de Lomanach" (R. Pottier, 1954), "Jean Chouan" (Luitz-Morat, 1925), "Les Vendéens" (J. Dupont, 1993), "Les Chouans" (H. Calef, 1946), "Blanc Bleu Rouge" (Y. Andreï, 1981), "La bataille de Cholet" (D. Costelle, 1974), "Le Dialogue des Carmélites" (P. Cardinal) et "La Révolution française" (R. Enrico et R. Heffron, 1989).