V - L’ESPAGNE, LE PORTUGAL ET LEURS COLONIES D’AMÉRIQUE

Philippe V (Fernando Rey) dans « La princesa de los Ursinos » de Luis Lucia (1947).

4. FELIPE V - Dynastie des Bourbons (1700 à 1746)

PHILIPPE V (Philippe d’Anjou), né en 1683 à Versailles, fils de Louis de Bourbon, dauphin de France, et de Marie Anne de Bavière (petit-fils de Louis XIV). Reines Marie-Louise Gabrielle de Savoie : Elisabeth Farnèse/Isabel de Farnesio. Son règne « franco-espagnol » déclenche la Guerre de Succession d’Espagne (l’Autriche des Habsbourg refusant de reconnaître le testament de son prédécesseur Carlos II) au cours de laquelle Felipe V est à deux reprises chassé de son trône (1701 à 1714), jusqu’à ce qu’il renonce formellement à ses droits cumulés sur la couronne de France. Cessation des possessions espagnoles d’Europe à l’Autriche (Naples, la Sicile, le Milanais, les Pays-Bas), les Anglais s’installent à Gibraltar.
Son fils (et temporairement son successeur) LUIS Ier / LOUIS Ier, devient roi d’Espagne en 1724, mais meurt de la petite vérole cette même année.
1935Rosa de Francia / Rose of France (US) de Gordon Wiles [et José López Rubio] 
John Stone/Fox Film (en espagnol), 70 min. – av. Rosita Diaz (Louise Élisabeth d’Orléans), Julia Peña (Luis Ier, prince d’Asturie et roi d’Espagne), Antonio Moreno (Philippe V), Consuelo Frank (Isabel de Farnesio/Farnèse, la reine), Don Alvarado (marquis de Magny), Enrique de Rosas (maréchal de Tesse), Maria Calvo (comtesse d’Altamira), Martin Garralaga (marquis de Grimaldo), Lucio Villegas (archevêque de Tolède).
Madrid et Tolède : Louise Élisabeth/Luisa Isabel d’Orléans (1709-1742), une des sept filles du duc d’Orléans, cousine de Louis XV et descendante, par sa mère, de Mme de Montespan et de Louis XIV, est désignée pour épouser et déniaiser le prince d’Asturies. Mais à peine arrivée à Madrid, la princesse s’attire l’antipathie de ses beaux-parents, Philippe V et son épouse Isabelle de Farnèse, choqués par son irrévérence et son comportement déplacé. La reine-mère fait tout pour empêcher la consommation du mariage. Lorsqu’il apprend que son neveu Louis XV se meurt à Versailles (fausse alerte !), Philippe V décide d’abdiquer en faveur de son fils Luis à Madrid et de revendiquer pour lui-même le trône de France. Ceci impliquant une monarchie espagnole consolidée, le marquis de Magny est chargé par la cour de flirter avec Louise, toujours vierge, afin de susciter la jalousie du futur roi. La manœuvre est mal perçue par Luis, qui chasse son épouse. Plus tard, déguisé en homme du peuple, il rencontre Louise dans un parc public, elle-même déguisée, et les deux tombent amoureux. Philippe V et Isabelle de Farnèse découvrent le jeune couple batifolant dans le lit nuptial.
Le dernier film en version espagnole fabriqué par la Fox, et les débuts dans la réalisation du décorateur Gordon Wiles. D’après la comédie « Rosa de Francia » d’Eduardo Marquina et Luis Fernández Ardavín (1923), qui enjolive violemment l’Histoire : envoyée à Madrid à l’âge de douze ans, la princesse fut effectivement ostracisée à la cour en raison de ses excentricités (elle se promenait nue, éructait et lâchait des vents en public). Devenue reine d’Espagne en janvier 1724, elle perdit son époux sept mois plus tard, sans qu’un héritier ne soit en vue. Philippe V dut remonter sur le trône. Le mariage de Louise d’Orléans fut annulé, elle retourna en France et mourut oubliée au château de Vincennes.
1946® Monsieur Beaucaire (US) de George Marshall. – av. Howard Freeman (Philippe V), Helen Freeman (Isabel de Farnesio, la reine). – cf. France : Louis XV (5.13).
La cour madrilène de Philippe V dans « La princesa de los Ursinos » de Luis Lucia (1947).
1947La princesa de los Ursinos [La Princesse des Ursins] (ES) de Luis Lucia 
Joaquín Cuquerella Alvarez/CIFESA, 117 min. – av. Ana Mariscal (Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins), Roberto Rey (Luis Carvajal), Fernando Rey (Philippe V), Juan Espantaleón (le cardinal Luis Manuel Fernández de Portocarrero-Bocanegra), José Maria Lado (Goncourt, ambassadeur de Louis XIV), Pilar Santestieban (Marie-Louise Gabrielle de Savoie, la reine), Santiago Rivero (Souville).
En 1700, Louis XIV envoie sa petite-fille, Marie-Anne, princesse des Ursins, à Madrid pour renforcer les liens entre l’Espagne des Bourbons et la France. A Madrid, le cardinal Portocarrero (1635-1709), conseiller de Philippe V, charge son neveu Luis Carvajal de surveiller discrètement la princesse dont il considère la présence comme un danger pour l’État. Luis gagne la confiance de la princesse et s’en éprend. Lorsqu’éclate la Guerre de Succession d’Espagne, l’archiduc Charles d’Autriche prépare l’invasion de l’Espagne depuis le Portugal. Le monarque espagnol ne possédant pas d’armée suffisamment forte pour lui tenir tête, Marie-Anne propose de mettre à sa disposition des troupes françaises. Mais en accompagnant Marie-Anne à un conciliabule avec des messagers de Versailles, Luis subtilise un document secret révélant que le Roi-Soleil envisagerait l’annexion pure et simple de l’Espagne. Mis au courant, Philippe V renonce prudemment à l’aide militaire de la France. Luis se sépare de Marie-Anne pour combattre avec les troupes espagnoles. Entre-temps, la princesse des Ursins défend la cause madrilène à Versailles, et les armées jointes des deux pays écrasent l’envahisseur impérial à Villaviciosa en 1710. Marie-Anne est fêtée à Madrid, mais Luis est mort sur le champ de bataille.
L’authentique princesse des Ursins (1642-1722) joua un rôle de premier ordre à la cour d’Espagne en tant que « camarera mayor » de la première épouse de Philippe V, Marie-Louise Gabrielle de Savoie, ce poste de confiance lui ayant été attribué par Louis XIV et Madame de Maintenon, et lui permettant un contrôle absolu sur le couple royal (âgé de 14 et 18 ans, qu’elle habillait le matin et déshabillait le soir). Le Roi-Soleil la considérait comme garante de son influence en Espagne. Devenue toute-puissante, elle fit renvoyer des ministres jugés inefficaces (dont le cardinal Portocarrero), entrepris diverses réformes, assainit les finances, affaiblit passagèrement l’influence de l’Inquisition et court-circuita divers diplomates français qui cherchaient à profiter de la naïveté du jeune roi. En 1714, la nouvelle reine, Élisabeth Farnèse, fit chasser la princesse septuagénaire d’Espagne. Elle mourut à Rome huit ans plus tard. Le film, tourné aux studios Sevilla à Madrid par la CIFESA ultranationaliste, véhicule la politique de Franco : méfiance face à la France « libérée » et hagiographie d’une Espagnole de cœur qui sut défendre les intérêts de la nation ibérique, fût-ce contre les visées inavouables de sa propre patrie. L’Hexagone l’a moins appréciée : aux yeux de Sainte-Beuve, c’est une politicienne accomplie, mais Saint-Simon ne voit en elle qu’une « intrigante ».
1964**Rekopis znaleziony w Saragossie (Le Manuscrit trouvé à Saragosse) (PL) de Wojciech Has 
Groupe « Kamera »-Film Polski, 175 min. – av. Zbigniew Cybulski (Alfonso van Worden), Iga Cembrynska (Emina), Joanna Jedryka (Zibelda), Kazimierz Opalinski (l’ermite), Adam Pawlikowski (le Kabbaliste), Gustaw Holoubek (Don Pedro Velasquez), Barbara Krafftowna (Camilla), Miroslawa Lombardo (Doña Uracca), Slawomir Linder (van Worden père).
Alfonso van Worden, lieutenant-colonel des gardes wallonnes du roi d’Espagne, se rend à Madrid. En pleine Sierra Morena, il s’arrête dans une auberge où deux princesses mauresques lui prédisent un avenir fabuleux s’il se soumet à une série d’épreuves… (Le récit cadre se déroule en 1808 pendant le siège de Saragosse par Napoléon : un officier français et un espagnol découvrent le mystérieux manuscrit et le lisent ensemble, quoique l’Histoire ne serve ici que de décor à l’imaginaire.) D’après le roman éponyme du comte Jan Potocki, un classique de la littérature polonaise, écrit en français (1804/1814). Wojciech Has en reprend scrupuleusement la construction en tiroirs, labyrinthique, tout en taillant dans le foisonnement romanesque d’un livre à la limite de l’adaptable : chaque personnage raconte son histoire, au sein de laquelle d’autres personnages nous confient à leur tour leurs propres récits, etc. La grande beauté plastique de ce film baroque, macabre, sensuel, parfois fantastique, en font une œuvre à la fois insolite et inclassable, mais aussi inoubliable. Surprise au festival de Cannes 1965, Prix de la critique au festival de San Sebastien.
1973(tv) **La Duchesse d’Avila (FR) de Philippe Ducrest 
ORTF (2e Ch. 4.-25.7.73), 4 épisodes, 355 min. – av. Jean Blaise (Alphonse van Worden y Gomerez), José-Luis de Vilallonga (Alphonse van Worden, son père), Marie-Christine Rouyer (Uraque de Gomelez, sa mère), Evelyne Eyffel (la duchesse d’Avila), José de Ribera (Philippe V), Bernard Jousset (Garcia Hierro), Fulbert Janin (Iñigo Velez), Antoine Baud (marquis d’Urfe), Sylvie Bréal (princesse Zibbede), Jacuqeline Laurent (princesse Emina), André Floret (Luis, prince d’Asturies, dauphin d’Espagne).
En 1734, les aventures picaresques d’Alphonse, un jeune homme qui affronte de nombreuses épreuves dans le désert de la Sierra Morena avant d’arriver au palais enchanteur de la duchesse d’Avila qui devient sa protectrice. Téléfilm de six heures en couleurs d’après le roman « Le Manuscrit trouvé à Saragosse » de Jan Potocki (version cinéma, cf. supra) qui se veut à la fois conte oriental, roman picaresque et récit philosophique aux prolongements occultistes et oniriques (la potence aux cadavres, le palais enchanteur de la duchesse, le désert parsemés d’hommes enterrés jusqu’au cou). Philippe Ducrest en rédigea l’adaptation au début des années 1960, mais se heurta au refus de la direction ; le tournage en 35 mm dans la Sierra Nevada et à l’Alhambra de Grenade se fit enfin en 1968 (avec interruptions en raison des événements de mai), suivi de deux ans de montage. Après une campagne de presse qui dénonçait hypocritement le gouffre financier créé par cette production hors du commun, le résultat à l’écran en stupéfia plus d’un : magnificence des décors, beauté des images, somptuosité des costumes, etc. Les grandes heures de l’ORTF. Prix Italia au Festival de radio-télévision de Turin 1972.
1977® (tv) L’Enlèvement du Régent (FR) de Gérard Vergez. – av. Régis Santon (Philippe V), cf. France (4.3).
1988El viento de la isla / El vent de l’illa / The Wind of the Island / Kane’s Road (ES) de Gerardo Gormezano 
Catalan Films-Manuel Walls, 94 min. – av. Simon Casel (l’ingénieur John Armstrong), Mara Truscana (Ariel Kane), Ona Planas (Anna), Anthony Pilley, Josep Costa, Maxim Pérez
Entre 1740 et 1742, l’ingénieur militaire irlandais John Armstrong étudie en profondeur l’île de Menorca (Baléares), entouré d’Anna et de la femme-peintre britannique Ariel Kane. Sant Jordi Award 1989.
1990Capitán Escalaborns / Capità Escalaborns (ES) de Carlos Benpar [=Benito Para] 
Swann Europea de Cinema, 120 min. – av. José Conde (cpt. Escalaborns), Juan Luis Galiardo (El Borni), Ariadna Gil (Marina), Carmen Elias (Catalina), Manuel de Blas (Ribes), Juan Crosas (Jaraba), Dan Forrest (Vilanova), Gabriel Agusti (colonel Ruiz), Jordi Bosch (Vergés), Josep Gil (Dr. Castells), Victor Rubio (Bufo), Gunnel Lindblom, Ivan Fernandez.
En 1715, en Catalogne fidèle aux Bourbons et en guerre contre l’Espagne envahie par les Habsbourg, un garçon gagne la mer pour rechercher un trésor dans les Baléares.
1994® Farinelli, il castrato (IT/FR) de Gérard Corbiau. – av. Jacques Boudet (Philippe V), cf. Italie (4).
2000Leyenda de fuego / Segmento de oro (ES) de Roberto Lázaro 
El Mirón Films-Euroficción, 101 min. – av. Carlos Fuentes (Francisco), Angie Cepeda (Cecilia), Javier Gurruchaga (le prêtre), Fernando Hilbeck (Plácido), Joan Crosas (Ignacio), Gustavo Gonzalo, Asier Muñiz.
Thriller en costumes : Espagne en 1725. Francisco et Cecilia, deux artisans chargés de construire un autel dans une église de village y découvrent l’accès à une grotte secrète.