V - L’ESPAGNE, LE PORTUGAL ET LEURS COLONIES D’AMÉRIQUE

9. LE PORTUGAL BALLOTÉ ENTRE L'ESPAGNE ET L'ANGLETERRE

Après l’échec cuisant de la croisade portugaise contre l’Islam au Maroc et la mort du roi Sébastien à la bataille d’Alcazar-Quivir (1578), le Portugal peine à trouver un nouvel héritier au trône. Philippe II d’Espagne profite du désarroi général et charge le duc d’Albe d’occuper le pays, déjà sous la coupe de l’impitoyable Inquisition hispanique. Toute la haute administration du royaume passe aux mains d’Espagnols. Le Portugal subit ainsi les conséquences désastreuses des guerres espagnoles contre les Provinces-Unies ; les Hollandais font chasser les Portugais du Japon, s’emparent de Ceylan, des Moluques et songent à annexer le Brésil. En 1634 et 1637 ont lieu des révoltes contre la domination espagnole au Portugal. En 1640, grâce à l’appui français de Richelieu, la maison portugaise de Braganza, branche naturelle de la maison royale d’Aviz, monte sur le trône : le duc de Braganza devient roi de Portugal sous le nom de JEAN (JOà;O) IV (1640/1656). L’Angleterre, en la personne de Charles II (qui épouse Catherine de Bragance), offre une aide militaire décisive. Après une longue guerre, l’Espagne doit reconnaître l’indépendance du Portugal par le traité de Lisbonne (1668). Ce conflit traumatisant mène le Portugal à rompre radicalement tout lien avec l’hispanisme et à sceller une alliance durable avec Londres, alliance qui la pousse à expulser les jésuites en 1759 et à entrer en guerre contre la France révolutionnaire en 1793.
1911Giovanna di Braganza (IT)
Itala Film, Torino, 283 m. - Don José, orphelin d'un aristocrate espagnol, se fiance avec Giovanna (1636-1653), princesse de Beira et fille du commandant portugais Don Michele, duc de Braganza. Il défend Lisbonne contre les armées espagnoles aux côtés de son futur beau-père qui est tué au combat. Don José et Giovanna complotent pour assassiner le nouveau vice-roi espagnol en qui la mère du jeune homme reconnaît toutefois son ancien amant, et donc le véritable géniteur de Don José. Giovanna lui refuse son amour et se retire au couvent. Un récit très loin de la vérité historique.
1918Malmequer (PT) de Leitão de Barros 
Lusitania Film, 487 m. – av. Alda de Aguiar, Robles Monteiro, Cottinelli Telmo. – Drame mondain au XVIIIe siècle.
1923A Morgadinha de Val-Flor (PT) d’Erico Braga, Ernesto de Albuquerque 
Lisboa Film, 2150 m. – av. Ausenda de Oliveira, Maria Pia d’Almeida, Mario Santos, Maria Sampaio, Duarte Silva. – XVIIIe s., deux femmes se disputent l’amour d’un peintre.
1950Frei Luís de Sousa (PT) d'António Lopes Ribeiro
Lisboa Filme (Lisbonne)-Fundo do Cinema Nacional, 118 min. - av. Maria Sampaio (Madalena de Vilhena), María Dulce (Maria de Noronha), Raul de Carvalho (Manuel de Sousa Coutinho), João Villaret (Telmo Pais, le domestique), Barreto Poeira (le pélerin), Tomás de Macedo (Jorge, le prêtre), José Amaro (Miranda), Maria Olguim (Doroteia), Jaime Santos (le prêtre Benfica).
La tragédie d'une famille d'aristocrates portugais, adaptation du drame romantique en trois actes d'Almeida Garrett (1843) tournée aux studios de Lisboa Filme. Après la mort du roi Sebastian à la bataille d'Alcácer Quibir au Maroc en 1578 et celui de son oncle, le roi Henri I, resté sans descendants, le Portugal est rattaché à l'Espagne de Philippe II. Madalena de Vilhena, dont le mari Dom João de Portugal, a disparu au Maroc avec son roi (leurs corps n'ont jamais été retrouvés), épouse Dom Manuel de Sousa Coutinho. Madalena, qui met au monde une fille, Maria, ignore en fait si son mari a survécu à la bataille; les domestiques murmurent derrière son dos. En 1599, Dom Manuel, patriote fervent, refuse l'arbitraire de Philippe II et incendie son palais à Almada lorsque le roi veut s'y établir pour échapper à la peste qui sévit à Lisbonne. Le couple vit dans l'ancienne demeure de Dom João quand un jour, un mystérieux pélerin venu de Terre Sainte frappe à la porte et affirme que Dom João serait toujours en vie. Madalena et Manuel décident de se séparer et entrer dans les ordres; leur fille Maria, malade, ne survit pas à cet abandon. - L'authentique Manuel de Sousa Coutinho (1555-1632), devenu moine et écrivain sous le nom de Frère Luís de Sousa, survécut bel et bien à la bataille d'Alcácer Quibir, épousa Madalena et s'opposa à la couronne espagnole. En 1613, il entra effectivement au couvent dominicain de Benfica tandis que son épouse Madalena devint nonne à Alcantara, comme le raconte le drame d'Almeida Garrett. Mais la rumeur selon laquelle la séparation du couple aurait fait suite à la nouvelle (jamais confirmée) que le premier époux de Doña Madalena était toujours en vie, ne semble être qu'une légende popularisée plus tard par la littérature du XIXe siècle.
1964(tv) Les Lettres de la religieuse portugaise (FR) de Pierre Cardinal 
Série « L’esprit et la lettre » (TF1 29.5.64). – av. Maria Tamar (Mariana de Alcoforado), Michel Le Royer (chevalier de Chamilly). – Portugal XVIIIe s., couvent de Beja : une religieuse s’éprend d’un officier français.
1967(tv) Frei Luís de Sousa (PT) de Jorge Listopad
Radiotelevisão Portuguesa (RTP 10.5.67), 100 min. - av. Carmen Dolores (Madalena de Vilhena), Jacinto Ramos (Manuel de Sousa Coutinho), Ana de Sá (Maria de Noronha, leur fille), Luís Santos (Telmo Pais, le domestique), Couto Viana (Frère Jorge Coutinho), Mário Sargedas (Miranda), Arando Branco Alves (Romeiro), Curado Ribeiro (le prêtre),
Le drame romantique d'Almeida Garrett, cf. film de 1950.
1976Love Letters of a Portuguese Nun / Liebesbriefe einer portugiesischen Nonne (DE/CH) de Jess Franco 
Erwin C. Dietrich-Ascot Film, 85 min. – av. Susan Hemingway, William Berger, Herbert Fux, Aida Kargas, Victor Mendes. – Orgies sataniques dans un monastère, XVIIe s.
1981Guerra do Mirandum (La Guerre du Mirandum) (PT) de Fernando Matos Silva 
Cinequipa, 121 min. – av. Ruy Furtado, Teresa Madruga, Santos Manuel, Amilcar Botica, Manuel Cavaco, Maria do Céu Guerra, José Gomes. – En 1782, pendant la Guerre de Sept Jours, la ville frontalière de Miranda do Douro est encerclée par les Espagnols de Charles III qui mènent campagne contre l’Angleterre. Miranda résiste héroïquement, mais une explosion dans la soute à poudre tue 400 personnes et détruit une partie de la cité.
1987Relação fiel e verdadeira – que dá dos sucessos de sua vida a criatura mais ingrata ao criador (PT) de Margarida Gil 
Monteiro & Gil, 85 min. – av. Catarina Alves Costa, António Selquira Lopes, Laura Soveral, Jorge Rolla, Cremilda Gil. – XVIIe s., mélodrame parmi la noblesse rurale du Nord.
1988O processo do rei / Le Procès du roi / The King’s Trial (PT/FR/DE/IT) de João Mário Grilo 
ABCinema-Filmargem-Gulbenkian-Gémini-IPC-Pandora-RTP, 90 min. – av. Carlos Daniel (Alphonse VI), Aurelle Doazan (la reine Marie Françoise de Savoie), Carlos de Medeiros (comte de Castelo-Melhor), Antonino Solmer (Don Pedro, Infant de Portugal), Gérard Hary (Preyssac, envoyé de Louis XIV), Filipe Ferrer (père Antonio Vieira), Jean Lafront (père Ville, confident de la reine), Paulo Filipe (duc de Cadaval), Isabel Alves de Carvalho (le peintre Josefa de Obidos).
En 1667 à Lisbonne, le destin du roi Alfonso VI, évincé du trône pour n’avoir su honorer son épouse Maria Françoise de Savoie (fille du duc de Nemours et cousine de Louis XIV), et remplacé par son frère, Don Pedro.
1995O Judeu (Le Juif) (PT/BR) de Jom Tob Azulay 
Animatograafo-Metrofilme-Tatu-Aess, 85 min. – av. Felipe Pinheiro (Antônio José da Silva), Dina Sfat (Lourença Coutinho), Mário Viegas (João V), Edwin Luisi (Alexandre de Gusmão), Ruth Escobar (la reine Maria Ana d’Autriche), José Lewgoy, Fernanda Torres, José Neto.
Le martyre du dramaturge Antônio José da Silva (1705-1739), auteur de brillantes satires, surnommé le Molière portugais. Juif converti de force au catholicisme, il subit en 1739 les affres de l’Inquisition et finit étranglé et brûlé sur le bûcher.
1996O Monge e a filha do carrasco [Le Moine et la fille du bourreau] (PT) de Walter Lima Jr. 
J. Rodrigues, 94 min. – av. Murilo Benicio (Ambrosius), Patricia Pillar (Benedicta), Paul Dillon, Karina Barum, José Lewgoy, Rubens de Falco. – 1701 : un jeune moine tiraillé entre les exigeances de l’esprit et de la chair.
2000Palavra e utopia / Parole et utopie (PT/BR/FR/ES) de Manoel de Oliveira 
Paulo Branco Prod., 130 min. – av. Ricardo Trepa/Luis Miguel Cintra/Lima Duarte (padre Antonio Vieira), João Benard da Costa (le pape Clément X), Leonor Silveira (Christine de Suède), Miguel Guilherme (père José Soares), Renato Di Carmine (père Jeronimo Cattano), Rogério Vieira (le roi João IV de Portugal). – Vieira, écrivain jésuite portugais (1608-1697), défend la cause des Indiens en Amérique latine et subit un procès à Rome.
2003Cantando dietro i paraventi (En chantant derrière les paravents) (IT/GB/FR) d’Ermanno Olmi 
Cinemaundici-RAIcinema-Pierre Grise Prod.-Lakeshore, 98 min. – av. Bud Spencer (le vieux capitaine), Jun Ichikawa (la veuve Ching), Camillo Grassi (Nosromo), Makoto Kobayashi (amiral Ching), Davide Dragonetti, Alberto Capone. – Vers 1780 à Canton (Chine), un corsaire portugais commande une flotte au service d’une veuve qui s’est rebellée contre le pouvoir impérial. Tourné au Montenegro (Podgorica) et aux studios Roma de la Via Pontina.
2009(tv) 1775 – Die Katastrophe von Lissabon (1755 – La terre tremble à Lisbonne) (DE) de Martin Papirowski 
Film Produktion e.K.-ZDF-History Channel (Arte 10.9.11), 52 min. – Docu-fiction avec reconstitutions sur le grand tremblement de terre du 1er novembre 1755 qui, suivi d’un raz de marée et d’un incendie général, détruisit les trois-quarts de la cité et fit 60’000 victimes. Le rôle décisif du Premier ministre libéral de Joseph Ier, Sebastião-José de Carvalho et Melo, marquis de Pombal (1699-1782), qui empêcha la ville de sombrer dans le chaos, ordonna la construction de bâtiments antisismiques et l’expulsion des jésuites, accusés d’avoir profité du cataclysme pour instaurer la peur et la superstition.