XI - LA SCANDINAVIE: ROYAUMES DE SUÈDE ET DU DANEMARK

Christine de Suède (Greta Garbo) met fin à la guerre de Trente Ans (« Queen Christina » de R. Mamoulian, 1933).

2. KRISTINA AV SVERIGE / CHRISTINE DE SUÈDE (1633 à 1654)

Née en 1626, fille de Gustaf II Adolf, Kristina Wasa est proclamée reine à l’âge de six ans (régence du comte Oxenstierna). Pousse son pays à finir la guerre de Trente Ans. Epanouissement de la vie culturelle à Stockholm (visite de Descartes). Elle renonce au trône en 1654, à l'âge de 17 ans, après sa conversion au catholicisme, et s’établit à Fontainebleau, puis à Rome (contacts avec le Vatican, Mazarin, Guillaume d’Orange, Philippe IV d’Espagne) où elle meurt en 1689.
1911Monaldeschi (FR)
Le Film d’Art, 268 m. – Le marquis Giovanni Rinaldo de Monaldeschi, favori déchu de la reine Christine, est assassiné à Fontainebleau en 1657, sur ordre de la souveraine.
1920-23® Fridericus Rex (DE) d’Arsen von Cserépy. – av. Erna Morena (Christine de Suède), cf. Allemagne (8).
1933***Queen Christina (La Reine Christine) (US) de Rouben Mamoulian 
Walter Wanger/Metro-Goldwyn-Mayer, 100 min. – av. Greta Garbo (Christine de Suède), John Gilbert (don Antonio de la Prada [=marquis Giovanni de Monaldeschi, ?-1657]), Ian Keith (comte Magnus Gabriel de la Gardie), Lewis Stone (chancelier Axel Gustafsson, comte Oxenstierna), Reginald Owen (prince Charles, futur Charles X Gustav), Elizabeth Young (comtesse Ebba "Belle" Sparre, dame de compagnie), C. Aubrey Smith (Aage), George Renavent (Chanut, ambassadeur de France), Cora Sue Collins (Christine enfant), Akim Tamiroff (Pedro).
En 1632, Gustave-Adolphe meurt sur le champ de bataille de Lützen, et sa fille, une enfant, monte sur le trône, conseillée par le fidèle comte Oxenstierna. Les années passent. Christine est devenue la maîtresse du comte Magnus, mais tous les Suédois souhaitent qu’elle épouse le prince Charles Gustave, dont les victoires militaires ne se comptent plus. Lasse de la guerre, Christine désapprouve ce traîneur de sabre et s’enfuit de la cour à toute occasion, déguisée en homme. Elle fait ainsi incognito la connaissance de l’envoyé extraordinaire du roi d’Espagne, Don Antonio, dont elle s’éprend. Ils passent une nuit ensemble dans une auberge isolée. L’Espagnol est surpris de découvrir celle qu’il aime sur le trône. La cour et l’ambitieux comte Magnus ont tôt fait de découvrir le pot aux roses. Bravant l’aristocratie et son peuple, Christine décide de renoncer au trône pour épouser Don Antonio. Mais le comte Magnus tue l’Espagnol en duel à la frontière, et Christine quitte seule la Suède à bord du navire qui devait les emporter, elle et l’homme qu’elle aimait, vers de nouveaux horizons.
Un des deux ou trois meilleurs films de Greta Garbo, flamboyant et romanesque à souhait. Les décors à la géométrie froide, la lumière tranchée accentuant la dureté des visages répondent admirablement aux traits de sphinx de la star. Sa reine est une femme de tête qui refuse avec constance de plier sous la puissance de son entourage quasi exclusivement masculin et qui « ne se fie qu’à son cerveau, à son cœur et à ses instincts, tous incontestablement féminins, pour gouverner correctement » (Danny Peary). Saisie d’une intense ferveur patriotique, la Garbo a auparavant consulté scrupuleusement les archives de la souveraine dans la Bibliothèque nationale à Stockholm et visité le château d’Uppsala. Précisons toutefois que sa liaison avec l’envoyé du roi d’Espagne est pure invention, de même que ses goûts simples : l’authentique Christine avait une cour si luxueuse qu’elle conduisit la Suède au bord de la faillite. Enfin, la souveraine n’a pas abdiqué par amour pour un bel hidalgo, mais pour embrasser la foi catholique – un détail beaucoup trop délicat pour être étalé à l’écran aux Etats-Unis ! En cours de tournage, Laurence Olivier est remplacé par John Gilbert à la demande de la Garbo, qui ne s’entend pas avec le comédien britannique. C'est donc l’ancien « fiancé » et partenaire du muet de la Suédoise qui reprend le rôle de Don Anonio (personnage fictif). Une grande réussite artistique de Mamoulian, qui souligne l’androgénéité de sa vedette, laissant planer un parfum d’ambiguïté sexuelle dans la fameuse scène de séduction à l’auberge, lorsque la reine, travestie en homme, partage la couche de Don Antonio, puis caresse lentement de son regard tous les meubles et objets qui furent témoins de leur passion. La reine était du reste bisexuelle (comme la Garbo) et Mamoulian la montre embrassant à pleine bouche sa demoiselle d’honneur, la comtesse Ebba "Belle" Sparre. Tournage aux studios MGM à Culver City et au lac Arrowhead (Calif.). Un succès mondial (la MGM fait 630’000 $ de bénéfices) et le film préféré de Joseph Staline, allez savoir pourquoi !
Convertie secrètement au catholicisme, la reine Christine (Greta Garbo) renonce au trône (« Queen Christina », 1933).
1942*Rid i natt ! (Chevauchée nocturne) (SE) de Gustaf Molander 
Svensk Filmindustri, 106 min. – av. Oscar Ljung (Ragnar Svedje av Svedjegaarden), Lars Hanson (Jon Stånge), Eva Dahlbeck (Botilla), Gerd Hagman (Annika), Erik Berglund (Lars Borre, sbire de Klewen), Erik Hell (Hans av Lenhovda), Nils Lundell (Ygge), Hilda Borgström (la mère Sigga).
À Algutsboda vers 1650, film de cape et épée d’après un roman de Vilhelm Moberg (1941). Nommé par la reine Christine, le bailli Klewen, un seigneur féodal d’origine germanique, tyrannise des paysans libres du Småland et les contraint à travailler sans rétribution ; certains collaborent ou se résignent, mais l’agriculteur Ragnar Svedje se révolte, brave Klewen avec sa hache et se terre dans la forêt, quitte à perdre famille, son domaine et la vie. Une incitation à peine larvée de Moberg à résister à l’Allemagne nazie et à ses sympathisants suédois : Klewen est un Hitler avant l’heure, et ses sbires se comportent comme des SS en territoire occupé. Tournage aux studios de Råsunda, à Viby et dans les environs de Sigtuna.
1950Amori e veleni / I moschettieri della regina (Les Mousquetaires de la reine) (IT) de Giorgio C. Simonelli 
Enrico Bomba/Ideal Film-Herald Pictures, 110 min. – av. Lois Maxwell (Christine de Suède), Amedeo Nazzari (le comte Franco Santinelli), Anna Nievo (la duchesse Annamaria di Cerri), Giulio Donnini (Gelasio Baglioni), Aléfredo Varelli (Egidia D’Alvernia), Afro Poli (duc de Cerri), Marisa Merlini (Orsola), Italia Marchesini (astrologue), Olga Solbelli (Domitilla Baglioni).
1654/55, l’exil entaché de scandales de la reine Christine à Rome et sa liaison avec le comte Franco Santinelli, capitaine des gardes impliqué dans l’empoisonnement de l’époux d’Annamaria di Cerri, une jolie veuve que le mousquetaire aime secrètement et avec laquelle il finit par fuguer. La reine Christine protège généreusement sa rivale des griffes de l'Inquisition et se console ailleurs. (En réalité, le marquis Giovanni de Monaldeschi et le comte Santinelli furent exécutés pour trahison à la Galerie des Cerfs à Fontainebleau en 1657.) Petit film de cape et d’épée tourné à Cinecittà, qui a a été commencé par Carlo Campogalliani en 1947 déjà, avec une autre distribution comprenant, outre Nazzari, Paolo Stoppa, Luigi Cimara, Enzo Fiermonte et Isa Pola.
1951Sadan miekan mies [L'Homme aux 100 épées] (FI) d'Ilmari Unho
Risto Orko/Suomi Filmi, 78 min. - av. Kalervo Nissilä (cpt. Olavi Matinpoika Barkenhjelm), Marja Korhonen (Elisabeth Gyllenskjöld), Toini Vartiainen (Christina Gyllenskjöld), Uljas Kandolin (sgt. Hannu Eriksson), Ture Junttu (Krister Kristerinpolka Gyllenskjöld), Oiva Sala (Matias Mollerus).
En 1631 dans le sud-ouest de la Finlande suédoise. Un bretteur redoutable révèle une conspiration contre la Couronne. Film de cape et d'épée tourné à Helsinki (Somenlinna), à Parainen, au manoir de Pargas Qviidja et au château de Turku.
1963(tv) Rainha Cristina (BR) de Wanda Kosmo
Wanda Kosmo/"Grande Teatro Tupi" (Tupi 25.11.63), 190 min. - av. Laura Cardoso (la reine Christine), José Parisi, Rildo Gonçalves, Cláudio Marzo, Amândo Silva Filho, Elk Alves, Xisto Guzzi. - D'après une pièce télévisée de Harvey Marlowe.
1970(tv) Königin Christine (DE) de Ludwig Cremer 
Bayrischer Rundfunk (ARD 10.5.70), 80 min. – av. Elfriede Kuzmany (Christine de Suède), Kurt Ehrhardt (le comte Axel Oxenstierna), Günter Strack (le prince Carl Gustav), Volker Kraeft (Klaus Tott), Sebastian Fischer (Magnus Gabriel de la Gardie), Kurt Meisel (Johan Holm).
D’après la pièce « Kristina » d’August Strindberg (1903) : l’auteur brosse le portrait acide d’une courtisane déguisée en reine, faisant défiler ses nombreux amants, follement prodigue de ce qui ne lui appartient pas, uniquement préoccupée par la mise en scène d’un ballet alors qu’un soulèvement populaire est imminent, enfin contrainte d’abdiquer sous la pression des insurgés.
1970Δ Upon This Rock (US) de Harry Rasky ; Marstan-Rock Corp. – av. Edith Evans (Christine de Suède). – Docu-fiction sur l’histoire du Vatican : le séjour de Christine de Suède à Rome.
1974The Abdication (GB) d’Anthony Harvey 
Robert Fryer-James Cresson-Warner Bros., 103 min. – av. Liv Ullmann (Christine de Suède), Peter Finch (le cardinal Decio Azzolino), Cyril Cusack (chancelier Axel Gustafsson, comte Oxenstierna), Paul Rogers (Altieri), Graham Crowden (cardinal Barberini), Kathleen Byron (Maria Eleonora, la reine-mère), James Faulkner (comte Magnus de la Gardie), Richard Cornish (Karl X Gustaf), Suzanne Huddart (Christine jeune), Edward Underdown (le roi Gustave Adolphe, son père).
Christine de Suède abdique en 1654, se convertit au catholicisme et s’établit à Rome en 1655 où elle a une liaison avec le cardinal Azzolino, chargé de vérifier sa conversion et désigné comme successeur du pape. A la mort du Saint Père, Azzolino renonce à Christine pour assumer sa nouvelle tâche à la tête de l’Eglise romaine (d’après la pièce et le scénario de l’Américaine Ruth Wolff). Michael Dunn (le nain) décède pendant le tournage à Londres et plusieurs scènes doivent être retournées avec une doublure (restée anonyme). Liv Ullman porte dans le film la même couronne que Greta Garbo en 1933. Musique de Nino Rota. Un désastre critique et public.
1983® Putováni Jana Amose (Les Pérégrinations de Jan Amos) (CS) d’Otakar Vávra. – av. Zdena Studénková (Christine de Suède), Mikulás Huba (Axel Gustafsson, comte Oxenstierna). – cf. Autriche : Bohème (8.1).
1999Myrkrahöfdinginn / Flames of Paradise / Witchcraft (Sorcellerie) (IS/SE/NO/DE) de Hrafn Gunnlaugsson 
Icelandic Film Corp.-Leiknar Myndir-Viking-Filmhuset-P. Rommel, 114 min. – av. Hilmir Snaer-Gudnason, Sara Gögg Äsgeirsdottir, Gudrun Kristin Magnusdottir, Hallgrimur H. Helgason.
1643 en Islande : un pasteur fanatique condamne les habitants refractaires au bûcher pour sorcellerie.
2000® Palavra e utopia (PT) de Manoel de Oliveira. – av. Leonor Silveira (Christine de Suède). – Christine de Suède à Rome, cf. Portugal (9).
2006(tv) Drottning Kristina [La Reine Christine] (SE) de Carl Åstrand 
série « Nisse Hults historiska snedsteg », Sveriges Television (SVT 21.1.06, 150 min. – av. Per Svensson (la reine Christine), Johan Rheborg (Axel Oxenstierna), Loa Falkman (Pietro Antonio Bandera), John Glans (Nisse Hult), Sissela Kyle (Hertig Karl), Staffan Kihlbom, Ricky Danielsson, Hans Villius, Martin Lindholm. – Parodie.
2013(tv) Christina Wasa - Die wilde Königin / Christine de Suède, une reine libre / Drottning Kristina Wasa (DE/FR/SU) de Wilfried Hauke
Ralf Gemmecke/DM Film-ZDF-Arte (Arte 27.6.15), 90 min. - av. Saga Gärde (Christine de Suède), Björn Andersson (Axel Gustafsson, comte Oxenstierna), Otto Hargne Kin (Magnus Gabriel de la Gardie), Emma Mehonic (comtesse Ebba "Belle" Sparre, dame de compagnie), Harald Leander (cardinal Decio Azzolino), Jan Dzedins (René Descartes), Petter Feltenstedt (le roi Gustave-Adolphe), Jannica Ovenäs (Marie-Éléonore de Brandebourg, son épouse), Agnes Eneborg (Christine enfant).
Docu-fiction fort instructif sur une anticonformiste érudite, parsemé de fragments de fictions minimalistes et illuminé par la grâce de son interprète, la comédienne et réalisatrice suédoise Saga Gärde (qui ressemble en rien à son modèle historique).
2015The Girl King / Tyttökuningas / La Reine garçon (FI/DE/CA/SE/FR) de Mika Kaurismäki
Mika Kaurismäki, Miira Paasilinna/Marianna Films-Triptych Media-Starhaus Filmproduktion-Galafilm Productions-Anagram, 106 min. - av. Malin Buska (la reine Christine), Sarah Gadon (la comtesse Ebba Sparre), Michael Nyqvist (Axel Oxenstierna), Lucas Bryant (le comte Johan Oxenstierna), Laura Birn (comtesse Erika Erksein), Hippolyte Girardot (Pierre Hector Chahut, ambassadeur de France), Peter Lohmeyer (l'évêque de Stockholm), François Arnaud (Karl Gustav Kasimir), Patrick Bauchau (René Descartes), Ville Virtanen (Dr. Van Wullen), Martina Gedeck (Maria Eleonora), Timo Torikka (le Père Viogué), Lotus Tinat (Christine à 7-9 ans), Jannis Niewöhner (comte Jakob de la Gardie), Mikko Leppilampi (comte Magnus de la Gardie), Samuli Edelmann (le roi Gustav II).
Les conflits de la jeune reine avec elle-même (son amour pour la comtesse Ebba Sparre), avec la cour trop conservatrice (le chancelier Oxenstierna voudrait qu'elle épouse son fils Johan), son aspiration à une vie plus libre, plus ouverte (échanges avec Descartes) et moins austère, son conflit avec l'Eglise luthérienne. Tournage au château de Turku (Finlande) et en Bavière (Eschenlohe, Farchant). Célébration un peu trop dépouillée d'une souveraine fantasque et atypique, d'après une pièce du Canadien Michel Marc Bouchard. A relever: l'interprétation sans complexe de Malin Buska.