XI - LA SCANDINAVIE: ROYAUMES DE SUÈDE ET DU DANEMARK

7. LE ROYAUME DU DANEMARK ET LA NORVÈGE

Sous CHRISTIAN IV (1588/1648), FREDERIK III (1648/1670), CHRISTIAN V (1670/1699) et FREDERIK IV (1699/1730), le Danemark subit plusieurs revers militaires contre la Suède et finit par lui abandonner la suprématie dans la Baltique. A partir de FREDERIK V (1746/1766), un despotisme éclairé impose plusieurs réformes sociales et politiques. La Norvège reste un royaume distinct, soumis à partir de 1536 à l’administration danoise, puisque ce sont les Danois qui occupent les principales fonctions dans le pays. La Suède et le Danemark s’affrontent pendant deux siècles pour se départager les différentes provinces norvégiennes.
1907Rosen / Fra Rokokotiden (La Rose / A l’époque du rococo) (DK) de Viggo Larsen 
Ole Olsen/Nordisk Films Kompagni, 100 m.
1910Elverhøj [La colline des elfes] (DK) de Jørgen Lund 
Biorama, 340 m. – av. Jørgen Lund (Christian IV, roi), Carl Petersen (Erik Walkendorff), Agnes Lorentzen (Elisabeth Munk), Frans Skondrup, Ludvig Natansen, Oscar Stribolt.
D’après la comédie romantique de Johan Ludvig Heiberg (1828). En voyageant de Vordingborg à Copenhague, Christian IV, roi de Danemark et de Norvège (1588/1648) séjourne au domaine d’Albert Ebbesen et lui ordonne d’épouser Elisabeth Munk, sa filleule. Cette dernière aime toutefois un officier du roi, Paul Fleming, tandis qu’Ebbesen n’a de yeux que pour Agnete, une fille pauvre qui passe, dans la population, pour être la fille du roi des elfes. En réalité, c’est Agnete qui est la véritable filleule du roi, substituée jadis à Elisabeth par Henrik Walkendorff. La première pièce nationale danoise.
1910Elverhøj (DK) de Gunnar Helsengreen 
Fotorama, 250 m./6 min. – av. Philip Bech (Christian IV), Marie Niedermann (Elisabeth Munk), Johannes Rich (Henrik Walkendorff), Martha Helsengreen (Karen), Peter Malberg (Albert Ebbesen), Jenny Roelsgaard (Agnete), Aage Fønss (Poul Fleming), Aage Bjørnbak (le roi des elfes). – La pièce de Johan Ludvig Heiberg (cf. supra).
1910Christian IV og Forraederne (Kongens Yndling) (Le Favori du roi) (DK) d’August Blom ( ?) 
Ole Olsen/Nordisk Films Kompagni, 320 m.. – av. Gustav Lund, Lauritz Olsen, Valdemar Møller, Ella la Cour, Edith Buemann. – Episode de la guerre suédo-danoise de 1643/45, tourné aux studios de Valby.
1917Elverhøj (DK) d’Aage Brandt, Sigurd Lomholt 
Filmfabrikken Skandinavien. – av. Fritz Boesen (Christian IV), Hermann Florant (Albert Ebbesen), Lilly Jansen (Agnete), Ingeborg Pehrson (Elisabeth Munk), Knud Lang (Erik Walkendorff/Mogens), Carla Müller (Mme Walkendorff), Sigurd Lomholt (le roi des elfes), Hans Egede Budtz (Poul Flemming). – La pièce de Johan Ludvig Heiberg (cf. 1910).
1920*Prästänkan (La Quatrième Alliance de Dame Marguerite) (SE) de Carl Theodor Dreyer 
Svensk Filmindustri, 1935 m./71 min. – av. Hildur Carlberg (Dame Marguerite), Einar Rød (Sofren Ivarson), Greta Almroth (Kari), Mathilde Nielsen (Gunvor), Olav Aukrust, Emil Helsengreen, Lorentz Thyholt, Kurt Welin.
Un fabliau des temps anciens doublé d’une comédie de mœurs aux accents à la fois burlesques et naturalistes, création très inhabituelle venant de l’austère cinéaste danois. Dans un petit village de Norvège vers 1600, dont la population est illettrée, édentée et somnole à l’église. Pour devenir pasteur, Sofren, prêcheur talentueux, doit épouser auparavant la veuve du pasteur précédent, Dame Marguerite, qui pourrait être sa grand-mère et dont c’est le quatrième mariage. À l’aide de sa fiancée, Kari, il essaye ensuite de se débarrasser de l’encombrante personne, se déguise en diable pour la faire mourir de peur, etc. Heureusement, Dame Marguerite s’éteint de mort naturelle en leur pardonnant. (L’actrice qui l’incarne décède quelques jours après la fin du tournage, à l’âge de 76 ans.) « La joie sur un fond grave », selon Dreyer. Filmé à Lillehammer, dans le musée en plein air de Maihaugen (Norvège).
1922*Praesten i Vejlby (Le Vicaire de Vejlby) (DK) d’August Blom 
Ole Olsen/Nordisk Films Kompagni, 2120 m. – av. Gunnar Tolnaes (le juge Erik Sørensen), Viggo Wiehe (Søren Jensen Quist, vicaire), Ingeborg Spangsfeldt (Mette, sa fille), Clara Schønfeldt (tante Gertrud), Gerhard Jessen (Morten Bruus), Christian H. Sørensen (Niels Bruus), Hans Dynesen (pasteur d’Aalsø).
En 1626, Søren Quist, un pasteur du Jutland, est décapité pour un meurtre qu’il n’a pas commis, celui d’un domestique disparu. Le juge Sørensen, fiancé de Mette, la fille du pasteur, a été forcé de le condamner au prix de son propre bonheur. Vingt ans après l’exécution, le domestique que tout le monde a cru mort, revient et révèle que son frère a manigancé l’affaire pour se venger du vicaire qui ne lui avait pas accordé la main de sa fille. Tourné aux studios de Valby d’après la nouvelle de Steen Steensen Blicher (1829), basée sur un fait divers criminel authentique.
1931Praesten i Vejlby (DK) de George Schnéevoigt 
Nordisk Tonefilm, 101 min. – av. Henrik Malberg (Søren Jensen Quist), Karin Nellemose (Marie, sa fille), Eyvind Johan-Svendsen (Erik Sørensen), Mathilde Nielsen (tante Gertrud), Gerhard Jessen (Morten Bruus), Aage Winther-Jørgensen. – Premier film parlant du cinéma danois. D’après la nouvelle de Steen Steensen Blicher, cf. 1922.
1939Elverhøj (DK) de Svend Methling 
Tage & Svend Nielsen/Palladium, 93 min. – av. Rasmus Christiansen (Olufsen), Eva Heramb (Elisabeth Munk), Nicolai Nellendam (Christian IV), Karin Nellemose (Agnete), Palle Huld, Eduard Mielche, Karen Poulsen, Peter Poulsen, Aage Winther-Jørgensen, Carlo Wieth. – La pièce de Johan Ludvig Heiberg (cf. 1910).
1942***Vredens Dag / Dies Irae (Jour de colère) (DK) de Carl Theodor Dreyer 
Palladium, 97 min. – av. Thorkild Roose (le pasteur Absalon Perdersson), Lisbeth Movin (Anne Pedersdotter), Sigrid Neeiendam (Merete), Preben Lerdorff-Rye (Martin), Anna Svierkier (Marte la sorcière), Olaf Ussing (Laurentius).
Drame passionnel situé dans un village danois en 1623, alors que sévit la chasse aux sorcières et que le bûcher menace tous les déviants. La vieille Marte est condamnée à être brûlée vive. Elle menace l’un de ses juges, le pasteur Absalon, de se venger sur sa toute jeune épouse Anne (dont la mère fut naguère également accusée de sorcellerie). Le pasteur quinquagénaire meurt lorsqu’il apprend qu’Anne le trompe avec Martin, son fils d’un premier lit. La mère d’Absalon dénonce Anne comme sorcière, et cette dernière est brûlée à son tour.
A cheval entre réalisme scrupuleux et une stylisation picturale en clairs-obscurs rappelant Rembrandt, le cinéaste de « La Passion de Jeanne d’Arc » (1928) illustre le sort d’une héroïne sensuelle écrasée par une société formaliste et intolérante. Un tempo à la lenteur cérémonieuse, des visages d’une rare expressivité, un mélange de rigueur et de beauté au service d’une fable désespérée.
1943Drama på slottet (Drame au château / La Servante de Satan) (DK) de Bodil Ipsen 
Nordisk Film, 101 min. – av. Gull-Maj Norin (Justine Rosenkrantz), Bodil Kjer (Anna Dalvig), Mogens Wieth (Friedrich von Kötschau), Angelo Bruun (Von Lenthe), Agnes Thorberg Wieth (la reine Charlotte Amalie), Valdemar Møller (le roi Christian V), Petrice Sonne (Berte Skeel).
Drame à la cour de Copenhague en 1699, pendant la dernière année de règne de Christian V. Le monarque est gravement malade et dépressif. Aristocrate jeune, gai et séduisant, Friedrich von Kötschau, de Hesse, amuse leurs Majestés et fait des expériences alchmiques dans les caves du palais royal. La réalisatrice Bodil Ipsen signe un petit classique du film à énigme historique.
1958Hans Nielsen Hauge (NO) de Hans Lindal
68min. – av Jørgen Huseklepp (Hans Nielsen Hauge). – cf. film de 1961.
1961Hans Nielsen Hauge (NO) de Kåre Bergstrøm ;
Norsk Film. – av. Preben Lerdorff Rye (Frederik VI), Per Sunderland (Hans Nielsen Hauge), Gunnar Lauring (Kaas, président de la Chancellerie), Ola Isene (Lausen Bull), Tore Foss (Wulfsberg), Hans Coucheron-Aamot (Aars), Carsten Winger (Ludvig Ingstad), Espen Skjønberg (Mikkel Nielsen Hauge).
Fermier devenu prédicateur laïc itinérant, Hans Nielsen Hauge (1771-1824) s’est opposé à l’Église de Norvège et ses disciples ont été persécutés ; son enseignement luthérien a fait école aux Etats-Unis.
1969An-Magritt (NO) d'Arne Skouen
Norsk Film, 100 min. - av. Liv Ullmann (An-Magritt), Per Oscarsson (Hedström), Wolf von Gersum (Johaness), Claes Gill (Bjelke), Georg Løkkeberg (Jens), Lars Tvinde (Kiempen), Elisabeth Bang (Karen).
Norvège au XVIIe siècle. Fruit du péché (un viol) et bannie de l'église, An-Magritt survit entre la mine et la fonderie, au coeur d'une population essentiellement masculine. Elle est nommée cheffe d'une délégation de travailleurs pour présenter leurs revendications et combat l'ignorance généralisée.
1970(tv) Samtale om natten i Köbenhavn [Conversation nocturne à Copenhague] (DK) de Kaspar Rostrup 
Denmarks Radio (DR 24.2.70), 47 min. – av. Joen Bille (Christian VII), Marie Brink (Rufferske), Brigitte Kolerus (Lise), Michael Lindvad (le poète), Elith Pio. – D’après une nouvelle de Karen Blixen (1957).
1972Praesten i Vejlby (DK) de Claus Ørsted 
Gunnar Obel Film-C. Ø ;rsted Film, 92 min. – av. Karl Stegger (Søren Jensen Quist), Anne-Lise Gabold (Marie, sa fille), Peter Steen (Erik Sørensen), Jens Okking (Nils Ibsen), Lisbet Lundquist (Mine), Erik Wedersøe (Thomas), Preben Lerdorff Rye (Jens Larsen), Sisse Reingaard (Kristine Hansen). – Tourné en scope et Eastmancolor d’après la nouvelle de Steen Steensen Blicher, cf. 1922.
1974(tv) Engang blir Danmark frit (DK) de Carlo M. Pedersen 
Denmarks Radio (DR 26.12.74), 56 min. – av. Louis Miehe-Renard (Frederik VI), Pouel Kern (Laereren), Ingolf David (Tuxen), Henning Palner (Dr. Dampe), Karen Margrethe Bjerre (Mme Dampe), Jesper Klein (Drengen).
1979® (tv) Wallenstein (DE) de Franz Peter Wirth. – av. Björn-Watt Boolsen (Christian IV de Danemark), cf. Allemagne (1).
1981Forfølgelsen (NO/SE) d’Anja Breien 
Norsk-Svenska, 91 min. – av. Lil Terselius, Bjørn Skagestad, Anita Bjørk, Erik Mørk, Ella Hval, Mona Jacobsen. – 1625 Norvège de l’ouest, une femme libre est accusée de sorcellerie et périt sur le bûcher.
2001Grev Axel (Le Comte Axel) (DK) de Søren Fauli 
Cosmo Film A/S-Per Holst-DFI-TV2 Denmark, 90 min. – av. Peter Frödin (Axel), Sofie Gråbøl (Leonora Amalie), Tomas Villum Jensen (Peter), Egon Holmquist (Erik), Thomas Bo Larsen (Niels).
Villeinage en 1783 : un comédien usurpe l’identité d’un comte et rétablit la justice (comédie paillarde).
Struensee (Clive Brook) entre au service de Christian VII (Emlyn Williams) (« The Dictator » de Victor Saville, 1935).

7.1. Johann Friedrich, comte de Struensee

(1737-1772). Médecin allemand, adepte du « despotisme éclairé », Struensee devient premier ministre à la cour du Danemark sous CHRISTIAN VII (1766), un monarque mentalement retardé, et y exerce un pouvoir absolu dès 1771. Il introduit de nombreuses réformes (abolition du servage, de la torture et des corporations, liberté de presse, tolérance religieuse), promulguant 564 édits en huit mois. Le roi, qui l’a nommé conseiller, signe tous les décrets que Struensee propose. Mais ce dernier se fait de puissants ennemis qui le feront exécuter après la découverte de sa liaison avec la jeune reine Caroline Mathilde.
1923Die Liebe einer Königin / Struensee / Ein Freund des Volkes (Le Favori de la reine) (DE) de Ludwig Wolff 
Maxim-Film Gesellschaft Ebner & Co., Berlin, 2849 m. – av. Harry Liedtke (Dr. Johann Friedrich Struensee), Henny Porten (la reine Caroline Mathilde), Walter Janssen (Christian VII), Olga Limburg (reine-veuve), Annemarie Mörike (Elisabeth Marie von Eyben), Friedrich Kayssler, Hermann Valentin, Adele Sandrock, Louis Ralph.
1935*The Dictator / The Love Affair of the Dictator / For Love of a Queen (rééd.) /US : The Loves of a Dictator (Le Dictateur) (GB) de Victor Saville [et Alfred Santell] 
Ludovico Toeplitz de Grand Ry Prod.-British Films, 86 min. – av. Clive Brook (Dr. Johann Friedrich Struensee), Madeleine Carroll (la reine Caroline Mathilde), Emlyn Williams (Christian VII), Helen Haye (reine-mère Juliana), Isabel Jeans (Elisabeth Marie von Eyben), Frank Cellier (Sir Murray Keith), Alfred Drayton (baron Enevied Brandt), Nicholas Hannen (le Premier ministre Ove Guldberg).
Film à grand spectacle (500’000 $) produit sur la lancée des succès d’Alexander Korda, tourné aux studios d’Ealing dans une suite impressionnante de décors luxueux et une débauche de costumes rarement vus dans le cinéma anglais de l’époque (normal: la reine adultère n'est-elle pas la soeur du roi d'Angleterre, Georges III?). L'utilisation d'escaliers géants devant le palais pour signifier l'abîme qui sépare l'aristocratie du peuple dans un pays aussi "retardé" que le Danemark est ingénieuse. L’intrigue en revanche ne dépasse pas le niveau de la romance simpliste : Struensee est dépeint comme un irrésistible coureur de jupons, ambitieux, aimant le pouvoir, qui domine le roi (un lubrique gravement infantile, non un malade) et devient ainsi le rival de la reine-mère dominatrice avant de s’improviser dictateur réformiste … et imprudent. "Réfléchir est devenu à la mode", préconise-t-il, tout en proposant à la reine de l'aider à "construire une autre Angleterre au Danemark" et en libérant tous les serfs du domaine dont le roi lui a fait cadeau. Lié à son approche toute décorative du sujet, Saville ne parvient jamais à faire naître l’émotion, ses personnages restent superficiels (on nous épargne aussi la décapitation finale), la narration traîne. Disons à sa défense que le projet n’est pas le sien : il remplace l’Américain Alfred Santell après une semaine de tournage. Pour son exploitation aux Etats-Unis, la production subit les foudres de la censure (PCA) et doit éliminer toute allusion trop directe à un adultère et à la reine enceinte.
1956*Herrscher ohne Krone (Pour l’amour d’une reine) (DE) de Harald Braun 
Bavaria Filmkunst, 106 min. – av. Otto Wilhelm Fischer (Dr. Johann Friedrich Struensee), Odile Versois (la reine Caroline Mathilde), Horst Buchholz (Christian VII), Elisabeth Flickenschildt (reine-mère Juliana), Fritz Tillmann (comte Rantzau), Ingeborg Schöner (Gertrud von Eyben), Günther Hadank (ministre), Siegfried Lowitz (Premier ministre Ove Guldberg), Wilfried Jan Heyn (baron Enevied Brandt), Helmut Lohner (comte Holck).
L’amour obsessionnel de Struensee pour Caroline Mathilde prime ici sur le cadre et les implications socio-historiques, mais l’extrême sensibilité des comédiens et la beauté des images compensent partiellement la dimension moralisante du mélo. Fresque filmée en Eastmancolor à Copenhague, à Kassel (Löwenburg, Schloss Wilhelmshöhe), à Sylt et aux studios Bavaria à Munich-Geiselgasteig.
2010(tv) *Eine königliche Affäre. Das riskante Leben des Leibarztes Johann Friedrich Struensee (Le Roi, la reine et son amant. Copenhague au siècle des Lumières) (DE/DK) de Wilfried Hauke 
DR Danmark Radio TV-ZDF-Arte (Arte 23.7.11), 93 min. – av. Nicki von Tempelhoff (Dr. Johann Friedrich Struensee), Emily Cox (la reine Caroline Mathilde), Maximilian Hauff (Christian VII), Markus Boysen (Premier ministre Ove Guldberg), Nina Schwabe (Elisabeth Marie von Eyben), Marek Harloff (baron Enevied Brandt), Kai Maertens (comte Rantzau), Jeffrey Hinrichs (Moranti), Monika Anna Wojtyllo (Katrine).
Docu-fiction très instructif filmé au Danemark, en Angleterre et en Allemagne.
2012***En kongelig affaere / En kunglig affär / A Royal Affair (Royal Affair) (DK/SE/CZ) de Nikolaj Arcel 
Zentropa Entertainment (Lars von Trier)-DR TV-Trollhättan Film AB-Film i Väst-Svergies Television-Sirena Film, 137 min. – av. Mads Mikkelsen (Dr. Johann Friedrich Struensee), Mikkel Boe Følsgaard (Christian VII), Alicia Vikander (la reine Caroline Mathilde), David Dencik (Ove Høegh-Guldberg), Trine Dyrholm (Juliane Marie), Thomas W. Gabrielsson (Schack Carl Rantzau), William Jøhnk Nielsen (Frederik VI), Cyron Bjørn Melville (Enevold Brandt), Laura Bro (Louise von Plessen).
A ce jour la meilleure illustration de l’affaire Struensee, ce dernier étant magistralement campé par Mads Mikkelsen, la révélation du cinéma danois. A la fois thriller politique et grande histoire d’amour, le film montre une jeune Anglaise de quinze ans désarçonnée par les extravagances infantiles et l’imprévisibilité d’un époux royal psychiquement malade (il aime avant tout son chien et les filles de joie), puis l’arrivée d’un mentor, séduisant d’abord par sa force intérieure, par ses convictions philosophiques plus que par sa prestance virile. Bombardé malgré lui médecin personnel du roi (il soignait auparavant les miséreux dans les tréfonds de Stockholm), Struensee partage avec la reine sa passion de Voltaire, de Diderot et de Rousseau, et son emprise toute en finesse mais chaleureuse sur Christian VII permet d’introduire au Danemark une ère de tolérance qui transformera, pendant quelques brèves années, ce royaume éculé en phare de l’Europe.
En plus des aspects complexes, parfois déchirants de l’étrange triangle passionnel formé par la reine, le roi (tantôt ridicule tantôt tragique) et son médecin, le film d’Arcel met en perspective le fossé entre les privilégiés et le peuple, la lutte entre l’ancien et le nouveau, le pouvoir des idées contre celui de l’argent, l’émancipation féminine et la difficulté de toute réforme radicale. C’est la lutte inégale des libéraux autour de Struensee contre la reine douairière, l’ancienne noblesse du royaume et son corps de fonctionnaires tout-puissants, montrée avec justesse et sans ostentation, qui fait le véritable sujet de l’œuvre : la fin des Lumières au Danemark – à l’aube de la Révolution française. Un modèle de film historique, tourné en extérieurs à Dresde. Première mondiale au Festival de Berlin 2012, où il reçoit l’Ours d’argent du meilleur scénario et un prix d’interprétation pour Følsgaard. Nominé à l’Oscar du meilleur film étranger 2013.