VII - L’ESPAGNE et le PORTUGAL

7. L’AFRIQUE COLONIALE PORTUGAISE : GUINÉE, ANGOLA ET MOZAMBIQUE

1953Chaimite (PO) de Jorge Brum Do Canto ; Cinal, 157 min. – av. Jacinto Ramos, Jorge Brum Do Canto, Augusto Figueiredo, Silva Araújo (Antonio Enes), Emilio Correia. – Afrique portuguaise en 1894, les attaques répétées des tribus Vatuas contre la population de Laurenço Marque suscitent les campagnes africaines d’Antonio José Enes (1848-1901), nommé gouverneur du Mozambique.
1992(tv) Aqui d’ell Rei ! / Le lieutenant Lorena (PO/ES/FR) d’António-Pedro Vasconcelos ; Caméras Continentales-CNC-FR3-IPC-La Sept-Opus Filmes-RTP-TVE (FR3 31.3.92 / RTP 24.4.92), 3 x 100 min. – av. Arnaud Giovaninetti (ltn. Nuno Lorena), Ludmila Mikaël (Mariana de Vignais), Jean-Pierre Cassel, Julie Sergeant, José Coronado, Christine Chevraux, José Mário Branco (Mouzinho de Alburquerque). – Mozambique, colonie portugaise, en 1896 : un officier cruel, Mouzinho, fait prisonnier un chef rebelle et charge Lorena de le ramener à Lisbonne où celui-ci fait son apprentissage sentimental et politique.

7.1. LA TRAITE DES NOIRS

Le besoin de main-d’œuvre des colonies espagnoles en Amérique engendre le commerce des esclaves, officialisé en 1518. Les Portugais, Hollandais, Anglais et Français en ont successivement le monopole. La traite s’étend sur 3000 km de littoral entre la Mauritanie et le Congo. Du XVIIe au XIXe siècle, environ douze millions d’esclaves sont emmenés d’Afrique noire en Amérique. Abolition définitive de l’esclavage en 1833 en Grande-Bretagne, en 1848 en France et en 1865 aux États-Unis. Les pressions britanniques sur l’Espagne, le Portugal et le Brésil et la lutte contre les négriers durant les décennies 1840/1850 tarissent le commerce des esclaves à travers l’Atlantique, commerce qui devient marginal à partir des années 1860. Le Portugal abolit l’esclavage en 1869, l’Espagne en 1880 et le Brésil en 1888.
La traite des Noirs dans les Caraïbes espagnoles (« Queimada » de Gillo Pontecorvo, 1968/69)
1958*Tamango / Tamangò, la rivolta dell’esperanza (FR/IT) de John Berry 
Marcello Danon, Roland Girard, Sig Shore, René Gaston Vuattoux/Films du Cyclope-Da.Ma. Cinematografica, 98 min. – av. Dorothy Dandridge (Aïché), Curd Jürgens (capt. John Reinker), Alex Cressan (Tamango), Jean Servais (Dr. Corot), Roger Hanin (Bebe Bosco), Doudou Babet (Chadi), Bachir Touré (Zaru), Clément Harari (le cuisinier), Julien Verdier (Fernando), Guy Mairesse (Werner).
En 1820, une mutinerie des Noirs à bord d’un navire négrier reliant la Guinée à La Havane finit noyée dans le sang, après qu’Aïché, maîtresse noire du commandant, ait incité l’esclave Tamango à prendre les armes. Un film se voulant antiraciste et libertaire, tourné au Sud de la France en Eastmancolor et CinemaScope par le cinéaste américain exilé John Berry, membre du parti communiste, victime du maccarthysme. En tête d’affiche, la première grande vedette noire du cinéma hollywoodien, révélée dans « Carmen Jones » d’Otto Preminger, et qui a un droit de regard sur le scénario. L’« Esperanza », un splendide voilier trois-mâts, est monté sur roulettes dans le port de pêche de Cagnes-sur-Mer, tandis que les intérieurs sont enregistrés au studio de la Victorine à Nice. Les régiments stationnés à Fréjus livrent la figuration noire. Le film est tiré d’une nouvelle de Prosper Mérimée et pourvu de dialogues signés Georges Neveux (le scénario est de Berry et de deux autres écrivains américains « blacklistés », Lee Gold et Tamara Hovey). Pour éviter la censure, le navire français de Mérimée, commandé par le cruel négrier Ledoux, devient à l’écran une frégate portugaise, et le capitaine prend la nationalité hollandaise. Un carton suivant le générique précise que la France « a aboli l’esclavage en 1794 », oubliant que Bonaparte l’avait réintroduit et légalisé en 1802 et qu’en 1820, la France était toujours la troisième puissance mondiale active sur le marché de la traite des noirs… (L’abolition officielle de l’esclavage par la Monarchie de Juillet en 1848 ne s’appliquera ni à l’Algérie ni, plus tard, aux colonies africaines comme le Sénégal.)
Le texte de Mérimée est à la fois plus féroce et plus ambigu : Tamango y est un chef africain qui se livre également au trafic de l’ébène ; saoul, il vend Aïché, sa femme préférée, au capitaine et, une fois dégrisé, cherche à la reprendre, ce qui lui vaut à son tour d’être enchaîné dans la cale. Dans la nouvelle, les esclaves triomphent des négriers (qui sont massacrés) mais se révèlent incapables d’exploiter leur victoire et de faire marcher le navire; il crèvent tous de faim et de soif sur un rafiot démâté et à la dérive. Seul Tamango survit, sauvé par une frégate anglaise et transporté à la Jamaïque, où, devenu alcoolique, il mourra d'une "inflammation de poitrine". Le film, qui s’achève par une sorte de suicide collectif, met l’accent sur l’égalité raciale (on y voit le premier baiser interracial de l’histoire du cinéma) et se veut une parabole de la libération de l’Afrique (ce qui lui vaudra d’être banni en Afrique francophone). Il fait d’Aïché la maîtresse de Reinker, et de Tamango une sorte de Patrice Lumumba avant l’heure, un véritable héros noir et un paysan que l’exploitation transforme en combattant : du jamais vu dans le cinéma occidental de l’époque. En ce sens, l’œuvre de Berry est clairement en avance sur son temps. Mais il lui manque curieusement du punch, de la vitalité et de la conviction (Jürgens mis à part, l’interprétation est un peu raide), et de réels extérieurs maritimes qui font cruellement défaut. Plus curieusement encore, le capitaine, son équipage et les esclaves noirs parlent tous la même langue, et les armes à feu utilisées n'ont jamais besoin d'être rechargées ! Film d’ouverture au Festival de Cannes 1958, « Tamango » est fraîchement reçu par la critique, mais fait une jolie carrière commerciale dans l’Hexagone (2 millions de spectateurs). Il est interdit jusqu’en 1962 aux Etats-Unis où, à peine distribué, il disparaîtra des salles après quelques semaines. À redécouvrir.
Un redoutable trafiquant d’esclaves à Dahomey en 1820 (« Cobra verde » de Werner Herzog, 1988)
1963Drums of Africa (US) de James B. Clark 
Zimbalist-Krasne/Metro-Goldwyn-Mayer, 92 min. – av. Frankie Avalon (Brian Ferrers), Mariette Hartley (Ruth Knight), Torin Thatcher (Jack Cuortemayn), Lloyd Bochner (David Moore). – Des chasseurs d’esclaves en Afrique orientale vers 1895 (en Metrocolor). Simple routine.
1969**Benito Cereno (FR/IT/BR) de Serge Roullet 
Niepce Films-Films 13-King Films-CI. Antoine Filmes, 90 min. – av. Ruy Guerra (capt. Benito Cereno), Georges Selmark (capt. Amasa Delano), Temour Diop (Atimbo), Jacques Mercier (Rover), John Turner (Nathaniel), Philippe Nourry (Alexandro Aranda).
En 1799, sur un navire espagnol transportant des Noirs au Pérou, via le Cap Horn. Menés par Atimbo, les esclaves se révoltent, tuent l’équipage, sauf sept, dont le capitaine Cereno, chargé de les ramener dans leur pays. Un tribunal exécute Aranda, propriétaire de la cargaison. Le navire américain du capitaine Delano rétablit « l’ordre », massacre les révoltés, Atimbo est pendu à Lima tandit que Benito Cereno, brisé, succombe à la maladie. Film empreint d’un profond pessimisme, d’après la nouvelle de Herman Melville (1855) et les relations de voyage du capitaine Delano.
1976Slavers – Die Sklavenjäger (Mafia Cop) (DE) de Jürgen Goslar 
Lord Film-ITM, 102 min. – av. Trevor Howard (Alec Meckenzie), Ron Ely (Steven Hamilton), Britt Eklund (Anna von Erken), Ray Milland (Hassan), Cameron Mitchell (Da Silva). – La lutte contre la traite des Noirs en Afrique orientale en 1884.
1977® (tv) Roots (Racines) (US) de David Greene, John Erman, Marvin J. Chomsky, Gilbert Moses ; David L. Wolper Prod. (ABC 23.1.77), 12 x 60 min. – av. Maya Angelou, Ji-Tu Cumbuka, Moses Gunn, Thalmus Rasulala, Harry Rhodes. – XVIIIe-XIXe s., la destinée d’une famille noire emmenée en esclavage aux Etats-Unis (cf. 5.1).
1988*Cobra verde (DE/GH) de Werner Herzog 
W. Herzog Filmprod.-ZDF-Ghana Film Industry, 111 min. – av. Klaus Kinski (Francisco Manoel da Silva, dit Cobra Verde [=Francisco de Souza]), King Ampaw (Taparica), José Lewgoy (Don Octavio Coutinho), Salvatore Basile (capt. Fraternidade), Guillermo Coronel (Euclides), S. A. Nana Agyefi Kwame II de Nsein (Bossa Anadee, roi du Dahomey).
Dahomey en 1820, l’ascension et la chute du traficant d’esclaves brésilien da Silva, jadis un paysan ruiné devenu bandit sous le nom de Cobra Verde, puis surveillant d’esclaves dans une plantation de canne à sucre. Son patron croit l’envoyer à une mort certaine en Afrique, auprès du roi dément du Dahomey. Mais Cobra Verde, son armée d’amazones rebelles et le frère du roi fomentent une révolte. Le Brésilien devient vice-roi du Dahomey jusqu’au jour où le Brésil abolit la vente d’esclaves. Ruiné, destitué, Cobra essaie vainement de s’enfuir. Récit inspiré par « Le vice-roi de Ouidah », un roman de Bruce Chatwin relatant les exploits douteux du trafiquant Dom Francisco Félix de Souza (1754-1849). Dernier film de Werner Herzog avec son acteur fétiche Klaus Kinski, maniaco-dépressif et mégalomane. Tournage au Brésil (Bahia, Juazeiro do Norte, Serra Pelada), en Colombie (Cali, Cartagène, La Guajira, Villa de Leiva), au Ghana (Fort Elmina, Tamale) et au Bénin (Dahomey). Prix Bavaria 1988 pour la production et le son.
1997® Amistad (US) de Steven Spielberg. – av. Morgan Freeman (Theodore Joadson), Nigel Hawthorne (Martin Van Buren), Anthony Hopkins (John Quincy Adams), Ana Paquin (Isabelle II). – En 1839, la mutinerie à bord du négrier espagnol « Amistad » en provenance de Cuba se termine devant un tribunal américain où les insurgés, qui ne parlent pas l’anglais, sont défendus par l’avocat et politicien John Quincy Adams. Les autorités américaines refusent de rendre les esclaves révoltés à l’Espagne, malgré protestations et menaces du gouvernement de la reine Isabelle II. – cf. Etats-Unis (3.1).