XII - LES ÉTATS-UNIS AU XIXe SIÈCLE

1. Les « Pères de la Nation » : l’oligarchie de la Virginie et « l’ère des bons sentiments » - THOMAS JEFFERSON 1801/1809 - JAMES MADISON - 1809/1817 - JAMES MONROE 1817/1825 - JOHN QUINCY ADAMS - 1825/1829

1.3. LA CRISE DE TRIPOLI, 1801/05

Depuis trois siècles, l’activité des corsaires ottomans - les barbaresques - sur les côtes de la Tripolitaine (Libye) fait peser une menace constante sur les relations maritimes en Méditerranée. Une quantité non négligeable des importations des Etats-Unis, notamment en grains et en poissons séchés, transite par le détroit de Gibraltar, où les équipages des navires marchands sont régulièrement arraisonnés et enlevés par des pirates à la solde des potentats locaux, comme le bey d’Alger; les équipages captifs sont vendus comme esclaves. Pour y échapper, une seule solution : payer. En 1801, le pacha de Tripoli (indépendant de la « Grande Porte ») ayant exigé une augmentation du tribut, il provoque un conflit armé avec Washington qui intervient avec sa flotte militaire sur ordre de Thomas Jefferson. Une escadre de quatre frégates particulièrement rapides et efficaces, dotées d'une puissance de feu sans égal, est chargée de nettoyer la Méditerranée de ses barbaresques; elle est bientôt rejointe en renfort par le "USS Constitution" que commande le Commodore Edward Preble, une forteresse flottante moderne. Le jeune officier STEPHEN DECATUR (1779-1820) se distingue par son audace et son intelligence tactique dans cette campagne et devient un héros national: en 1804, il enlève dans le port de Tripoli l'"USS Philadelphia", un navire américain capturé par l'ennemi (ce qui lui vaut les louanges de l'amiral Nelson) et récidive en 1812 ("Second Barbary War") en prenant d'assaut le vaisseau amiral de la flotte algérienne en plein port d'Alger, lors de la bataille navale de Cape Gata.
1926**Old Ironsides / Sons of the Sea (Vaincre ou mourir) (US) de James Cruze 
B. P. Schulberg/Paramount Pictures (Famous Players-Lasky), 11 bob./111 min. – av. Charles Farrell (le marin surnommé « The Commodore »), Esther Ralston (Esther), Wallace Beery (Bos’n, capitaine de « L’Esther »), George Bancroft (le cannonier), George Godfrey (le cuisinier), Johnny Walker (ltn. Stephen Decatur), Charles Hill Mailes (Edward Preble, commodore de l’« U.S.S. Constitution »), Eddie Fetherston (lieut. Richard Somers), William Conklin (le père d’Esther), Boris Karloff (un sarrasin).
Washington arme deux frégates de guerre, la « Constitution », surnommée « Old Ironsides », et la « Philadelphie » pour combattre les barbaresques dans la Méditerranée. Alors qu’il voulait. Alors qu’il voulait s’embarquer sur la première frégate, un jeune marin est embobiné par le capitaine Bos’n pour servir à bord du navire marchand « L’Esther » à destination de l’Italie, avec, comme passagère, la jolie Esther. Le bateau est arraisonné par les pirates, l’équipage mis en chaînes pour les marchands d’esclaves. Entre temps, la « Philadelphie » est aussi tombée aux mains des pirates. Le marin, son compagnon le canonnier, Bos’n et le cuisinier noir s’évadent, rejoignent le « Commodore », libèrent les autres prisonniers (dont Edith, promise au pacha), brûlent la « Philadelphie » et participent à la destruction de la flotte barbaresque au large de Tripoli.
Une grande épopée maritime (coûts : 2,4 millions de dollars) pour laquelle James Cruze reconstitue méticuleusement l’ancienne cité de Tripoli sur la côte rocheuse de Catalina Island (Isthmus/Two Harbors, avec un fort de 500 mètres de long), deux frégates à trois mats dont la « Constitution » (longue de 45 mètres, à partir du « Llewellyn J. Morse ») – aménagées dans le chantier naval de San Francisco, douze navires de bois et vingt-quatre chalands. Le S. N. Castle, construit en 1886, est incendié et coulé pour les besoins du film. Deux séquences de batailles sont filmées avec le procédé pour écran large « Magnascope ». Quelques personnages historiques ornent le scénario de Lawrence Stallings : le lieutenant Stephen Decatur (1779-1820) qui détruisit le « Philadelphia », le commodore Edward Preble (1761-1807), Thomas McDonough, James Lawrence, etc. Une fresque visuellement très soignée, énergique, sublimée par le patriotisme, et qui révèle le jeune Charles Farrell, mais qui sera curieusement un lourd échec au box-office.
1947Slave Girl (La Belle Esclave) (US) de Charles Lamont 
Universal International Pictures, 80 min. – av. Yvonne De Carlo (Francesca), George Brent (l’ambassadeur Matt Claibourne), Broderick Crawford (Chips Jackson), Albert Dekker (Yussuf Karamanli, pacha de Tripoli), Lois Collier (Aleta), Andy Devine (Ben), Carl Esmond (El Hamid).
Matt Claibourne est un ambassadeur U.S. chargé de racheter au pacha de Tripoli dix otages américains provenant de la frégate « Philadelphie » capturée en 1804. Il est séduit par Francesca, une danseuse qui lui dérobe son argent dans le but d'aider son amant. Le diplomate est jeté en prison, puis délivré par des marins américains conduits par une jeune femme, Aleta. Ils réussissent à récupérer l'argent volé et profitent de la révolte organisée par une Francesca repentante pour s'enfuit. Claibourne repart avec la jolie danseuse.
Bande d’aventures fauchée, filmée en Technicolor en extérieurs à Iverson Ranch, Chatsworth. Pour animer un peu cette banalité, les producteurs ont ajouté des séquences humoristiques impliquant un chameau doté de la parole qui commente l'action avec un accent de Brooklyn! Avis aux amateurs.
1949Barbary Pirate (US) de Lew Landers 
Sam Katzman/Columbia, 64 min. – av. Donald Woods (major Tom Blake), Trudy Marshall (Anne Ridgeway), Lenore Aubert (Zoitah), Stefan Schnabel (Yussuf Karamanli, pacha de Tripoli), Ross Ford (Sam Ridgeway), Holmes Herbert (Thomas Jefferson), Russell Hicks (commodore Edward Preble, « U.S.S. Constitution »), Matthew Boulton (Tobias Sharpe).
En mission secrète pour Washington, Thomas Blake s’introduit dans la cour du bey de Tripoli et y démasque un espion qui renseigne le satrape sur les déplacements de la flotte américaine.
1950Tripoli / The First Marines (Tripoli) (US) de Will Price 
Pine-Thomas Prod.-Paramount Pictures, 95 min. – av. Maureen O’Hara (comtesse d’Arneau), John Payne (lieutn. O’Bannion), Howard da Silva (capt. Demetrios), Philip Reed (l’usurpateur Hamet Karamanli, frère du pacha), Grant Withers (sgt. Derek), Lowell Gilmore (lieutn. Tripp), Alan Napier (Khalil), Herbert Heyes (gén. Eaton), Grandon Rhodes (commodore Barron).
Un lieutenant des marines attaque Tripoli par le Sud en traversant le désert libyen avec un corps expéditionnaire, et dévoile la position des 115 canons du port barbaresque à la flotte américaine stationnée au large. Petit film d’aventures exotiques assez plaisant, à la gloire des premiers « Marines », et filmé en Technicolor par le grand James Wong Howe (pour mettre en valeur la chevelure rousse de la vedette, Maureen O’Hara, dirigée ici par son époux, Will Price). Le script se base sur l’exploit de William Eaton, ancien consul des Etats-Unis à Tunis, qui, avec une centaine de mercenaires, investit la ville libyenne de Darna en mai 1805, au terme d’une incroyable traversée du désert d’Egypte.
1954Yankee Pasha (US) de Joseph Pevney
Howard Christie/Universal-International, 83 min. - av. Jeff Chandler (Jason Starbuck), Rhonda Fleming (Roxana Reil), Mamie Van Doren (Lilith), Lee J. Cobb (le sultan du Maroc), Bart Roberts (Omar ad-Din), Hal March (Hassan Serdar), Tudor Owen (Elias Derby), Arthur Space (Richard O'Brien, consul des États-Unis), Benny Rubin (Zimil), Phil Van Zandt (Baidu Sa'id).
En 1800, Jason, un trappeur du Massachusetts, apprend que Roxana, la femme qu'il aime, a été enlevée par des pirates barbaresques alors qu'elle rejoignait son père à Marseille. Par l'entremise du consul américain, Jason se fait engager par le sultan du Maroc pour entraîner ses troupes au tir. Il apprend par une esclave, Lilith, que Roxana a été vendue à Omar ad-Din, commandant des Janissaires, des pirates hostiles au sultan. Jason parvient à sauver sa bien-aimée après avoir suscité une insurrection parmi les esclaves et tué Omar, et le couple gagne un navire américain. - Une aventure conventionnelle à placer vaguement dans le cadre de la guerre des USA contre les barbaresques de Tripoli, filmée en CinemaScope et Technicolor à Universal City, à Corriganville, Simi Valley et au Rowland V. Lee Ranch à Canoga Park (Calif.); c'est le premier film en format panoramique de la Universal.
1967(tv) Pirates of Deadman’s Island (US) de Sobey Martin 
série « The Time Tunnel », Irwin Allen-20th Century-Fox (ABC 17.2.67), 50 min. – av. James Darren, Robert Colbert, Regis Toomey, Jory, James Anderson, Charles Baterman (ltn. Stephen Decatur). – Prisonniers des pirates barbaresques en 1805.
2004(tv) The Battle of Tripoli (US) de Kim Hawkins, Patrick Taulère 
Indigo Films-Dreammaker Prod. (History Channel 19.9.04). – av. Lance J. Holt (William Eaton), Cyril Allouche (l’ambassadeur américain), Maid Basket (Yussuf Karamanli, pacha de Tripoli), Ahmed Saquia (Hamet Karamanli, son frère), Mark Hilliard (Presley O’Bannon), Roger Tilling et David DeSantos (narration).
Illustration du fait d’armes de William Eaton (1764-1811) (cf. supra, « Tripoli »), responsable de la première victoire américaine en territoire étranger. Docu-fiction tourné à Boston (Mass.) et à Essaouira, au Maroc.
2015(tv) Die Korsaren : Angriff der Menschenhändler / Die Jagd nach dem weissen Gold (Les Corsaires barbaresques) (DE) de Robert Schotter
Berndt Wilting, Uli Veith/Taglichtmedia ("Terra X")-Arte-ZDF (Arte 31.10.15), 50 min. - av. Manou Lubowski (ltn. Stephen Decatur), Alexander von der Groeben (Hark Olufs vieux), Timur Bartele (Hark Olufs jeune).
Docu-fiction sur les deux guerres barbaresques de 1804 et 1812. Lors de la traversée de l'Atlantique, le jeune Stephen Decatur se renseigne sur le commerce des esclaves blancs et découvre l'exceptionnel récit autobiographique de Hark Olufs (1708-1754), un marin germano-danois capturé dans la Manche et vendu au marché d'esclaves d'Alger. En mars 1824, Olufs est racheté par le bey de Constantine, se convertit à l'Islam, accompagne son souverain en pèlerinage à la Mecque et devient commandant en chef de la cavalerie. Le bey lui rend sa liberté après 12 ans et, désormais riche, Olufs rentre en 1736 pour s'y marier… Decatur assiège la baie de Tripoli pour affamer l'ennemi, en vain. Les barbaresques capturent le "USS Philadelphia" et 300 marins qui sont retenus en otages, une humiliation sans nom pour les États-Unis. Decatur gagne secrètement Tripoli, aborde le "USS Philadelphia" avec un commando de 75 soldats et y met le feu; cet acte de valeur lui vaut la célébrité et le titre de capitaine. Alger signe un traité de paix. En 1812, lors de la Seconde Guerre barbaresque, Decatur doit intervenir à nouveau et capture le navire amiral des corsaires au large d'Alger. Inaugurant la "politique de la canonnière" à l'américaine et ayant menacé de réduire la ville en cendres, Decatur peut dicter ses conditions. Le 3.7.1815, le dey d'Alger fait la paix à bord d'un navire américain: les trois régences ottomanes libèrent les prisonniers américains et acceptent de payer des réparations de guerre et de renoncer à attaquer les navires d'Outre-Atlantique.