II - L’EMPIRE BRITANNIQUE

9. LES INDES BRITANNIQUES (« THE RAJ »)

9.2. La chasse aux tueurs fanatiques des THUGS

Réunis en secte, des adorateurs shivaïtes de la déesse Kâlî pratiquent le sacrifice humain (mort par étranglement) et nuisent au commerce de la Compagnie des Indes en faisant disparaître plus d’un millier de personnes. Le gouverneur général anglais William Bentinck anéantit la secte, un phénomène local confiné dans certaines poches du centre de l’Inde entre 1827 et 1837. L’éradication de ce fléau sera toujours présentée en Occident comme un des actes les plus positifs du colonialisme britannique, légitimant la mainmise « civilisatrice » de l’Angleterre et des missions chrétiennes sur le subcontinent. Notons que les Thugs ne s’attaquaient en principe pas aux Blancs.
1918[Die Liebe der Bajadere (DE) de Svend Gade ; Argus-Film GmbH Berlin. – av. Ferdinand von Alten, cf. infra.]
1925[Die Liebe der Bajadere / Götter, Menschen und Tiere (La Mystérieuse Kâlî / La Bayadère) (DE) de Geza von Bolvary 
Isidor Fett/Central-Film Fett & Co. GmbH., München. – av. Ellen Kürti (Naja), Julius Messaros (Jack Ribber), Carl von Barany (William Hold), Helene von Bolvary (Lady Clifford), Claire Kronburger (Mabel Clifford), Karl Falkenberg (Dahawar, grand-prêtre des Thugs), Max Weidner (Aramad), Otto Welte (Patrick Blum).
En Inde, une belle bayadère attire un chasseur anglais dans un repaire de Thugs pour le sacrifier, puis s’en éprend ; ils s’échappent, mais les Thugs vont les chercher jusqu’en Angleterre. La citadelle des adorateurs de Kâlî est canonnée puis investie par les troupes britanniques. Action située au XXe siècle.]
1939® Gunga Din (US) de George Stevens. – av. Cary Grant, Douglas Fairbanks Jr., Franchot Tone, Victor McLaglen. – Trois officiers affrontent une rebellion de Thugs, cf. Kipling, infra (9.5).
1954® I misteri della giungla nera / Mystery of the Black Jungle (IT/US) de Gian Paolo Callegari, Ralph Murphy. – av. Lex Barker, Fiorella Fiori, cf. Emilio Salgari, infra (9.7).
1954® La vendetta dei Tughs / The Black Devils of Kali (IT/US) de Gian Paolo Callegari, Ralph Murphy. – av. Lex Barker, Fiorella Fiori. – Suite du précédent, cf. Emilio Salgari, infra (9.7).
1959*Stranglers of Bombay (Les Étrangleurs de Bombay) (GB) de Terence Fisher 
Hammer Film-Kenneth Hyman-Columbia, 81 min. – av. Guy Rolfe (capt. Harry Lewis), Allan Cuthbertson (capt. Christopher Connaught-Smith), Andrew Cruickshank (col. Henderson), Marne Maitland (Patel Shari), Tutte Lenkow (Ram Das), David Spenser (Gopali Das), Marne Maitland (Patel Shari).
L’armée étant incapable de faire face à la menace des Thugs et le brimant pour ses initiatives, le capitaine Lewis démissionne. Son rival, l’arrogant Connaught-Smith, est assassiné avec ses soldats. Lewis découvre de terribles charniers, trouve le temple-repaire des Thugs, manque être brûlé vif, puis s’étant défait de ses liens grâce à un transfuge, parvient à tuer le grand-prêtre de la secte. Une production Hammer plutôt modeste, mais signée par le grand maître des films d’épouvante britanniques, Terence Fisher (« Dracula » avec Christopher Lee), et donc particulièrement riche en tortures, membres sectionnés, sévices sadiques et scènes érotiques suggestives (à la demande de la censure anglaise, le scénario a déjà subi de nombreuses coupes). Tourné en Strangloscope (!) et noir et blanc dans les studios Hammer à Bray.
L’armée coloniale britannique tombe dans un piège tendu par les Thugs (« Gunga Din » de George Stevens, 1939)
1963Kali-Yug, la dea della vendetta – 2. Il mistero del tempio indiano / Kâlî Yug, déesse de la vengeance – 2. Le mystère du temple hindou / Kali Yug – 1. Aufruhr in Indien – 2. Göttin der Rache (IT/FR/DE) de Mario Camerini 
Roberto Dandi/Serena Film-Criterion Film, Paris-Eichberg Film, München, 2 x 100 min. – av. Paul Guers (Dr. Simon Palmer), Senta Berger (Catherine Talbot), Sergio Fantoni (prince Ram Chand), Lex Barker (major Ford), Claudine Auger (Amrita), Roldano Lupi (maharaja de Hasnabad), Ian Hunter (Robert Talbot), Klaus Kinski (prêtre de Kâlî), J. S. Johar (Gopal), Joachim Hansen (ltn. Collins).
Inde 1880. Accusé à tort du meurtre d’un rival en amour pour la belle Amrita, le docteur Palmer découvre que Ram Chand dirige une secte d’assassins fanatiques dont le seul but est de chasser les Anglais hors des Indes. Il parvient à les en empêcher avec l’aide du maharaja de Marempour. Un travail strictement alimentaire pour Camerini, un vétéran en fin de course, mais dont les péripéties s'enchaînent sans temps morts. Sous forme de serial rétro une sorte de décalque du diptyque hindou de Fritz Lang ("Le Tigre du Bengale" et "Le Tombeau hindou", 1959). Tournage en Techniscope et Technicolor à Cinecittà et au Pakistan, près de Karachi (titre de travail : « I misteri dell’India »).
1964® I misteri della giungla nera / Das Geheimnis der Lederschlinge / The Mystery of Thug Island (IT/DE) de Luigi Capuano. – av. Guy Madison, Ingeborg Schoner, Giacomo Rossi Stuart (Tremal-Naik), Ivan Desny, Peter Van Eyck, – cf. Emilio Salgari : Sandokan, infra (9.8).
1988**The Deceivers (Les Dissimulateurs) (GB/IN) de Nicholas Meyer [et James Ivory] 
Ismail Merchant/Merchant Ivory Productions-Orion Pictures-Cinecom-Channel 4-Michael White, 113 min. – av. Pierce Brosnan (William Savage [=William Sleeman, Indian Political Service]), Saeed Jaffrey (Hussein), Shashi Kapoor (rajah Chandra Singh), Helena Michell (Sarah Savage-Wilson), Keith Michell (col. Wilson, son père), David Robb (George Anglesmith), Tariq Yunus (Feringea), Jalal Agha (le Nawab), Rajesh Vivek (Duleep Ram, prêtre des Thugs), Shanmukha Srinivas (Hira Lal), Tim Van Rellim (Rev. Matthias), Manmohan Krishna (le Rajput), Neena Gupta (la veuve de Gopal).
Dans le district de Marya en 1825. Déguisé en Indien, Savage, un collecteur de taxes de la British India Company fraîchement marié, risque sa vie en sauvant une jeune veuve hindoue sur le point de s’immoler rituellement (satî) dans les flammes. Lorsqu’il assiste à l’assassinat de plusieurs marchands par les Thugs et découvre un premier charnier de 68 personnes étranglées, son supérieur (son beau-père, le colonel Wilson), refuse de s’immiscer et le renvoie – selon le précepte «  la Compagnie ne voit rien, ne sait rien, ne fait rien ». Grâce à la complicité forcée de Hussein, Savage s’infiltre alors dans les rangs des tueurs sous l’identité de Gopal (le mari disparu de la veuve hindoue) et participe à leurs activités criminelles, découvrant finalement leurs chefs, leurs sanctuaires, leurs filiales et même la complicité tacite de certains militaires britanniques. Il est sauvé de justesse grâce à l’intervention de l’armée de son beau-père. Cependant, l’absorption de drogues mystérieuses, la pratique de la strangulation-éclair à laquelle il a été contraint de se soumettre et la jouissance perverse qui l’accompagne, laissent chez Savage (placé désormais à la pointe d’un comité d’enquêtes anti-Thugs) des traces indélébiles, des tourments qui assombrissent sa vie intime.
Le film – et le roman de John Masters (1952) dont il s’inspire – est basé sur l’activité de Sir William Henry Sleeman (1788-1856), administrateur de l’Indian Political Service pour les territoires de Saugor et Nerbudda et, en 1839, commissaire pour la suppression des Thugs – terme hindi pour « dissimulateurs » ou « trompeurs » – et des bandits dacoïts (pendant ces opérations, plus de 1300 Thugs sont pendus ou déportés à vie). Ce projet très atypique d’Ismail Merchant, l’inséparable partenaire de James Ivory (« Room with a View »), est initialement confié au réalisateur Marek Kaniewska, puis à Stephen Frears. Il est repris par le cinéaste-romancier Nicholas Meyer (James Ivory, qui s’en est désintéressé, estimant l’action trop violente, filme toutefois la chasse aux tigres au début). Le manque de crédibilité que la critique reproche à raison au scénario – les exploits d’un Anglais maquillé en Thug – est compensé par l’authenticité frappante du décor, le rôle de la couleur locale, la splendeur des costumes : ce film d’aventures est entièrement tourné en Technicolor en Inde, à Khajuraho, au fort de Raigarh, à Agra, dans le Madhya Pradesh (Mausania, Chaukan, Raipur), dans le Rajasthan (Ajmer, Jaipur, Kukus, Acherol, Tala, Ramgarth) et dans les ateliers de Studio-Film City à Bombay. Le tournage sur place est rendu difficile en raison de l’obstruction harassante d’un lobby de nationalistes réactionnaires à Jaipur qui s’oppose à la représentation du satî et cherche – en vain – à faire interdire le film par le gouvernement, après avoir orchestré divers sabotages. La fin du récit est handicapée par des coupures (les activités et l’arrestation d’Anglesmith, les rapports avec Sarah), mais la dimension conradienne de ce voyage de Savage au « cœur des ténèbres » de l’Inde, ne fût-elle qu’esquissée par une mise en scène peu inventive, place ce film à part dans la galerie des bandes exotiques popularisées jadis chez Alexander Korda. Succès public mitigé.
1990® (tv) The Mysteries of the Dark Jungle / I misteri della giungla nera / Les Mystères de la jungle noire / Das Geheimnis des schwarzen Dschungels (GB/IT/FR/DE/AT/ES) de Kevin Connor. – av. Gabrielle Anwar, Amerjit Deu, Stacy Keach, Virna Lisi, John Rhys-Davies, cf. Emilio Salgari, infra.