II - L’EMPIRE BRITANNIQUE

9. LES INDES BRITANNIQUES (« THE RAJ »)

L’aristocratie de Jhansi se range aux côtés des Cipayes révoltés (« Jhansi Ki Rani », 1952)

9.3. LA GRANDE MUTINERIE DES CIPAYES EN 1857-1859, la première guerre d’indépendance indienne

L’armée en Inde compte 238’000 Indiens et 45’000 Britanniques ; les forces sont divisées entre trois armées, celle de Bombay, de Madras et du Bengale. Les soldats indigènes (cipayes) recrutés par les Britanniques sont encouragés à la rébellion dans le Bengale par de nombreux princes indiens qui craignent de se voir confisquer leurs terres par la Compagnie des Indes orientales : une grande partie de la noblesse a perdu ses titres après l’imposition de la doctrine britannique de préemption qui refuse de reconnaître les enfants adoptés comme héritiers légitimes. Dans l’armée, les officiers anglais ne parlent plus ourdou avec leurs hommes comme autrefois, les missionnaires chrétiens sont devenus intrusifs, et le mépris raciste s’est installé parmi les nouveaux maîtres. Devant la loi, les officiers de la Compagnie peuvent multiplier les appels s’ils sont reconnus coupables de brutalités ou de crimes envers les Indiens (surnommés « niggers »). Une longue série de réformes vexatoires crée le mécontentement. Hors l’armée, la population souffre de lourds impôts qui poussent de nombreuses familles à quitter leurs terres ou à s’endetter. A Delhi, le dernier empereur moghol, le vieux Bahadur Shah, est interdit de séjour au Fort Rouge et perd son titre de roi. Le déclencheur de l’insurrection est l’introduction de la munition du nouveau fusil Enfield 1853, pour laquelle le soldat doit déchirer les cartouches en papier avec les dents pour mettre de la poudre dans le canon avant d’y introduire la balle ; cette cartouche étant lubrifiée avec du suif (graisse de porc ou de bœuf), le procédé est jugé inacceptable par les hindous et les musulmans.
Commencée à Meerut le 24 avril 1857, la Grande Mutinerie se développe dans toute l’Inde centrale et du Nord (prise de Delhi, d’Allahabad, siège de Lucknow, massacre des Européens à Cawnpore/Kanpour). Mais les insurgés, divisés entre noblesse féodale, propriétaires terriens et paysans, sont désunis. En Angleterre victorienne, l’hystérie nationaliste dépasse toutes les bornes. En juillet 1859, les Anglais finissent d’écraser la mutinerie dans un effroyable bain de sang. L’« Armée de Vengeance » britannique ne fait pas de prisonniers. Comme ailleurs, tous les habitants de Delhi sont passés par les armes. Bilan de la révolte, ultime sursaut armé de l’Inde traditionnelle : entre 500’000 et un million de morts. L’empereur Bahadur Shah, qui a participé sans enthousiasme au soulèvement, est déposé et exilé en Birmanie. La Compagnie des Indes orientales est dissoute et ses prérogatives en Inde sont transférées directement à la Couronne britannique.
Précisons qu’aucun film anglais ne mentionne la grande mutinerie. Deux projets de films intitulés « *Fifty Seven » (1936) et « *The Relief of Lucknow » (1938), qui vantent l’héroïsme des soldats britanniques, sont interdits par la censure politique sur conseil de l’India Office.
1908The Last Cartridge, an Incident of the Sepey Rebellion in India (US)
Vitagraph Co. of America, 183 m.
1908Snatched from a terrible Death (GB) de Lewin Fitzhamon 
Hepworth, 180 m. – av. Gertie Potter.
1911The Sepoy's Wife (US)
Vitagraph Co. of America, 293 m. - av. Maurice Costello (le médecin), Clara Kimball Young (la femme du Cipaye). - Un médecin anglais sauve un enfant indigène. La mère du petit sauve le médecin et toute la garnison de l'anéantissement par les Cipayes.
1912The Indian Mutiny (US) de Frederick Thomson 
Vitagraph Co. of America, 2 bob. – av. James Morrison, Lillian Walker, Harry Northrup, George Ober, George Lambert.
1912Muggins VC – The Defense of Kuma Hospital, India (GB) de Dave Aylott 
Cricks & Martin, 280 m. – av. Arthur Charrington (Muggins), Anita Aylott, Sammy Jones.
1912The Siege of Lucknow (GB) de T. A. Addison & Co. – Le siège de la ville de Lucknow par les insurgés, le 12 mars 1857.
1912The Rajah’s Revenge (GB) de Dave Aylott 
Cricks & Martin, 1170 ft. – av. Wingold Lawrence, Cicely Gilbert, Jack Leigh.
1929Light of India (US) d'Elmer Clifton
Herbert T. Kalmus/Colorcraft Pictures Corp.-Technicolor Motion Picture Corp.-MGM, 1231 ft./2 bob. - Betty Boyd, Shogwan Singh, Harold Goodwin.
Drame muet en Technicolor bichrome situé pendant la mutinerie des Cipayes (série "Great Events"). Titre de travail: "The Greased Cartridge", d'après le récit Greased Bullets: A Tale of the Indian Mutiny d'Aubrey Scotto.
Le fort de Kanpour (rebaptisé Chicoti) attaqué par les Cipayes (« The Charge of the Light Brigade », 1937)
1937® The Charge of the Light Brigade (La Charge de la Brigade Légère) (US) de Michael Curtiz ; Warner Bros., 115 min. – av. Errol Flynn, Olivia de Havilland, David Niven, Donald Crisp. – Le massacre de la garnison et des civils de Chicoti [=Kanpour, juillet 1857] pousse la brigade légère à se venger sur le champ de bataille de Balaclawa (devant Sébastopol), cf. supra : guerre de Crimée (3.1).
1938Storm over Bengal (Tempête sur le Bengale) (US) de Sidney Salkow 
Armand Schaefer/Republic, 65 min. – av. Patrick Knowles (capt. Jeffrey Allison), Richard Cromwell (ltn. Neil Allison), Rochelle Hudson (Joan Lattimore), Douglass Dumbrille (Rahman Khan), Gilbert Emery (col. Torrance), Pedro de Cordoba (Abdul Mir), Edward Van Sloan (maharaja de Lhanapur).
Au lendemain de son mariage, le capitaine Allison déjoue le piège tendu par les rebelles de Rahman Khan et sauve la vie de son colonel. Bande fauchée filmée en Californie, à Alabama Hills (Lone Pine) et à Iverson Ranch (Chatsworth).
19461857 / Eighteen Fifty-Seven (IN) de Mohan Sinha (et prod.) 
Mohan Studios-Murari Pictures (Hindi). – av. Surendra, Suraiya Jamal Sheikh, Swaiya, Wasti, Nigar Sultana, Madan Puri, Munshi Khanjar, Lila Menka, Menaka Devi, Ganju, Laxmi, Leela.
Mélo historique commémorant en filigrane les premiers efforts d’indépendance de l’Inde, avec une musique du fameux Sajjad Hussein (la chanson patriotique « Gham-i-aashiana », dont la teneur politique échappa à la censure britannique).
La reine de Jhansi mobilise son royaume contre l’envahisseur britannique (« Jhansi Ki Rani », 1952)
1951/52*The Tiger and the Flame / Jhansi Ki Rani / Queen of Jhansi (IN) de Sohrab Merwanji Modi 
S. Modi-Forrest Judd/All India Film Corp.-Mehboob Prod.-Minerva Movietone, 148 min. (Hindi). – av. Mehtab (Lakshmi Bai/Manikamika/Manu, Rani de Jhansi), Baby Shikha (Rani petite), Sohrab Modi (Raj Guru, conseiller de la reine), Mubarak (rajah Gangadhar Rao), Ramsingh (Sadashiv Rao), Gloria Gasper (Doris Dowker), Anil Kishore (ltn. Henry Dowker), Sapru (gén. Sir Hugh Rose), Michael Shea (Major Ellis), Ulhas (Ghulam Ghaus Khan), Kamalakant (Moropant), Marconi (col. Sleeman).
La Jeanne d’Arc hindoue : à Jhansi en 1857, la reine Lakshmi Bai, veuve du raja Gangadhar Rao (†1853), résiste aux Anglais de la Compagnie des Indes orientales (Lord Dalhousie) qui veulent annexer son royaume faute d’héritier légitime à leurs yeux. Son neveu par alliance, Sadashiv Rao, a introduit les Anglais dans le petit royaume situé au sud de Gwalior et s’illusionne ainsi sur ses chances d’hériter le trône, mais c’est compter sans le premier ministre de Jhansi, le sage Raj Guru. C’est lui qui a trouvé jadis la femme du défunt raja, qui lui a donné une éducation savante, mais aussi militaire. Un enfant est né, mort après trois mois. Peu avant le décès du raja, le couple royal a adopté un autre garçon, Damodar Rao. Fort de son armée, Lord Dalhousie refuse de le reconnaître et exige le trône pour lui-même. Au moment où la jeune reine et son conseiller Raj Guru se préparent à la guerre éclate la mutinerie des Cipayes. Sadashiv Rao accuse la rani de complicité dans les massacres de Blancs à Lucknow et le général Sir Hugh Rose marche sur Jhansi. Après un siège héroïque, le traitre Sadashiv ouvre les portes aux Anglais. Lakshmi Bai s’échappe, rallie les princes voisins et s’empare de Gwalior. C’est là qu’elle livre une ultime bataille, où sa cavalerie est anéantie par le corps de chameliers britannique du général Rose. Elle meurt au combat, le 17 juin 1858.
Sohrab Modi songe a ce film – qui se veut un hymne à la liberté – depuis 1942, soit au lendemain de son péplum « Alexandre le Grand (Sikandar) », mais compte tenu de sa matière, il doit attendre l’indépendance de l’Inde pour le mettre en chantier. Le tournage commence en noir et blanc en janvier 1951 ; il est stoppé après quelques semaines, car Modi décide de réaliser sa saga en couleurs et entre en négociations avec Technicolor à Londres. Tout le matériel technique pour ce premier long métrage indien en couleurs est importé des British Lion Studios à Shepperton. Le cinéaste-producteur voit grand et se réserve quelques talents de Hollywood : Geza Herczeg, le co-scénariste, a reçu l’Oscar pour « The Life of Emile Zola » (1937) de William Dieterle ; le chef opérateur Ernest Haller a collaboré avec Curtiz, Wyler, Walsh, Huston, et signé les superbes chromos de « Gone With The Wind » (1939) de Victor Fleming, performance qui lui a également valu un Oscar ; quand au décorateur George Jenkins, il a travaillé pour Wyler, Hawks, Parrish et remportera l’Oscar en 1976 pour « All the President’s Men » d’Alan J. Pakula. Modi confie le rôle-titre à sa jeune épouse, de vingt ans sa cadette (mais néanmoins trop âgée pour le rôle). Le film est réalisé aux Central Studios de Minerva Movietone à Bombay (où l’on érige en dur le fort de Jhansi sur un terrain de 22’000 m 2) et en extérieurs à Jhansi, Jaipur, Bikaner et Gwalior avec le concours d’une unité d’élite de l’armée indienne et 5000 figurants. La fresque comporte de belles séquences de combat (l’assaut des murs de la forteresse de Jhansi est impressionnant) et un bal spectaculaire au palais royal de Jhansi. Mortellement blessée, la reine est recueillie par son gourou qui l’incinère rituellement en mettant le feu à sa maison. Un des premiers film indiens sur la révolte des Cipayes, mais un gigantesque flop au box-office : les spectateurs indiens le jugent trop sérieux, avec pas assez de danses et de chants. Ah, Bollywood !
De vaillants Britanniques défient le perfide Surat Khan (« The Charge of the Light Brigade » de M. Curtiz, 1937)
1952Maharani Jhansi [La Reine de Jhansi] (IN) de Jagdish Gautam 
Subhash Pictures (Hindi). – av. Urvashi. – Remake du précédent.
1953® King of the Khyber Rifles (Capitaine King) (US) de Henry King. – av. Tyrone Power (capt. Alan King), Terry Moore (Susan Maitland), Michael Rennie (brig. gén. Jonathan Maitland), Guy Rolfe (Khurram Khan). – Les Cipayes à Peshawar en 1857, cf. infra (Khyber Pass).
1954Bengal Brigade / GB : Bengal Rifles (La Révolte des Cipayes) (US) de Laslo Benedek 
Ted Richmond/Universal-International, 87 min. – av. Rock Hudson (capt. Jeffrey Steven Claybourne), Arlene Dahl (Vivian Morrow), Ursula Thiess (Latah), Torin Thatcher (col. Morrow), Dan O’Herlihy (capt. Ronald Blaine), Arnold Moss (rajah Karam-Ji), Harold Gordon (Hari Lal), Leonard Strong (Mahindra), Michael Ansara (sgt. maj. Puran Singh).
Noël 1856, le régiment de la Bengal Brigade, des fusiliers cipayes, est piégé devant un repaire de rebelles au col de Malakaï. Le capitaine Claybourne refuse d’obéir à ses supérieurs en laissant ses soldats se faire massacrer et parvient à remporter la victoire. Il sauve ses hommes, mais, condamné par une cour martiale, il démissionne de l’armée. Considéré par les Indiens comme un sympathisant de leur cause, Claybourne est invité à Divanpûr par le rajah Karam-Ji, qui prépare l’insurrection générale et le voudrait comme instructeur. Claybourne avertit le colonel Morrow qui refuse de le croire, la garnison est massacrée. Claybourne sauve son supérieur et sa fille Vivian. En souvenir de son geste à Malakaï, les Cipayes refusent de le fusiller et retournent leurs armes contre Karam-Ji. L’indépendance de l’Inde est remise à plus tard…
Une bande d’aventures à petit budget initialement prévue pour Tyrone Power (sous la férule de Rudy Maté) et que Benedek est contraint d’accepter après l’échec commercial de « The Wild One (L'équipée sauvage) » avec Marlon Brando. Un film évitant toute interrogation traumatisante, qui ménage la chèvre (les alliés britanniques en pleine guerre froide) et le chou (l’Inde non-alignée de Nehru, flirtant avec l’URSS), mais qui, pour la première fois, aborde nommément la Grande Mutinerie, sujet tabou et banni jusqu’à la fin de l’occupation anglaise. Néanmoins, pour un soulèvement qui aurait fait près d’un million de morts, la représentation à l’écran est non seulement un peu courte, mais carrément mensongère. Le film est interdit en Inde, en raison de son instrumentalisation toute occidentale des faits. Tourné en Technicolor à Universal City et à Iverson Ranch à Chatsworth, dans la forteresse érigée cette même année pour « The Black Shield of Falworth » de Maté.
1954Mirza Ghalib (IN) de Sohrab Modi 
Minerva Movietone, 145 min. (Ourdou). – av. Suraiya (Moti Beghum, la courtisane Chaudhvin), Bharat Bhushan (Mirza Ghalib), Iftekhar (Badshah), Ulhas, Nigar Sultana, Durga Khote (Amma, mère de Chaudhvin), Mukri, Murad, Baij Sharma, Talat Mahmood, Mohammed Rafi.
La vie du plus grand poète ourdou, Mirza Asadullah Khan Ghalib (1797-1869), qui fut le poète de cour du dernier Moghol à Delhi, Bahadur Shah Zafar, intronisé pendant le soulèvement des Cipayes. President’s Gold Medal for Best Feature Film of 1954. Le film, qui conte les amours du poète encore ignoré par les puissants pour une mystérieuse danseuse-courtisane, Chaudhvin, capte bien l’hédonisme et la magnificence fanée de la cour moghole, condamnée à disparaître.
1955Mulu Manek (IN) de Manhar Raskapur 
Vikram Chitra Prod. (Gujarati), 137 min. – av. Shanta Apte (Mulu Manek), Arving Pandya, Champsibhai Nagda, Shalini, Champak Lala, Ulhas. – Dans la petite ville d’Okha (Kathiawar, Gujarat) avant et en 1857 : le brigand Mulu Manek rejoint les insurgés cipayes.
1977**Shatranj ke Khiladi / The Chess Players (Les Joueurs d’échecs) (IN) de Satyajit Ray 
Suresh Jindal/Devki Chitra, 129 min. (Ourdou). – av. Sanjeev Kumar (Mirza), Saeed Jaffrey (Mir), Amjad Khan (Wajid Ali Shah), Richard Attenborough (gén. Charles Outram), Shabana Azmi (Khurshid, femme de Mirza), Farida Jalal (Nfisa, femme de Mir), Veena (la reine-mère), David Abraham (Munshi), Victor Banerjee (Premier ministre), Tom Alter (capt. Weston).
A Lucknow, dans le Royaume musulman d’Oudh/Awadh en 1856, la Compagnie des Indes prépare en secret la destitution du souverain Wajid Ali Shah, plus féru de poésie et de musique que de politique, et à annexer ses terres. Mir et Mirza, deux propriétaires terriens du royaume, se livrent à d’interminables parties d’échecs en fumant leur « hooka ». Pris par leur passion, il délaissent leurs femmes et ne prêtent aucune attention aux rumeurs de colonisation par les Britanniques qui circulent. Sous la pression du général Outram, Wajid Ali Shat finit par abdiquer, les deux amis s’éloignent de Lucknow pour pouvoir continuer à jouer – et à tricher – en paix, tandis que l’imposante armée anglaise défile au loin. Une année plus tard éclatera la Grande Mutinerie.
Film-parabole saisissant, à la construction et aux couleurs raffinées, mêlant comique et désabusement, pour illustrer la déchéance et l’abdication des élites face aux envahisseurs occidentaux. Filmé en Eastmancolor aux studios Indrapuri à Calcutta, aux Rajkamal Studios à Bombay et à Lucknow. Premier film en costumes, en territoire musulman et en hindi du cinéaste bengali Ray. Nominé à l’Ours d’or du festival de Berlin 1978, Filmfare Award Bombay 1978-79 (film, Satyajit Ray, Saeed Jaffrey). Un lourd échec commercial.
1978*Junoon / A Flight of Pigeons / The Obsession / Possessed (Un Vol de pigeons) (IN) de Shyam Benegal 
Filmwalas-Shashi Kapoor-Prithvi Theatre, 141 min. – av. Shashi Kapoor (Javed Khan), Shabana Azmi (Firdaus, son épouse), Jennifer Kendall (Mariam Labadoor), Kulbhushan Kharbanda (Lala Ramjimal), Naseeruddin Shah (Sarfaraz Khan, frère de Javed), Nafisa Ali (Ruth Labadoor), Tom Alter (Mr. Labadoor), Sushma Seth (concubine de Javed Khan), Amrish Puri (narrateur).
En 1857, pendant la révolte des Cipayes. Après le massacre de la garnison locale, les insurgés ont tué tous les chrétiens anglais réunis dans l’église, excepté Mariam Labadoor, sa fille Ruth et la grand-mère malade qui trouvent refuge dans la riche famille hindoue de Lala Ramjimal, tiraillé, lui, entre sa loyauté pour la cause indienne et sa situation privilégiée auprès des Anglais. Le chef Pathan Javed Khan prend les trois rescapées sous son toit, suscitant la jalousie de sa femme Firdaus et la colère de son frère cadet Sarfaraz, un insurgé contraint de respecter les lois de l’hospitalité. Javed s’éprend follement de Ruth et cherche à l’épouser, mais leurs mères respectives s’y opposent. Mariam consent à lui céder la main de sa fille si les Indiens parviennent à conquérir Delhi. Mais la révolte des Cipayes y est écrasée. De désespoir, Sarfaraz tue les pigeons adorés de son frère ; il est capturé par les vainqueurs et exécuté, attaché à la bouche d’un canon. Grâce à l’entremise de Firdaus, qui veut sauver son mariage, les Labadoor retrouvent leurs compatriotes. Javed tente de revoir une dernière fois Ruth à l’église, où on le chasse, avant de chercher la mort en tirant sur les soldats anglais. Ruth mourra 50 ans plus tard, sans s’être mariée.
Etude psychologique d’une obsession – celle de Javed pour Ruth – sensible, amère et tragique, sur fond de guerre d’indépendance (d’après la nouvelle « A Flight of Pigeons » de Ruskin Bond). Présenté aux festival de New Delhi, de Moscou, de Monréal, du Caire, de Sydney et de Melbourne. Trois National Film Awards 1979 (film, photo, son), cinq Filmfare Awards à Bombay 1980 (film, réalisation, dialogues, montage, photo, son).
1986(tv) Bahadur Shah Zafar (IN) de Baldev Raj Chopra ; Baldev Raj Films (Hindi). – Biopic du dernier souverain moghol de l’Inde (1837/1857), empereur fantoche soumis à l’administration britannique. Acclamé comme empereur par les Cipayes (Shipahi) en 1857, il finit déporté à Rangoon.
1988(tv) Mirza Ghalib (IN) Gulzar (feuilleton). – av. Naseeruddin Shah (Mirza Ghalib), Tanvi Azmi. – Biopic télévisé du poète ourdou (cf. 1954).
2005*Mangal Pandey : The Rising / The Rising : Ballad of Mangal Pandey / 1857 : The Rising (IN) de Ketan Mehta 
Bobby Bedi, Deepa Sahi/Kaleidoscope Entertainment-Maya Movies, 151 min. – av. Aamir Khan (le cipaye Mangal Pandey), Rani Mukerji (Heera), Toby Stephens (capt. William Gordon), Coral Beed (Emily Kent), Ameesha Patel (Jwala), Kiron Kher (Lol Bibi), Bean Nealon (Hewson), Habib Tanvir (Bahadur Shah Zafar, empereur moghol des Indes), Varsha Usgaonkar (Rani Lakshmibai), Kenneth Cranham (Kent), Tom Alter (Watson), Mukesh Tiwari (Bakht Khan), Shahbaaz Khan (Azimullah), Amin Hajee (Vir Singh), Om Puri (narration).
Lors des guerres anglo-afghanes en 1853, Mangal Pandey, un Cipaye brahmane de l’armée de l’East India Company, sauve la vie de son officier britannique, William Gordon, qui devient son ami. Sensible à la culture indienne, Gordon s’éprend de Jwala, une veuve qu’il a sauvée du suicide rituel par le feu, tandis que Pandey vit une liaison avec Heera qu’il a soustraite à un officier anglais prêt à la violer. Lorsque Pandey prend la tête de la mutinerie du 34 e régiment de fusiliers cipayes à Barrackpore, après la découverte des douilles « impures » des fusils Enfield, un point sur lequel Gordon a été forcé de lui mentir. Panday est trahi, arrêté et condamné à mort. Il devient un martyr. Un mois après sa pendaison (le 8.4.1857), la Grande Mutinerie éclate à Meerut et se généralise. Le commentaire final présente l’insurrection qui suit (un montage de tableaux et photos) comme la première guerre d’indépendance de l’Inde et se termine sur des images de Gandhi et Nehru au XX e siècle. Il précise que le capitaine écossais William Gordon aurait rejoint les rangs des insurgés (en fait, Gordon est un personnage fictif, synthèse de plusieurs officiers britanniques qui auraient soutenu les Cipayes).
La star Amir Khan (« Lagaan ») parraine cette fresque hybride à grand spectacle, mi-Hollywood mi-Bollywood (écran panoramique, des milliers de figurants, danses et chansons), sur un des héros nationaux de l’Inde. C’est globalement efficace (le refus d’obéir des Cipayes, même sous la menace des canons, est impressionnant) sans être original, mais le film a le mérite d’éclairer la brutalité et le racisme de l’occupant tout en signalisant quelques détails sordides mais authentiques : l’épouse d’un officier, Emily Kent, découvre étonnée de vastes champs de pavot appartenant à l’East India Company, qui a forcé les paysans indiens à les cultiver ; la société peut ainsi vendre discrètement de l’opium en Chine et y propager la dépendance à la drogue, ce qui lui permet en échange d’acheter du thé et de la soie. Comme l’empereur de Chine tente de mettre fin à ce trafic fructueux qui dévaste son peuple, la Compagnie lui a déclaré la guerre et veut envoyer ses Cipayes faire de l’ordre dans les ports chinois. Tournage à Satara, dans le Maharashtra, à Puna et aux Tajik Filmstudio au Tadjikistan. Un succès public médiocre en Inde, mais important sur le plan international (notamment en Grande-Bretagne, où le film suscite quelques remous). Film d’ouverture du Festival de Locarno 2005 (Prix spécial du Jury Netpac pour Ketan Mehta), nomination au Filmfare Award de Bombay 2006 pour Aamir Khan.
2009(tv) Ek Veer Stree Ki Kahaani … Jhansi Ki Rani (IN) de Dharmesh Shah 
Contiloe Entertainment, série (Hindi). – av. Ulka Gupta (Manikamika/Manu, Lakshmi Bai), Sameer Dharmadhikari (Gangadhar Rao, rajah de Jhansi, son époux), Jaya Bhattacharya (Sukkubai), Aruna Irani (Vahini Sahib), Garima Kapoor (Motibai), Edward Sonnenblick (capt. Manson), Yohan (Damodar Rao), Aryan Agrawal (Anand Rao, Damodar Rao), Amita Nangia (Lachho), Amit Pachori (Tatya Tope), Alexx O’Nell (Robert Ellis).
Lakshmi Bai, la reine veuve de Jhansi (1835-1858), véritable Jeanne d’Arc indienne et héroïne de l’Indépendance, se dresse contre les Anglais (cf. film de 1952). Grande série historique filmée à Jaipur (Rajasthan) et en intérieurs à Karjat (Bombay).