II - L’EMPIRE BRITANNIQUE

12. LES BRITANNIQUES EN EXTRÈME-ORIENT : CHINE – SIAM – INDONÉSIE

12.3. LE SIAM (Thaïlande) et la BIRMANIE BRITANNIQUE (Myanmar)

La modernisation du Siam commence sous le règne de Maha Mongkut (Rama IV, 1851/1868) qui conclut en 1855 des accords commerciaux avec les grandes puissances européennes. Éduqué à l’européenne, son fils Julajomklao ou Chulalongkorn (Rama V, 1868/1910) parvient habilement à échapper à la colonisation occidentale en faisant du Siam un État-tampon, en exploitant la rivalité qui oppose la France à l’Angleterre, et en les appâtant d’un côté avec l’Indochine (Laos, Cambodge, Viêt Nam), de l’autre avec la Birmanie (Myanmar) et la Malaisie. La Birmanie devient colonie britannique et une province des Indes au cours de trois guerres : en 1824-26 (un conflit gagné par les Anglais avec l’aide militaire du Siam), en 1852 et en 1885.
1946*Anna and the King of Siam (Anna et le roi de Siam) (US) de John Cromwell 
Louis D. Lighton-Darryll F. Zanuck/20th Century-Fox, 128 min. – av. Irene Dunne (Anna Owens [=A. Leonowens]), Rex Harrison (le roi Mongkut), Linda Darnell (Tuptim), Lee J. Cobb (prince Kralahome), Gale Sondergaard (Dame Thiang), Mikhail Rasumny (Alak), Richard Lyon (Louis Owens), Dennis Hoey (Sir Edward Ramsey, ambassadeur britannique), Tito Renaldo (le prince héritier Chulalongkorn).
De 1862 à 1867, Anna Harriette Edwards Leonowens (1834-1915), une gouvernante anglaise, s’occupe des 67 enfants et du harem du roi Mongkut. La jeune veuve (qui a un fils, Louis) ne laisse le roi pas indifférent, au point même de devenir sa confidente et sa conseillère en affaires étrangères, notamment quand il s’agit de manœuvrer pour que l’Empire britannique renonce à annexer le royaume, en invitant et impressionnant son représentant, Sir Edward Ramsey. Une relation faite de respect mutuel et d’affection naît entre eux. Mais Anna, forte tête, se lie aussi d’amitié avec la première épouse négligée du monarque, Lady Thiang, critique l’esclavagisme (au nom de Lincoln !) et se révolte contre le sort de la jeune Tuptim, autre concubine qui périt sur le bûcher pour avoir aimé un jeune homme de son âge. Anna songe à retourner en Europe, mais lorsque son fils se tue à cheval, elle reste pour s’occuper du jeune prince jusqu’au décès du roi.
Le scénario de ce film très soigné quoique un peu falot (d’apr. le roman biographique éponyme de Margaret Landon) contrebalance finement le paternalisme raciste du récit de l’Occidentale avec le traitement des femmes dans la société thaïlandaise (Anne est une sorte de suffragette victorienne que les mœurs « barbares » du souverain révoltent). Tourné en noir et blanc aux studios Fox de Century-City et au Los Angeles County Arboretum & Botanic Garden à Arcadia (Calif.), une grève à Hollywood ayant forcé la production à renoncer au Technicolor initialement prévu. Premier film américain de Rex Harrison (Zanuck avait d’abord envisagé James Mason ou Robert Montgomery pour le rôle du roi, et Elia Kazan ou Ernst Lubitsch à la mise en scène). Deux Oscars 1947 (décors de Lyle Wheeler, photo d’Arthur Miller), trois nominations (Gale Sondergaard, musique de Bernard Herrmann, scénario). Film banni en Thaïlande.
1954(tv) Ordeal in Burma (US) de William J. Thiele 
« Cavalcade of America » (ABC 30.11.54), 30 min. – av. Donald Murphy (Adoniram Judson, 1788-1850), Toni Gerry (Ann Judson), Richard Loo, Keye Luke, Kam Tong.
En 1824-26 à Rangoon, un couple de missionnaires et médecins baptistes américains, les Judson, subissent les affres de la Première Guerre anglo-birmane. Arrêté comme espion par l’armée birmane, Adoniram Judson fait vingt mois de captivité à Mandalay ; une fois libéré, il contribue à mettre fin aux hostilités en servant de traducteur-négociateur.
1956*The King and I (Le Roi et moi) (US) de Walter Lang 
Darryl F. Zanuck-Charles Brackett/20th Century-Fox, 133 min. – av. Yul Brynner (le roi Mongkut), Deborah Kerr (Anna Leonowens), Rita Moreno (Tuptim), Martin Benson (prince Kralahome), Terry Saunders (Dame Thiang), Carlos Rivas (Lun Tha), Patrick Adiarte (prince Chulalongkorn), Alan Mowbray (Sir John Haig), Geoffrey Toone (Sir Edward Ramsay).
Une transposition décorativement somptueuse, sentimentale et distrayante, à défaut d’être originale sur le plan cinématographique, du musical éponyme de Richard Rodgers & Oscar Hammerstein II, spectacle bigarré qui fait un malheur à Broadway depuis mars 1951, avec Gertrude Lawrence et Yul Brynner dans les rôles principaux. Lauréat du Tony Award 1952, Brynner interprétera 4625 fois le roi sur scène au cours de sa carrière. Mais pour ce rôle, Zanuck envisage d’abord Rex Harrison (qui a déjà campé Mongkut dix ans plus tôt et refuse), puis Marlon Brando (qui ricane), avec Maureen O’Hara (que Rogers refuse). Gertrude Lawrence décède du cancer. Reste Yul Brynner qui, une fois choisi, impose Deborah Kerr et Walter Lang (le spécialiste Fox des comédies musicales) à la mise en scène, quitte à imposer ses propres idées sur le plateau. Marni Nixon double Deborah Kerr pour les chansons. L’intrigue suit dans les grandes lignes celle du livre de Margaret Langdon (cf. 1946), en édulcorant quelques situations (Tuptim ne meurt pas, ni le petit Louis, fils d’Anna). On retrouve le schéma du film précédent, avec une Anne Leonowens consciente de sa supériorité occidentale, peu soucieuse du protocole siamois et insistant pour être traitée comme l’égale du souverain, une aberration et une insolence qui intrigue ce dernier, satrape autoritaire, infantile mais curieux, à la fois brutal et attachant par sa vulnérabilité. Dans le récit, le roi se laisse mourir de tristesse et de dépit après une altercation avec Anna et Tuptim, alors qu’en vérité, il aurait succombé à la malaria. Tourné en CinemaScope 55 et couleurs DeLuxe aux studios Fox à Century-City, le film est un des plus grands succès populaires de l’année (recettes aux USA : 21,3 millions de $). Prix : 5 Oscars (Yul Brynner, décors, costumes, direction musicale, son) et 4 nominations (film, réalisation, Deborah Kerr, photo), Directors Guild of America Award (Walter Lang), 2 Golden Globes (film, Deborah Kerr), nomination (Yul Brynner), National Board of Review Award (Yul Brynner), Writers Guild of America Award (scénario). Film banni en Thaïlande pour insulte à la personne royale : Mongkut n’était pas un « despote dansant ». On s’en doutait.
1972(tv) Anna and the King (Anna et le roi) (US) de Gene Reynolds. Michael O’Herlihy, William Wiard, Jack Donohue, Lee Philips, James Sheldon, E. W. Swackhamer, Jeff Corey, Gerald Mayer 
Bill Idelson/20th Century-Fox Television (CBS 17.9.-31.12.72), 13 x 25 min. – av. Yul Brynner (Mongkut, le roi du Siam), Samantha Eggar (Anna Owens [A. Leonowens]), Keye Luke (prince Kralahome), Eric Shea (Louis Owens), Brian Tochi (le prince héritier Chulalongkorn), Lisa Lu (Dame Thiang). – En 1862 au Siam : une préceptrice de Boston éduque le jeune prince siamois. Pour la télévision, Yul Brynner reprend le rôle qui a fait sa gloire sur scène comme au cinéma (tournage à Centuy City, L. A.). Rien de bien mémorable. – Episodes : 1. (Pilote) – 2. « The Baby » – 3. « The King or the Tiger ? » – 4. « Chulalongkom’s Grades » – 5. « Anna’s Romance » – 6. « The Bicycle » – 7. « The Chimes » – 8. « Louis, the Pawn » – 9. « The Haunted Temple » – 10. « The Marriage of Prince Chula » – 11. « The King and the Egg » 12. « Louis’ Love » – 13. « Serana ».
1999[The King and I (Le Roi et moi) (US) de Richard Rich ; Warner-Rankin/Bass-Rich Animation-Morgan Creek-Nest Entertainment, 87 min. – av. les voix de Miranda Richardson/Christiane Noll (Anna Leonowens), Martin Vidnovic (le roi Mongkut), Ian Richardson (Kralahome), Allen D. Hong (prince Chululongkorn). – Dessin animé musical d’après Rodgers & Hammerstein.]
Rama IV, le roi de Siam, et la gouvernante anglaise Anna Harriette Leonowens (« Anna and the King », 1999)
1999**Anna and the King (Anna et le roi) (US) d’Andy Tennant 
Lawrence Bender, Ed Elbert-Fox 2000 Pictures/20th Century-Fox, 147 min. – av. Judie Foster (Anna Leonowens), Chow Yun-Fat (le roi Mongkut), Ling Bai (Tuptim), Tom Felton (Louis Leonowens), Syed Alwi (prince Kralahome), Randall Duk Kim (gén. Alak), Lim Kay Siu (prince Chowfa), Melissa Campbell (princesse Fa-Ying), Keith Chin (prince héritier Chulalongkorn), Mano Maniam (Moonshee), Shanthini Venugopal (Beebe), Deana Yusoff (Dame Thiang), Sean Ghazi (Khun Phra Balat), Geoffrey Palmer (Lord John Bradley), Ann Firbank (Lady Bradley), Ramli Hassan (le roi Chulalongkorn / Rama V, 1853-1910). – Le film d’Andy Tennant s’inspire directement des écrits d’Anna Leonowens, et non du roman biographique de Margaret Landon qui servit de base pour les films précédents. Anna enseigne ici non seulement à l’innombrable progéniture du roi, mais aussi à ses 23 femmes et 42 concubines. Anna concilie du mieux possible les coutumes du pays et les notions occidentales de démocratie et de liberté individuelle, tandis que des tragédies marquent la vie quotidienne (la concubine Tuptim exécutée avec son amoureux, la mort de la petite princesse Fa-Ying). Elle devient une alliée précieuse de Mongkut pour berner ses propres compatriotes impérialistes ; la complicité se transforme bientôt en amour, un sentiment interdit. Lorsque le belliqueux général Alak, couroucé par l’influence de l’Occidentale, tente de s’emparer du trône en s’alliant aux voisins birmans et marche sur Bangkok, Anna rejoint Mongkut dans la jungle et ruse pour faire croire à l’adversaire que l’armée anglaise est en marche. Alak périt au combat, Mongkut regagne sa capitale et Anne s’embarque prudemment pour la Grande-Bretagne.
La confrontation des préjugés et des idées reçues reçoit ici une assise spectaculaire plus sérieuse que l’habituel étalage d’exotisme de bazar. Le tournage (coûts : 75 millions de $) s’effectue en Panavision et Technicolor en Malaisie (Ipoh, Perak, Selangor, Parit, Penang, l’île de Langkawi, Shah Alam). Le palais royal de Bangkok et le temple du Bouddha d’Emeraude sont scrupuleusement reconstruits sur un terrain de golf de 3,5 hectares à Papan pour illustrer la magnificence de cette civilisation (19 éléphants participent à la parade du roi). Cherchant une approche différente et juste de la culture thaï, Tennant réussit une fresque à la fois romanesque et relativement réaliste (les paysages et les indigènes y sont naturellement pour beaucoup), servie par deux interprètes charismatiques : le seigneurial Chow Yun-Fat, vedette asiatique du film d’action, fait un Mongkut infiniment plus crédible que Rex Harrison ou Yul Brynner (qui sont des caricatures de satrapes orientaux) : à la fois un fin stratège, une majesté sereine et un érudit qui étudia plus de trente ans dans un monastère bouddhiste. Quant à Jodie Foster, elle joue avec finesse sur la complexité, la vulnérabilité et l’intelligence tactique qu’exige son rôle de veuve non conformiste (un rôle refusé par Kate Winslet et Emma Thompson). Deux nominations aux Oscars 1999 (décors, costumes) et aux Golden Globe (musique, chanson). Également banni en Thaïlande.
2000[(tv) Anna and the King (AU) Burbank Animation Studios, 60 min. – av. les voix de Ric Herbert, Joanna Moore, Lee Perry. – Dessin animé musical, d’après Rodgers & Hammerstein.]
2003Tawipop / The Siam Renaissance [Dans deux pays] (TH) de Surapong Pinijkha 
Arporn Pinijkhar/A. G. Entertainment-BEC-TERO Entertainment-Tai Entertainment, 141 min. – av. Florence Vanida Faivre (Maneejan/Marie-Ange Manee), Rangsiroj Panpeng, Pisek Intarakanchit, Nirut Sirichanya, Thaveerstana Lelanuja, Vanchart Chunsri, Peeruth Tulananda, Phanit Jainviboonyanon, Philippe Decaux, Stéphane Lambert (François Xavier), Roland Neveu (Aubarey, le consul français), Paul McDermott (Sir John Bowring), Wallop Thienthong (le roi Mongkut), Thanachai Limsuwan (le roi Chulalongkorn), Aran Noisang (le prince Chulalongkorn).
Le Siam en juillet 1893, sous Rama V, en conflit ouvert avec la France qui lui enlève la rive gauche du Mékong et des provinces cambodgiennes. Un mystérieux miroir permet de voyager dans le temps, de relier l’ancien royaume et le Bangkok de 2003 et comprendre le sens des documents secrets français datant de 1893 retrouvés à la Sorbonne par l’héroïne, Maneejan ; employée à l’ambassade de Thaïlande à Paris, celle-ci doit empêcher que son pays soit annexé par la France au XIX e siècle. Des images léchées, un budget confortable, mais une narration rendue confuse par l’abus des sauts temporels, d’effets visuels gratuits et une interprétation aléatoire. Le best-seller de Thommayanti dont est tiré le film (adaptation très libre) a également fait l’objet d’un musical mis en scène à Bangkok par Boy Takonkiet (2007).