III - L’ALLEMAGNE

Carl Peters crée l’Afrique orientale allemande à la barbe de l’Angleterre (« Carl Peters » de Herbert Selpin, 1941)

12. L’EMPIRE COLONIAL GERMANIQUE EN AFRIQUE NOIRE

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’Europe se contente d’établir des comptoirs tout autour du continent africain. L’établissement du protectorat français sur la Tunisie en 1881 (dérivatif à l’humiliation de 1870/71 et la perte de l’Alsace-Lorraine) ouvre la porte à la colonisation généralisée. La conférence de Berlin, en 1884/85, entérine par avance le partage de l’Afrique noire et en vingt ans, de 1880 à 1900, le continent passe progressivement sous la domination de l’Europe. En 1914, l’Afrique tout entière a été transformée en colonies ou en protectorats, à l’exception du Liberia et de l’Ethiopie. L’Allemagne extermine une grande part de la population de Namibie (les ethnies dominantes des Hereros et des Namas) pour satisfaire son projet d’expansion coloniale, soit près de 100’000 hommes, femmes et enfants éliminés en cinq ans par le général Lothar von Trotha ; quelques 16’000 rescapés du génocide sont regroupés dans des camps de concentration (une invention des Britanniques), où beaucoup périssent d’épuisement.
1940/41Carl Peters (DE) de Herbert Selpin 
Bavaria Filmkunst München, 116 min. – av. Hans Albers (Carl Peters), Rolf Prasch (Guillaume Ier), Friedrich Otto Fischer (Otto von Bismarck), Karl Dannemann (Dr. Karl Jühlke), Fritz Odemar (le comte Pfeil), Hans Leibelt (prof. Engel), Erika von Thellmann (Mme Kayser), Toni von Bukovics (Mme Peters), Ernst Fritz Fürbringer (le comte Behr-Bandelin), Hans Mierendorff (le consul allemand à Zanzibar).
1884-1892, le politicien et colonisateur Carl Peters (1856-1918) crée l’Afrique orientale allemande (Deutsch-Ostafrika : Burundi, Rwanda, Tanzanie) à la barbe des services secrets anglais et contre l’avis des parlementaires « judéo-socialistes » allemands au Landtag de Prusse qui le contraignent à démissionner ("pauvre Allemagne!"). Il s'oppose à d'arrogants Anglais et d'affreux esclavagistes arabes. Son discours final a été rédigé par Goebbels lui-même. Film de propagande nazie transformant le sinistre Carl Peters en héros de la lutte contre les négriers anglais, et célébrant une Allemagne à la conquête d’un nouvel « espace vital » (à la veille de l’invasion de l’URSS par Hitler). Hans Albers, l’idole du public allemand, haï par Goebbels, est contraint d’incarner l’aventurier - une brute raciste que l'on surnommait "Pierre le pendeur (Hänge-Peters)" - qu'il déteste: ce sera son seul et dernier rôle dans un film au service du national-socialisme. Peters fut rappelé en Allemagne en 1892 et démis de ses fonctions dans le déshonneur: son règne avait fait 300'000 victimes parmi la population de Tanzanie; Hitler le réhabilita en 1937, voyant en lui un de ses prédécesseurs idéologiques. En raison de la guerre, le récit est filmé aux studios Barrandov à Prague (décors de Zanzibar, palais du sultan) et en extérieurs à Schäftlarn près de Munich, sur les rives de l'Isar et à Binz sur l'île de Rügen (mer Baltique) avec des palmiers artificiels et de la végétation tropicale importée (août-septembre 1940). Des prisonniers de guerre français d'origine africaine font de la figuration indigène. Tourné sans enthousiasme, pas toujours maîtrisé, le film est un échec public, bien sûr interdit par les Alliés en 1945. Quant au réalisateur Selpin, il sera "suicidé" par la Gestapo à Berlin après avoir tenu des propos défaitistes pendant le tournage de "Titanic", en août 1942.
Carl Peters (Hans Albers) débarque en Afrique orientale (« Carl Peters » de Herbert Selpin, 1941)
1985[(ciné+tv) Morenga (DE) d’Egon Günther ; Provobis Film-TNF Tele-Norm-Film GmbH-Westdeutscher Rundfunk (ARD 13.+17.+24.3.85), 3 x 86 min. / 112 min. – av. Ken Gampu (Jakob Morenga), Jacques Breuer (Gottschalk), Edwin Noël (Wenstrup), Jürgen Holtz (von Kageneck), Manfred Seipold (von Koppy), Arnold Vosloo (von Schiller). – Ancien mineur noir, Morenga devient un héros de la lutte d’indépendance africaine en Namibie colonisée par les Allemands (Deutsch-Südwestafrika, 1904-1907) ; le soulèvement est cruellement réprimé, Morenga se réfugie en Afrique du Sud où il est trahi et fusillé par les Anglais (d’après le roman d’Uwe Timm). Première au Festival de Berlin 1985.]
2010**(tv) Berlin 1885, la ruée sur l’Afrique / 1885 : Der Sturm auf Afrika. Ein Kontinent wird geteilt (FR/BE/DE) de Joël Calmettes 
Les Films d’Ici-Looks Medienprod.-Les Films de la Passerelle-Chiloé Prod. (RTB 19.2.11 / Arte 23.2.11), 85 min. – av. Pierre-Loup Rajot (le baron Alphonse de Courcel), Carlo Brandt (le comte Paul von Hatzfeldt), Jacques Spiesser (Otto von Bismarck).
Le 15 janvier 1885, lors de la « Conférence du Congo » à Berlin initiée par le chancelier Bismarck, les représentants de quatorze pays occidentaux décident du destin de l’Afrique et se départagent le continent sur le papier. Aucun de ces diplomates n’a jamais mis les pieds en Afrique, leur partage explique la majorité des conflits interethniques de la décolonisation à venir. Un docu-fiction exemplaire, rigoureux et décapant.